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fluence des qualités de la poussière sur la production de la tuberculose pulmonaire. Elle indique les décès annuels par tuberculose sur 1 000 ouvriers.
Professions exercées en l'absence de poussières 2,39
— — présence de poussières 5,42
— — — poussières de cuivre 5,3j
— — — — fer 5,55
— — — — plomb 5,79
Tailleurs de pierres 34,9
Ouvriers en porcelaine 14
Maçons 4,3
Ouvriers travaillant au milieu de poussières, de bois et de papier.. 5,96
— tabac 8,47
198. — Un ouvrier muni du resjiirateur coniiilet Dctroyc à soupape. (Fig. extraite de La Nnlure.)
Un grand nombre de masques ont été conseillés pour empêcher la pénétration des poussières. La simplicité est une des conditions indispensables à la vulgarisation de
ces appareils. Le moindre défaut de ces masques avec couches de coton, de ouate, de crin, d'éponge, etc., c'est d'être chauds et lourds. Certains composés d'une éponge mouillée placée entre deux lames métalliques, et qui en France ont été essayés dans des fabriques de céruse et d'acétate de plomb, ont dû être abandonnés parce qu'ils gênaient les ouvriers qui portaient constamment les mains à leur visage pour soulever le masque et respirer plus librement, et qui, ainsi, n'étaient aucunement préservés de l'intoxication saturnine. Gubler et Napias proposent, dans leur remarquable rapport, de les remplacer par une simple gaze légèrement glycérinée, qui resterait facilement humide parce que la glycérine (alcool polyalomique) a une grande affinité pour l'eau, et qui, grâce aux propriétés agglutinantes de cette glycérine, arrêterait sûrement les corps pulvérulents.
En présence de la grande quantité de masques proposés, ce fait, qu'aucun type ne s'est généralisé, montre que rien n'a été imaginé encore de vraiment commode. Notons aussi que les ouvriers attachent à l'usage des masques un ridicule fâcheux, qu'ils poursuivent de leurs sarcasmes ceux qui s'abritent ainsi contre le danger, taxant leur prudence de poltronnerie. Et pourtant ces masques, quelque simples qu'ils soient, lors même qu'ils consistent en une touffe de chanvre, un morceau de mousseline, une éponge humectée, rendent de très réels services. M. de Freycinet dit que Bell, de Washington, près Newcastle, a beaucoup améhoré l'hygiène des ouvriers et ouvrières qui manipulent l'oxydilorure de plomb en les obligeant à porter un voile de batiste rabattu sur le visage.
Les appareils clos peuvent aussi rendre d'utiles services pour empêcher la pénétration dans l'économie de corps pulvérulents. Mais il est nécessaire de prendre certaines précautions. « Toutes les fois que les circonstances le permettent, dit
M. de Freycinet, les appareils d'où les dégagements s effectuent doivent être disposés de telle façon que les ouvriers soient dispensés de les ouvrir pour introduire ou retirer la charge. » Un ingénieux système signalé par cet auteur, et qui constitue un type parfait d'appareil clos, est la cloche de tôle épaisse qu'il a vue chez un industriel servir à abriter la meule sous laquelle on pulvérise en grand de la belladone. I Cette cloche, suspendue au plafond par de grosses chaînes de fer, peut être i; abaissée ou élevée à volonté. On l'abaisse dès que le chargement des substances est I opéré et le bord de la cloche vient alors s'engager exactement dans une étroite I rainure disposée à cet effet. Quand la pulvérisation est effectuée, on attend un temps ! convenable pour laisser les poussières se déposer, puis on remonte la cloche par un j mouvement lent et doux.
j Dans une fabrique à Stratford, près de Londres, fabrique qui livre à la consom- ! mation plus de six millions d'allumettes par jour, on a pu faire presque complètement disparaître la nécrose phosphorée par l'emploi d'un appareil clos pour le trempage des allumettes. Cette opération se fait mécaniquement à l'intérieur d'un châssis vitré pourvu à chaque extrémité d'un orifice d'entrée ou de sortie. Les enfants qui sont chargés de ce travail préparent les allumettes au dehors, dans des cadres qu'ils viennent ensuite présenter à l'orifice d'entrée et qu'on reçoit après le trempage à l'orifice de sortie. La cage vitrée où s'effectue l'opération est surmontée d'ailleurs d'une hotte de dégagement. Ce système à été inventé par un ouvrier, nommé Higins, qui a rendu ainsi à l'hygiène un important service.
Nous allons aborder l'étude des diverses professions à poussières, en nous adressant tout d'abord aux poussières végétales, parce que nous y rencontrerons les poussières de charbon, qui donnent lieu aux affections les mieux connues et les ]»lus intéressantes; nous étudierons d'une façon toute spéciale la pneumoconiose anthracosique des mouleurs en cuivre, qui servira ainsi de base à notre travail. Toutes les conclusions que nous aurons tirées pourront être a})pliquées également I aux autres formes de pneumoconiose anthracosique.
L — Affections pulmonaires succédant a l'inhalation
DE poussières végétales.
1° A ffections pulmonaires succédant à Vinhalation de la poussière de charbon. — Anthracosis. — Pneumoconiose ajithracosique.
Cette affection est conuue de[iuis longtemps en Angleterre sous le nom de coal miners lungs.^ colliers lung^ black spit. C'est la phtisie anthracosique., la phtisie des mineurs. Il s'agit toujours de poussière charbonneuse qui est fournie pour les mineurs par le charbon fossile, par la fumée des lampes, par la combustion de la poudre employée h séparer les blocs de charbon, et pour les mouleur?, en cuivre et en fonte par la poussière répandue à la surface des moules en sable.
a. Mouleurs en cuivre. Histoire professionnelle. — Le mémoire de Tardieu a donné sur les professions des mouleurs et fondeurs en cuivre les indications les plus précises; il ny aurait rien à ajouter à cette importante étude, si, sous son
PKOUST, TKAITÉ d'hYGIÈNK. 68
influence même, les conditions du travail n'eussent été modifiées. J'ai donc cru utile de visiter quelques fabriques, pour me rendre un compte exact de l'état des ateliers K
L'industrie du fondeur consiste, d'une manière générale, dans la confection des moules, ou le moulage sur les modèles et dans la fonte de l'alliage à base de cuivre qui doit être coulé dans les moules.
