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Tenon, Mémoire sur les hôpitaux

deux toises de large sur toute la longueur en bâtiment, c'est-à-dire sur 28 toises environ. Cet espace sera le promenoir particulier des malades de ce bâtiment. Ces différents bâtiments seront liés, les uns aux autres, par une galerie de communication, qui fera tout le tour de la cour intérieure et passera au pied de Tescalier de chaque pavillon. Elle ne s'élèvera pas au-dessus du rez-de-chaussée et n'interceptera point, par conséquent, la circulation de l'air.

La chapelle sera au fond et à l'extrémité de la cour intérieure; elle aura d'un côté le logement des prêtres (à Lariboisière, la communauté), et de l'autre l'amphithéâtre, où se feront les démonstrations anatomiques; derrière seront les chambres des morts. »

L'analogie est saisissante, absolue.

« Nous avons, continue ce rapport, à prévenir le reproche qu'on pourrait nous faire d'avoir changé le principe dans la distribution des salles, et nous devons dire les raisons qui nous y ont déterminé.

« Nous avons étabh, dans notre premier rapport, que nous ne mettions des salles de malades qu'au rez-de-chaussée et au premier étage.

« Ici nous avons trois rangs de salles, et nous plaçons des malades, non seulement au rez-de-chaussée et au premier, mais aussi dans l'étage supérieur. Nous avons changé en croyant faire mieux ; nous avons sacritié le bien à un autre bien plus grand.

« Nous avons reconnu que le premier moyen d'obtenir la salubrité dans un hôpital est de ne réunir dans une même salle que le moindre nombre possible de malades. Nous nous sommes proposé de le fixer à peu près à 30. L'expérience des Anglais a confirmé notre principe. Le principe de réduire les salles, la nécessité de faciUter le service en resserrant l'étendue de l'hôpital, l'avantage de l'économie dans les constructions, nous ont donc fait prendre le parti d'établir trois rangs de salle.

c( Un bâtiment isolé, destiné à 100 malades, partagé en trois étages ou salles, chacun de 34 hts, forme un bâtiment suffisamment sain.

« Voilà ce qu'enseigne la théorie, et si l'on veut consulter l'expérience, nous dirons que les hôpitaux d'Angleterre, tous en général assez salubres, ont trois rangs de salles et trois étages.

« Mais il n'est aucun des hôpitaux de France et d'Angleterre et nous dirons de l'Europe entière (en exceptant celui de Plyniouth), où les bâtiments destinés à recevoir des malades soient, chacun en particulier, aussi aérés et aussi complètement isolés. »

A partir de l'époque où parurent les mémoires de Tenon, on s'occupa, sinon de la reconstruction de l'Hôtel-Dieu, au moins de placer l'ancien dans de meilleures conditions de salubrité. Chaque accouchée eut alors un lit pour elle seule et, par un décret du 25 messidor an III (13 juillet 1795), la Convention créait un étabUssement (la Maternité) destiné à recevoir les femmes en couches, qu'on ne voulait plus voir accoucher au milieu de toutes les maladies.

Voilà en résumé par quelle série d'améliorations successives passa l'Hôtel-Dieu, pour arriver à être, quarante années plus tard, sous l'ensemble de toutes les conditions hygiéniques, le premier parmi les hôpitaux de Paris, d'après Bouchardat^

Dès 1790, on supprima la tuerie et la fabrication des chandelles. Les lits à plu-

1. Bouchardat, Mémoire sur l'hygiène des hôpitaux ou hospices civils de Paris, in Annales d'hygiène publique, t, XYlll, {'^ l)airtie.

sieurs places furent divisés par une cloison. En 1801, les aliénés des deux sexes furent évacués à Gharenton et ailleurs; il fut créé des hôpitaux spéciaux pour les femmes en couches, les enfants malades, les vénériens. La population ordinaire de rHôtel-Dieu fui réduite à 1 800, puis à 1 200, puis à 1 000. Enfin, on supprima détînitivement les Hts à 2 places et on établit des lits en fer, munis de rideaux de coton; on classa les malades par sexe et par service de médecine et de chirurgie, et l'on perfectionna successivement le système de chauffage.

