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DIXIÈME PARTIE

Lliomme a cherché de tout temps un abri contre les intempéries des divers climats qu'il habite et un refuge contre ses adversaires. A Tépoque la plus reculée où il nous est possible de retrouver des vestiges de l'humanité, aux temps préhistoriques, les rudes chasseurs qui combattaient les animaux féroces avec des pierres à peine aiguisées, cherchaient à se loger dans les anfractuosités du sol, abri primitif, fourni par la nature elle-même et que les travaux les plus grossiers pouvaient convertir en une demeure relativement assurée.

L'habitude de se loger dans les cavernes et les creux des rochers n'est pas aujourd'hui perdue, et l'on sait que Beau décrivait le rhumatisme qui affecte spécialement ceux qu'il appelle les Troglodytes de Chantilly. En Géorgie et dans la partie méridionale de la Russie, les habitants vivent, au milieu de la steppe, dans des habitations souterraines où ils se trouvent à l'abri du froid. Cette coutume paraît avoir existé de tout temps en Arménie, et Xénophon, dans la retraite des Dix Mille, rapporte comment les Grecs, transis de froid au milieu des neiges qui couvraient la plaine, furent heureux de recevoir l'hospitalité dans ces vastes souterrains où les familles s'entassaient, pêle-mêle, avec leurs bestiaux.

Dans d'autres circonstances, des conditions climatologiques et sociales différentes ont amené de tout autres habitudes. En Suisse, en France, en Lombardie et dans presque tous les pays de l'Europe, on a vu des populations entières se réfugier au sein des eaux et se construire des habitations lacustres dont le type n'est pas encore entièrement perdu. On peut en rapprocher ces nombreuses peuplades de la Chine et de la Malaisie dont la vie tout entière se passe dans les bateaux.

Dans tous les pays, l'homme s'adaptant aux conditions climatologiques, aux exigences sociales et aux matériaux qu'il avait sous la main, a construit des habitations des types les plus divers, et nous voyons encore aujourd'hui qu'en Suisse et en Norvège les habitations sont presque entièrement construites en bois, tandis qu'en Angleterre on use principalement de la brique que fournit en si grande abondance l'argile du sol, tandis que dans les pays semés de rochers granitiques les monuments et les habitations sont presque entièrement construits en pierre.

l'habitation

Au milieu de ces coudilions si diverses, Thygiène ne perd pas ses droits; il existe des règles générales applicables à toutes les constructions et qui prescrivent d'établir une ventilation suffisante, d'observer certaines règles sous le rapport des proportions, de fournir à chaque instant une quantité suffisante de lumière, d'y distribuer également le calorique, et ce sont là les points qui, dans un traité d'hygiène générale, doivent attirer l'attention du médecin. Nous allons donc nous occuper de l'hygiène de l'habitation en nous plaçant surtout au point de vue des pays que nous habitons.

L'habitation peut servir d'abri à un petit nombre de personnes, aux membres d'une même famille ou à quelques familles seulement; elle peut prendre des proportions beaucoup plus considérables et être destinée à une collectivité. L'habitation est alors dite privée dans le premier cas, collective dans le second.

Parmi les habitations collectives nous comprendrons non seulement les bâtiments où une agglomération humaine loge de jour et de nuit (casernes, hôpitaux, prisons, etc.), mais encore ceux qui ne sont fréquentés que pendant quelques heures chaque jour (théâtres, établissements scolaires, etc.).

Emplacement. — La première considération est celle de l'emplacement. Son choix présente une grande importance au point de vue sanitaire, bien que ce soient d'autres considérations que celles inspirées par l'hygiène, qui l'emportent en général. Mais l'hygiéniste, s'il est rarement consulté pour la détermination d'un emplacement convenable, peut encore être appelé à signaler et à modifier les conditions défectueuses dans lesquelles se trouve un emplacement déjà choisi.

Pour pouvoir fournir des données raisonnées sur les meilleures conditions que doit présenter au point de vue de l'hygiène l'emplacement d'une habitation, il faut réunir un certain nombre de notions portant sur les points suivants : les conditions météorologiques de la localité et les influences que peuvent leur faire subir certains voisinages, comme celui de la mer, d'un lac, d'un cours d'eau, d'une forêt, d'une montagne; la configuration et l'altitude du sol; la nature du sol et du sous-sol ainsi que la profondeur delà nappe d'eau souterraine; le degré de souillure du sol; enfin l'orientation qu'il conviendra de donner aux façades de l'habitation.

La connaissance des conditions météorologiques d'une localité est indispensable pour présumer de la salubrité d'une habitation qu'on y veut construire. Dans certains cas même elle prend un intérêt primordial, lorsqu'il s'agit d'édifier un sanatotorium par exemple. Ne doit-on pas alors s'informer tout d'abord des moyennes de température aux diverses époques de l'année, de la nature des vents dominant, de l'abondance de pluies et de l'état hygrométrique de l'air.

Douglas Galton signale que la mortalité augmente dans une localité avec l'écart qui existe entre la température moyenne des mois de janvier et de juillet.

Les vents froids et humides ont une action fâcheuse sur la santé. Il faudra donc choisir un emplacement aussi abrité que possible contre eux.

L'humidité atmosphérique joue un rôle important dans l'éclosion de certaines maladies, particulièrement des affections des voies respiratoires et du rhumatisme. Certains voisinages ont une influence marquée sur les conditions météorologiques • d'un pays. Les bords de la mer, les rives des lacs et des fleuves sont généralement humides. Dans les régions montagneuses les abaissements thermiques sont très

marqués pendant la nuit et les vents sont très violents. Les forêts retiennent les eaux météoriques, dont elles règlent le déversement, en emmagasinant Thumidité indispensable pour combattre la sécheresse des étés. Elles diminuent aussi les rigueurs de l'hiver et tempèrent ainsi le climat.

