De r hygiène des ouvriers employés dans les filatures
2. Conditions de salubrité des ateliers dans les filatures de coton, par J. Arnould, de Lille {Annales d'hygiène publique et de médecine légale, fév. 1879, p. 97).
en hiver -f- 25 à 35 degrés centigrades et en été jusqu'à + 40; de sorte que, malgré la sécheresse de Pair, les ouvrières sont constamment inondées de sueur; ces poussières ainsi carbonisées sont plus irritantes, plus pénétrantes que la poussière cotonneuse ordinaire; peut-être même se produit-il, par la combustion incomplète, outre de Tacide carbonique, des gaz toxiques, en particulier de Toxyde de carbone.
Comme effet de ces influences, M. Arnould signale de la céphalalgie, une tendance à la syncope, Tinertie des fonctions digestives, une irritation de la gorge, de la toux, un picotement des yeux, une blépharo-conjonctivite légère, qui avec la teinte blafarde constitue ce qu'on pourrait appeler un masque professionnel. On n'a pas observé d'accidents pulmonaires sérieux et en somme la santé des ouvrières n'est que légèrement troublée. C'est par une bonne disposition de la ventilation qu'on peut remédier à ces inconvénients. Pour empêcher la déviation et les oscillations de la flamme par le courant d'air, un industriel a entouré chaque bec de gaz d'un petit manchon de cuivre que traverse le fil. Arnould conseille en outre une ventilation mécanique renversée, se faisant par de larges ouvertures des interstices de la toiture vers les mailles d'un faux plancher.
4" Accidents pulmonaires succédant à rinhalation des poussières de lin et de chanvre. — Rouissage.
De même que l'industrie du colon, le travail du chanvre et du lin a pour objet la transformation de la matière première en fil capable d'être tissé. Ces plantes doivent au préalable cire soumises au rouissage^ o})ération qui constitue une question d'hygiène très importante et dont, pour ne pas scinder notre étude, nous nous occuperons ici, quoiqu'elle appartienne bien plutôt à la partie de l'hygiène pubhque qui a trait à l'altération et à la corruption des eaux.
Le rouissage a pour objet de détruire la matière résineuse et gommeuse qui se trouve naturellement dans l'écorce du chanvre. On obtient ce résultat par la fermentation putride au moyen de divers i)rocédés qui presque tous donnent lieu à des émanations gazeuses désagréables, souvent nuisibles et susceptibles de se répandre au loin dans l'atmosphère.
Trois procédés sont surtout usités :
I. Le rouissage far V exposition du chanvre en couche mince sur le sol et soumis aux influences atmosphériques pendant une durée de quinze à dix-huit jours; ce procédé, très inférieur, au point de vue industriel, à celui de l'immersion, a sur lui l'avantage de ne causer aucune infection, les émanations qui se produisent se perdant immédiatement et au fur et à mesure dans la masse atmosphérique.
II. Le rouissage à Veau stagnante. Le chanvre, lié en javelles, est placé dans le routoir, puis recouvert par l'eau jusqu'à son entière submersion. Lorsque la fermentation, qui ne tarde pas à s'étabhr, a produit son effet, le rouissage est achevé; on répand l'eau sur le sol ou dans les eaux environnantes s'il existe une })ente d'écoulement et le chanvre est enlevé du routoir pour sécher à l'air. Ultérieurement, on extrait la vase ainsi que les dépôts produits par le rouissage. Chacune de ces phases donne lieu à des dégagements gazeux très fétides : souvent aussi il arrive que le routoir n'ayant pas d'écoulement naturel, les eaux infectées y séjournent indéfiniment.
III. Le rouissage à Veau courante dans un routoir isolé. Le chanvre est placé dans le routoir, alimenté par un courant d'eau continu, ordinairement dérivé d'un cours voisin. Une partie de l'eau est renouvelée par le courant, une partie est stagnante. Le rouissage se fait plus lentement que dans l'eau stagnante et d'autant plus lentement que la portion d'eau renouvelée par le courant est plus considérable.
Ce procédé est incontestablement le plus avantageux au point de vue industriel, en raison de la qualité des produits ; mais il est incontestablement aussi le plus nuisible au point de vue de l'hygiène publique. Il infecte l'air autant ou presque autant que le deuxième procédé ; la sortie du routoir, la dessiccation à l'air, l'extraction de la vase ont tous les inconvénients signalés ci-dessus et, de plus, tant que le chanvre reste dans le routoir, l'eau qui en sort infectée est déversée dans un cours d'eau principal, qui répand en aval, sur tout son parcours, l'odeur caractéristique et ses influences malfaisantes. Ajoutons que tout ce qu'il y a de fretin dans ces cours d'eau est détruit inévitablement et meurt asphyxié, par suite du manque d'oxygène nécessaire à sa respiration et qui a été détruit par le mélange à l'eau de matières organiques.
C'est à tort qu'on a nié l'influence du rouissage sur la santé publique. Mais des améliorations sont possibles; elles consisteraient dans l'établissement de bassins étanches, dont le fond se trouverait d'au moins un mètre supérieur à la surface du cours d'eau destiné à son alimentation, laquelle s'effectuerait à l'aide d'un barrage ou, à défaut, au moyen d'une machine élévatoire. L'eau qui servirait à la macération des plantes textiles contenues dans le bassin y arriverait par sa partie supérieure, par arrosage de la masse et s'écoulerait par le bas, de manière à former un courant plutôt intermittent que continu. L'eau contaminée par la fermentation émergerait dans une citerne contiguë, où elle serait traitée et désinfectée par du lait de chaux. Après quelque temps de repos, cette eau, s'étant éclaircie plus ou moins complètement, serait employée à l'irrigation des prairies environnantes, ou rendue au cours dont elle provient, en lui faisant parcourir un trajet d'une certaine longueur, à l'aide d'une rigole creusée dans le terrain, où elle achèverait de se purifier. Les dépôts du routoir et ceux du bassin d'éi)uration mélangés formeraient un très bon engrais d'un emploi facile, peu coûteux et presque inoffensif pour ceux qui seraient chargés de l'enlever.
