Quand la Prusse donne 38 enfants, nous en produisons
En France l'excédent des naissances sur les décès s'élevait en 1874 à 172 943, ce qui est à peu près le même chiffre qu'en 1872. En 1875, il n'était que de 105 913; il s'est abaissé à 93 700 en 1896, à 33 860 en 1898 et à 31 394 en 1899. En Allemagne, le chiffre des naissances excède chaque année d'environ 450 000 celui des décès.
Si l'on cherche à calculer, d'après les différences dans la natalité, le nombre des hommes qui, dans cent ans, parleront l'anglais, l'allemand et le français, on arrive au résultat suivant :
On compte aujourd'hui, tant en Angleterre qu'en Amérique, au Canada ou en Australie, 125 millions d'hommes parlant anglais. Dans cent ans, la population doublant en Angleterre et quadruplant aux États-Unis, au Canada ou en Australie, ce nombre sera de 260 miUions d'habitants.
100 millions d'hommes dans les divers États allemands et 2 millions en Suisse, doublant en 56 et 60 ans dans le Nord et en 167 ans dans le Midi, donneront dans un siècle plus de 200 millions d'hommes parlant allemand.
Il n'existe au contraire que 36 millions et demi de P'rançais, 2 millions de Belges et 500 000 Suisses, 1 milhon environ d'Algériens ou de colons parlant la langue française. Cette population ne s'élèvera dans un siècle qu'au chiffre de 45 millions.
11 résulterait de ces données que, si l'émigration continuait avec les mêmes caractères, et c'est là une question dont la solution est difficile à donner aujourd'hui, la langue anglaise tendrait de plus en plus à remplacer le français, l'univers devenant anglo-saxon.
Il est évident que ces calculs, malgré leur justesse au fond, sont empreints d'une certaine exagération. Notons d'abord qu'en Amérique, ou pour parler plus exactement aux États-Unis, l'énorme accroissement de la population est dû, en totalité, à l'immigration européenne. La race primitive, celle qui a proclamé l'indépendance il y a cent ans, se trouve dans des conditions presque identiques à celles de la France. La population véritablement américaine, représentée parles descendants de Washington, si l'on peut ainsi parler, tend à diminuer plutôt qu'à s'accroître, et dans certains États, le Massachusetts, par exemple, cette diminution est un fait acquis.
D'autre part l'immigration se compose de quatre éléments principaux : l'élément anglais, l'élément écossais, l'élément irlandais et l'élément allemand. Ce dernier tend à devenir de plus en plus prépondérant, et beaucoup d'Allemands d'Europe ont déjà caressé le rêve d'une Allemagne américaine (Amerikanisches Deutschenthum.)
Il est certain, en tout cas, que les Allemands d'Amérique vivent ensemble, ont des opinions, des coutumes et des intérêts souvent opposés à ceux de la race anglosaxonne, et qu'il existe aux États-Unis plus de quatre millions d'individus dont l'allemand et non l'anglais est la langue maternelle. Ce chiffre, loin de diminuer, tend à s'accroître tous les ans.
D'un autre côté, parmi les émigrants parlant anglais, il est évident que les Irlandais ne sauraient passer pour des Anglo-Saxons; leur religion, à défaut d'autres caractères, suffirait pour les en distinguer. Or il existe plus de huit millions d'Irlandais et de descendants d'Irlandais cathohques aux États-Unis.
Les quatre millions de noirs que renferment les États du Sud ne peuvent guère passer non plus pour des Anglo-Saxons.
Enfin, il existe aux États-Unis près d'un million de Canadiens parlant français, et la langue française est parlée par un million et demi d'individus au Canada.
Il y a donc une exagération visible dans le procédé qui consiste à prendre pour base le chiffre de la population dans chacun des pays où l'anglais est la langue prédominante, à le multiplier par le coefficient séculaire d'accroissement de la popula-
lion, et à déduire de ce calcul le chiffre total des habitants du globe qui parleront anglais dans cent ans.
