SPIRITUEUX. LIQUEURS
paiement sur le porc et le chien, au moyen des injections intra-musculaires et souscutanées.
La dose toxique limite est la quantité d'alcool pur qui est nécessaire pour amener la mort d'un animal d'un kilogramme dans l'espace de 24 à 36 heures, avec un abaissement graduel et persistant de la température. Par alcool pur on entend celui qui marque 100^ avec l'alcoomètre de Gay-Lussac à la température de 15°85.
Ils arrivent aux conclusions suivantes.
A. — Tous les alcools, soit qu'ils appartiennent à la série mono-alomique, soit aux séries polyatomiques, sont doués de propriétés toxiques ;
B. — Dans la série mono-atomique l'intensité de l'action toxique dépend :
1° De la constitution atomique des alcools et de leur origine; 2" de leur solubilité; 3° des décompositions qu'ils peuvent subir, soit à l'air libre, soit dans l'économie; 4*^ des différents modes d'administration.
1° Pour les alcools ayant la même origine l'action toxique est d'autant plus intense que leurs formules atomiques sont plus élevées; 2° pour qu'un alcool jouisse de propriétés toxiques, il faut qu'il soit soluble ou bien qu'il se trouve dans l'économie des substances qui permettent sa dissolution; 3° la présence des aldéhydes et des éthers dans les alcools augmente le pouvoir toxique de ces derniers: 4° le mode d'introduction des alcools dans l'économie peut modifier les propriétés toxiques.
S'adressant non plus aux alcools purs, mais aux spiritueux du commerce, ces auteurs concluent ainsi :
Toutes les eaux-de-vie et alcools du commerce sont toxiques et leur nature nocive est en rapport avec l'origine de leurs alcools et avec leur degré de pureté. Par ordre croissant de toxicité viennent : 1° les alcools et eaux-de-vie de vin; 2° les eaux-devie de cidre et de poiré ; 3° les eaux-de-vie de marcs de raisin ; 4° les alcools et eauxde-vie de grains; 5° les alcools et eaux-de-vie de betterave et de mélasse de betterave; 6^ les alcools et eaux-de-vie de pomme de terre.
Cette gradation s'expHque. A mesure que l'on s'élève on trouve mélangé à l'alcool éthylique une proportion de plus en plus considérable d'autres alcools plus toxiques.
Les eaux-de-vie de marcs de cidre et de raisin renferment une certaine quantité d'alcools propyhque, œnanthalique et caprylique. Isidore Pierre a trouvé dans les eaux-de-vie de grains et de betteraves des alcools propyhque, butylique et amylique. Enfin dans les alcools de pomme de terre il y a des huiles essentielles.
Dujardin-Beaumetz et Audigé affirment que pour rendre moins toxique une eaude-vie de commerce il faut la débarrasser des produits impurs et des alcools autres que l'alcool éthylique. Il y aurait donc grand intérêt hygiénique à n'utiliser que des alcools rectifiés.
Dans une série de communications Magnan et Laborde ^ ont de leur côté recherché l'action des boissons alcooliques et des essences. Ils ont montré que la toxicité des impuretés des alcools joue un rôle très important dans l'alcooHsme. Ils ont surtout étudié les essences et particulièrement l'essence d'absinthe. Suivant l'expression
1. Laborde et Masnan, L'alcool et sa toxicité. Académie de médecine, 1888.
de Laborde im cobaye auquel on injecte sous la peau 1 centimètre cube d'alcool de vin se conduit en « petit pochard » ; avec la même dose d'alcool éthylique d'industrie il tombe « ivre-mort », tandis que l'alcool non rectifié provoque une attaque d'épilepsie.
Joffroy et Serveaux ^ ont reproduit ces expériences avec une précision plus grande encore en se mettant à l'abri de diverses causes d'erreur : coagulation du sang, introduction trop brutale, ou trop lente, ou irrégulière du liquide. Ils ont évalué l'équivalent toxique, c'est-à-dire la quantité minima de matière toxique qui, contenue entièrement à un moment donné dans le sang d'un animal, tue fatalement un kilogramme de matière vivante.
Tandis que l'équivalent toxique de l'alcool éthylique est de 7,80 chez le chien et 7,60 chez le lapin, celui du furfurol est de 0,20 chez le chien, 0,14 chez le lapin.
Tout en accordant une part importante à ces impuretés mélangées à l'alcool éthylique, on ne perdra pas de vue qu'elles sont infiniment moins abondantes dans ces boissons que l'alcool éthylique lui-même et que c'est à ce dernier que doivent être imputés avant tout les effets fâcheux des boissons alcooliques. C'est la conclusion d'Antheaume. Ce qui donne au produit la presque totalité de sa toxicité, c'est l'alcool éthylique, qui est sans contredit le moins toxique de tous ces produits (ainsi qu'il résulte de la comparaison des différents éléments toxiques), mais qui est tellement plus abondant que c'est lui qui joue le rôle principal comme poison.
Le tableau suivant a été établi par Antheaume ^ en tenant compte pour chaque eau-de-vie de la valeur toxique des divers éléments entrant dans sa composition :
1 litre d'alcool éthylique pur supposé à 50». tue &i^^,l02
— de rhum de la Martinique — 64 ,947
— de cognac 1893 — 65 ,006
— d'eau-de-vie de Montpellier — 64 ,506
— d'Armagnac (moins d'un an) — 65 ,129
— de marc de Bourgogne — 68 ,079
— de kirsch — 64 ,603
— d'eau-de-vie de cidre (Caen) — 65 ,115
— — — (Gournay) — 64 ,717
— d'eau-de-vie de prunes (Lorraine) — 68 ,199
L'action néfaste de l'alcoolisme ressort nettement de toutes les statistiques. La mortahté est plus élevée chez les alcooHques. Non seulement les maladies de foie, du tube digestif, du système nerveux, mais aussi la tuberculose, sont plus fréquentes chez les alcooliques.
Lancereaux a distingué les effets du vin (œniUsme) de ceux des alcools et des liqueurs. Chez les sujets qui abusent du vin, on trouve avant tout des symptômes du côté de l'estomac et du foie. Les signes nerveux de l'œnilisme chronique sont, du côté de la sensibiHté, des sensations de picotement au niveau des membres inférieurs, des tremblements, des troubles vasomoteurs ; du côté des facultés mentales, l'insomnie, le rêve et le cauchemar.
L'alcoolisme proprement dit est engendré par l'abus des eaux-de-vie. Il est
1. Jofîroy et Serveaux, Archives de médecine expérimentale, 1896-1897.
2. Antheaume, De la toxicité des alcools, These^ Paris, 1897.