Il faut d'ailleurs toujours tenir compte de la configuration de la surface du sol, au niveau et autour de l'emplacement choisi. L'expérience a montré que le fond des vallées rétrécies, le pied des montagnes et des coteaux, les dépressions en contrebas des plaines, emmagasinent l'humidité et sont insalubres. Les sommets des montagnes, les hauts plateaux sont battus par les vents et par suite trop froids. En général le sommet d'un dos de selle dans les endroits peu accidentés, ou un emplacement convenablement abrité et bien exposé à mi-coteau sont favorables à la construction d'une habitation. On pourra d'autre part utiliser les accidents de terrain en leur faisant jouer le rôle d'écran protecteur contre des vents violents et froids ou contre des émanations insalubres.

L'hygiéniste doit encore se préoccuper de la nature du sol sur lequel doit s'élever une habitation. Nous avons déjà indiqué l'influence de sa constitution géologique sur sa porosité, sur sa perméabilité à la chaleur, à l'air et à l'eau. Il ne faut pas oublier qu'il se fait un échange d'air important entre le sol et l'intérieur des habitations.

L'humidité du sol est une condition défavorable pour la salubrité de l'habitation. Le granit et la plupart des terrains rocheux, l'argile ne laissent pas pénétrer plus de 5 à 10 p. 100 des eaux pluviales. Mais si la pente est en général fortement prononcée en terrain rocheux, de sorte que les eaux s'écoulent aisément, il n'en est plus de même pour les terrains argileux, qui de ce fait retiennent toute l'humidité.

Les terrains très perméables, comme le sable, le grès, le calcaire non marneux sont de bons emplacements de construction, à la condition qu'une couche imperméable voisine de la surface ne retienne pas les eaux.

On voit par là l'importance que prend la détermination de la profondeur de la première nappe d'eau souterraine. Sans vouloir faire jouer à celle-ci le rôle capital qui lui attribuait Pettenkofer dans la genèse de certaines maladies épidémiques, on comprend que plus elle est voisine de la surface du sol, plus elle entretiendra une humidité nuisible dans les premières couches de terrain.

Or les matériaux de construction, dont on fait ordinairement usage, sont perméables à l'eau et lui permettent de s'élever par capillarité dans les pores des murs de l'habitation. Cette ascension de l'eau du sous-sol varie d'ailleurs singulièrement suivant la nature des terrains qu'elle traverse. Tandis que les calcaires lui permettent de s'élever à une hauteur considérable, le sable se prête très mal à ces phénomènes de capillarité.

On pourra dans une certaine mesure obtenir l'assèchement d'un sous-sol par trop humide au moyen de drainages qui présentent encore l'avantage d'aérer le sol et d'y facihter l'oxydation des matières organiques.

En tout cas il faut avec F. et E. Putzeys établir comme règle qu'il est nécessaire que le sous-sol soit naturellement ou artificiellement placé dans des conditions telles que l'ascension de l'humidité par attraction capillaire jusqu'au sol des caves et jusqu'aux fondations soit impossible. L'expérience a montré que pour satisfaire à cette condition il • faut que le niveau le plus élevé de la première nappe d'eau souterraine reste toujours à

l'habitation 843

5 mètres au-dessous de la surface du sol. Cette distance est insuffisante lorsqu'il est nécessaire de faire descendre les fondations très bas ou lorsqu'on se propose de construire plusieurs étages de caves.

Le sol peut encore être considéré comme insalubre, du fait des souillures qu'il renferme. Nous avons déjà indiqué la nature et l'origine de celles-ci et nous rappelons que ce sont surtout les excrétions humaines qui contaminent le sol de la fajçon la plus dangereuse, car elles peuvent y déposer des germes pathogènes, qui y conservent plus ou moins longtemps leur vitalité et leur virulence. S'il est nécessaire, par l'analyse chimique on déterminera la quantité de matière organique contenue dans le sol; on pourra également pratiquer une analyse bactériologique des germes qu'il contient. Mais il ne faut pas oublier que les souillures sont souvent entraînées par les eaux de surface qui les déposent ensuite dans les premières couches du sol, en des points plus ou moins éloignés de leur origine. On ne négligera donc pas de s'enquérir du voisinage de cimetières, de dépôts d'ordures, de fosses à fumiers, d'usines insalubres dont les eaux pourraient s'écouler jusqu'au niveau de l'emplacement choisi. On pourra dans ces cas obtenir des indications précieuses des analyses bactériologiques ou chimiques de l'eau du sol. De leurs résultats on tirera des conclusions identiques à celles que nous avons indiquées à propos de l'analyse des eaux potables.

Il reste encore à déterminer dans le choix de l'emplacement les conditions qui permettront de donner V orientation la plus favorable à l'habitation. Dans les villes cette orientation est le plus souvent imposée par la direction des rues. Lorsqu'on a le choix, comment doit-on établir les façades principales? Le but qu'on se propose dans les climats tempérés c'est d'obtenir que le soleil pénètre dans la maison de façon à assurer le maximum de chaleur et d'éclairage.

Les expériences de Knauff donnent des indications précises sur la chaleur qui est cédée à une surface par les rayons solaires aux diverses périodes de l'année suivant son orientation. Voici les résultats qu'il a obtenus :

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