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Rameau, La France aux colonies

Un équilibre, dont les éléments varient sans cesse, tend à s'établir, suivant lequel la temi)érature s'élève ou s'abaisse; or, dans ce mutuel échange, si l'atmosphère intercepte une partie des rayons qui arrivent vers la terre, elle arrête une proportion bien plus considérable de ceux qui s'élèvent vers les espaces.

La latitude a une influence considérable sur la distribution de la chaleur à la surface du globe. La température diminue rapidement de l'équateur vers les pôles, sans toutefois que la loi de décroissance suive une marche régulièrement décroissante, et des points, situés sur un même parallèle, ont souvent des températures très inégales. Cela tient à ce que la chaleur reçue est différemment employée suivant les régions dans lesquelles elle tombe. Les mers s'échauffent moins que les continents ; les terres humides ou qui sont chargées d'une riche végétation consomment, par l'évaporation de Feau et par la croissance des plantes qu'elles nourrissent, plus de chaleur que les terres sèches et arides; la chaleur disponible, y étant moins considérable, exige une moindre élévation de température pour s'écouler au dehors. En outre, les vents et les courants marins emportent avec eux une notable portion de la chaleur fournie aux régions équatoriales, et la distribuent très inégalement sur les régions tempérées et sur la zone glaciale. C'est ce double mouvement qui constitue ce que l'on a appelé la circulation atmosphérique et la circulation maritime : questions très importantes qui nous entraîneront à quelques développements.

Maury commence par réduire de 41 jours à 24 la route des États-Unis à l'Equateur. Il ramena à 135, puis à 100 jours, la traversée des États-Unis en Californie, qui en exigeait plus de 180, mais le plus remarquable de ces exemples est fourni par le résultat qu'il a obtenu pour la traversée d'Australie.

Un navire guidé par les anciennes instructions ne mettait pas moins de 125 jours pour aller d'Angleterre à Sydney. Le retour était d'une durée à peu près égale^ le voyage total était donc d'environ 250 jours. Maury signala aux marins l'immense avantage qu'il y aurait à faire du voyage d'Australie une véritable circumnavigation du globe, c'est-à-dire doubler le cap de Bonne-Espérance en venant d'Europe, pour opérer ensuite le retour par le cap Horn. Ce tour a été accompli en 130 jours, ainsi que l'avait prédit Maury.

Le merveilleux résultat obtenu par Maury s'expliquait par la connaissance des circulations atmosphérique et maritime; en effet, dans les latitudes élevées, le mouvement général de l'atmosphère porte à l'est.

L'air, fortement échauffé sur la zone équatoriale, s'élève en masse vers les hautes régions de l'atmosphère; parvenue à une certaine hauteur, la nappe ascendante se divise en deux parties qui s'étalent dans la direction des pôles; ce mouvement ascensionnel donne Heu à un appel d'air des deux côtés de l'équateur thermique, et deux nappes, rasant la surface du sol, se dirigent des régions tempérées vers cette ligne; suivons ce courant dans l'atmosphère nord. Il est parti des régions tropicales et a marché vers l'équateur ; situé dans les régions inférieures de l'atmosphère, et à la surface du globe, il constitue les alizés de l'hémisphère nord, il se

redresse bientôt vers les hauteurs de lalmosphère, et lorsqu'il a atteint un certain niveau, il reprend une direction sensiblement horizontale vers le pôle. C'est cette branche que Maury a désignée sous le nom de contre-alizé supérieur.

Nous empruntons en partie et en la résumant l'excellente description que Marié- Davy a donnée, dans ses Mouvements de V atmosphère, de cette circulation : Si la terre était immobile, dit-il, et qu'elle fût éclairée partout à la fois, si, de plus, sa surface était partout homogène, la réunion des deux branches horizontales s'opérerait sans doute vers le nord, comme elle a lieu vers le sud, sauf le renversement du sens du mouvement. Le contre-alizé supérieur s'infléchirait vers le sol pour venir se relier à l'aUzé et la circulation de l'atmosphère se trouverait presque exclusivement renfermée entre des latitudes peu élevées.

Remarquons toutefois que l'origine première du mouvement se trouvant à l'équateur, ce mouvement y sera régulier comme la cause qui le produit; l'alizé, le contre-alizé participeront eux-mêmes de cette régularité dans le voisinage de la Hgne équinoxiale, mais à mesure qu'on s'écartera de cette ligne, l'action motrice agira d'une manière de moins en moins directe, la nappe descendante sera donc plus diffuse, moins bien Umitée et moins fixe que la nappe ascendante ; sa position moyenne dépendra de l'activité du tirage équatorial et de la hauteur à laquelle atteindra le contre-alizé.