Le moulage est en cuivre ou en bronze ; le moulage en fonte peut également présenter un certain intérêt dans la question qui nous occupe. Enfin l'industrie française produit, sous le nom de bronze composition^ une imitation de bronze ayant le zinc pour base et qui tend à se répandre chaque jour davantage, tant à cause de son bon marché relatif que du degré de perfection qu'on est parvenu ' apporter dans l'exécution. Le zinc, préalablement liquéfié, est seulement coul' dans les moules. Il n'entre dans cette préparation ni charbon, ni poussière et je n m'y serais pas arrêté si le mot de bronze, qui dans le commerce sert à couvrir tous ces produits (objets moulés en cuivre, en bronze, en fonte, bronze composition), ne: pouvait occasionner, au point de vue de l'hygiène professionnelle, des erreurs regrettables. Nous n'aurons donc à nous occuper que des mouleurs en cuivre et en fonte.
Le moulage en cuivre comprend trois sortes d'opérations :
1° La facture du moule;
2° Le moule est séché;
3" Le coulage du bronze.
Aujourd'hui, grtice à l'usage de la fécule, qui a remplacé celui du poussier de charbon, on respire librement dans l'ateher; l'air n'y est plus obscurci. Cette réforme n'est pas le résultat d'un règlement administratif ; elle a été imposée par les ouvriers aux fabricants eux-mêmes. A la suite de grèves nombreuses, de véritables coaUtions, les ouvriers ont mis en interdit tout patron voulant réintroduire la poussière de charbon. Un fabricant, ayant essayé de se servir de charbon blanchi, a dû céder en présence d'une nouvelle coalition.
Le moule est donc saupoudré de fécule, puis de talc, dont l'usage est nécessaire pour le relever, boucher les petites cavités et produire sur l'objet moulé des surfaces exemptes d'aspérités. Sans celte précaution, le bronze piquerait.
Le moule est passé à l'étuve avant de recevoir le métal en fusion; cette partie de l'opération ne m'a paru donner lieu à aucun accident.
Le coulage du bronze est un travail fatigant; il est fait par des ouvriers spéciaux. Il répand une fumée extrêmement désagréable qui noircit toutes les parties environnantes. Le fourneau qui reçoit les creusets où les alliages sont fondus devrait être isolé de l'atelier ou recouvert par une hotte suffisamment étendue, mais ce desiratum n'est rempli dans aucun des ateliers que j'ai visités.
L'industrie des mouleurs en fonte a pour nous un intérêt spécial, puisque l'usage du poussier de charbon y subsiste toujours. D'ailleurs les procédés de fabrication sont à peu près les mêmes; la différence porte sur la nature du ])roduit.
Nous avons assisté dans l'atelier au travail complet :
1° Le moule est fait avec un mélange de sable de Versailles et de vieux sable; ce sable est préparé par un noyauteur. L'opération est extrêmement dangereuse. Le moule étant ainsi préparé, un ouvrier saisit de la main droite un sac en toile
1. A. Proust, De la pneumoconiose anthracosique des mouleurs en cuivre. Mém. de l'Académie de médecine, 1878.
de coton noué à la partie supérieure et qui renferme la poussière de charbon ; il pince Fun des coins inférieurs avec deux doigts de la main gauche et l'agite par mouvements saccadés qui font tamiser la poussière à travers le tissu. La poussière se montre partout ; elle est très légère et il reste pendant un certain temps un nuage de poussière tel, que la figure et les mains des ouvriers sont à peu près noirs. Une nouvelle cause d'obscurcissement de l'atmosphère est l'emploi du soufflet dont se sert l'ouvrier pour enlever l'excès de poussière qui a été déposé sur le moule.
J'ai vu deux sortes d'ouvriers tamisant la poussière de charbon, les uns à terre, les autres sur une table; d'après l'observation du contremaître, ces derniers étaient beaucoup plus exposés aux affections pulmonaires et il m'a fait remarquer que les ouvriers étaient tous jeunes; il n'en restait aucun ancien.
L'ouvrier projette quelquefois avec la bouche soit de l'huile, soit de l'eau ou de l'eau sucrée, pour humecter le moule ou faire adhérer la poussière.
2° Le séchage du moule ne donne lieu à aucune considération particuhère.
3*^ Coulage de la fonte. La fonte a été portée à 1800 degrés environ. Elle coule dans des cuves, d'où elle est transportée jtour être versée sur les moules : opération fatigante, pénible, faite par des hommes spéciaux. Parfois il y a projection d'une certaine quantité de fonte en fusion, ce qui peut occasionner des accidents, mais ne cause aucun trouble thoracique.
4° Le flambage provoque une fumée suffocante; cependant, quand l'espace est suffisamment vaste, le llambage ne donne pas lieu à des inconvénients sérieux.
Enfin, avant de quitter l'atelier, l'objet moulé en fonte est saupoudré de poussière de charbon par le procédé que nous avons décrit pour le moule.
Si maintenant on compare ces deux industries (moulage en cuivre et en fonte), on voit qu'elles offrent dans les procédés, et même dans les conditions du travail, de grands rapports ; mais la différence qui les sépare est capitale au point de vue qui nous occupe. Tandis que le moulage en cuivre a pu devenir, grâce à l'emploi de la féculC;, exempt de tout inconvénient pour la santé de fouvrier, l'usage persistant du poussier de charbon peut être chez les mouleurs en fonte une source d'altérations et de lésions. C'est donc sur ce point que doit se porter la soUicitude de l'hygiéniste. On doit chercher s'il est possible d'arrivei', par des réformes du même genre, à donner aux mouleurs en fonte l'immunité que possèdent aujourd'hui les mouleurs en cuivre. Il faudrait trouver une substance dont on pût conseiller la substitution à la poussière de charbon.
b. Étude clinique, — Parent-Ducliâtelet disait : « Nos charbonniers ne sont pas plus sensibles à la poussière de charbon assez dure pour polir les métaux, que nos mineurs à celle de la houille. » Sans avoir le même optimisme, nous remarquerons que les phénomènes symptomatiques ne paraissent pas, surtout au début, être en concordance directe avec les altérations des poumons.