D'après les chiffres étabUs par Bouchardat, on voit que dans les salles de chirurgie, chaque malade a en moyenne de 50 à 80 mètres cubes d'air à respirer; en médecine, de 43 à 54,

« Les salles destinées à la chirurgie, dit Bouchardat, sont vastes, bien aérées, ont une très belle exposition, les Hts sont convenablement espacés, et cependant les grandes opérations chirurgicales ont, à différentes époques, une terminaison fatale, malgré l'habileté si connue des opérateurs ; on a accusé le voisinage de la Seine bien à tort, je crois; je suis convaincu que l'accumulation de malades opérés dans les mêmes salles est une condition plus défavorable à leur opération que le voisinage d'une eau courante. Ainsi, quand il s'agira d'établir un hôpital, je crois que les salles de chirurgie devront contenir le moins de lits possible. »

Enfin on ne se contente plus de donner un lit à chaque malade, de séparer ces derniers par sexe, de créer des hôpitaux spéciaux, d'établir des services de médecine, de chirurgie et d'obstétrique; mais maintenant les hygiénistes ont cru mettre le doigt sur la plaie, ils vont lutter surtout contre l'encombrement et le défaut d'aération des bâtiments et des salles d'hôpitaux, n'envisageant encore qu'un côté du problème. C'est ce qui ressort des discussions sur Thygiène et la salubrité dans les hôpitaux, à l'Académie de médecine et à la Société de chirurgie en 1862.

L'hôpital Lariboisière fut construit réalisant tous les progrès conçus depuis un demi-siècle. Au point de vue architectural, il n'en est aucun qui lef surpasse, rien n'a été épargné pour le plaisir des yeux : ce sont des colonnes, des portiques, des arcades; c'est une cour d'honneur qu'envierait le palais des rois. Au point de vue hygiénique, constate-t-on le même luxe? On a répondu par les chiffres suivants que nous empruntons à Malgaigne :

« Depuis sept ans qu'il est ouvert, Lariboisière a perdu 1 femme en couches sur %i. Pour la chirurgie, j'ai prié M. Trélat de me donner la mortahté dans cet hôpital : en bloc, sur 100 amputations, il y eut 59 morts. La statistique pour l'ensemble de nos hôpitaux donne 47 p. 100. Et pourtant on a adopté un puissant système de ventilation ; dans cet hôpital l'aération ne semble rien laisser à désirer ! »

C'est qu'en effet l'antisepsie, l'isolement sont encore peu ou pas connus; l'infection et la contagion restent les deux grands ennemis du milieu hospitalier et entretiennent et multiplient les plus graves affections. Combien d'individus, admis pour une blessure sans gravité dans une salle de chirurgie, enlevés par l'érysipèle ou l'infection purulente! Combien de femmes jeunes, ayant tous les attributs de la force et de la santé, venant accoucher dans un hôpital, emportées par la fièvre puerpérale ! Combien d'enfants entrant pour une diarrhée ou une bronchite, enlevés par la diphtérie! Combien, hélas! faut-il le dire, d'enfants sains., placés aux Enfants- Assistés parce que leurs parents sont à l'hôpital ou ailleurs, n'en sortent plus, pour y avoir contracté une affection mortelle.

Cependant, depuis 1857, Tarnier ne cessait d'attirer l'attention sur ce fait que la mortalité des accouchées était treize fois plus considérable à la Maternité qu'en ville, et que cet écart énorme ne pouvait être attnl)ué qu'à la contagion des accidents puerpéraux favorisée par l'hospitalisation dans des salles comuiunes où les malades se trouvaient en rapport indirect incessant, par l'intermédiaire des mains du personnel médical et hospitalier, des instruments, du linge, etc. Il réclamait l'isolement de chaque parturiente et lorsqu'il l'obtint, à partir de 1870, la mortalité s'abaissa de 9,31 p. 100 à 2,32 p. 100.

