Pinède, Rapp., etc., in Coll. sur les bains et lavoirs
prélève rindigence; et, comme tout s'enchaîne dans l'ordre moral, en inspirant des habitudes de propreté à l'ouvrier, on développe en lui le sentiment du respect de lui-même, et l'accomphssement de ce premier devoir le prépare aux autres et les lui rend plus faciles. »
Depuis un certain nombre d'années on a installé, surtout en Allemagne, aux États-Unis et dans quelques villes de France (Paris, Lyon et Bordeaux), des établissements de bains-douches pour la classe ouvrière (fig. 1J9 et 120). Avec le bain par aspersion tel qu'il y est donné on obtient un nettoyage complet du corps en très peu de temps (5 minutes) et avec une économie considérable d'eau chaude (1 0 à 20 litres au lieu des 200 litres nécessaires pour un bain ordinaire) ; aussi le prix a-t-il pu en être abaissé à 15 ou 20 centimes par personne.
Le corps est d'abord entièrement mouillé par une pluie d'eau tiède fournie par une douche en arrosoir; puis il est savonné et enfin rincé par une nouvelle aspersion d'eau tiède.
Soins de toilette usuels. — La propreté rigoureuse de la peau et des orifices extérieurs des cavités naturelles est essentiellement favorable au bon entretien de la santé. C'est la seule façon d'enlever la matière sébacée, la sueur, les matières organiques et toutes les souillures qui s'accumulent à la surface du corps et non seulement menacent ses fonctions, mais encore son intégrité par suite de la présence fréquente de germes pathogènes.
Le corps devrait être l'objet d'ablutions générales quotidiennes pratiquées à Faide de bains, de bains-douches ou plus simplement à l'aide du tub anglais. Ce dernier est un récipient en tôle à bords peu élevés et à diamètre suffisamment large pour que l'eau qui a ruisselé sur le corps ne s'écoule pas sur le parquet; un bain de pied contenant de l'eau tiède ou froide et une grande éponge sont à côté. On se place debout ou assis au miheu du tub et le corps est aspergé entièrement à l'aide de l'éponge avec l'eau du bain de pied. Si un nettoyage plus complet est nécessaire, on savonne le corps, puis on le rince en faisant de nouveau écouler de l'eau tiède sur le corps à l'aide de l'éponge. On obtient ainsi un nettoyage général dans le temps le plus court possible, avec quelques litres d'eau tiède seulement et sans installation spéciale. L'usage du tub devrait se répandre de plus en plus dans les familles, les lycées et les écoles spéciales.
Certaines régions du corps réclament des soins de propreté particulièrement fréquents, car elles sont plus spécialement exposées aux souillures soit par les agents extérieurs, soit par les sécrétions plus abondantes qui se font à leur surface.
Les mains, exposées à tous les contacts, seront savonnées plusieurs fois par jour à l'eau tiède ou froide et en hiver on pourra faire ensuite une onction avec une petite quantité de glycérine avant d'essuyer les mains. Les ongles seront nettoyés à la brosse et au cure-ongle. Il est de la plus haute importance de pratiquer une toilette soigneuse des mains avant de manger. Car en portant à la bouche des doigts insuffisamment nettoyés, on est exposé à introduire dans les premières voies digestives les agents pathogènes de quelque maladie infectieuse.
Le visage doit être fréquemment lavé à l'eau froide. On proscrira sévèrement les applications de pâtes ou de fards, qui sont souvent à base toxique.
Les parties recouvertes de poil (organes génitaux, aisselles) sont le siège de
sécrétions particulièrement abondantes et malodorantes. Il sera nécessaire de les laver au moins chaque jour à Teau froide et de les savonner fréquemment.
La transpiration cutanée est également très active au niveau des pieds, qui retiennent les poussières ayant pénétré dans les chaussures. Aussi faut-il savonner chaque jour ces organes. On répétera plus souvent cette toilette chez les gens qui marchent beaucoup et pendant la saison chaude.
On débarrasse le conduit auditif externe du cérumen qui s'y accumule, au moyen de petits tampons d'ouate imbibés d'alcool. Quant aux fosses nasales, on les nettoiera avec la solution salée physiologique (7 gr. de chlorure de sodium pour 1 000 gr. d'eau).
Après chaque repas des débris alimentaires sont retenus dans les espaces interdentaires et deviennent des milieux de culture favorables aux germes qui sont les hôtes habituels de la cavité buccale. On sait que quelques-uns peuvent menacer l'intégrité des dents et que plusieurs sont des agents pathogènes, dont la multiplication menace l'organisme lui-même. Il y a donc grand intérêt à maintenir la cavité buccale dans un soigneux état de propreté. On nettoiera les dents après chaque repas à l'aide du cure-dents avec précaution, de façon à ne pas blesser les gencives, puis on rincera la bouche avec de l'eau tiède aromatisée. Matin et soir on brossera les dents avec une poudre dentifrice ou une solution savonneuse et on achèvera de nettoyer la bouche avec de l'eau tiède.
Les cheveux et la barbe seront peignés et brossés plusieurs fois par jour; de temps à autre ils seront nettoyés à l'eau savonneuse et à l'alcool. Il n'est pas inutile de rappeler que les teintures ne trompent que celui qui les emploie et contiennent assez souvent des substances irritantes ou toxiques.
Il faut s'exposer le plus rarement possible aux causes de contamination provenant des mains ou des instruments des coiffeurs; car le favus, la tricophytie et même la syphiKs peuvent être transmis de la sorte.