D'un autre côté, parler la même langue ne signifie pas toujours avoir les mêmes sentiments. Citons l'exemple de l'Irlande par rapport à l'Angleterre et de l'Alsace par rapport à l'Allemagne.
Pour ce qui touche à la langue française, les évaluations précédentes nous paraissent un peu trop défavorables. En effet, si la population de langue française s'accroît lentement en France, il n'en est pas de même en Suisse et en Belgique. Et d'ailleurs l'un des éléments les plus importants du problème est le ralentissement forcé de Taccroissement d'une population, lorsque les limites de capacité de son territoire et de ses ressources sont à peu près atteintes. Voilà pourquoi l'Irlande, qui comptait 7 millions et demi d'habitants en 1846, n'en compte plus guère que 5 millions aujourd'hui. Nous assisterons probablement à un développement considérable de l'émigration vers les États-Unis et l'Australie jusqu'au jour où, le territoire étant suffisamment peuplé, il n'y aura plus aucun avantage pour le prolétaire à quitter son pays d'origine.
Pour la France, au contraire, l'Algérie offre un champ de colonisation qui pourrait aisément nourrir de 8 à 10 millions d'Européens, avant que la population fût gênée par le manque de terrains cultivables.
Enfin, dans le calcul de l'importance relative des peuples de l'avenir, il ne faut point oubher le développement prodigieux qu'est appelée à prendre la population de la Russie, qui s'élève aujourd'hui à près de 129 milhons et qui dans un siècle aura plus que doublé, car le terrain ne saurait ici manquer sous les pas des générations futures. Si l'on réfléchit en outre à Tattraction qu'exerce la Russie sur les races slaves, on voit qu'il existe à l'Orient un centre de population bien capable de contrebalancer l'influence de l'élément anglo-saxon et des races germaniques en général.
Concluons donc que, s'il existe dans l'amoindrissement de la natalité en France un danger réel qui doit sérieusement nous préoccuper, il ne faut point exagérer le mal, ni s'abandonner à un découragement qui, en nous ôtant tout espoir de succès, ne nous laisserait point la force de réagir. Ne soyons ni optimistes, ni pessimistes, contentons-nous d'être suffisamment éclairés pour comprendre la situation actuelle et pour agir en conséquence.
Influence des mois sur la natalité, — Le maximum des conceptions se rencontre' pour la France, l'Italie, la Belgique, dans les mois de mai, puis juin, juillet et enfin avril, ce qui renvoie le maximum des naissances par conséquent aux mois de février' d'abord, puis mars, avril et janvier.
En France, dans le mois de février, les naissances légitimes sont de 99 au-dessus > de la moyenne (1 000) que les illégitimes dépassent de 131.
Pour les enfants légitimes, ce sont ensuite les mois de mars et d'avril qui sont le plus riches en naissances, tandis que le plus grand nombre des enfants illégitimes, conçus en avril, viennent charger les naissances du mois de janvier.
L'influence saisonnière se manifeste plus profondément sur la conception dans les populations rurales que dans les populations urbaines, et plus encore dans ces dernières que dans le département de la Seine.
Rapport des naissances des deux sexes.. — Durant la première moitié de ce siècle, les naissances annuelles des garçons ont constamment dépassé celles des filles dans le rapport très approximatif de 106 à 100. Pendant la période de 1861 à 1868, ce rapport est descendu à 105.
En 1869, il a été de 105,02; en 1870, de 104,79; en 1871, de 104,87; en 1874, de 105,3, en 1875, de 105,1. Il naît proportionnellement plus de garçons dans les campagnes que dans les villes.
Le tableau suivant donne les rapports de sexe des nouveau-nés dans les diverses nations de l'Europe.
RAPPORTS DES SEXES DES NOUVEAU-NÉS CHEZ LES DIVERSES NATIONS DE l'eUROPE