Entre temps, l'Hôtel-Dieu était luxueusement reconstruit; puis on édifiait l'hôpital Tenon à Ménilmontant. Celui-ci est composé de bâtiments à deux étages, séparés par des cours et reliés par des galeries n'ayant qu'un rez-de-chaussée. A chaque étage, il y a deux grandes salles contenant chacune 22 lits. Les murs ne présentent aucun angle rentrant, ils sont lisses et recouverts d'un vernis qui les rend imperméables et permet de les laver fréquemment. On avait au début réservé un pavillon isolé aux malades atteints de variole et un autre pour les femmes en couches, aménagé d'après le plan de Tarnier.

Les varioleux, d'abord isolés dans des quartiers temporaires des hôpitaux Saint- Louis, Beaujon, Saint-Antoine et Tenon, sont, à partir de 1887, traités dans les baraques de la porte d'Aubervilliers, hôpital temporaire qui reçoit en même temps les adultes atteints de scarlatine et de rougeole.

On isole également dans un bastion désaffecté, les adultes atteints d'érysipèle et de diphtérie.

Déjà, à l'ancien hôpital Trousseau, à celui des Enfants-Malades, on isolait les diphtériques dans un pavillon spécial; plus tard des pavillons ont été également réservés pour la scarlatine, la rougeole et la coqueluche (voir le chapitre Isolement^ p. 471 et suiv.).

Pendant ce temps la chirurgie perfectionnait ses méthodes et, par les progrès de l'antisepsie et surtout de l'asepsie, tendait à faire disparaître l'infection des salles d'hôpitaux. On consacrait des sommes considérables à la construction et à l'installation des salles d'opérations, répondant aux nouvelles exigences. Les interventions autrefois les plus meurtrières devenaient de pratique courante ; la pourriture d'hôpital, l'infection purulente, les septicémies chirurgicales ont dès lors disparu.

Quelques exemples des installations les plus récentes d'hôpitaux, de services de contagieux, de chirurgie ou d'obstétrique, feront mieux comprendre les progrès réalisés au point de vue de l'hygiène.

Vhôpital Boucicaut (fig. 168), qui a été terminé en 1897, ne ressemble en rien aux constructions massives de Lariboisière, de rHôtel-Dieu et de Tenon. Les pavillons peu élevés, très espacés les uns des autres et séparés par des jardins, ne comprennent en tout que 148 lits répartis en 3 services (médecine, chirurgie, accouchements). Ils sont construits en briques et d'une architecture très élégante.

Chaque pavillon comprend une salle commune avec 8 lits et des chambres d'isolement (fig. 169). La salle commune est de forme ogivale; elle a 6 mètres de hauteur au long de l'arête médiane et une largeur de 9 mètres à la base, soit 80 à 90 mètres cubes par lit. Les parois lisses, à angles très arrondis, sont enduites de ripolin clair. Le sol est carrelé en grès cérame. L'extrémité de la salle est occupée paç une véranda vitrée, ornée de plantes vertes (fig. I7O).

Les installations sanitaires de l'hôpital comprennent tous les perfectionnements de l'hygiène moderne (fig. 171). Elles ont été exécutées d'après les indications de Louis Masson, qui les décrit ainsi :

« Dans les bâtiments des malades chaque groupe d'installation sanitaire comprend, réunis dans une môme pièce, deux water-closets, un bidet, un vidoir, un urinoir dans les bâtiments des malades hommes et un lavabo à quatre cuvettes.

« Les water-closets sont installés, suivant les principes ordinaires, avec réservoirs

Fig. 168. — Plan de l'hôpital Boucicaut,

à tirage donnant des chasses de 10 Utres environ, les siphons des cuvettes sont ventilés. A la Maternité, le fonctionnement des réservoirs de chasse est commandé par les portes : chaque fois qu'une malade quitte le cabinet, la chasse se produit.