Les routoirs, pendant l'opération, devraient être couverts par des panneaux mobiles bien adaptés, afin non seulement d'empêcher l'exhalaison et la dispersion des vapeurs infectes et méphitiques provenant de la fermentation, mais encore de s'opposer à la diminution de la température du routoir, qu'il serait bon, pour le même motif, d'encastrer dans des murs de terre; car il est de princij^e que l'opération marche avec d'autant plus de rapidité que la chaleur est plus élevée.
IV. Plusieurs moyens de rouissage par les machines ont été proposés et même appliqués sur une grande échelle, sans que ces essais aient paru en amoindrir suffisamment l'insalubrité*. Léonce et Coblentz ont même essayé de supprimer complètement le rouissage; le chanvre, saisi en nature, est transformé immédiatement en filasse. Ces procédés coûteux semblent aujourd'hui abandonnés par les industriels, qui préfèrent acheter les lins et les chanvres tout rouis et teillés d'après
1. Payen, Rapport adressé au ministre du Commerce, inséré au Moniteur du 4 octoj)re 1860.
les anciens procédés agricoles qui donnent des produits de meilleure nature.
Après que la plante a été exposée au rouissage, la tige textile doit être débarrassée de ses parties ligneuses; pour cela elle est soumise au teillage, c'est-à-dire à une succession de broyages et battages mécaniques qui donnent lieu à un dégagement de poussières nuisibles. Le peignage^ celui du chanvre en particulier, est extrêmement dangereux, en raison de la quantité considérable de particules siliceuses qui s'échappent avec les filaments textiles. Enfin, nous ne ferons que mentionner la dernière opération du filage^ qui s'effectue, pour le chanvre et le lin, dans les mêmes conditions et avec les mêmes inconvénients que pour le coton et la laine.
La poussière dégagée par le travail des ouvriers qui divisent le lin est riche en silice (jusqu'à 13 p. 100). Greenhow a trouvé 7,1 et 22,2 p. 100 d'acide silicique dans les poumons d'ouvriers broyeurs de lin. Il s'agit donc ici d'une chalicose.
L'action nuisible de la température élevée des ateliers de filage s'accroît, dans l'industrie hnière, d'une surabondance de vapeur et d'une aspersion d'eau continuelles. Nous signalerons encore une singulière affection que Toulmouche', de Rennes, a décrite le premier chez les fileurs de chanvre. Elle consiste en une intlammation spéciale de la bouche et surtout de la langue. Cette affection aurait pour cause une mauvaise coutume des fileuses, qui, se servant de leur saUve pour mouiller et façonner le fil, provoquent ainsi un contact incessant de la langue avec les doigts ou avec la filasse même chargés de matières âcres et irritantes.
Affections pulmonaires succédant à Vinhalatlon de la poussière de bois, — de bois colorants de campêche, — de santal, — de chicorée, — de garance^ — de blé, — de farine. — {Scieurs de bois. — Menuisiers. — ■ Ébénistes. — Tourneurs. — Tonneliers. — Charpentiers. — Batteurs en grange. — Vanneurs. — Boulangers.)
La poussière provenant de bois durs est plus fine que celle du bois mou; elle est constituée par de petits éléments, la plupart aigus et acérés; les ouvriers particulièrement exposés à l'inhalation de ces poussières sont les scieurs de bois, les menuisiers^, ébénistes, tourneurs, tonneliers et charpentiers.
L'influence de la poussière chez les scieurs de bois est généralement plus nuisible pour l'ouvrier qui se trouve placé en bas.
Chez les charpentiers ^ il faut noter les plaies produites par les scies mécaniques et par l'emploi de l'herminette
1. Toulmonche, Mémoire svu' les maladies occasionnées par le chanvre et sur une affection morbide nouvelle de la bouche chez les fileurs de chanvre, Gaz. méd., 1832.
2. Marc Borchard, Hygiène des professions. Maladies des menuisiers et des ébénistes, d'après le docteur Koblank, 1859.
3. Rit, Quelques considérations sur les plaies produites par les scies circulaires mues par la vapeur, Thèse de Montpellier, 1870.
A Layet, Hygiène et pathologie professionnelles des ouvriers employés à l'arsenal maritime de Toulon, Arch. de médecine navale, 1873.
4. Sorte de hache dont la lame est horizontale et recourbée au lieu d'être verticale. L'ouvrier saisit d'une main l'extrémité du manche, de l'autre relève et abaisse alternatif vement l'instrument qui vient frapper la pièce de bois sur le sol au devant de ses jambes. Une déviation quelconque de l'outil amène des blessures soit au pied, soit à la jambe de l'ouvrier.
Quant aux tonneliers, les statistiques ont montré que la durée de la vie chez eux est au-dessous de la moyenne (Hannover). C'est que, par-dessus tout, et en dehors de toute influence de milieu, ces ouvriers sont essentiellement des hommes de peine.
On a remarqué aussi que la fabrication des crayons développait une quantité assez importante de poussière.
Le tableau suivant, emprunté à Hirt, indique l'influence de quelques professions sur la production de certaines maladies.