ROLE DE L'ALCOOL DANS L'ALIMENTATION
Avant d'aborder toutes ces questions, il convient de rechercher si l'alcool qui constitue l'élément essentiel des boissons fermentées doit être considéré comme un simple stimulant ou au contraire comme un aliment.
Si l'on envisage la composition élémentaire de l'alcool, on est naturellement porté à la considérer comme assimilable à la plupart des aliments hydrocarbonés.
Tel était l'avis de Liebig, qui en faisait le type de l'aliment respiratoire servant uniquement à la production de la chaleur en se transformant par combustion en acide carbonique et en eau.
Lallemand, Perrin et Duroy ' crurent devoir combattre cette opinion généralement adoptée. Retrouvant l'alcool en nature dans les organes et dans les produits d'exhalation, de sécrétion et d'excrétion, ne rencontrant pas dans l'organisme les produits intermédiaires de l'oxydation de l'alcool (aldéhydes, paraldéhydes, acétates), ils admirent que l'alcool traverse l'organisme sans subir aucune modification. Leurs expériences ne sont pas à l'abri de toute critique, tant s'en faut. Ils n'ont en effet retrouvé en nature qu'une partie de l'alcool introduit et d'autre part ils ont donné à leurs animaux des doses d'alcool trop élevées.
Aussi bien tous les auteurs qui ont repris les expériences de Lallemand et Perrin arrivent à cette conclusion que la plus faible part seulement de l'alcool ingéré est éliminée sans avoir subi de transformation. Binz a retrouvé 4,64 p. 100 de l'alcool introduit, dont 2,91 dans l'urine, 1,60 dans l'air expiré, 0,14 dans la sueur. Nicloux, Roos et Hédon ont indiqué des chiffres assez semblables, 4 p. 100.
Il faut donc admettre que l'alcool ingéré à doses modérées sous forme de boissons
1. Lallemand, I^errin et Duroy, Du rôle de Valcool et des anesthésiques dans Vorganisme, 1860.
PROtST, tRAlTÉ d'hygiène; 48
étendues est brûlé dans l'organisme, subit les mêmes transformations que les autres hydrocarbones et peut servir à la production de la chaleur animale et delà force.
Strassmann a donné à deux chiens de. même poids une ration identique. A l'un d'eux il administrait en plus une certaine quantité d'alcool. Cet animal s'est engraissé plus que l'autre. Roos et Hedon * ont vu de même les animaux augmenter de poids après addition de vin à leur alimentation. On peut interpréter cette augmentation de poids de diverses façons. Pour les uns il y aurait utilisation directe de l'alcool dont les éléments fourniraient les matériaux nécessaires à la constitution de la graisse. Pour les autres, la combustion de l'alcool empêcherait les transformations des éléments constitutifs du corps de l'animal et en particulier des albuminoïdes. L'alcool jouerait le rôle d'un ahment d'épargne (Marvaud^). On peut encore invoquer l'action stimulante de l'alcool sur laquelle nous reviendrons plus loin.
Pour en revenir à la question de la combustion de l'alcool dans l'organisme et à sa valeur comme aliment, il convient de nous arrêter maintenant aux expériences des auteurs américains Atwater et Benedict et autour desquelles il a été fait tant de bruit.
Dans ces expériences poursuivies pendant longtemps avec toute la précision possible, les auteurs ont maintes fois substitué à une partie des hydrocarbones du régime, une quantité isodyname d'alcool.
37 grammes de corps gras et 45 grammes d'hydrates de carbone, soit 520 calories, étaient ainsi remplacés par 79 gr. 5 d'alcool correspondant à 512 calories. Cette quantité d'alcool, détail important, était diluée dans près d'un litre d'eau et ingérée plusieurs fois dans la journée. Cette quantité d'alcool, disent les auteurs, est celle que contient une bouteille de Bordeaux.
Dans les conditions de ces expériences :
« L'énergie potentielle de l'alcool était transformée en énergie cinétique dans le corps aussi complètement que celle des aliments ordinaires.
« Qu'une partie de l'énergie potentielle de l'alcool ait été transformée en énergie cinétique du travail musculaire, les expériences ne le prouvent pas, bien qu'elles le rendent très probable. Elles impliquent qu'en ce qui concerne l'utilisation de l'énergie totale du régime, il y avait un léger avantage en faveur du régime ordinaire comparé avec celui de l'alcool, spécialement quand les sujets étaient soumis à un travail musculaire pénible. Mais la différence était comprise dans les hmites des erreurs d'expérience et trop petite pour être d'une conséquence pratique. Elle était en moyenne moindre de un trentième de l'énergie totale et atteignait à peine 5 p. 100 de l'énergie de l'alcool. En conséquence l'énergie de l'alcool est utiUsée à peu près autant et aussi bien que celle de la graisse, du sucre ou de l'amidon. »
Les expériences des auteurs américains ont été invoquées par Duclaux qui croit pouvoir en tirer la conclusion suivante :
« On peut sans inconvénient remplacer du beurre, des légumes ou autres ahments analogues par de l'alcool sous forme de vin ou d'eau-de-vie. Ces remplacements et les alternances ne dépendent pas de l'état de repos ou de travail ni d'aucune circonstance relative au consommateur. Tout est commandé par l'état isodynamique de l'aliment, qui reste physiologiquement le même si la substitution