« Les cuvettes ne sont garnies ni de siège ni d'abattant. Ces accessoires sont généralement d'un entretien difficile; le bois s'imprègne d'ailleurs aisément et l'abattant, dont on fait le plus souvent usage, devient bientôt une cause d'insalubrité. La cuvette libre avec son rebord arrondi constitue un siège absolument impei'méable et imputrescible et surtout facile à nettoyer. La seule objection que pourrait soulever la suppression des abattants ■ serait .celle tirée de la sensation de froid à laquelle peut

donner lieu le contact du corps avec une substance telle que la porcelaine où le grès émaillé. Cette objection perd ici tout son poids dans un établissement pourvu d'un

Fig. 169. — Plan d'un pavillon de l'hôpital Boucicaut.

système général de chauffage s'étendant aux salles de propreté comme aux autres locaux.

« Les vidoirs sont d'un type assez spacieux pour en permettre l'usage sans pro-

Fig. 170, — Coupe d'un pavillon de l'hôpital Boucicaut,

jections extérieures; ils comportent un robinet de puisage et un réservoir de chasse fonctionnant à la main après chaque usage. Un obturateur hydraulique empêche tout retour d'odeur.

« Les bidets sont de même pourvus de réservoirs de chasse et d'un siphon; ils sont aussi sans abattants, comme les water-closets.

PROUST, TRAITÉ d'hygiène. S9

930 l'habitation

« Les urinoirs sont en ardoise, sans slalle ni séjDaration; ils sont pourvus d'un clîéneau alimenté d'une façon continue; et Feau qui se déverse constamment sur le parement de Tardoise empêche celui-ci d'être souillé par les urines. Le caniveau qui

Fig. 171. — Installations sanitaires d'un pavillon de malades à l'hôpital Boueicaat.

reçoit l'eau de lavage et l'urine a sa pente dirigée vers un siphon relié à la canalisation d'évacuation.

« Les lavabos sont établis avec table et dessous en lave émaillée ; les cuvettes, de

forme ovale, sont en porcelaine; elles sonl alimentées cliacune et à volonté par l'eau chaude ou Teau froide.

« Gomme les salles et couloirs, le sol des salles de propreté est revêtu d'un carrelage en grès cérame.

(' Les pavillons des malades sont jiourvus de baignoires (ixes et de baignoires mobiles. Les baignoires fixes sont montées sur des pieds pour faciliter le nettoyage ; la vidange placée, à Taval, est agencée de manière à fonctionner en trop-plein et à éviter par conséquent des débords. Un si})hon interposé sur l'évacuation empêche les retours d'odeur. Ces baignoires sonl en fonte émaillée au feu avec un produit spécial à base de kaolin. Les robinets d'eau chaude et d'eau froide, les bandes du fond et les trop-pleins sont en cuivre nickelé.

« Les baignoires mobiles sont placées dans les salles des malades au-dessous d'une alimentation d'eau chaude et d'eau froide semblable à celle des baignoires fixes. Ces baignoires sont en cuivre élamé ; elles sont montées sur roulettes recouvertes de caoutchouc et leurs vidanges raccordées sur des siphons noyés dans le carrelage, se démontant à volonté.

« La Consultation et la Maternité disposent également de baignoires fixes ; on y a adjoint des stalles de bains par aspersion qui permettent une utilisation plus rapide, tout en réduisant la consommation d'eau. Ces bains peuvent être pris chauds, tempérés ou froids; il suffit de manœuvrer un robinet mélangeur placé à proximité de la main. Les revêtements sont en opaline et le sol est en ciment moulé.

« La canalisation des eaux usées et des matières de vidange est formée de tuyaux en fonte, dite salubre, demi-épaisse, avec joints en plomb posés en sous-sol partout où cela a été possible, avec pente convenable et regards de visite. Toute cette canalisation a été essayée, avant sa mise en service, à la pression de 3 kilogrammes.

