INHALATION DE POUSSIÈRES ANIMALES
camomille et des lotions d'infusion de ciguë. Hirt signale également l'influence fâcheuse de l'inhalation des poussières des bois colorants de campêche et de santal, tandis que celles de chicorée et de garance sont, dit-il, absolument inoffensives.
On donne le nom de coniomycoses aux maladies professionnelles dues à des poussières de moisissures.
Les grains affectés de carie dont le champignon est VAstïlago carbo, les ti^es atteintes de rouille, Uredo pucima, donnent une poussière très irritante provoquant du coryza, de l'angine, une éruption cutanée accompagnée souvent de courbature générale, de lièvre et de symptômes catarraux.
- Les Aspergillus, les Eurotius, peuvent déterminer des affections graves. Dieukfoy, Chantemesse et Widal en 1890, Gaucher et Sergent, Rénon, ont particulièrement étudié les effets de VAspergillus fumigatus. L'aspergillose pulmonaire peut revêtir l'aspect d'une pseudo-tuberculose. Elle peut se développer aussi sur la cornée, la peau.
IL — Affections pulmonaires succédant a l'inhalation de poussières animales
1° Affections pulmonaires succédant à l'inhalation des poussières de laine.
La laine est constituée par les poils de certaines espèces animales : la surface de ces poils est recouverte de petites écailles. Les fibres sont très flexibles. La laine est soumise à plusieurs opérations successives :
Il s'agit dans la première, appelée tiHage (ou désuintage), de débarrasser le laine brute du corps gras appelé suint, dont elle est revêtue. Chaque toison est déroulée sur des claies de bois ; l'ouvrier doit alors extraire avec la main les adhérences graisseuses de chaque poil ou les mèches feutrées qui s'y rencontrent. Des furoncles, des érysipèles, des éruptions diverses sont la conséquence fréquente de cette besogne.
Le lavage, qui se fait dans des cuves remplies d'eau de savon, est suivi du séchage, puis du dégraissage, au moyen de l'urine en putréfaction ou d'un alcali dissous dans l'eau chaude. La laine est alors séchée une deuxième fois, puis portée à la teinture.
Exécutées en plein air, ces diverses phases du travail n'offrent d'autre cause d'insalubrité que l'humidité et l'action des liquides caustiques sur la peau.
Le battage se fait également en plein air; le développement de poussière y est très faible et cette partie du travail, si dangereuse chez les ouvriers cotonniers, est ici relativement inoffensive.
Le peignage s'exécute au moyen de peignes d'acier. Dans beaucoup d'ateliers, les fourneaux de charbon sur lesquels on chauffe ces peignes sont situés au milieu des salles de travail, sans cheminée d'appel communiquant à l'extérieur. Le dégagement d'oxyde de carbone qui se produit peut, lorsque les fenêtres sont fermées, amener les accidents d'asphyxie les plus graves.
Contrairement à ce qui se passe pour le coton, et grâce à l'huile dont la laine est imbibée avant de passer dans les métiers, le cardage de la laine, qui a lieu dans la filature, ne développe qu'une faible quantité de poussière. La laine cardée sert à la fabrication du drap ; la laine peignée ou longue est soumise à dix ou douze métiers.
Les filatures de laine sont aussi plus vastes, mieux aérées, moins poussiéreuses que ceux des filatures de coton. La chaleur y est moins nécessaire au travail et les fenêtres peuvent y rester ouvertes.
L'industrie lainière occupe en France plus de 500 000 ouvriers répartis dans un grand nombre de départements. La fabrication des draps constitue la branche la plus intéressante de cette industrie. La laine lavée, peignée, puis filée, est alors tissée pour former le drap, qui est à son tour plongé dans des liquides alcahns, puis battu par des marteaux-foulons. Les individus qui se livrent à ce foulage souffrent d'une affection vésiculeuse. Le peignage se fait à l'aide d'un chardon à foulon. L'invention des machines à cylindre évite aujourd'hui l'affection qui s'observait autrefois à la paume de la main chez les tondeurs. Le drap subit finalement le décatissage, le brossage et le pressage K
Hirt évalue à 5 p. 100 la mortalité des ouvriers des manutactures de drap; la durée de la vie est, dit-il, chez eux, de 57 à 59 ans. Il fait observer que la fabrication des velours de laine est plus dangereuse.
Quant au moyen érigé aujourd'hui en industrie dans le département du Nord, de battes mécaniques })our les fils et le lin, ces établissements entraînent des inconvénients de bruit, de poussière considérable et ont été rangés dans la deuxième classe des établissements dangereux et insalubres.
2° Affections pulmonaires succédant à Vinhalation de la soie.
L'industrie de la soie occupe en France plus de 300 000 ouvriers et il est à remarquer qu'on y rencontre peu d'individus vigoureux.
On sait que le ver à soie produit un tissu filamenteux, dont il s'enveloppe comme d'une coque pour y subir sa métamorphose et qui, pour cela, reçoit le nom de cocon. Pour extraire la soie de ce cocon, il faut la débourrer, c'est-à-dire débarrasser sa surface de la bourre ou frison qui la garnit. C'est cette bourre qui, une fois cardée, produit la filoselle. Lorsque le débourrage a laissé ainsi à découvert le fil grège, le cocon est plongé dans une bassine d'eau bouillante, pour être rendu apte au dévidage. C'est chez les ouvrières qui sont chargées de tirer et de réunir les fils détrempés et désagrégés par l'eau chaude, que l'on voit se développer cette éruption dont nous avons eu occasion de parler antérieurement et que Potton a décrite sous le nom de mal de ver ou de bassine.
Outre ces accidents particuliers, le dévidage présente, comme toutes les autres préparations de la soie, les inconvénients d'un travail accompli dans une atmosphère chaude et humide, le plus souvent même dans un sous-sol. Ces conditions hygiéniques déplorables s'aggravent, dans le cardage des frisons que nous avons mentionné au début, d'un développement de poussières malsaines, d'attitudes vicieuses du corps. Ce travail est surtout concentré dans les maisons de détention du Midi et notamment dans les prisons de Nimes et de Montpellier. Boileau, de Caslelnau, apprécie ainsi son influence, dans un rapport adressé au ministre de l'Intérieur : « Position constamment assise ou debout; pour les presseurs, exercice forcé ou con-
1. Réflexions sur les ouvriers employés dans les manufactures de drap, par M. Toulmonde, de Sedan, Paris, 1848.