Le mieux est d'apprendre à se raser soi-même et pour la coupe des cheveux de refuser la tondeuse, plus diffiicile à nettoyer que les ciseaux (Sabouraud). Les coiffeurs devraient tenir compte des recommandations du Conseil d'hygiène de la Seine et laver leurs mains et désinfecter leurs instruments pour chaque client.
Les exercices physiques sont destinés à développer et à fortifier le corps humain, par le fonctionnement régulier et rationnel des différents organes.
Comme l'indique F. Lagrange, il ne s'agit pas seulement ici du travail musculaire seul, mais d'une action à laquelle participe l'organisme entier.
L'effort qui l'accompagne n'a-t-il pas pour conséquence de fermer le larynx, d'arrêter la respiration, les poumons emprisonnant une certaine quantité d'air qui doit fournir un support aux côtes? Du même coup la tension vasculaire augmente et la circulation sanguine se ralentit et même s'arrête momentanément sous l'effet de la pression que subissent le cœur et les gros vaisseaux.
Mais, pendant l'exercice, Teffort n'est pas constant. La détente muscnlaire lui succède et avec elle la respiration devient plus ample, le processus d'oxydation pulmonaire devient plus actif, la circulation s'accélère. Comme résultat final on obtient ainsi une accélération momentanée de la nutrition, bien faite pour combattre les effets contraires de la sédentarité.
Il faut proportionner les exercices à l'âge du sujet, à son degré de résistance physique, à l'intégrité de ses organes, aux dépenses qu'il fait par ailleurs sous forme de travail intellectuel.*
La gymnastique est cette partie de l'hygiène qui régularise le développement et l'entretien des fonctions de l'appareil locomoteur par l'exercice artificiel; nous disons artificiel^ par opposition à l'exercice naturel^ c'est-a-dire à ces mouvements de la vie ordinaire qui tiennent aux nécessités, aux habitudes et aux instincts spontanés.
Il existe en effet un art d'exécuter les mouvements, et cet art peut en développer l'aptitude, en corriger les défauts et même réagir heureusement contre les tendances vicieuses des articulations ou des muscles. La gymnastique est, à proprement parler, l'éducation, la culture des fonctions de locomotion et de la vie animale, de même que l'éducation intellectuelle est une sorte de culture cérébrale, à l'aide de laquelle on obtient dans l'ordre des fonctions supérieures une puissance que l'on ne saurait attendre des cerveaux abandonnés aux hasards de la croissance et des miUeux accidentels que traverse un enfant dans son évolution.
La gymnastique doit donc figurer à la base de toute éducation collective et privée Mais son rôle ne se limite pas à favoriser et à régulariser le développement; il s'étend à l'entretien de la santé jusqu'à l'âge le plus reculé. C'est ainsi que l'ont compris les nations chez lesquelles la culture de la vie animale a été le plus en honneur, et qui, par ses pratiques régulières, étaient arrivées à une perfection de forme, à une vigueur, à une énergie qui n'ont jamais été atteintes de nos jours.
Pour étabhr la place que doit tenir la gymnastique dans l'hygiène, il importe d'expliquer en quelques lignes en quoi consistent les exercices artificiels du corps; puis nous en indiquerons les effets généraux et spéciaux, et enfin nous en répartirons les appHcations selon les âges, les sexes, les miheux, les professions.
Les mouvements gymnastiques diffèrent des mouvements habituels en ce qu'ils sont pratiqués selon certaines règles, déduites de la physiologie et de l'expérience. Ainsi dans l'habitude de la vie nous nous servons de préférence, pour exécuter les mouvements, de certains muscles et de certaines jointures, au lieu de répartir le mouvement sur toutes les parties qui sont aptes à y contribuer. De là de très fréquentes roideurs articulaires sur certains points, associées à des excès de mouvements sur d'autres. Si l'on commande à dix personnes, prises au hasard, de se baisser pour toucher le sol avec la main, on remarquera que ces personnes emploient des procédés fort divers pour arriver au but. Que si, au contraire, ce
1. Un progrès sensible a été réalisé dans l'éducation physique. Une loi a été promulguée en janvier 1880 et déclare la gymnastique obligatoire dans tous les Établissements scolaires; un délai de deux ans est accordé pour former le personnel nécessaire. La Commission centrale de gymnastique siégeant au Ministère de l'Instruction publique a élaboré un programme élémentaire de gymnastique destiné à être appliqué dans toutes les Écoles primaires.
mouvement devient un exercice artificiel, il devra être accompli d'une façon uniforme par les dix personnes et de telle sorte que tous les fléchisseurs du tronc et toutes les articulations vertébrales soient proportionnellement mis en jeu, en môme temps que les extenseurs du membre inférieur fournissent au tronc un solide point d'appui. Il est donc convenu que les mouvements gymnasliques sont des mouvements physiologiques, c'est-à-dire qu'ils doivent être exécutés par les muscles les plus propres, dans l'état normal, a les exécuter. Or, le plus simple de tous les mouvements est la station debout. Eh bien, dans l'état actuel de l'éducation musculaire, bien peu de personnes mettent en jeu, pour se tenir debout, les muscles et les jointures affectés à une attitude normale. Tantôt le dos est voûté et la tête trop renversée en arrière, tantôt l'un des pieds repose sur son bord interne, tantôt les genoux sont légèrement fléchis, etc. Nous ne nous tenons pas bien naturellement; la gymnastique enseigne et apprend à conserver une attitude normale, celle qui, avec la moindre somme de fatigue, laisse aux viscères la plus grande liberté et conserve la régularité des formes.
L'attitude est donc le premier élément de la gymnastique. Or, on peut multiplier à l'infini les attitudes et prendre des types, soit dans les usages habituels des membres, soit dans la statuaire. Conserver une attitude pendant un certain temps est un exercice très efficace. D'une manière générale, si l'on veut faire de la gymnastique hygiénique, il faut d'ailleurs faire conserver pendant un temps variable les attitudes initiales et terminales d'un exercice artificiel.