Les troubles se manifestent- d'une manière lente et graduelle, provoqués plus encore par la persistance que par l'énergie de la cause. Tardieu fait remarquer que c'est en général après plus de dix années que les ouvriers mouleurs éprouvent les fâcheux effets de leur profession. Les accidents peuvent apparaître, pour la première fois, à la suite d'une cause fortuite (refroidissement, bronchite, fluxion de poitrine). Dans ce cas, le phénomène est semblable à celui que l'on observe chez certains
rachitiques, dont la respiration peut être suffisante jusqu'à ce qu'une bronchite ou une congestion pulmonaire vienne révéler l'existence de lésions antérieures. Nous n'avons d'ailleurs rien à ajouter aux descriptions cliniques qui ont été données, et surtout à celle de Tardieu. Nous noterons seulement, d'après un fait que nous avons observé, la disparition vers la fin de la vie de l'expectoration noire. Ce phénomène s'est expliqué par l'examen nécroscopique ; les bronches ne communiquaient pas avec les cavernes remplies de matière noire.
Les symptômes de l'anthracosis peuvent, comme le dit Tardieu, et malgré les objections de Hirt, être divisés en trois périodes :
La première consiste d'abord en une sensation de fatigue disproportionnée à la dépense de force musculaire de l'individu, fatigue qui se manifeste surtout dans la seconde moitié de la journée, s'accompagnant alors d'une dyspnée qui augmente graduellement jusqu'à la fin du travail, se prolonge dans la soirée hors de l'atelier et nécessite l'ajournement du repas ou l'usage exclusif d'ahments liquides. Cette dyspnée devient bientôt habituelle; la toux s'y ajoute et se produit par des quintes, le poussier s'est attaché à V ho mine. L'ouvrier supporte le travail en se reposant par intervalles. La percussion montre dans toute l'étendue de la poitrine, mais surtout du côté des sommets, une diminution de la sonorité et des points presque mats inégalement disséminés. Le murmure vésiculaire a perdu de son intensité et n'existe plus dans les points où il y a de la matité. Quelques râles de bronchite sont quelquefois perçus.
Ces phénomènes morbides correspondent aux deux premiers degrés que nous allons observer dans l'étude anatomo-pathologique ; les molécules charbonneuses ont franchi la légère barrière des cellules pavimenteuses et de la membrane mince qui les supporte ; elles ont dépassé les parois des alvéoles et des canalicules respiratoires et occupent le tissu interstitiel en supprimant la cavité de l'alvéole. Ces noyaux disséminés vont se réunir et donner heu aux gros noyaux que nous aurons plus tard à décrire. Nous trouvons là l'explication des phénomènes stéthoscopiques que nous avons signalés.
Dans le deuxième degré, les signes sont à la fois i)lus tranchés et plus caracté ristiques ; les traits sont altérés, le teint est plombé, la démarche lente et pénible. Il y a de l'oppression et de l'anhélation presque continuelles. La respiration, court" et suspirieuse, entraîne à la longue une voussure plus ou moins générale de la poitrine. Les malades se plaignent de constriction à la base du thorax; ils toussent parfois sans discontinuer, d'autres fois par quintes extrêmement pénibles, s'accompagnant fréquemment de crachements de sang et, dans tous les cas, de mucosités épaisses, visqueuses, au milieu desquelles sont expulsées des masses de matière noire pulvérulente plus ou moins agglomérée.
A une période plus avancée, les symptômes s'aggravent encore; l'amaigrissement est plus considérable; il y a le plus souvent comphcation d'affections consécutives du cœur (dilatation, lnpertro})hiej, avec troubles mécaniques dans la circulation veineuse du foie et des organes digestifs, de la diarrhée et de l'œdème. Les ouvrier" arrivés à cette période sont à peine capables de travailler; quelques-uns peuven encore, pendant la belle saison, occuper quelques fractions de journée, mais, sui vaut leur langage, il leur est iiii|)()ssilile (Vnrrncher une journée tout entière. Dans la dernière jiliase, la voix devient Ijrève, la parole entrecoupée, la face livide et le malades meurent d'asphyxie dans le marasme.
Le fait de l'expectoration noire, que nous avons observé dans certaines conditions déterminées chez les mouleurs en cuivre et chez les fondeurs, est pour ainsi dire le seul signe pathognomonique de la maladie; rexpectoration noire a été examinée avec soin, et à plusieurs reprises, chez divers ouvriers exposés aux poussières de charbon (Friedreich, Traube, Donders, Mannkopf). Traube (1861) a observé des particules noires ressemblant aux cellules et aux canalicules du Pinus sylvestris, qu'il locaUse, contrairement à Mannkopf, dans les cellules épithéliales. Les deux cas sont admissibles et, dans notre examen, nous avons trouvé des molécules charbonneuses résidant à l'intérieur aussi bien qu'en dehors des cellules épithéhales.
Le professeur Robin a donné les caractères suivants, qui distinguent les crachats anthracosiques des crachats à pigment mélanique. Les crachats anthracosiques sont noircis par les particules de charbon ordinaire ou de noir de fumée retenues par le mucus, les épithéliums et les leucocytes bronchiques. Les crachats à pigment mélanique renferment presque toujours soit des globules sanguins, soit même des granules d'hématosine.
c. Physiologie "pathologique. — En comparant les lésions de l'anthracosis à d'autres de même étendue produites par la tuberculose ou la pneumonie caséeuse, on est frappé de leur bénignité relative. Si l'étiologie nous donne, dans une certaine mesure, la raison de ces différences, l'anatomie pathologique vient à son tour nous exphquer pourquoi ces altérations n'entraînent pas des conséquences aussi graves, ou du moins aussi rapidement mortelles, que les autres affections dont nous venons de parler.
