‹ Traité d'hygiène [electronic resource]Chapitre 284 sur 326 · Durosier, Archives de tocologie · texte numérisé non relu

Durosier, Archives de tocologie

se produit n'est pas encore connu. Ce que l'on sait, c'est que ce symptôme est grave, puisque chez les femmes albuminuriques, une sur cinq devient éclamptique. Aussi doit-on, chez toute femme enceinte, examiner les urines pendant tout le cours de sa grossesse. Si l'analyse décèle la présence de l'albumine, il faudra employer le traitement préconisé par Jaccoud et Tarnier : la diète lactée.

Du côté de l'appareil digestif, les troubles sont plus ou moins nombreux, variés et intenses. En dehors du pyrosis, on observe souvent des vomissements, les uns pour ainsi dire physiologiques, les autres pathologiques. Les premiers, essentiellement sympathiques, apparaissent surtout dans la première période de la grossesse, et, en dehors d'une fatigue plus ou moins accusée, ne retentissent guère sur l'état général. Il en est de même de ceux qu'on observe quelquefois dans la dernière période de la grossesse et qui sont dus à la pression que subit l'estomac entre le fond de l'utérus et le diaphragme. Quant aux vomissements dits incoercibles ou opiniâtres, ce n'est point ici le lieu de faire leur histoire. Quoi qu'il en soit, la femme enceinte ne doit pas changer de régime. La perversion de l'appétit est une chose si commune et si compatible avec un bon état de santé, qu'on ne peut formuler aucune règle à ce sujet.

On observe souvent chez les femmes enceintes de l'odontalgie; suivant un dicton populaire très accrédité, chaque enfant coûte une dent. D'après Pinard \ la gingivite serait très fréquente pendant la gestation (1 sur 2 environ). Dans quelques cas, le ramollissement des gencives serait tel que toutes les dents seraient ébranlées. Le badigeonnage des gencives avec une solution de chloral au p^- a suffi à cet auteur pour enrayer et faire disparaître cette affection.

Les vêtements de la femme enceinte ne doivent pas être serrés; l'usage du corset sera proscrit. Les varices des membres inférieurs, et en particulier du membre inférieur droit, doivent être protégées avec le plus grand soin, car, outre la phlébite, on doit craindre l'ouverture d'une de ces veines, qui amène toujours une hémorragie extrêmement grave et quelquefois mortelle.

L'usage des bains est excellent, surtout dans la dernière moitié de la grossesse. Quant à l'exercice, si les secousses de la voiture et la trépidation du chemin de fer prédisposent à l'avortement ou à l'accouchement prématuré, la marche modérée doit être conseillée.

Enfin, en dehors même de la grossesse, on peut dire d'une façon générale que, pendant la période sexuelle, la pathologie féminine est autre que celle de l'homme. Elle est caractérisée surtout par la prédominance du systène nerveux, se manifestant soit par des névroses proprement dites (hystérie, hystéro-épilepsie, chorée, etc.), soit par l'intensité des phénomènes nerveux, même dans les affections communes. Un autre facteur, qu'il ne faut jamais perdre de vue, c'est la fréquence des états chloro-anémiques, qui sont en quelque sorte l'apanage du sexe féminin. Ainsi, nervosisme et chloro-anémie, tels sont les deux grands caractères de la pathologie féminine, états qui, du reste, sont étroitement liés l'un à l'autre, qui s'engendrent et s'influencent réciproquement. Il n'est pas douteux que le genre de vie propre aux femmes, les conditions sociales qui leur sont faites, n'entrent pour une

1. De la gingivite des femmes enceintes et de son traitement {Bulletin de thérapeutique, 1876}.'

l'hygiène suivant les sexes

bonne part dans cette fréquence, chez elles, des étals nerveux et anémique ^ Au moment de la ménopause, commence pour la femme une époque plus ou moins orageuse, et qu'à juste titre on a appelée la période critique. De même qu au moment de son initiation à la vie sexuelle, la femme éprouve des troubles nombreux et variés, de même, alors que cette activité se ralentit et s'éteint, d'autres phénomènes morbides ^ surgissent (troubles nerveux, congestions vers la tête, éruptions cutanées, etc.). C'est au moment aussi de l'involution des organes génitaux que ceux-ci sont le plus volontiers frappés de lésions organiques graves, surtout des lésions carcinomateuses (cancer de l'utérus, du sein).

Une fois la ménopause terminée, l'hygiène aussi bien que la pathologie des deux sexes se confondent de nouveau sensiblement; mais il subsiste toujours, pour les femmes, une vulnérabiHté plus grande, résultant de la délicatesse et de la gracilité native de ses organes, et cependant, chose curieuse mais incontestable, la femme est, en règle générale, plus résistante que l'homme, elle supporte mieux que lui les souffrances, les privations, les hémorragies; et cette résistance plus grande se traduit, statistiquement du moins, par une mortalité moindre et une plus grande longévité.

\. Nous ne saurions trop nous élever contre les voyages qu'entreprennent les jeunes époux immédiatement ou presque immédiatement après la célébration de leur mariage. C'est au moment où la femme vient d'être initiée à la vie sexuelle, lorsque l'accomplissement d'une nouvelle fonction provoque déjà des phénomènes d'irritation, du côté de l'utérus et de ses annexes, qu'on va l'exposer de nouveau aux conséquences d'une locomotion continue, des trépidations incessantes de chemins de fer, d'excursions alpestres, etc.

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