Par exemple, si l'on veut partir de la station debout, les talons réunis, les épaules en dehors, le dos (et non les lombes) en extension, la paume des mains en supination, le menton serré au cou, c'est-à-dire la colonne cervicale étendue {position initiale)^ et exécuter lentement une élévation des mains au-dessus de la tête, les bras bien tendus, la poitrine légèrement penchée en avant, on fait conserver cette position terminale pendant vingt ou trente secondes, on commande une profonde inspiration par le nez et une expiration par la bouche, puis les bras s'abaissant lentement, on revient à la position initiale. Cet exercice très simple, répété un certain nombre de fois, en tendant les membres, c'est-à-dire en allongeant les muscles qui n'exécutent pas le mouvement à l'aide de ceux qui se contractent, produit, par sa répétition, des effets importants que nous examinerons plus loin.
Flexions du tronc, extensions latérales, torsions vertébrales, flexions, torsions et extensions des membres, voilà une série considérable de mouvements qui peuvent s'exécuter dans les mêmes conditions que le précédent et qui constituent la gymnastique élémentaire, sans appareils. Il est essentiel d'y joindre des exercices méthodiques de la respiration, car tous les mouvements viennent aboutir à une augmentation de l'hématose pulmonaire.
Le rythme du mouvement est ici d'une importance capitale. Si, en effet, le rythme peut être brusque et saccadé à la manière des exercices militaires, il peut être aussi très lent et sans interruptions franches, régulièrement croissant ou décroissant. D'une manière générale, il faut blâmer les mouvements saccadés dont le mode est imité des exercices miUtaires. Il se peut cependant qu'il y ait quelquefois intérêt à adopter un rythme croissant, mais ce doit être là un fait exceptionnel.
Le but de la gymnastique élémentaire est de favoriser le développement des organes; exécutez donc des tensions complètes, des inspirations complètes, et le
cœur, n'étant pas assailli par une masse sanguine qui ne peut pas être oxygénée assez rapidement, ne précipite pas ses mouvements pour accomplir sa fonction. En résumé, il faut autant que possible éviter l'essoufflement, qui est souvent un mal nécessaire dans la pratique de la gymnastique d'entraînement, mais qui est toujours un mal.
La multiplicité indéfinie des exercices élémentaires rend inutile la description précise des mouvements que Ton trouvera dans les traités pratiques. Toutefois, on conçoit que l'expérience a déterminé ceux des mouvements qui s'adaptent le mieux à une leçon collective.
La course, le saut en hauteur et en longueur, sont des exercices très recommandables; mais il faut dire ici ce que nous disions plus haut de la marche; nous ne savons pas courir avec méthode. Si, dès l'enfance, on entraînait graduellement les enfants à cet exercice, on leur rendrait et l'on rendrait à l'État, au point de vue militaire, un service considérable. Il faut apprendre à courir, en respirant par le nez, et proportionner l'effort de la course à la quantité d'air que les poumons et la peau sont en mesure de purifier.
Enfin il ne faut pas hésiter à admettre la lutte parmi les exercices sans appareils. Certaines formes de luttes avec les mains ou les bras, ou les luttes de traction collective, dans lesquelles un certain nombre d'enfants sont à une extrémité d'une corde et le même nombre à une autre, sont aussi d'une application facile. On reproche à ces exercices des dangers imaginaires et une forme quelque peu désordonnée. Il faut y voir, tout au contraire, une occasion d'appliquer la discipline morale et d'apprendre, dès le jeune âge, à exécuter, selon les règles et non pas selon les fantaisies individuelles, certains devoirs sociaux ou particuliers auxquels ces enfants seront plus tard astreints.
Nous devons maintenant parler des appareils à l'aide desquels on augmente la somme des efforts à accomplir, soit à l'aide de poids (haltères et massues), soit en donnant au corps son propre poids à soulever dans diverses directions à l'aide de trapèzes, d'anneaux, de barres et de cordages variés. Disons tout de suite que cette catégorie d'exercices, auxquels le public donne exclusivement le nom de gymnastique, n'en fait point essentiellement partie. Ils ne figuraient même pas dans la gymnastique des anciens. Néanmoins, nous devons considérer comme un progrès l'adjonction des exercices dits de voltige aux exercices de pied ferme.
Les principaux appareils sont, on le sait, les barres parallèles, les anneaux, les trapèzes, les cordages fixes et suspendus librement, les portiques, les échelles, les planches d'assaut et nombre d'autres pour la description desquels nous renverrons aux traités spéciaux.
Ayant ainsi sommairement énuméré les éléments de la gymnastique, nous avons maintenant à nous occuper de leur mise en œuvre, c'est-à-dire des gymnases, qui ressortissent en partie à l'hygiène publique, car il n'est pas douteux que, grâce aux efforts soutenus d'un grand nombre de médecins, de gymnastes et d'administrateurs, l'éducation physique de la nation finira par se propager jusqu'aux plus humbles hameaux.
Le gymnase doit être clos, couvert et même chauffé au besoin. Gomme la première condition pour que la gymnastique porte tous ses fruits est la régulaiité quotidienne des exercices, il s'en suit que le gymnase en plein air, qui n'est protégé ni
contre le soleil, ni contre le froid, ni contre la pluie, ne peut servir que lorsque le temps s y prête. Six ou huit mètres d'élévation suffisent aux besoins de Fexercice. Quant à la superficie, elle dépend du nombre des sujets à exercer. La température doit être réglée de façon à osciller entre 10 et 15°. La couverture ne doit être que partiellement vitrée, pour éviter Texcès des chaleurs de l'été.