Une circulation, quelque peu régulière qu'on la suppose, ne peut s'établir au sein d'une atmosphère mobile, comme la nôtre, sans que la partie, non directement comprise dans le mouvement, n'en subisse le contre-coup. La décroissance de la température s'étend d'ailleurs jusque vers les pôles, et des mouvements atmosphériques en sont la conséquence obligée, à ces hautes latitudes. Deux circonstances principales, la rotation de la terre sur son axe et autour du soleil, et la distribution des terres et des mers à la surface du globe, modifient cette circulation atmosphérique dont les vents ne sont que les effets.

Cette étude est d'autant plus importante que, comme on l'a dit, le vent semble porter avec lui sous ses ailes toutes les quaUtés du chmat ; il est en grande partie l'expression définitive de toutes les causes qui affectent le climat d'une localité. La variabilité du climat se trouve liée à la variété des vents; aussi Hippocrate recommandait-il d'en faire pour chaque localité une étude approfondie. Cette étude, quoique encore peu avancée, a donné lieu à des travaux importants, parmi lesquels nous citerons ceux de Maury, H. Dove, Muhry, Mahlmann, Berghaus et Petermann.

D'après ces divers travaux, on peut tracer ainsi la direction générale des mouvements de l'atmosphère.

Les courants inférieurs, vents polaires, vents de nord dans notre hémisphère, arrivent successivement, en se rapprochant de Féquateur, à des latitudes où la vitesse de rotation diurne qui emporte la terre de l'ouest à l'est va sans cesse en s'accroissant, et, comme cette vitesse leur devient de plus en plus étrangère, ils produisent un courant opposé qui, allant de l'ouest à l'est, modifie leur direction primitive et donne naissance à ces vents d'est, connus sous le nom de vents aMzés.

Les courants supérieurs, au contraire, qui retournent au pôle, sont animés, à leur départ, de la vitesse de rotation diurne de la terre, de Fouest à l'est, et, en se rapprochant des pôles, ils trouvent des latitudes où cette vitesse va sans cesse en diminuant; ils prennent donc, en s'avançant, la direction d'un vent d'ouest, et

comme ils se refroidissent, ces courants s'abaissent de plus en plus, et tendent à commmuniquer aux couches inférieures de l'atmosphère le mouvement ouest qui les anime.

L'influence des continents et des mers n'est pas moins saisissante; en effet, les rayons du soleil pénètrent sans réverbération sensible jusque dans la profondeur des mers, et l'évaporation constante de leur surface s'oppose à ce que la chaleur s'y accumule; les continents, au contraire, qui présentent aux rayons solaires une surface opaque et peu conductrice, permettent une accumulation de chaleur considérable.

Sur mer, la température ne dépasse pas 32°; sur terre, elle s'élève jusqu'à 46°; ajoutons que, pendant la nuit, la terre peut subir un refroidissement très intense, surtout lorsque la pureté de l'atmosphère permet un rayonnement considérable. L'air de la terre, plus chaud le jour que celui de la mer, est plus froid pendant la nuit; c'est pourquoi le vent, qui durant le jour souffle de la mer à la terre, se produit la nuit, sur toutes les côtes, au contraire, de la terre à la mer^ Ce phénomène donne l'explication des moussons. De grands plateaux fortement chauffés par le soleil pendant l'été donnent Heu à une aspiration des couches inférieures de l'atmosphère, et lorsque pendant l'hiver ils sont refroidis au-dessous de la température des mers, ces mêmes vents reviennent dans une direction opposée à la première.

Le phénomène de la mousson atteint des proportions très remarquables dans les bassins de la mer des Indes qui baignent les côtes de l'Asie. Tous les plateaux de ce continent bordent au nord le passage des vents alizés, et, deux fois par an, ils les font dériver de leur cours; quand ces plateaux sont suréchauffés, ils aspirent avec eux l'humidité des mers et donnent naissance à une saison de pluies; lorsqu'ils sont refroidis, ils produisent par contre-aspiration une saison sèche ^

Les anciens avaient reconnu l'existence de véritables moussons à la surface de la Méditerranée orientale et leur avaient donné le nom de vents étésiens (de sxoç, saison). En effet, au milieu d'accidents multiples, on y distingue encore l'influence du Sahara; ce désert ne contenant que de rares oasis, faiblement arrosées, se compose presque uniquement de sable et de cailloux roulés ; sa température moyenne est de plus de 30°, tandis que la Méditerranée s'échauffe proportionnellement beaucoup moins. Cependant on ne rencontre plus ici la forme et la constance des moussons de l'Océan Indien, et la Méditerranée se trouve déjà dans le cercle d'action des vents variables.

Nous nous occuperons maintenant de la marche des vents généraux périodiques dont Maury a exposé ainsi le trajet :

Les courants d'air froid, en partant du pôle nord, marchent dans les couches

1. Le mot mousson paraît dériver de mausim, mot arabe qui veut dire saison. Les Grecs ont eu connaissance des moussons par l'expédition d'Alexandre, et Aristote décrit d'une manière précise l'alternative régulière des vents dans les mers indiennes. Sidi Ali, dans son livre mohit, Siu^ la navigation de l'Océan Indien, publié en 1554, donne l'époque du commencement de la mousson pour cinquante lieux différents.

