DURÉE 1 MOYENNE DE LA VIE
MORTALITÉ P. 100
Ans.
Charpentiers ....
Charrons et fabric.
de voitures
Ceux qui séparent la farine d'avec le son, dit Ramazzini, ceux qui secouent et portent les sacs, ne peuvent s'empêcher d'avaler, avec l'air qu'ils respirent, les particules de farine qui voltigent. La plupart des graminées, seigle, froment, avoine et orge, produisent, en effet, particulièrement pendant le battage du grain, un mélange assez considérable de poussière. Chez les batteurs en granges^ où cependant des courants d'air éloignent une certaine proportion de poussière, il se développe des bronchites et des emphysèmes; le seigle et le froment paraissent surtout dangereux. Le battage se fait, soit au fléau par les batteurs en grange, soit à l'aide de batteries mécaniques. Le premier est un travail rude, nuisible à la santé, et Romazzini signalait déjà, chez les batteurs en grange, tous les accidents qui résultent de l'inspiration d'une grande quantité de poussières irritantes. Il faut donc encourager de préférence les batteries mécaniques'.
Le vannage s'opère le plus souvent à bras, au moyen d'un van^ espèce de grand panier plat, à l'aide duquel on agite le grain en le projetant à une certaine hauteur. Les enveloppes du grain et les matières légères sont entraînées par les courants d'air et laissent retomber le grain plus pesant. Quant au ventilateur mécanique, il répand encore plus de poussière. Pour se soustraire à cette action délétère, Tardieu conseille aux vanneurs et aux batteurs de grain, employés aux machines nouvelles, de se couvrir le visage d'un voile pareil à celui dont font déjà usage les scieurs de long.
Le meunier est également exposé à respirer une grande quantité de poussière, surtout durant le travail dans la bluterie. Le blutoir est une sorte de crible ou machine qui sert à isoler le bon grain du mauvais et à le séparer des ordures et de la poussière qui s'y trouvent mêlées après qu'il a préalablement subi sur l'aire de la grange la première épuration du son. Il y a donc le blutoir à blé et le blutoir à farine qui isolent les diverses qualités de farines entre elles. La poussière du son est
PROUST, TRAITÉ d'hYGIKNE
surtout nuisible; elle est formée, en effet, de toutes les impuretés, glumelles, barbes, etc. La poussière de la farine, au contraire, constituée par de petits corpuscules arrondis, est beaucoup moins dangereuse Elle donne lieu, cependant, à un accident particulier décrit par Chevallier ^ et qui se produit dans les circonstances suivantes :
Tandis que les vastes cylindres qui composent la bluterie retiennent le son en laissant traverser la fleur de farine, cette dernière, passant à travers un tamis, tombe en neige dans la chambre à farine. Mais, en voyageant de la bluterie dans cette chambre, une partie s'accumule sur les solives ou traverses du plancher de séparation et sur les moindres saiUies des cloisons, jusqu'à ce qu'à un moment donné ces petits amas de farine venant à tomber dans la chambre, il se forme un véritable nuage en suspension dans l'air. Si, à ce moment, on pénètre dans la chambre avec une lampe allumée, la farine en suspension peut s'entlammer et faire explosion. Il est donc indispensable d'avoir une lampe de sûreté pour pénétrer dans les bluteries et les chambres à farine, et il ne faut jamais tenir un corps enflammé dans le voisinage des blutoirs pendant leur fonctionnement.
Le rhabillage des meules soumet encore le meunier à l'absorption de particules siliceuses par les voies respiratoires.
Les boulangers ^ sont beaucoup moins exposés que les meuniers. Néanmoins il y a inhalation de poussière de farine aussi bien pour l'ouvrier qui pétrit, nommé geindre, que pour celui qui est chargé de la cuisson (là, cependant, la poussière est plus atténuée). De plus, ces ouvriers travaillent la nuit et à une température très élevée. C'est sans doute à ces deux dernières influences que l'on doit attribuer la pâleur anémique qui caractérise les garçons boulangers. Les mouvements violents et les efforts répétés auxquels sont obligés les pétrisseurs les prédisposent aux maladies du cœur. Les affections rhumatismales et les phlegmasies aiguës sont, ainsi que l'avait noté Ramazzini, celles qui atteignent le plus fréquemment les boulangers. Enfin, nous devons remarquer le peu de résistance qu'opposent les individus occupés à la boulangerie à l'invasion d'une épidémie. Ce fait a reçu, durant la peste de Marseille, une terrible démonstration : les boulangers furent décimés à ce point, que ceux des villes voisines furent appelés pour subvenir aux besoins du peuple ^. Clot-Bey en Orient pour la peste; puis Audouard, pour la fièvre jaune; Blondel, pour le choléra ont renouvelé ces observations. Suivant Mayer enfin, les boulangers fournissent le plus de victimes au typhus.
Hirt considère comme très nuisible la poussière qui provient des moisissures se développant pendant la préparation des deux champignons, Boletus ignarius et fomentarius . Cette poussière aurait une action spéciale sur les muqueuses, d'où des épislaxis, du coryza, de l'ozène, des ophtalmies, des inflammations eczémateuses de la peau et du scrotum. Elle paraît même un emménagogue assez puissant. Les ouvriers doivent donc se protéger la bouche et le nez avec une bandelette et on a conseillé aussi, lorsqu'ils ont terminé leur travail, des fomentations d'infusion de
1. A. Chevallier. Des accidents qui peuvent être observés dans les minoteries, in Ann. d'hyg. publ., 1866.
2. Beaugrand. Dict. encyclop. des sciences méd., art. Boulangers.
• 3. Depuis que l'on connaît le rôle des rats dans la propagation de la peste on n'a plus lieu d'être surpris de la prédilection de cette maladie pour les boulangers, les épiciers, etc.^