Les auteurs qui ont décrit l'anthracosis l'ont divisé en trois périodes :
La première, dans laquelle on ne rencontre que des granulations disséminées ; la seconde, où l'on trouve des noyaux ; la troisième, caractérisée par des cavernes.
Au premier degré, le poumon est parsemé dans toute son étendue de dépôts de charbon inégalement distribués ; telle est l'origine de ces lignes noires qu'on aperçoit sous la plèvre, chez tous les sujets adultes, et qui sont d'autant plus prononcées que l'individu est plus avancé en âge. Il n'y a, sous ce rapport, qu'une différence de degré entre les poumons des mouleurs en cuivre et ceux des sujets qui se trouvent dans les conditions ordinaires. Cependant, lorsque la poussière de charbon commence à s'accumuler en plus grande quantité dans le tissu pulmonaire, on constate d'abord qu'elle est fort inégalement répartie dans les lobules de l'organe ; à côté d'un lobule complètement imprégné, on en rencontre un autre qui est resté sain dans toute son é-feendue. Les petites cavités qu'on observe et qui représentent la section des alvéoles pulmonaires (canaUcules respiratoires) ont acquis un diamètre trois ou quatre fois plus grand qu'à l'état normal, tandis que leur nombre a sensiblement diminué; on voit par là qu'à mesure qu'il se produisait des obHtérations sur certains points, les alvéoles restées saines se dilatent par compensation. A la période que nous étudions, le poumon a conservé sa souplesse naturelle, surtout dans les points complètement noircis, et les bronches, suivies aussi loin que possible, ne présentent aucune trace de dépôts charbonneux, soit à la surface, soit dans la profondeur de la muqueuse qui les tapisse. Il semble donc avéré que c'est bien dans les alvéoles, et nulle autre part, que se dépose, en premier lieu, la poussière de charbon.
A la seconde période, l'élément étranger s'étant frayé un chemin à travers la
mince paroi qui la circonscrivait au début, s'épanche dans le tissu conjonctif pour y former ces noyaux plus volumineux que tous les auteurs ont décrits. Les altérations histologiques sont ici fort différentes de ce qu'elles étaient au début. A la place des minces cloisons du tissu lamineux interposé aux lobules et aux alvéoles (canalicules respiratoires), on trouve de larges travées de ce même tissu parsemées de granulations noires. Il est facile de suivre le développement progressif de ces cloisons. Sur les préparations dues à Cadiat, on voit en un point la paroi de l'alvéole avec son épaisseur normale, semée seulement de quelques points noirs qui viennent se ranger le long des vaisseaux. Un peu plus loin, cette paroi a doublé, triplé, quadruplé d'épaisseur. Enfin, sur certains points, on trouve de larges espaces comblés par le tissu conjonctif, pleins de poussières charbonneuses, qui représentent le premier degré des noyaux durs de Fanthracosis. Dans ces masses en voie de formation, on peut remarquer un fait important : c'est la présence des vaisseaux qui serviront longtemps à la nutrition des parties intéressées. Les bronches qui leur correspondent sont obUtérées par des dépôts d'épithéhum prismatique identique à celui qui tapisse la membrane muqueuse, mais elles restent exemptes de tout dépôt charbonneux. Sur les points les plus profondément altérés, au milieu de noyaux complètement noirs, on retrouvait encore la coupe de la bronche avec ses diverses couches parfaitement transparentes. Dans les bronches oblitérées elles-mêmes, les dépôts d'épithéhum qui les remplissaient ne renfermaient, dans aucune cellule, de trace de charbon. Par contre, les parois alvéolaires sont toujours imprégnées; nous l'avons constaté, soit à l'œil nu, soit à l'aide du microscope dans toutes les parties que nous avons examinées. C'est donc bien sur ce point que se déposent les poussières qui se trouvent d'abord dans les cellules pavimenteuses et plus tard dans la profondeur du tissu.
En résumé, les poussières de charbon traversent toute l'étendue des bronches sans s'y arrêter; arrivées à leur extrémité, elles séjournent dans les alvéoles pulmonaires et finissent par les traverser; une fois que le charbon s'est ouvert un passage, les nouvelles poussières pénètrent de plus en plus dans le parenchyme pulmonaire, c'est-à-dire dans le tissu pulmonaire; elles ne s'arrêtent dans leur marche envahissante qu'autour des vaisseaux dont la paroi élastique et musculaire leur oppose une résistance considérable. A mesure que les dépôts viennent s'y former, le tissu conjonctif s'hypertrophie et ainsi, peu à peu, se constituent, à la place des éléments normaux, ces noyaux indurés et les cicatrices qui les accompagnent. L'oblitération consécutive des bronches est un fait presque constant et qui, comme nous allons le voir, joue un rôle important dans la physiologie pathologique de l'anthracosis.
Nous arrivons maintenant à la troisième période. Dès que les noyaux ont atteint un certain volume, il s'y forme des cavités par un travail lent de résorption. Il se produit alors des cavernes dans lesquelles on trouve un hquide offrant en suspension des molécules de charbon ; elles ne renferment point de pus, ni aucun des éléments pathologiques que l'on trouve habituellement dans les cavernes des tuberculeux ; elles sont traversées de distance en distance par des sortes de colonnettes plus ou moins épaisses, formées par les bronches et les vaisseaux; elles ne communiquent point habituellement avec les bronches. Leur paroi est tapissée par des dépôts irréguliers de cellules pavimenteuses comme celles des alvéoles. La caverne ainsi constituée peut persister longtemps sans subir de grandes modifications, puisqu'elle est isolée du reste de l'organe» S'il en était autrement, si les bronches ne s'oblitéraient pas,
ces cavernes se trouveraient bien vite en communication avec Pair et provoqueraient, pendant la vie tout au moins, les phénomènes qui accompagnent les dilatations bronchiques. Mais ici, le tissu du poumon n'est pas détruit par un travail d'ulcération, il est simplement refoulé les parties saines sont aplaties, repoussées par les parties malades. On s'explique ainsi que des lésions si étendues puissent exister si longtemps sans déterminer des troubles plus considérables et on comprend, d'après la disposition de ces cavernes, d'après la façon dont elles se produisent, que la maladie puisse, chez certains individus, revêtir une forme presque latente ; c'est précisément ce qui est arrivé chez un malade dont nous avons rapporté l'histoire.