Le mobilier gymnastique doit occuper une place assez restreinte, de façon à laisser l'espace libre pour les mouvements d'ensemble. Les haltères, les barres à sphères, les massues, les perches, doivent être rangés le long des murs, sur des gradins construits à cet effet. On aura soin de couvrir le sol de sciure de bois dans un tiers de sa surface et dans les deux autres tiers de plancher de sapin du Nord assez épais. Au-dessus du sol en sciure de bois s'élève le portique, muni des agrès nécessaires aux exercices d'ascension et de voltige. Sa hauteur ne doit jamais dépasser 3 ou 4 mètres. Encore ce portique n'est-il point indispensable, les agrès pouvant s'attacher à des crochets disposés aux poutres de la couverture et les diverses échelles se fixer le long des murs.
Le gymnase sera pourvu d'un vestiaire ; s'il se peut, des lavabos et même des douches lui seront annexés. Le costume, en effet, ne doit pas être le même que celui de la vie ordinaire; un maillot en tricot de coton ou, de préférence, de laine, un pantalon de toile écrue et, s'il se peut, des bottines sans talon en cuir souple, une ceinture en serge (sans boucle et sans anneau), seraient de la plus grande utihté. En tout cas, si les exercices doivent être exécutés avec le costume habituel, les bretelles, les boutons de col, les jarretières, seront sévèrement proscrits.
Il serait fort désirable que tous les étabUssements d'instruction publique de quelque importance fussent pourvus d'un gymnase. Dans les communes, le gymnase doit être à la fois communal et scolaire, c'est-à-dire que, en dehors de toute scolarité, les jeunes gens de la commune devraient y continuer leur éducation physique. Lors du siège de Paris, en 1870, nous avons vu arriver la garde mobile de la province dans un singuUer état d'ignorance des moindres mouvements du corps, marchant mal, se tenant mal, très rebelle aux mouvements d'ensemble, dépourvue, en un mot, de toute culture musculaire ; c'est cet état de choses qu'il ne faut plus voir se renouveler et c'est au sein du village qu'il faut porterie remède.
Ayant ainsi sommairement décrit les conditions matérielles de la pratique des exercices corporels, il nous reste à en montrer les applications. Tout d'abord, nous devons parler des effets généraux de la gymnastique sur l'ensemble de l'économie et sur les appareils organiques. Nous étudierons ensuite les exercices les plus importants et nous terminerons par l'examen des gymnases et des méthodes qui se disputent la faveur des gymnastes, des médecins et du public.
Effets généraux des exercices gymnastiques. — Tout mouvement spontané implique une contraction musculaire. Cette contraction est accompagnée ou suivie de certains phénomènes mécaniques, physiques et chimiques, qui se traduisent finalement en actes biologiques de la plus haute importance, A vrai dire, la propriété de contractilité est la condition dominante pour l'accomplissement de la plupart des fonctions organiques, soit par voie directe, soit par voie secondaire. Il faut donc étudier avec soin les conséquences qui résultent de son activité.
La contraction d'un muscle, au surplus, s'accompagne toujours, ou presque
toujours, de Télongation d'un antagoniste. Ainsi, dans le mouvement de flexion de lavant-bras sur le bras, il y a non seulement raccourcissement des fibres du biceps, mais élongation de son antagoniste, le triceps, qui, maintenu par la tonicité musculaire dans un état d'équilibre avec le biceps, oppose une certaine résistance à la contraction du fléchisseur. Cette résistance s'accroît d'ailleurs de l'élascité du myolemne. Mais il y a plus : si, tandis que le sujet en observation s'efl'orce de fléchir l'avant-bras, une résistance vient favoriser l'action du triceps, il s'étabhra une lutte entre les antagonismes qui, tous les deux, seront en état de contraction; à mesure que l'un des deux cède, l'autre se raccourcit; mais que l'un des deux s'allonge et que l'autre se raccourcisse, ils restent tous deux en état de contraction. La contraction n'implique donc pas nécessairement le raccourcissement et, quand les muscles sont soumis à une série d'elTorts gymnastiques, l'effet de la contraction se répartit uniformément dans le membre actif.
Ou sait en outre qu'un muscle qui s'est contracté développe un courant électrique qui se dirige du centre du muscle vers les tendons et qui paraît être lié, de même que la production du calorique, à l'intensité des actions chimiques. C'est donc finalement dans les actions chimiques qu'il faut rechercher les effets physiologiques de la contraction musculaire, et ces phénomènes sont d'autant plus importants que le tissu musculaire constitue en poids les neuf dixièmes de l'organisme. On sait depuis longtemps qu'après les contractions musculaires le sang est plus noir, ou, en d'autres termes, qu'il s'est chargé d'acide carbonique, résultant du travail auquel il a été soumis; la respiration musculaire survient immédiatement après, qui répare les pertes des tissus et leur permet, après avoir été impressionnés par la fibre nerveuse, de réagir à leur tour sur l'innervation. Il y a donc dans le fait de l'exercice musculaire une double série d'actions et de réactions, d'où résulte une nutrition plus active, si la dépense mécanique n'a pas dépassé la mesure de la réparation. Mais il arrive dans les exercices gymnastiques précipités une véritable asphyxie. La masse de sang veineux chargé des déchets organiques, sous forme d'acide carbonique, ne trouve pas à s'oxyder assez rapidement. De là, l'essoufflement qui correspond à la précipitation des phénomènes respiratoires par insuffisance d'oxydation d u sang. Or, il a été démontré que la puissance mécanique des animaux est réglée par l'intensité des phénomènes chimiques dont ils sont le siège; chez les hommes, ces phénomènes ont pour limite les conditions premières de la respiration pulmonaire, très insuffisante chez les individus qui n'ont pas été accoutumés à la respiration méthodique, ou dont les tissus, surchargés de matières hydro-carburées, fournissent au moindre effort une masse énorme de carbone à la combustion respiratoire.