« L'évacuation est répartie sur les égouts des quatre rues bordant l'hôpital ; près le principal émissaire, une conduite en fonte épaisse, de 0 m. 300 de diamètre, débouche dans l'égout de la rue Lacordaire branché lui-même sur le collecteur de la rue de la Convention. Des réservoirs de chasse automatique assurent le fonction* nement en bon état de propreté de la canalisation.

<ï Les tuyaux de chute, prolongés au-dessus des toits, ont été établis en plomb, avec fourneaux en fonte au niveau des planchers pour éviter l'effet des chocs sur le plomb trop malléable. Leurs diamètres, 0 m. 07 à 0 m. 08, ont été aussi réduits que possible, pour laisser aux chasses toute leur efficacité. Les chutes et, d'une façon générale,, toute la tuyauterie en plomb, ont été isolées des murs de manière à éviter les accumulations de poussières.

<f Les tuyaux de descente des eaux ménagères et pluviales sont en fonte salubre avec joints en plomb; tous ces tuyaux sont placés à l'extérieur; ils contribuent avec les chutes à la ventilation de la canalisation. »

Le service d'accouchement^ comme d'ailleurs celui qui a été construit en 1895, à l'hôpital Beaujon, comprend un grand pavillon avec salle de travail, d'opération et salle commune pour les accouchées, et un petit pavillon d'isolement pour les femmes infectées ou suspectes avec chambres d'isolement et salle d'opération. On sait aujourd'hui qu'il n'est nécessaire d'isoler que les femmes infectées pour éviter toute trans^ mission d'accidents puerpéraux.

Actuellement, dans les services de chirurgie^ on a grand soin de séparer en des

salles distinctes les malades qui suppurent de ceux qui ne suppurent pas. Des chambres d'isolement sont réservées aux blessés atteints d'atl'ections contagieuses (érysipèle, tétanos, etc.), ou aux malades qui ont subi des opérations graves.

Comme les salles de médecine, les salles de chirurgie ne doivent comprendre qu'un petit nombre de lits. L'air et la lumière doivent être généreusement distribués. Les parois et le plancher sont rendus imperméables de façon à pouvoir être nettoyés avec un hnge humide. Les angles, les moulures, qui pourraient accumuler des poussières, sont supprimés.

Des transformations radicales ont été apportées dans la construction et l'installation des salles d'opération ^ Elles forment généralement un pavillon spécial, relié au service par une galerie couverte et vitrée. Ce pavillon comprend un vestibule, un vestiaire, une salle d'appareils, enfin la salle d'opérations. Celle-ci est éclairée par un vitrage au plafond et par un vitrage vertical comme les ateliers de peintre. Des lampes électriques fixes et mobiles assurent l'éclairage pendant la nuit. Le sol est dallé en pente, les murs revêtus de faïence ou de peinture vernissée, de façon à pouvoir être lavés à grande eau à la lance.

Le mobiUer opératoire en métal et en verre doit être réduit au strict nécessaire. Les robinets des lavabos-vidoirs, des récipients de solutions antiseptiques sont ouverts au moyen de pédales.

Dans la salle contiguë des appareils se trouvent les autoclaves, les stérihsateurs, les caisses à instruments et à pièces de pansements, le chauffe-Hnge, les réservoirs d'eau filtrée, d'eau bouillante, d'eau bouillie refroidie, les récipients à solutions antiseptiques, les cuvettes en verre, etc.

Dans les nouveaux hôpitaux d'enfants à Paris (Trousseau et Bretonneau), voici comment est réalisé Visolement des malades atteints d'affections contagieuses.

Chaque malade qui se présente à la consultation est l'objet d'un examen médical immédiat dès son entrée, de façon à ce que celui qui est atteint d'une maladie contagieuse soit immédiatement isolé dans une salle spéciale, où il est placé dans un boxe séparé des voisins par des cloisons vitrées.