Notons enfin la présence de dépôts dans la plèvre costale et diaphragmatique ; les vaisseaux lymphatiques sont oblitérés soit par des molécules de charbon placées à leur intérieur, soit par la compression de molécules situées dans leur voisinage. Cette obstruction explique la rapide agglomération des molécules de charbon. Quant à l'imprégnation des ganglions bronchiques, le phénomène est le même que celui qui se passe dans les ganglions axill aires qui, chez les individus tatoués, se chargent des matières colorantes que l'on a incrustées dans le derme.
Ainsi donC; les molécules charbonneuses sont transportées dans les alvéoles par l'air inspiré et pénètrent les cloisons interalvéolaires. Si celte opinion a été difficile à se faire accepter, c'est que, à l'état presque physiologique, les poumons des vieillards et même des adultes présentent sous la plèvre, au niveau des cloisons interalvéolaires et interlobulaires, des dépôts charbonneux considérés par beaucoup d'auteurs comme du pigment et qui ne sont, en réalité, comme l'ont montré les analyses de Melsens, que le premier degré de notre anthracosis. L'existence de ces dépôts, sur presque tous les cadavres d'individus qui n'étaient ni mineurs, ni bouilleurs, ni mouleurs en cuivre ou en fonte, était un argument puissant en faveur des médecins qui niaient l'origine extérieure de la matière charbonneuse. Pour les convaincre, il fallait pouvoir démontrer la pénétration d'un corps qui n'existe pas à l'état habituel dans le poumon.
Les observations desiderosis pulmonaire publiées par Zenker ont donné cette dernière preuve et tranché la question d'une manière saisissante ^ Ces observations, qui établissent le mode de pénétration des poussières d'une manière irrécusable, montrent de plus que les molécules de poussière les plus fines peuvent, sans être anguleuses, ni pointues, pénétrer non seulement dans les cellules épithéliales, mais aussi plus profondément dans le tissu conjonclif du poumon, puisque, dans le cas de siderosis pulmonaire dont nous venons de parler, il s'agit de molécules rondes, très fines, qui ne peuvent léser par effraction : il n'y a plus alors un véritable traumatisme, mais un de ces actes de pénétration sur lesquels insiste le professeur Robin.
Que nous observions l'anthracose chez les mouleurs en cuivre, chez les bouilleurs ou chez les mineurs, les phénomènes seront toujours semblables. Quant à discuter le plus ou moins de nocuité des poussières charbonneuses suivant leurs variétés, la
1. Cette façon si simple d'envisager les choses a rencontré plus d'un adversaire autorisé. Virchow, par exemple, suivant en cela l'exemple d'Andral et de Breschet, a longtemps soutenu que la matière noire pulmonaire n'est autre chose qu'un pigment hématique et llenle se montre partisan de la môme manière de voir. Le premier travail méthodique qui ait été consacré à la matière noire pulmonaire est dû à un auteur anglais, Pearson {Philosophical transactions, London, t. II, 1813, p. 165. — Voir Leçons de Gharcot).
question est encore peu avancée. Toutefois, on a dit que le charbon de terre offrant, comme le noir de fumée, surtout des molécules rondes, était moins dangereux que le charbon de bois qui présente des molécules plus anguleuses.
Ainsi donc, chez les mouleurs en cuivre, chez les fondeurs, on doit admettre, en dehors de la phtisie tuberculeuse, une phtisie d'une nature particuhère qui mérite le nom de phtisie charbonneuse. L'affection produite au début par Taccumulation de la poussière de charbon, ne doit recevoir le nom de phtisie qu'à sa dernière période, lorsque le poumon se creuse de cavités et qu'on voit apparaître les phénomènes de dépérissement et de marasme. A ce moment Fanthracose ressemble aux cas de corps étrangers introduits dans les voies aériennes, donnant lieu aux phénomènes symptomatiques de la phtisie (hémoptysie, fièvre, sueurs nocturnes, amaigrissement) et pouvant guérir si le corps étranger est expulsé.
Ce qui rapproche toutes ces lésions, ce sont les ulcérations pulmonaires qui leur succèdent et la phtisie pulmonaire qui en est l'expression symptomatique. On a généralement confondu sous le nom de phtisies professionnelles toutes les maladies de cette espèce; il nous paraît préférable, pour les raisons que nous avons déjà données, de leur réserver le nom de pneumoconioses; dans le cas particulier qui nous occupe, il s'agirait d'une pneumoconiose anthracosique, maladie des poumons produite par le poussier de charbon; il y aurait la pneumoconiose anthracosique des mouleurs en cuivre et celle des bouilleurs; dans les deux cas la cause est la même, la poussière inhalée est également semblable; la profession seule diffère ^
2° Affections pulmonaires succédant à Vinhalation de poussières de tabac.
Tabacosis.
Les opinions les plus divergentes régnent dans la science à propos de l'action du tabac. Absolument inoffensive pour Parent-Duchâtelet^, cette fabrication est, d'après Ramazzini et Pâtissier, une des plus dangereuses.
La poussière du tabac est constituée par des corpuscules très fins, anguleux et pointus, de forme très différente; il ne s'en rencontre pas deux de semblables; les substances qui la composent sont en partie de nature organique. On trouve en outre, dans quelques espèces de tabac, des parties inorganiques, de la poussière de sihce, de petits grains de sable et beaucoup d'autres substances. Le tabac est préparé dans les manufactures sous forme de poudre ou tabac à priser, scaferlati ou tabac à fumer, qui sert à faire les cigares, carottes, etc. La poussière se développe dans beaucoup de manipulations, pendant l'amortissement des feuilles, pendant que l'on coupe les cigares, principalement pendant que l'on moud le tabac. Nous suivrons d'ailleurs pas à pas les différentes phases de la fabrication.