L'homme tient le miheu, au point de vue de l'activité de la respiration, entre les oiseaux et les insectes, qui, pour un poids donné de matière organique, absorbent le plus d'oxygène et qui sont capables des efforts les plus inouïs \ et, d'autre part, les reptiles et les poissons, dont l'activité musculaire est bien moins considérable.
La contraction musculaire est donc, en raison de l'importance des phénomènes biologiques qu'elle provoque, la fonction animale la plus importante de l'économie, celle qui est en quelque mesure la régulatrice de la respiration et de la circulation.
1. Plateau a calculé qu'un lion devrait faire des bonds d'un kilomètre, s'il déployait une force égale à celle des grillons, des sauterelles et des puces (Force musculaire des insectes, Revue des Deux Mondes, 1866).
En effet, bien que subordonnées dans leurs forces propres aux incitations du système nerveux, ces deux grandes fonctions dépendent, quant à leur intensité et à leur régularité, du travail qu elles ont à accomplir, et ce travail, c est la contraction musculaire qui leur en fournit les éléments.
Tout individu convenablement exercé doit pouvoir régler la consommation du poumon et le travail du cœur, et ce règlement s'exécute spontanément quand Tencombrement des tissus par les détritus ne vient pas ajouter à la déperdition organique un excédent intolérable.
Mais au cœur et aux poumons ne se limitent pas les effets de Texercice. Les fonctions de la peau, provoquées par ses propres mouvements, non moins que par le calorique dégagé, suscitent une perspiration sensible ou insensible qui vient heureusement suppléer les poumons et les reins.
Tels sont les effets physiologiques que l'on doit attendre de la mise en pratique régulière des exercices corporels. Il faut bien reconnaître que, jusqu'à ce jour, on n'est pas entré dans l'analyse rigoureuse de ces effets et que l'instinct et l'expérience ont plus fait, pour leur propagation, que la science de l'hygiéniste. C'est en faisant sortir la théorie de la gymnastique du vague dans lequel elle s'est tenue jusqu'à présent que l'on en hâtera le progrès.
Des exercices fonctionnels spontanés. — Quoique, en définitive, toute gymnastique fasse appel à l'innervation et à la contraction musculaire, il importe, dans la pratique, de distinguer l'exercice particulier de certains appareils, pour distribuer le sujet avec quelque méthode.
Gymnastique respiratoire. — On sait qu'à l'état normal la moyenne des inspirations, chez l'homme adulte, est de dix-huit par minute, et que, chez les personnes non exercées, ce chiffre peut être rapidement quintuplé; or, l'habitude des exercices respiratoires doit permettre d'exécuter les plus grands efforts, sans dépasser quarante inspirations par minute. Tout exercice qui entraîne plus de cinquante inspirations par minute n'est pas en proportion avec les forces de l'individu qui l'exécute. Tels sont les préceptes généraux relatifs à l'exercice de la respiration. Il faut recommander aux gymnastes d'y apporter le plus grand soin et d'en faire l'objet d'instructions spéciales.
Le chant^ la lecture à haute voix (vociférations des anciens), doivent être considérés comme d'importants exercices pulmonaires; mais nous ne sommes pas partisan du vieux système, encore en usage dans les écoles primaires, de l'association du chant aux autres exercices. Il ne faut pas dérober l'attention qui doit se porter sur le mouvement que l'on exécute, d'une part; d'autre part, l'exercice suffit à la consommation de tout l'air inspiré, et il est dangeureux d'y joindre une cause d'essouflement aussi intense que le chant. L'exercice du chant et delà lecture à haute voix doit s'associer aux préceptes que nous venons de développer sur la gymnastique respiratoire.
De la marche, de la course et du saut. — Nous ne parlons pas ici de la marche, bien qu'à vrai dire elle constitue un important exercice. Mais elle rentre trop dans les usages de la vie quotidienne pour qu'il soit nécessaire d'en étudier les
applications gymnastiques. Disons toutefois que Taltitude du corps et des pieds doit être Tobjet d'un véritable enseignement, car les enfants et les jeunes gens prennent fréquemment des habitudes vicieuses qui engendrent des déformations souvent définitives. Ainsi le pied se pose trop sur l'un de ses bords; les pointes sont trop en dehors ou trop en dedans, et ces défauts d'éducation de la marche sont graves; outre qu'ils ne permettent pas de supporter la fatigue, ils engendrent à la longue de véritables pieds bots. L'habitude de renverser le corps en arrière favorise la formation des reins creux (ensellure lombaire) et l'obésité. Un homme adulte en bonne santé doit pouvoir aisément parcourir 90 mètres par minute et soutenir cette marche pendant huit heures. Le pas dit accéléré de l'infanterie est, d'après Michel Lévy, de 110 par minute, mesurant 71 mètres. Le pas maximum est de 153 pas, soit 6 kilomètres à l'heure, avec une charge de 70 kilogrammes. Ces chiffres sont bons à donner aux personnes indolentes qu'effraie la moindre marche.
La course est un véritable exercice gymnastique. On sait qu'il jouait un rôle important dans la palestrique des anciens et qu'il constituait l'épreuve suprême des jeux olympiques.