Après nouvel examen et admission, chacun de ces contagieux est dirigé sur le pavillon réservé à la maladie dont il est atteint.

Ces services d'isolement pour maladies contagieuses comprennent 5 pavillons, un pour chacune des maladies suivantes : rougeole, scarlatine, coqueluche et diphtérie et un pour les douteux. Les pavillons de la scarlatine et de la coqueluche groupent les malades par petites salles de 8 lits ; celui de la rougeole ne contient que des boxes clos par des vitrages et renfermant un ou deux lits. Le pavillon de la diphtérie comprend une salle commune pour les convalescents et une série de chambres à un lit séparées par des cloisons vitrées pour les malades. Dans le pavillon des douteux chaque Ut est en boxe vitré. Chacun des pavillons a son personnel spécial d'infirmières et d'infirmiers.

Jusqu'ici on cherchait surtout à isoler les différents pavillons ; à l'hôpital Pasteur, on s'est efforcé d'isoler l'individu pour mieux éviter la contagion.

i. PoLipinel, Séance du 24 décembre 1895 de la Société de médecine publique et d'hygiène professionnelle.

LOGEMENTS INSALUBRES 933

Supposons un malade atteint de maladie contagieuse, se présentant à la consultation de riiôpital Pasteur. Dès son arrivée il est dirigé ^lar un médecin dans une des six cabines d'isolement de la consultation. Là il est examiné et admis. On le transporte alors dans une chambre spéciale, dite chambre d'entrée, et on désinfecte la cabine d'isolement d où il sort. Il échange ses vêlements du dehors contre un habillement d'hôpital, prend un bain, sauf contre-indication, et est couché dans un lit qu'on transporte dans la chambre d'isolement où il séjournera pendant sa maladie.

Cette chambre d'isolement est un box de 2 m. 75 de large sur 3 m. 45 de long, cubant 33 m. 3 environ. Le sol est en grès cérame, les parois sont revêtues de grès émaillé jusqu'à la hauteur de 1 m. 10. Les angles sont arrondis. Tout est disposé pour faciliter un lavage complet. Le mobilier, très simple, est en métal, en bois verni et en faïence. Toutes les parties hautes des cloisons sont vitrées, sauf une face occupée par un mur creux, où passent l'eau, l'électricité, le gaz et l'air chaud qui provient du sous-sol où sont installés les radiateurs à vapeur.

Dès que le malade est convalescent il est installé dans une salle commune de douze lits, spéciale à la maladie contagieuse dont il a été atteint. Au moment où il va quitter l'hôpital, il passe par une chambre de sortie où il laisse ses vêtements hospitaliers pour reprendre ses habits de ville désinfectés et nettoyés.

Chaque pavillon comprend 24 chambres d'isolement à un seul lit, 2 salles de convalescents à 12 lits et 5 chambres à 2 lits pour les mères qui désireraient être hospitalisées avec leurs enfants malades.

Ce mode d'isolement du contagieux (chambre d'entrée, chambre d'isolement, de convalescence, de sortie) a pour but d'éviter toute contagion intérieure. De cette façon un diphtérique, par exemple, ne peut pas en entrant rencontrer quelqu'un qui n'est pas atteint de cette maladie, et en sortant, quand il est guéri, il ne peut pas davantage subir le contact d'un contagieux.

LOGEMENTS INSALUBRES

Les détails dans lesquels nous sommes entré relativement à la ventilation, à la construction des édifices, à la distribution des eaux, nous permettront d'être bref sur ce chapitre. La cause principale de l'insalubrité des logements dans une grande ville, c'est le manque d'espace et la densité de la population. Étant donné une maison, dans n'importe quelle disposition, elle sera certainement plus insalubre, si elle est habitée par 100 personnes, que lorsqu'elle ne renferme que 20 ou 30 locataires. Si donc l'état sanitaire de Londres est un peu meilleur que celui de Paris malgré l'infériorité du chmat, cela tient sans doute à ce que la population de cette immense ville, qui est presque le double de celle de Paris, se trouve disséminée dans un espace environ quatre fois plus grand.

