‹ Traité d'hygiène [electronic resource]Chapitre 287 sur 326 · Archives of dermatology, 1879, p · texte numérisé non relu

Archives of dermatology, 1879, p

La main droite du maréchal ferrant, main qui tient le marteau, est hérissée m sa face palmaire de durillons disposés suivant une ligne transversale; le plus largB et le plus épais occupe l'éminence hypothénar; un autre, moins prononcé, est situS à la racine du pouce. A la main gauche, qui tient les tenailles, on trouve une calloB sité large, diffuse, au niveau de l'espace interdigital du pouce et de Tindex, vers la face palmaire ; toute la région est d'ailleurs inégale, rugueuse, épaissie par les rudea contacts auxquels elle est incessamment soumise. I Les mineurs, les houilleurs étant obligés de marcher pieds nus, sur un sol inégal, des fragments de charbon, de pierre se glissent entre les orteils et y pro-^ voquent des irritations parfois douloureuses; des pustules, des ampoules se forment sur différentes parties du corps.

On observe sur les mains des garçons épiciers, particulièrement à la face dorsale, une éruption papulo-squammeuse qu'en raison de sa fréquence et de sa forme on a désignée sous le nom de gale des épiciers. Cette éruption, mélange de lichen et d'eczéma, est due à l'action des alcalis et autres matières irritantes. La peau est rougeâtre et sillonnée par des gerçures sèches et douloureuses qui correspondent surtout aux plis articulaires.

Les cuisiniers et les cuisinières sont exposés, par le fait de leur profession, à des lésions cutanées dont le siège spécial est à la face dorsale des mains, aux poignets, aux avant-bras et parfois à la face; le plus souvent c'est un eczéma qui ouvre la scène, mais un eczéma d'une nature particulière : les vésicules sont épaisses, disséminées sans ordre sur une surface rouge, érythémateuse. Le derme ne tarde pas à s'altérer dans sa texture. A l'état aigu succède un état chronique; les surfaces sont sèches, rudes, recouvertes de squames minces, adhérentes ; la coloration générale est rougeâtre; l'épiderme est cassant, fendillé; la membrane papillaire devient épaisse et se hérisse d'éminences papuleuses et de plaques lichénoïdes. Cette affection a pour cause principale la manipulation de substances irritantes et malpropres, et l'exposition des mains à la chaleur des fourneaux.

Les ébénistes, les graveurs, les maçons sont également exposés à des affections vésiculeuses et papulo-squameuses déterminées par le contact irritant de certaines substances : chaux, vernis, ciment romain.

Chez les foulons occupés à dégraisser les draps, chez les ouvriers employés au blanchiment des tissus au moyen de la vapeur de soufre, l'état des mains est caractéristique. La peau est ramollie par le contact de l'acide sulfurique qui imprègne les étoffes ; l'épiderme est blanchi, ridé, ratatiné, soulevé et détruit par places, surtout aux faces correspondantes du pouce et de l'index, ces deux doigts saisissant et tendant les pièces au fur et à mesure qu'elles se déroulent.

Les forgerons, les verriers, les pâtissiers, que les besoins de leur travail obhgent à s'exposer constamment à une chaleur intense, sont fréquemment atteints de lésions cutanées sur les mains et la face. Au début, il y a de l'érythème sous l'influence de la vascularisation exagérée de la peau; plus tard, la sécrétion épidermique augmente; les surfaces deviennent sèches, farineuses; des gerçures se forment; les bords des crevasses sont dures, le fond en est saignant, surtout pendant la saison froide.

Chez les boulangers vient se joindre à l'influence d'une température élevée l'action des contacts multipliés et intimes de la pâte fermenlée avec les mains qui

la pétrissent; cette affection, qui siège surtout à la face dorsale, a reçu le nom de psoriasis de^ boulangers.

Les parcelles calcaires qui s'échappent incessamment de la meule ou de la pierre qu'on brise peuvent agir sur la peau des meuliers et des caillouteurs ; de là des lésions cutanées diverses ; de là encore des conjonctivites douloureuses et très opiniâtres. Il en est de même chez les ouvriers en nacre de perle. La poussière si ténue, si abondante, qui s'échappe de la coquille que Ton scie ou que Ton travaille au tour, irrite la peau des mains, y détermine des gerçures et provoque des conjonctivites que la continuité de la cause tend à perpétuer.

Les ouvriers qui apprêtent la toile destinée à la fabrication de feuilles artificielles, à l'aide des verts arsenicaux, ont les ongles colorés en jaune. Cela tient à ce qu'ils donnent d'abord une teinte jaune à l'étoffe en la plongeant dans une dissolution d'acide picrique dans l'alcool pur.

Le dévidage des cocons plongés dans une bassine remplie d'eau bouillante provoque chez les ouvriers, dans les premiers temps surtout, un gonflement, un ramollissement et souvent même des crevasses et des abcès de l'extrémité des doigts. Potton, de Lyon, a décrit l'éruption vésico-pustuleuse qui survient chez les fileuses de cocon de vers à soie, sous le nom de mal de ver ou mal de bassine ^ Pour se rendre compte de la cause, du mode de développement de la maladie, il faut savoir que les ouvrières sont assises auprès d'une bassine pleine d'eau chaude et qu'elles déroulent et réunissent les fils provenant de cocons détrempés et ramollis qui surnagent sur le liquide.

