OUVRIERS QUI EMPLOIENT LE MERCURE
Ouvriers qui extraient le mercure des mines.
Ouvriers qui préparent les produits chimiiiues mercuriels (chlorure, iodure, etc.). Étameurs de glace.
Fleuristes.
Empailleurs.
Photographes.
Bijoutiers et orfèvres.
Fabricants de draps irnprimés.
— d'aniline.
Ouvriers qui damassent les canons.
Doreurs.
Ouvriers employés a la construction des
bois pour poteaux télégraphiques.
Chapeliers.
Le mercure émet des vapeurs à toute tem})éralure. Elles sont d'autant plus nombreuses que la température est plus élevée. Ces vapeurs, malgré leur densité, sont extrêmement diffusibles.
Merget s'en est assuré au moyen de l'azote d'argent ammoniacal qui noircit sous rinlluencc des vapeurs inercurielles. Il a trouvé ainsi la présence de vapeurs mercurielles à la hauteur du plafond des ateliers. Renk a trouvé de son côté le mercure à une hauteur de 4 mètres dans un atelier d'étamage de glaces.
Métallurgie du mercure. — En Europe les mines principales de mercure se trouvent à Almaden (Espagne), Idria (Autriche). Le mercure se trouve dans ces mines à l'état de cinabre (sulfure).
L'extraction et l'abatage du minerai sont en général peu dangereux, sauf dans les points où le mercure se trouve à l'état natif, en gouttelettes métalliques, comme c'est surtout le cas à Almaden. Le cinabre est grillé dans les fours enfermés dans des enveloppes métalliques étaiiches. Les gaz sortant des fours circulent dans des tubes de fonte, puis dans des serpents en grès et dirigés dans de grandes chambres en bois à joints bien étanclies.
L'étamage des glaces était une des opérations les plus dangereuses. La mise en train s'effectue sur une table de marbre ou de pierre bien placée et parfaitement polie, sur laquelle est étendue une feuille d'étain. Sur cette feuille on verse d'abord une petite quantité de mercure qu'on étend avec un tampon de flanelle pour favoriser l'amalgamation; puis on verse de nouveau du mercure pour former une couche de mercure de plusieurs millimètres. Les impuretés qui surnagent enlevées, la plaque de verre bien nettoyée et bien asséchée est coulée dans le cadre de la couche mercurielle. Ces manipulations amenaient un grand nombre d'accidents dont on a pu diminuer la fi'é(|uencc au moyen de précautions diverses.
Dans les ateliers de Saint-Gobain, Ghauny et Cirey les ouvriers ne sont occupés à rétamage que six heures par jour et 2 ou 3 fois par semaine seulement. Les
fenêtres de l'atelier sont largement ouvertes. Les tampons de flanelle dont l'ouvrier se sert pour élaler le mercure seront placés à Textrémité d'une baguette ayant 1 m. 20 de long.
On a cherché à neutraliser les vapeurs de mercure diffuses dans Pair. On a dans ce but répandu de la fine fleur de soufre. Merget a proposé le chlorure de chaux qui formerait du calomel.
Meyer, à Sainl-Gobain, a fait répandre sur le sol de la solution d'ammoniaque du commerce, tous les soirs après le travail, et a vu diminuer considérablement les cas d'intoxication.
Le conseil d'hygiène de la Seine conseille de répandre sur le sol une couche de rognures d'étain pour amalgamer le mercure.
LVHamage par le mercure esl aujourd'hui remplacé le plus généralement parle procédé de l'argenture, beaucouj) plus rapide et i)lus économique (Lamy).
La base du |)rocédé consiste dans la réduction d'une solution alcaline du nitrate d'argent par un corps n'-ducleur, et comme réduction on a successivement enqiloyé : en 1830 raldéhyde (Liebig), en 1843 les essences de girofle et de thym (Drayton), en '18"i7 l'essence de camomille (Wagner), puis le sucre de lait (Liebig), le glucose, la niliomannile, l'acide lailiique. Ou a icproché aux miioirs argentés de couHuuni- (pier aii\ (iltjeU i-.'tb'fliis une leiiile jainiàl i-e. ITien (pie ce défaul soit à peine sensible ou [teul le eori iger eu doiiuaul au vei re une h'gère coloialiou rose ou bleue. On peut aussi emplover le proci'di' Leiioii- (pii, eu outic, rend le (léi>ot d'argeid plus adhérent el le pidlege cuiilie les t'iiiaiiarKtus siilfli) driqiies (|ui le noirciraient. Ce procédé consiste à verser sur la glaciî aussitôt apiès l argiMilure une dissolution étendue de cyanure de mercure dans le cyanure de potassium. Une j»artie de Taigcnt déplace du meicuie qni amalgame iiiiiin'dialemenl le reste et lui donne une plus grande adhérence. Au moment où la glace esl recouverte de la solution mercurielle on la saupoudre d'une poudre de zinc très line qui précipite le mercure et régularise raïualgamalioii.