Les boucarets, ou ballots de tabac, venus des lieux de production, sont ouverts et
1. Les accidents pulmonaires observés chez les ouvriers travaillant à la fabrication des agglomérés de houille et de brai et décrits par Manouvriez (1876) sont tout à fait comparables aux phénomènes de la pneumoconiose anthracosique. Cette affection pourrait être dénommée pneumoconiose brutiosique (de brutia, brai). L'auteur que nous venons de citer l'appelle brutiase pulmonaire.
2. Parent-Duchâtelet et d'Arcet, Influence du tabac sur la santé des ouvriers, Ann. d'hyg. publique, 1829, t. I.
divisés en fragments cylindriques, puis soumis à Vécabochage, opération qui consiste à couper les caboches ou extrémités formées de grosses côtes.
Vépoulardage^ qui a pour but de séparer le sable des poussières, ainsi que le triage^ donne lieu à une production abondante de poussière.
Le mouillage consiste à arroser les feuilles avec une dissolution au dixième de sel de cuisine.
Vécôtage est exécuté par des femmes : elles prennent d'une main Fextrémilé des feuilles, séparent de l'autre main la grande côte, la rejettent pour la brûler avec les grosses nervures et les caboches.
Les cigarières roulent entre leurs doigts des débris longitudinaux de feuilles, les serrent et les revêtent d'une robe mouillée, c'est-à-dire d'une feuille convenablement taillée, ne présentant aucune déchirure. Les cigares sont ensuite desséchés à une température qui ne dépasse pas 30 degrés.
La préparation des rôles ou tabac à mâcher ou à chiquer comporte :
1° Le filage, qui se fait au rouet; le fileur saisit des mains d'un enfant les feuilles de tabac tendues en écheveau et reçoit d'autre part les robes toutes préparées. Il les dispose autour des feuilles et, les appuyant sur le rouet qu'un troisième enfant fait mouvoir, il les tord et en enfile un boudin d'un mètre environ ; ce boudin est enroulé sur le cyUndre ;
Le rôlage a pour objet de prendre les rouets des fileurs quand ils sont pleins, de dévider les boudins et de les enrouler sur des bobines;
3° Le pressage. Les rôles sont introduits dans les moules, puis disposés sur un chariot. Une presse hydrauHque étant mise en mouvement, les rôles sont fortement aplatis, une partie de leur jus est expulsé : ils sont soumis au ficelage^ puis exposés pendant quelques jours à l'étuve chauffée à 40 degrés.
Les feuilles de tabac destinées à faire le scaferlati ou tabac à fumer subissent le hachage, opération qui se fait aujourd'hui à la vapeur, au moyen d'une espèce de couteau à coulisse; puis ce tabac à fumer est soumis à une dessiccation ou torréfaction qui lui enlève dans une proportion déterminée l'humidité qu'il avait reçue au mouillage. Les manufactures les plus importantes se servent pour cette dessiccation du torréfacteur mécanique de Roland qui a remplacé le procédé de Gay-Lussac.
La préparation du tabac à priser repose en grande partie sur la fermentation. Le tabac est, après le hachage, entassé dans des magasins que Ton a soin de tenir fermés, en énormes masses qui n'ont pas moins de 600 à 700 mètres cubes, pesant de 300 000 à 400 000 kilogrammes. Il ne tarde pas à s'échauffer et à éprouver par la réaction de ses principes un travail intérieur qui lui fait acquérir de nouvelles qualités. La température s'élève et va jusqu'à 80 degrés. Il y a un dégagement considérable de gaz qui donne à l'atmosphère des qualités irritantes et une âcreté difficile à supporter. Lorsqu'après cinq ou six mois, la fermentation étant jugée suffisante, on procède à la démolition des masses, une vapeur épaisse et fumante se dégage et rend l'opération des j)lus pénibles. Le râpage aujourd'hui consiste en une véritable mouture exécutée au moyen d'une série de moulins que la vapeur met en mouvement et d'où le tabac sort présentant des molécules de plus en plus fuies. Ainsi moulé, le tabac subit une deuxième fermentation qui s'opère dans des espèces de chambres ou cellules construites en tous sens avec de fortes planches bien exactement jointes, où le tabac pressé et foulé est autant que possible à l'abri du contact
de Fair. Les chambres portent le nom de cases. Le tabac est extrait d'une case pour être transporté dans une autre. L'ouvrier obligé, une pelle à la main, d'agiter la poudre encore brûlante, en remplit des hottes ou des sacs; il est alors soumis à une atmosphère acre et infecte qui pique les yeux, irrite la gorge et provoque des suffocations. A la fermentation en cases succède le tamisage, qui aujourd'hui est exécnté à la vapeur; malgré ce perfectionnement, on respire le tabac qui voltige en poussière fine.
Les ouvriers des manufactures de tabac sont donc, si la ventilation n'est pas parfaite, exposés à l'absorption d'une énorme quantité de poussière, ce qui, chez certains d'entre eux, provoque le catarrhe pulmonaire et môme la phtisie. Zenker a décrit, sous le nom de tabacosis, une pneumoconiose qui lui paraît pouvoir être produite de cette manière. Ayant fait l'autopsie de deux ouvriers d'une manufacture de tabac, il trouva les deux poumons très atrophiés, parsemés de petites taches brunâtres qui se montraient surtout dans les points où l'atrophie était le plus marquée. « Je n'oserais décider, dit Zenker, en me basant sur cette observation, s'il faut considérer le dépôt de poussière comme la cause de l'état atrophique et je ne puis attribuer jusqu'ici qu'une valeur relative à ces faits ^ »
D'autre part, un ancien directeur général de l'administration des tabacs, le vicomte Siméon va jusqu'à attribuer au tabac une influence salutaire. Mélier, chargé par l'Académie de visiter la manufacture de Paris ^, a constaté que la première impression ressentie par les ouvriers est toujours pénible. Tous éprouvent une difficulté plus ou moins grande à s'habituer au travail. Plusieurs même se voient forcés d'y renoncer. Les phénomènes qu'on obsefve consistent en une céphalalgie plus ou moins intense avec nausées et vomissements. En même temps les ouvriers perdent le sommeil et souvent il survient de la diarrhée. Au bout d'un certain temps (huit ou quinze jours), ces accidents disparaissent et ces individus subissent un véritable acclimatement. Mais plus tard ils semblent éprouver des effets plus profonds.