En général, le système des habitations isolées qui prévaut en Angleterre, et dans lequel chaque famille occupe une maison à part, est préférable à celui des habitations collectives où la même maison renferme plusieurs appartements et qui est adopté

l'habitation

dans la plus grande partie du Continent européen. Cependant avec des soins, avec des précautions minutieuses et une propreté suffisante, on peut assurer un certain degré de salubrité à des maisons modestes habitées par une nombreuse population de locataires.

On peut admettre qu'il suffit de remplir les conditions suivantes, pour assurer la salubrité des logements :

L'habitation doit être construite dans un lieu sec et sur un terrain qui ne fournit point d'émanations nuisibles. Elle doit recevoir une quantité suffisante d'air et de lumière. Elle doit être abondamment pourvue d'eau pure; elle doit être à l'abri de humidité. Enfin le système d'évacuation des matières usées doit être assez parfait pour éviter toute souillure du sol et du sous-sol et toute mauvaise odeur.

Or ces conditions, qui très souvent ne sont pas remplies dans des appartements d'un prix fort élevé, sont presque toujours méconnues dans les logements habités par les ouvriers, c'est-à-dire par la plus grande partie de la population. Quant à la classe la plus pauvre, elle est placée dans tous les pays dans des conditions qui excluent toute espèce de précautions hygiéniques. Lorsqu'on manque de nourriture, toutes les autres précautions disparaissent.

A Paris, l'insalubrité des logements tient le plus souvent au manque d'espace. Des familles souvent nombreuses sont agglomérées dans quelques pièces, quelquefois dans une seule chambre, qui sert à tous les usages; en même temps la malpropreté et la négligence des locataires, ainsi que l'impossibihlé de se procurer de l'eau pour les soins de propreté les plus nécessaires, contribuent à infecter l'atmosphère ; enfin il est des cas nombreux où le voisinage d'une fosse d'aisances, d'un tuyau d'évent, ou d'une industrie insalubre, vient vicier l'air d'un appartement. Souvent même, dans les plus belles maisons et dans les plus beaux quartiers, il existe sous les combles des mansardes à peine habitables, tandis que la loge du portier réunit à elle seule toutes les conditions d'insalubrité que pourrait indiquer le catalogue le plus complet.

La loi sanitaire du 15 février 1902, que nous avons reproduite en annexe, indique au chapitre ii du titre I les mesures à prendre relativement à la salubrité des immeubles ^ Ces prescriptions sont excellentes, mais il faut les regarder comme un idéal qui n'est pas souvent réahsé en pratique. L'expérience de tous les jours nous en fournit abondamment la preuve. Le véritable remède au mal serait de mettre à la disposition de la classe ouvrière un grand nombre de maisons convenablement construites et suffisamment aérées. -

Dans ces derniers temps, un mouvement considérable s'est produit en faveur des habitations salubres à bon marché. L'exposition de 1889 avait déjà été marquée par un effort durable. On avait fondé la Société française des habitations à bon marché^ société de propagande qui réunit tous les plans, les devis, les calculs, etc. La pensée de M. Georges Picot et celle de ses collaborateurs dans la création de la Société» MM. Siegfried, Cheysson, Charles Robert, a été de réveiller l'initiative privée, de montrer la gravité du mal à ceux qui ignorent l'état vrai des habitations, les horreurs des logements insalubres.

1. La loi du (13 avril 1850 avait admis la constitution par les municipalités de commissions des logements insalubres, exerçant une surveillance sanitaire sur les habitations. Ces commissions n'ont régulièrement fonctionné que dans les villes de Paris, Lille, Roubaix, Nancy et le Havre.

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