Pysiologiquement, la course modérée, celle qui permet de parcourir ^00 mètres par minute, est l'un des moyens les plus propres à développer les organes thoraciques et à permettre aux poumons de fournir, sans fatigue, tout leur travail utile. Il est évident que ce n'est que par un entraînement, pratiqué pendant la jeunesse, que l'on peut arriver à acquérir les qualités du coureur, et encore faut-il les entretenir, de temps à autre, par un exercice progressif. Les coureurs anglais, que nous ne donnons pas comme modèle d'hygiène, sont parvenus à parcourir 30 lieues en quinze heures et à répéter celte performance après une nuit de repos. En 1858, Hospool a parcouru 1 mille (1 609 mètres) en 4 minutes 23 secondes. 10 milles ont été courus par Levelt en 53 minutes, soit plus de 4 lieues en une heure. En 1903 le vainqueur de la grande course à pied (Marathon) de France a couvert les 40 kilomètres du parcours en 2 heures 34 minutes et 50 secondes. Les coureurs arabes, les Rekas, qui sont maintenant disparus, couraient vingt heures par jour, plusieurs jours de suite. Les Sais actuels du Caire courent, devant les voitures, aussi longtemps que les chevaux eux-mêmes et sans fatigue.
Ces faits prouvent que la course n'est pas une allure aussi étrangère à l'homme que l'on pourrait le supposer d'après nos lourdes habitudes. Il est du plus haut intérêt d'habituer nos jeunes gens à des exercices de ce genre et de faire tenir une place, dans l'éducation physique, à des excursions gymnastiques qui sont plus intéressantes et plus utiles que les monotones promenades de leur collège. Pour celui qui sait courir, la course n'est qu'un jeu, et il est d'ailleurs à noter que la course au milieu d'une marche, c'est-à-dire un changement d'allures, repose le marcheur et lui permet de reprendre aisément un pas accéléré.
Mais il importe d'enseigner l'art de courir, et, pour cela, il faudrait que les gymnastes fussent eux-mêmes de bons coureurs ; il faudrait qu'ils puissent suivre les élèves et les corriger quand ils prennent de mauvaises attitudes. On veillera à ne jamais dépasser certaines limites au début de l'entraînement, à ne pas lever les genoux trop haut, à raser le sol sans y poser le talon, à allonger la jambe active, à tenir les coudes au corps, à pencher légèrement le tronc en avant et à ne pas trop renverser la lête en arrière.
Dans la gymnastique pédagogique, c'est chaque jour que la course devrait être pratiquée, en variant fréquemment l'allure, la durée, la dislance. C'est aux médecins à réagir contre la tendance qu'ont de nos jours les gymnastes à remplacer trop souvent cet important exercice par les mouvements dits de pied ferme.
Nous avons peu de chose à dire du saut et de ses nombreuses variétés. Indépendamment de ses avantages musculaires, le saut développe à un haut degré le coup d'œil, l'adresse, le sang-froid: il habitue à la mesure des distances et à proportionner exactement Teffort au but à atteindre.
De différents autres exercices gijmnasliques. — Ce n'est pas notre intention de décrire ici en détail les exercices de suspension, de grimper, de voltige, qui offrent, à divers points de vue, de grands avantages, mais qui ne constituent qu'une partie accessoire de la gymnastique. Il en est de même des haltères et des massues, qui ne servent qu'à augmenter, par l'action de ces appareils à poids variables, l'action fondamentale des divers mouvements hbres. Nous en reparlerons à l'occasion des méthodes de gymnastique anciennes et modernes.
Des gymnases. — Les anciens avaient divisé la gymnastique en quatre branches : 1° la falestrique, se composant des exercices dits naturels^ la course, les sauts, la natation, le ceste, la lutte, etc. ; 2° V hoplomachie ou gymnastique mihtaire, comprenant le maniement des armes; 3° Vorchestique, qui comprenait les danses rehgieuses et 4° la gymnastique médicale^ l'une des sources principales de la médecine grecque (Littré, Introd. à Hippocrate, I, p. 5). Athènes comptait un grand nombre de gymnases; l'Académie, le Lycée, le Canope, le Cynosarge étaient les plus célèbres ; le dernier était réservé aux gens de basse condition; en outre, il existait, dans la ville même, des palestres où s'entraînaient plus spécialement les athlètes et les concurrents des jeux olympiques.
Les gymnases étaient pourvus d'appareils balnéatoires de tout genre, sauf de douches, que les Grecs ne paraissent pas avoir connues. A Rome, l'organisation delà gymnastique était moins complète; elle prit rapidement un caractère exclusivement militaire, et c'était au Champ de Mars que s'exerçaient les citoyens de tout rang; les thermes servaient aussi de gymnase, mais bientôt le cirque absorba toutes les préoccupations des maîtres de l'Occident. L'abandon de la gymnastique générale coïncida avec la décadence de l'empire romain.
Quelque ambitieux que puisse paraître un tel projet, il nous paraît nécessaire de restaurer de nos jours une organisation comparable à celle des Grecs, en adaptant plus spécialement les exercices à notre civihsation, au génie de la guerre moderne et à l'hygiène publique.
L'initiative privée a beaucoup fait. Elle a trouvé des méthodes et des appareils excellents, elle a saisi l'opinion publique qui commence à prendre un intérêt actif à l'éducation musculaire de l'enfance. Les progrès, depuis une quarantaine d'années, ont été incessants; mais il est facile de s'apercevoir maintenant que, si l'état et les municipahtés n'interviennent pas, le but à atteindre, c'est-à-dire le projet de faire passer toute la population par un cours réguher d'exercices corporels, pendant de longues années et d'une façon assidue, ne sera pas rempli ; nous resterons en deçà des limites du perfectionnement qu'il est possible de réaliser.