Heurtaux, Boudet, Schneider ont retrouvé la nicotine dans les urines. D'après Kostial, le lait, chez les ouvrières nourrices, a une odeur de tabac très prononcée, quoique la présence de la nicotine n'y ait point été chimiquement démontrée. Suivant cet auteur encore, les avortements par suite de la mort du fœtus ne seraient point rares chez les femmes employées aux fabriques de cigares, et les recherches antérieures de Ruef, qui a constaté la présence de la nicotine dans les eaux de l'amnios, viennent à l'appui de cette opinion. Mais l'influence de l'alcaloïde serait poussée plus loin encore : Kostial ^ a remarqué la mort fréquente des nourrissons par suite de maladies du cerveau et l'autopsie aurait démontré de la congestion cérébro-spinale, de l'hyperémie des méninges et de l'œdème cérébral. D'après Kostial, sur 100 confectionneuses de cigares, de douze à seize ans, nouvellement entrées dans la fabrique, 72 tombent malades dans les premiers six mois. La
1. Les autopsies que j'ai pratiquées à rtiôpital Saint-Antoine me portent à résoudre négativement cette question.
2. De la santé des ouvriers employés dans les manufactures de tabac, Bull, de l'Acad. royale de médecine, t. X, 1845.
3. Les ouvriers de la fabrique de cigares d'Iglau, Wochenblatt der k. k. Gesellschaft der Aerzte in Wien.
maladie dure une ou plusieurs semaines; suivant Ygonin\ elle ne se montrerait que dans la minorité des cas.
Gilbert a signalé un cas d'hystérie tabagique caractérisée par une hémiplégie avec hémianesthésie chez un ouvrier employé depuis quatre ans dans une fabrique de tabac.
Diverses expériences faites sur des animaux qui ont été soumis pendant trois mois à une atmosphère de poussière de tabac, ont donné des résultats négatifs. On peut en déduire que le dépôt des poussières de tabac, dans le poumon, ne peut s'observer qu'après une inhalation prolongée.
Méher a également insisté sur certains accidents observés chez les ouvriers qui défont les masses et qui, indépendamment d'un travail pénible, sont exposés directement à l'inspiration des produits de la fermentation de ces masses. Ces accidents consistent dans des diarrhées séreuses abondantes, de l'insomnie, de l'agitation, de l'inappétence, des nausées, de l'amaigrissement et un teint gris caractéristique.
En résumé, on ne saurait considérer la fabrication du tabac comme étant absolument indifférente et si les effets qu'elle produit peuvent être diversement appréciés, le fait de son influence fâcheuse sur les ouvriers ne saurait être contesté ^.
3° Affections pulmonaires succédant à Vinhalation des poussières de coton. Byssinosis.
L'industrie cotonnière occupe en France plus de 155 000 ouvriers dont 35 000 pour la filalure et 120000 pour le tissage. Les proportions du sexe masculin et féminin sont respectivement de 47 et 53 p. 100. Un sixième du personnel ouvrier masculin, un cinquième du personnel féminin sont âgés de moins de dix-huit ans. Les ateliers sont habituellement vastes, bien aérés et présentent presque toujours une somme d'air de 20 mètres cubes environ pour chaque individu. C'est à Yillermé et au docteur Thouvenin, de Lille, que nous devons la plupart de ces renseignements^.
Trois opérations se succèdent dans le travail : le battage, le cardage et le filage.
Apporté à l'état brut dans les manufactures, le coton est soumis d'abord au hat^
1. Ygonin, Maladies des ouvriers employés dans les manufactures de tabac, Lyon, -1860.
2. Il résulte des expériences faites par Boudet que des intoxications plombiques peuvent se produire chez les consommateurs de tabac, par suite de l'usage qu'ont adopté un grand nombre de débitants de livrer le tabac enfermé dans des sacs de plomb en feuilles. 11 se forme en effet du sous-acétate de plomb en petites plaques très friables, se détachant facilement du métal et se mêlant au tabac. Dès 1831, Chevalier avait signalé ces inconvénients et c'est d'après ses conseils qu'en 1836 l'administration des tabacs substitua aux feuilles de plomb des feuilles d'étain. Garrod a cité égalemént une observation d'accidents saturnins graves, provoqués par l'usage du tabac à priser (ce tabac était contenu dans des boîtes faites entièrement de lames de plomb de 15 millimètres d'épaisseur). Une traduction de cette observation a paru dans la Gaz. des hôp., 1872, n° 108. On a retrouvé aussi dans le tabac de l'orpiment, du cinabre destiné comme le minium à colorer diverses espèces. Enfin Chevallier a eu à examiner des tabacs de contrebande qui étaient fabriqués avec des feuilles ramassées dans les jardins publics et qui contenaient des immondices de toute nature.
3. Voir aussi Lhoste, Grénu et Ligeotte, Rapport fait au conseil de salubrité de Troyes, sur les accidents auxquels sont exposés les ouvriers employés dans les filatures de laine et de coton, Ann. d'hyg. piibl., 1834»
tage. On obtient ainsi rélimination d'une grande quantité de poussière et la désagrégation des filaments. Le battage se fait à la mécanique ou à la main. Le battage a la main est extrêmement fatigant. Le coton, posé sur des claies, maintenu sur des tréteaux, est frappé continuellement et à tour de bras, avec des baguettes d'osier, et laisse échapper dans l'atelier des nuages de poussière irritante et de duvet cotonneux qui pénètrent dans la bouche, les narines, la gorge, les bronches ; on les voit également sur les vêtements, le visage, les cheveux des ouvriers. Pour remédier à ce danger, on a essayé des ventilateurs mécaniques qui ne laissent répandre qu'une petite quantité de duvet ou de poussière, mais dont l'usage n'est pas encore assez répandu.