2. Dans tout l'Océan Indien et sur les côtes de l'Asie, on distingue, avec peu de varia-' tions, d'avril à octobre, la mousson du sud-ouest, saison des pluies, et, d'octobre à avril, la mousson du nord-est, saison des sécheresses. Au contraire, sur les côtes de Mozambique et sur celles de l'Australie, côtes qui aspirent du côté du sud, on trouve des moussons renversées; le golfe de Guinée, celui du Mexique, offrent aussi d'une manière remarquable le phénomène des moussons.

supérieures de l'atmosphère, jusqua la hauteur du tropique du Cancer; ils y rencontrent un courant en sens opposé, que nous allons bientôt retrouver, qui les oblige à descendre à la surface de la terre ; ils continuent à suivre leur direction première et deviennent les vents ahzés de Uatmosphère nord. En approchant de UÉquateur, ils rencontrent les vents alizés de Uatmosphère sud, et de l'opposition de ces deux courants résulte une première zone de calmes, celle des calmes équatoriaux.

Le courant que nous suivons depuis le pôle nord remonte alors et se dirige vers le pôle sud dans les régions supérieures. A la hauteur du tropique du Capricorne, il rencontre un courant venant du pôle sud, qui le contraint de descendre vers la terre, à la surface de laquelle il continue, sous forme de vent de N.-O., sa course vers le pôle, où convergent tous les courants similaires partis de Uéqualeur. Il remonte alors et suit du sud au nord un trajet analogue à celui que nous venons de décrire, mais en sens inverse. Il parcourt les régions supérieures jusqu'au tropique du Capricorne, descend vers la terre, devient le vent alizé de Uhémisphère sud, remonte au niveau de la zone des calmes équatoriaux, passe au-dessus de Uahzé de Uhémisphère nord, rencontre le courant venant du pôle nord, qui nous a servi de point de départ, descend alors et constitue les vents généraux du sud-ouest de notre hémisphère. Tous ces courants représentent dans leur ensemble deux huit de chiffre (|), se touchant à Uéquateur et ayant leur autre extrémité aux pôles. Il en résulte quatre vents généraux opposés, deux pour chaque hémisphère, et cinq zones de calmes à leur point de rencontre, une sous UÉquateur, deux à la hauteur des tropiques et deux au niveau des pôles où tous les courants convergent.

Cette circulation atmosphérique n'est d'ailleurs que Uexpression générale d'un fait soumis à des variations multiples. La seule partie du trajet qui soit à peu près constante, est celle suivie par les vents ahzés ; ces vents, qui furent une énigme pour les météorologistes et les navigateurs, ne sont plus, comme on le voit, qu'un résultat naturel des lois de la distribution de la chaleur à la surface du globe. Ils forment l'un des éléments de la grande circulation atmosphérique que nous venons de décrire. Christophe Colomb se sentait protégé par la régularité de ces brises, lorsque, après avoir sillonné l'immense étendue des mers, il s'avançait tranquillement vers le continent de l'Amérique.

La constance de ces vents, exceptionnelle au miheu de l'incessante variabiUté des mouvements atmosphériques dans les latitudes moyennes, n'est cependant pas absolue. Les perturbations atmosphériques, peu fréquentes et peu durables dans les régions intertropicales, occupées par les aUzés, acquièrent, lorsqu'elles s'y produisent, une incomparable violence. En dehors des orages qui, pendant la saison des pluies, sont presque quotidiens, dans la zone comprise entre les alizés, et y atteignent des proportions généralement inconnues dans nos climats, il y a aux Indes orientales de véritables tempêtes tropicales qui ont été Uobjet de longues études de la part de Piddington; elles sont appelées Typhons. Piddington les décrit sous les noms de Cyclones, exprimant ainsi la loi la plus remarquable de leur développement: la cyclone est constituée par une masse d'air considérable, animée d'un mouvement de rotation rapide autour d'un axe à peu près vertical. Dans les Antilles, on les appelle ouragans; ce sont encore des cyclones.

Nous ne pouvons qu'énumérer des vents dont la sphère d'action est plus restreinte : le Kamsin en Egypte; le Semoun du Sahara; le Samiel de l'Arabie, 1«

Harmattan, ou l'alizé qui vient du Sahara, et souffle Thiver en Guinée où il dévore la végétation; le Sirocco d'Italie; le vent de Médine, en Andalousie ; enfin, dans le sud de l'Europe, ces vents froids qui descendent des Alpes et qu'on désigne en Dalmatie sous le nom de Bora, dans la vallée du Rhône sous celui de Mistral et qui prend en Espagne le nom de Gallego.

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