Plusieurs opérations sont dangereuses dans la dorure au mercure^ : la ])réparalion de Tamalgame d'or, la prépaïalion des pièces et l'application de la dorure. Des vapeurs niercurielles s'élèvent en eiVel des bains de dissolution, ou des molécules mercuricdles se volatilisent au moment de l'application de la dorure. On a signalé aussi l'absorption cutanée par le contact des mains avec l'amalgame d'or. Il V a encore une cause d'intoxication mei-cnri(dle dans la prépaïalion des pièces avant rapjilication de Tamalgame: elles sont impiéguées d'une dissolution de nitrate acide de mercure.
Quelquefois, les fifjurines de plûlre sont argentées par le procédé suivant : leur surface est frottée avec un amalgame dans lequel il entre parties égales de mercure, de bismuth et d'étain, puis elle est recouverte d'une couche de vernis.
Les fleuristes, en employant (juelquefois les rouges de mercure, c'est-à-dire le sulfure, le bi-iodiire elle chrouiale de mercure, sf»nt exposées à l'intoxication uu^rcuiielle.
Chez certains onpaillniD's^ Teinploi du sublimé corrosif occasionne aussi des
1. D'après Benoislon de Cliàleaimcu f, les doreurs présenteraient une proportion de 8 phtisiques sur 100 malades.
accidents. Les photographes y sont également exposés en maniant le bichlorure de mercure.
Lsi préparation du fulminate de mercure présente peu d'inconvénients au point de vue de l'intoxication mercurielle ; mais elle offre un très grand danger à cause de la nature toxique des produits qui se dégagent pendant la fabrication.
Dans certains ateliers de bijouterie et d'orfèvrerie^ on réunit les balayures, puis on les grille, on les lave, ét les cendres ainsi retenues sont amalgamées. Le mercure est ensuite distillé.
Le sublimé est employé pour Vimprimerie des draps dans la préparation de Vaniline, pour damasser les canons de fusils et comme moyen de conservation des bois (poteaux télégraphiques).
On a observé à Berlin (1888) et à Buda-Pesth (Donath, 1895) des cas assez nombreux d'intoxication mercurielle chez les ouvriers employés à la fabrication des lampes à incandescence. Pour confectionner ces lampes on fait le vide dans des ampoules de verre qui sont ensuite fermées à la lampe. Le vide est obtenu au moyen de pompes pneumatiques à mercure.
Les intoxications s'observent dans les ateliers des pompes à mercure par suite du bris fréquent des tubes et de la projection du mercure sur le sol.
Les accidents ont disparu à Berlin à la suite de mesures réglant l'aération, la ventilation et le tcm[)S de séjour dans les ateliers.
Le mieux est certainement de su])primer les pompes à mercure et de les remplacer par les pompes mécaniques, comme celles de Malignani, dans lesquelles les pistons et les soupapes se meuvent constamment dans un bain d'huile.
L'industrie de la chapellerie nous occupera plus longtemps.
Les matières premières employées dans la fabrication des chapeaux de feutre varient suivant la qualité du i)roduit auquel elles sont destinées. Les poils du castor, du lièvre, du rat musqué, du cachemire et du veau sont employés pour les feutres de première qualité. On se sert, pour les autres, de poils d'âne, d'agneau ou de chameau. 11 faut que les poils arrivent à s'accrocher si bien les uns dans les autres, que, d'une certaine pression à laquelle on les soumet, il résulte un tissu appelé feutre^ qu'on ne peut plus sé])arer qu'en le déchirant.
On commence par roi)ération du ségallage, qui a pour objet de nettoyer les toisons, au moyen d'une carde fine, et de les battre pour en enlever la poussière; Vébarbage et Véjarrage consistent à couper ou à arracher de longs poils appelés jarres, qui ne peuvent pas se feutrer. Ces travaux préliminaires ne sont nuisibles que par le fait de la poussière (pi'ils répandent ^ Enfin, les peaux sont frottées avec une brosse trempée dans une solution de nitrate de mercure : c'est le sécrétage, qui doit préparer les poils au feutrage.
Les sécréteurs ou brosseurs ont des fonctions multiples (Letulle) :
1. Pour prévenir l'action nocive des poussières, Gosse, de Genève (1783-1784), proposa l'emploi d'un masque. On conseille aussi des appareils clos, des cages vitrées entourant la table de travail; enfin on a émis l'idée, pour l'éjarrage des poils, de coupeuses mécaniques. M. de Freycinet a vu à Francfort une de ces coupeuses : la peau, poussée par l'ouvrier, s'engage entre des cylindres qui, en même temps qu'ils la découpent en fines lanières, ont un mouvement de rotation assez rapide pour entraîner tous les poils, toutes les poussières et les précipiter, du côté opposé à l'ouvrier, dans une caisse hermétiquement close.