Potton distingue des accidents de deux espèces : les uns sont légers et n'offrent rien de spécial ; on les observe indistinctement dans toutes les filatures ; ils sont dus uniquement au contact incessant de l'eau chaude sur l'extrémité des doigts, dont l'épiderme, ramolli et comme macéré, se gonfle, s'épaissit, se soulève en phlyctènes; des fissures, des crevasses se forment; de petits abcès se développent autour de l'ongle dans les cas les plus graves; ces diverses lésions guérissent assez facilement.

Les autres accidents constituent le mal de ver proprement dit. Ils ne sévissent guère que dans les grandes filatures, entretenus par des cocons anciens. Une cause spéciale préside à leur développement, et cette cause, Potton l'a trouvée dans le cocon lui-même, ou mieux dans le ver qu'il renferme. C'est après huit jours à peu près d'un travail non interrompu que débute le mal de ver. La main droite est surtout affectée; on voit d'abord à la racine des doigts et dans les espaces interdigitaux se dessiner une rougeur érythémateuse accompagnée de démangeaison et de gonflement, et sur cette rougeur ne tardent pas à s'élever des vésicules arrondies, variables en volume et en nombre. La douleur devient cuisante et s'exaspère, au moindre contact. Deux choses alors peuvent arriver : ou bien les vésicules crèvent, la rougeur s'éteint et tout rentre dans l'ordre; ou bien le mal progresse, les vésicules deviennent purulentes, des pustules volumineuses se forment d'emblée dans leurs intervalles et parfois même se répandent sur toute la

1. Recherches sur le mal de ver ou mal de bassine, éruption vésico-pustuleuse qui attaque exclusivement les fileuses de cocons de vers à soie, par le docteur Potton^ de Lyon* (Bulletin de VAcad: de méd.^ t. XVII, p. 808. j

surface de la main, la douleur est aiguë, les mouvements souvent impossibles, surtout dans le sens de la flexion; Téruption est à son apogée vers le troisième ou sixième jour et les vésico-pustules, arrivées à leur terme, laissent en se rompant des surfaces ulcérées et tuméfiées; cependant toute douleur cesse brusquement et les fileuses peuvent, dès lors, reprendre sans inconvénient leur travail interrompu. Tous ces phénomènes se sont passés dans l'espace de quinze ou dix-huit jours ^

Potton a vu le mal de ver revêtir des formes plus graves. L'inflammation avait envahi la peau dans toute son épaisseur et jusqu'au tissu cellulaire sous-cutané. Le gonflement était devenu énorme. Il y avait des traînées de lymphangite le long du bras; les ganglions axillaires étaient pris; de petits phlegmons circonscrits s'étaient formés; et cependant, malgré cet aspect plus sérieux, dès que la peau érodée a donné issue au pus, tout l'éréthisme est tombé et, après dix-huit ou vingt jours, la guérison était parfaite.

Potton a remarqué que l'ouvrière, une fois atteinte, peut espérer n'avoir plus à redouter, sinon la maladie, du moins ses accidents les plus graves; il y aurait là presque un acclimatement. Potton attribue l'affection à la présence du ver, à sa décomposition, à une altération qui s'est faite lentement dans l'intérieur du cocon. D'après Melcliiori et Duiïours, le mal de bassine peut être engendré par toute espèce de cocons, n'étant pas attribuable à la décomposition, mais à l'enduit gommeux et âcre que renferment tous les cocons.

Une des éruptions professionnelles les plus importantes est l'éruption à laquelle sont sujets les ouvriers qui manient les verts arsenicaux. Les médecins qui se sont le plus occupés de cette question sont Blandet % Chevalier ^ FoUin'^, Imbert- Gourbeyre ^ Beaugrand, Vernois ^ Bazin a consacré un article important à cette question dans son ouvrage sur les affections cutanées artificielles.

Bazin a établi expérimentalement que les composés arsenicaux, employés en friction, exercent sur la peau une action irritante spéciale, en vertu de laquelle se produisent de l'érythème, des vésicules suivies d'ulcérations. L'érythème paraît constituer le premier degré de la dermite arsenicale; il existe quelquefois à l'état de lésion simple, mais le plus souvent d'autres éléments viennent s'y ajouter ^ Sur la surface érythémateuse s'élèvent soit des papules qui s'élargissent et s'étendent, en se recouvrant de squames minces et d'une teinte sale et verdâtre, soit des vésicules fines et transparentes, soit enfin de véritables pustules; ces pustules forment des

\. Melcliiori, qui a observé en Italie, a trouvé les proportions suivantes dans la manifestation des symptômes : inflammation superficielle avec ou sans sécrétion séreuse, 80 fois sur 100; excoriations, même proportion ; pustules et grosses bulles, 5 p. 100; abcès sous-cutanés, 8 p. 100; inflammation et abcès profonds, 1 p. 100 et peut-être moins; 20 fois sur 100 on constate une congestion irritative et permanente du derme, un état subinflammatoire indolent, n'incommodant les femmes que par un certain degré de chaleur qui s'élève un peu pendant le travail.

2. De V empoisonnement externe par le vert de Schweinfurt ou de l'œdème, de l'éruption professionnels des ouvriers en papiers peints.

3. Essai sur les maladies qui attaquent les ouvriers qui préparent le vert arsenical et les ouvriers sur papiers peints qui emploient dans la préparation de ces papiers le vert de Schweinfurt \ moyens de les prévenir. {Annales d'hyg., t. XXXVII, p. 96, ann. 1847.)

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