Laissons de côté les établissements d'instruction, publics ou privés, auxquels il suffit d'imposer Tobligation d'avoir un gymnase ; il faudrait en créer un pour les écoles primaires et pour le public dans chaque arrondissement de Paris, dans les communes de quelques milliers d'habitants. En province, les édifices inutiles ne manquent pas qui pourraient être affectés à cet usage.
Une salle, aussi grande que possible, de 10 mètres d'élévation, munie d'un plancher en madriers dans les deux tiers de sa longueur et, s'il se peut, d'un appareil hydrothérapique très simple (la douche en jet suffit, avec un réservoir placé à 10 mètres de hauteur) : tel est le gymnase-type. Quant aux appareils, ils ne sont pas indispensables; cependant quelques escabeaux pour les sauts en profondeur, quelques cordes lisses, des échelles horizontales et verticales, des barres parallèles, des chevaux de voltige, puis les barres à sphères ou des bâtons ferrés {xylofers de Laisné) et des haltères de poids variés, rendraient les plus grands services.
Il va de soi que, faute de gymnases de 80 mètres, des salles de 10 mètres pourraient parfaitement servir à un groupe restreint. Quant à l'adjonction de l'hydrothérapie à la gymnastique, en tenant compte des observations que nous avons présentées à l'article sur les Bains, on n'aura jamais d'accident et l'on aura réahsé pour l'éducation physique un progrès sérieux.
Des méthodes de gymnastique. — Considérée au point de vue de l'hygiène publique, la gymnastique est une éducation, un entraînement corporel qui permet à l'organisme de fournir la plus grande somme d'activité musculaire, avec la plus grande constance possible, et prémunit contre les maladies qui résultent de l'inaction, des intempéries et du développement excessif du système nerveux.
Il faut donc éloigner l'idée que la gymnastique est une distraction, un « art d'agrément » ou même un moyen amusant d'entretenir sa santé. C'est une rude et sévère discipline qu'il faut imposer à la jeunesse, comme un devoir, et pour laquelle il faut avoir la même rigueur, les mêmes exigences que pour V entraînement cérébral que l'on pratique dans nos lycées. A cette condition seulement on peut attendre de la gymnastique des résultats sérieux et vraiment pratiques, surtout à une époque où, malgré les progrès de la civilisation, il est étabU que le sort des nations dépend plus que jamais des batailles. A d'autres points de vue, la gymnastique est le plus sûr préservatif, pour la jeunesse, de la débauche précoce, des passions affectives, des ambitions effrénées, de l'alcoohsme, dont les victimes encombrent les asiles et les hôpitaux. Enfin, en fortifiant l'individu, on a lieu de croire que la maladie l'atteindra moins sévèrement, et que les dépenses de l'assistance hospitalière seront réduites en proportion du développement de la santé publique.
S'il est une science dans laquelle l'éclectisme soit en quelque sorte imposé, c'est à coup sûr la gymnastique. On peut assurément admettre que tous les exercices sont utiles, sous toutes les formes, sauf les dislocations des clowns qui devraient être interdites. Mais les exercices fondamentaux sont ceux qui contribuent au développement des fonctions habituelles du corps.
Les exercices, dits de voltige, qui, il y a une trentaine d'années, constituaient toute la gymnastique, ne doivent pas être négligés. Ce qu'il faut proscrire, ce sont les tours de force autour des barres, des trapèzes ou des anneaux. Et c'est malheureusement cette partie acrobatique, brillante, que l'on cherche à développer dans les
fêtes et dans la plupart des gymnases. Les sauts doivent être très cultivés. Les exercices de force, l'enlèvement des poids, ont aussi une grande importance. Enfin, ce que l'on néglige absolument dans les gymnases, c'est la continuité dans le travail. La gymnastique ne comporte pas seulement une série de leçons d'exercices variés, elle exige une succession d'entraînements. C'est ainsi que l'on pourrait, dans les écoles ou dans les sociétés particulières de gymnastique, pratiquer la course ou le saut pendant un mois, l'escrime pendant un autre mois, les haltères pesantes, le grimper, etc., et successivement acquérir dans chaque genre un certain degré de perfection.
On voit que, pour arriver à des résultats importants, il faudait consacrer, non deux heures par semaine, comme on le fait dans nos lycées, mais deux heures par jour aux exercices de corps. En Angleterre, certaines écoles y donnent la moitié de la journée. Il est admis, depuis longtemps, que Ton pourrait obtenir, avec moins d'assiduité apparente aux études, plus de résultats qu'avec dix heures de classe, si le gaspillage du temps, produit de l'ennui et de la fatigue mentale, ne chassait l'attention. Quel est l'adulte qui pourrait travailler utilement de tête huit ou dix heures par jour? D'ailleurs quelques écoles françaises, et notamment Técole Monge, sont entrées dans cette voie, et les élèves y prennent, en dehors des récréations, une heure au moins d'exercices corporels chaque jour.
Bes exercices physiques au point de vue de la thérapeutique médicale. — Il est incontestable que le travail musculaire régularisé est un excellent moyen de traitement dans plusieurs maladies. Non seulement on peut développer les forces, combattre l'anémie ou le diabète (Bouchardat) et diminuer l'obésité, mais encore on parvient à régulariser les fonctions digestives, à développer l'appétit et même à imprimer une plus grande activité à la circulation générale. Tous les médecins recommandent à certains malades, et surtout aux convalescents, de prendre de r exercice; mais il serait bon de doser V exercice comme les médicaments et la nourriture. Les Américains ont préconisé un système de traitement qui consiste à soulever des poids à l'aide d'un appareil assez compliqué, et qui permet de graduer l'effort et de le mettre en proportion avec l'effet que l'on veut obtenir. On assure que d'excellents résultats sont obtenus, dans le traitement de diverses maladies, par ce moyen thérapeutique, qui n'est pas d'un usage bien répandu en France.