La deuxième opération, le cardage, a pour objet d'introduire graduellement et successivement dans plusieurs métiers une portion de coton qui s'allonge et s'amincit jusqu'à devenir propre au filage. Les salles de la carderie sont les plus malsaines et les machines à carder celles qui donnent le plus de poussière. Les accidents éclatent soit immédiatement, soit dès le troisième ou quatrième jour; celui qui a traversé impunément les huit premiers jours est susceptible d'un acclimatement qui est au contraire impossible chez l'individu qui, jusqu'à l'âge de vingt-quatre à trente ans, a été accoutumé au travail en plein air. Certaines fabriques ont étabh, dans la salle de carderie, des ventilateurs qui rendent un service incontestable.
Yillermé signale deux catégories d'ouvriers plus gravement exposés : ce sont les déhourreurs et les aiguiseurs de cardes. Les premiers sont chargés d'enlever les planches des tambours à carder et de les remplacer après en avoir nettoyé la carde intérieure. Ils aspirent et avalent une quantité considérable de poussière à laquelle viennent s'ajouter, pour les aiguiseurs, les parcelles métalliques (poudre d'émeri) que ces ouvriers projettent dans l'air. Ils rentrent ainsi dans la classe des polisseurs d'acier sur lesquels nous aurons à revenir.
Le coton étant cardé, on le porte dans les ateUers de filage, où prend place la troisième opération. Les lîleurs surveillent le métier, lui donnent l'impulsion nécessaire; des ouvriers appelés rattacheurs s'occupent à rattacher les fils de coton qui se brisent. Le filage exige l'absence de tout courant d'air et une température de 15 à 25 degrés, à défaut de laquelle les fils se briseraient à chaque instant. La température doit être d'autant plus élevée qu'on fabrique des fils plus fins; dans certains ateliers, elle s'élève jusqu'à 34, 37 et même 40 degrés. Yillermé a insisté sur les dangers d'une chaleur aussi intense qui expose les ouvriers à des refroidissements subits, danger d'autant plus grand que ces ouvriers, bras, jambes et pieds nus, à peine vêtus, sont constamment dans un état d'abondante transpiration.
Enfin une grande quantité de déchets, connus sous le nom de plocs de coton, déchets, imbibés d'huile ou d'un corps gras, sont réunis dans un espace souvent très restreint et soumis au battage après le séchage plus ou moins parfait à l'air. Les accidents produits sont ici les mêmes que chez les batteurs de coton.
L'affection la plus redoutable est celle qui naît de l'influence des poussières sur la respiration. Le catarrhe bronchique, qui persiste chez l'ouvrier pendant les premières années de son métier, s'aggrave plus tard de symptômes plus inquiétants; la toux devient fréquente ; les crachats épais renferment des fibres de coton : le malade tombe dans l'anémie et meurt dans un état de marasme. Cette affection particuhère des poumons, qui a été considérée comme une pneumoconiose, est décrite sous le
nom de bijssinosis. Coelsem, qui s'est occupé de cette maladie, l'appelle pneumonie cotonneuse et lui reconnaît trois périodes :
l'' Période prodromique, caractérisée par un catarrhe chronique des bronches;
2° Période inflammatoire avec signes de pneumonie, mais avec crachats spéciaux contenant de petits corps floconneux visibles à la loupe ;
S'' Période terminale. Le malade tombe dans le marasme et finit par succomber. La durée de la maladie serait de seize à vingt-deux mois. A l'autopsie, les poumons sont ratatinés, en partie fibreux, en partie réduits à l'état de bouilUe gris-blanchâtre, résultat de la fonte du tissu. Ces altérations se rencontrent dans les lobes supérieurs, plus souvent dans le poumon gauche. Hirt avoue qu'il n'a pas encore été donné de démontrer chimiquement la présence du coton dans le poumon. Or c'est cette seule démonstration qui permettrait d'accepter ce qu'il appelle la pneumoconiose byssinosique. Cependant le fait clinique existe. La pneumonie ou la phtisie cotonneuse ont été observées.
Picard^ dit à ce sujet : « Les affections pulmonaires chroniques, que nous sommes appelés à traiter, ont toutes les apparences de la phtisie tuberculeuse; mais nous croyons que, dans la grande majorité des cas, ce ne sont pas des tubercules; ce sont des inflammations et ulcérations de la muqueuse bronchique et des vésicules. » Cette phtisie serait analogue à celle des tailleurs de pierre, des aiguiseurs, etc. « Les autopsies nous manquent pour démontrer notre proposition et au début le diagnostic est bien difficile; mais ce qui confirme notre opinion, c'est que nous avons vu bien souvent des individus présentant les symptômes de la phtisie pulmonaire, se rétablir complètement après avoir quitté la filature et retomber malades quand ils reprenaient leurs travaux. » En effet, la plupart des ouvriers batteurs à la main quittent ce genre de travail dès qu'ils trouvent de l'ouvrage ailleurs. Il est rare qu'on les garde plus de deux ou trois ans; généralement cette besogne est accomplie successivement et à tour de rôle par tous les ouvriers de la fabrique.
La ouate est formée par du coton réduit en poil à l'aide du battage et du détirage. On le carde en le faisant passer sous le rouleau d'une machine à bras qui lui donne la forme d'une large galette carrée. L'une des surfaces est enduite à la brosse d'une solution de colle de Flandre. On unit les deux galettes par le côté poilu et on forme ainsi une pièce de ouate. Ces pièces sont mises à sécher dans des étuves. On teint la ouate en noir, en bleu et en rose par les procédés ordinaires de la teinture. L'effilochage et Vécabochage de la ouate dégagent des poussières d'autant plus incommodes que l'on opère fréquemment sur des cotons teints. Cette fabrication engendre une poussière très ténue qui oblige bientôt les ouvriers à interrompre leurs travaux. Presque tous souffrent de la poitrine.
On appelle gazage^ l'opération qui consiste à faire passer rapidement les fils de coton à travers la flamme d'un bec de gaz pour détruire les aspérités et les villosités du fil. Les inconvénients de ce flambage, au point de vue de l'hygiène, n'avaient pas encore été signalés. Ils consistent : 1*^ dans l'élévation considérable de la température; dans les ateliers, à la fin de la journée, celte température atteint