Parmi les exercices qu'il convient de recommander, soit aux convalescents, soit à certains malades, nous citerons plus particulièrement Vescrime^ qui développe très rapidement certains groupes de muscles, et donne une grande activité aux mouvements respiratoires; Véquitation^ qui, d'après les médecins anglais, aurait une action favorable dans les maladies de l'appareil pulmonaire ; enfin la natation, qui met en mouvement, d'une façon simultanée, tous les muscles du corps. Il est probable que cet excellent exercice peut revendiquer une partie des guérisons qui sont attribuées à l'influence, d'ailleurs si salutaire, des bains de mer. Citons enfin la gymnastique dite suédoise, qui constitue à elle seule une méthode toute spéciale et pour laquelle nous renvoyons aux traités spéciaux.
Après avoir insisté de la sorte sur la gymnastique nous ne ferons que signaler les autres exercices physiques dont la valeur hygiénique est depuis longtemps connue. Nous indiquerons seulement que d'une façon générale il faut pratiquer
ces exercices sans exagération pour qu'ils restent utiles à Forganisme. Il convient d'entraîner le corps et de ne pas le surmener.
U escrime développe considérablement l'adresse et la souplesse des tireurs. C'est un exercice qui a l'avantage de pouvoir être pratiqué en ville et même à domicile; mais il vaudrait mieux encore faire de l'escrime en plein air. La rapidité et l'intensité des mouvements déployés amènent une prompte accélération de la respiration et de la circulation suivie d'une sudation abondante ; c'est donc un exercice violent qu'il ne faut poursuivre que par reprises assez courtes, interrompues par des intervalles de repos. Surtout chez les jeunes sujets, l'habitude de ne faire de l'escrime que d'une seule main entraîne une incurvation de la colonne vertébrale et un abaissement de l'épaule du côté exercé, avec développement unilatéral des muscles du membre supérieur de ce côté. Aussi vaut-il mieux apprendre à manier l'épée des deux mains.
Les exercices du sabre, du bâton, de la boxe sont tout à fait comparables à celui de l'épée.
L'équitation est une excellente façon de faire un exercice modéré au grand air sans grand effort musculaire. Nous n'avons en vue ici que la promenade, les courses ou la chasse à courre sorlant du cadre des exercices simplement hygiéniques. En dehors de l'état de grossesse ou de la période menstruelle, l'équitation ne nous paraît pas contre-indiquée chez les femmes qui n'ont pas d'état pathologique de leurs organes génitaux.
Le cyclisme exige un travail musculaire plus considérable et plus soutenu que l'équitation et par suite active davantage les fonctions de nutrition. Mais cet exercice cesse d'être hygiénique, dès qu'on en abuse. Les efforts prolongés qu'exigent les grandes vitesses et l'ascension des côtes, ne vont pas sans fatiguer les organes respiratoires et le cœur. Pour tirer un bénéfice hygiénique de l'usage de la bicyclette, il faudra s'astreindre à ne pas marcher à une vitesse moyenne de plus de 15 kilomètres a l'heure. Dans les montées on mettra pied à terre avant que l'essoufflement se soit produit.
Il faut que la bicyclette soit construite et que la selle et le guidon soient disposés de façon à ne pas forcer le corps à se pencher fortement en avant.
Les femmes et les adolescents peuvent faire de la bicyclette avec avantage, à la condition d'exagérer encore les principes de modération dans l'allure et dans l'effort que nous venons d'indiquer. Une vitesse moyenne de 12 à 13 kilomètres à l'heure sera bien suffisante pour eux; quant aux étapes, elles doivent naturellement être restreintes. Les contre-indications pour la femme sont les mêmes que celles que nous avons signalées à propos de l'équitation.
Le canotage, assez délaissé depuis que l'emploi de la bicyclette s'est tellement répandu, constitue un exercice de premier ordre pour le développement des muscles, des membres et du tronc. Le milieu de plein air dans lequel il se pratique est spécialement favorable à la santé. Mais le canotage prolongé exige des efforts soutenus qui mèneraient rapidement au surmenage du système cardio-vasculaire, s'il était pratiqué par des sujets trop jeunes ou trop âgés ou par des personnes atteintes de quelque tare du côté des poumons ou du cœur.
Quant à la natation, c'est assurément un exercice des plus salutaires ; mais ne devrait-on pas considérer, surtout pour les populations riveraines des fleuves ou des
mers, que c'est une véritable nécessité que de savoir nager? N'est-il pas extraordinaire de constater que la plupart des marins et bon nombre d'officiers de notre flotte sont incapables de se maintenir sur Teau?
Le patinage est aussi un excellent exercice de souplesse et d'adresse; mais on a rarement en France Toccasion de le pratiquer en plein air.
La danse telle qu'on la pratique chez nous, c'est-à-dire dans une atmosphère confinée et surchauffée et pendant les heures généralement consacrées au sommeil ne peut être considérée comme un exercice hygiénique.
Nous terminerons en signalant comme étant des exercices de premier ordre pour les enfants et les jeunes gens les jeux- au grand air, qui nécessitent des mouvements variés, la marche, la course, le saut. C'est avec raison qu'on a introduit dans les établissements scolaires le lawn-tennis, et même le foot-ball, sagement conduit ; ils ajoutent leur attrait à celui des anciens jeux français, comme la paume et les barres, et incitent les élèves aux récréations mouvementées.