Ils préparent le secret mélange de mercure métallique et d'acide azotique en excès ;
S*' Ils brossent chaque peau avec une forte brosse à poignée imbibée de la solution de nitrate acide de mercure ; pour cela la peau est accrochée rapidement sur une planche horizontale munie d'un clou et frottée largement de façon à bien imprégner la toison;
3'^ Ils portent à Fétuve en les accrochant successivement sur une série de tringles en fer les peaux sécrétées (}ui doivent y sécher en un nombre variable d'heures suivant différentes conditions;
4'' Ils doivent chauller Fétuve, surveiller la dessiccation des peaux et par consé- (juent entretenir le foyer de calorique en pénétrant à plusieurs reprises dans Fétuve pendant Fopération de la dessiccation;
5" Le rôle du sécréteur, agent responsable de sa fournée de peaux mises à Fétuve, est encore d'enlever hors du four les peaux desséchées et de les ranger en paquets (jui seront soumis à un contrôle sévère.
L'oj)ération du sécrétage terminée, une seconde série va commencer, celle du coupage des ]>oils. 11 convient d'insister sur ce fait (pie les peaux sécrétées resteut assez longtemps dans les magasins avant d'être soumises à ces inani[)ulations.
Uéchiqueteuse arrache la queue (juine jieut être débitée parla machine à couper et dont les poils sont tondus au ciseau par une ouvrière spéciale.
La hrusscuse brosse à sec, à Fair ou à peu i)rès à Faii-. Chacune redresse ainsi les poils des peaux, (jui sans cela ne pourraient être coupés régulièrement.
Le coupeur de poils porte la peau à la machine à couper, cylindre coupant faisant par seconde un nond)re considérable dt; louis sur lui-même, débitant le derme en une série de petites lanières très Fines (vermicelle), en même temj)s qu'il renvoie vers le coupeur la toison tondue (Fune manière égale et [)arraite.
Une rpliicJieusr, travaillant à côté de clKupie machine, reçoit la toison, enlève les paipiels (le |ioils de (iiialile inférieure et passe les autres à la vionleuse, qui les met en |»a(|uets.
Les ris({ues (Fint(»xication iiierciirielle menacent surtout les ouvriers occupés au sécrétage, (pii, maniant le nitrate acide de mercure, sont exposés tout à la fois à l'inhalation des vapeurs iiilreiises et de vapeurs mercurielles et au contact avec un sel mercuriel.
L'action du nitrate acide ne se borne jias à faciliter la séparation des poils. Elle favorise le feutrage ultérieur et cela, sans doute, comme Font expliqué Monge et BerlhoUet, en produisant des déchirures de la gaine épithéliale des poils à la faveur desquelles la pénétration réciproque des poils est possible.
On a tenté à maintes rei)rises de remplacer le nitrate acide de mercure par des agents moins dangereux.
llillairet, en 1869, proposa de soumettre successivement le poil au contact de mélasse et d'acide nitri(juc de façon à produire le dégagement de vapeurs nitreuses qui joueront le rôle i>rincipal dans le sécrétage.
Celle méthode demande un temps beaucoup plus long et n'a pu être imposée. Elle fournit un feutre moins ap|trécié.
Le procédé Dargelos (mélange de 2 parFies d'acide nitrique et 3 d'acide chlorhydrique), a été également abandonné.
Le procédé Buv^ (sulfate de potasse et de zinc et acide nitrique) et le procédé Couronne (sel d'étain et acide chlorydrique) , ont été employés dans quelques fabriques; mais on n'est pas encore fixé sur leur supériorité.
Les poils, placés en tas sur une claie d osier, sont traversés par la corde de Tarcon (arc), qui, mis en vibration, les agite et les mélange intimement; les arçoimeurs sont exposés à la formation d'un nuage de poils et de poussière imprégné de sels mercuriels el d acide arsénieux, dont la nocuité se manifeste sur les yeux, les orifices des muqueuses, des bronches, etc.
Les masses nuageuses qui forment le tissu sont roulées et comprimées entre des pièces de linge et des feuilles épaisses de papier, pour être feutrées. La travail terminé, les pièces de feutre sont portées à la foule, où, après avoir été trempées dans un bain de lie de vin ou d'eau aiguisée d'acide sulfurique, elles sont foulées pendant plusieurs heures. Enfin le feutre est dressé sur une forme {dressage), plongé dans une matière colorante végétale ou saline [teinture], et finalement revêtu d'un enduit qui lui donne un certain degré de formot('' moelleuse [apprêt).
Les chapelleries sont (railleurs rangées dans la deuxième classe des établissements insalubres ou incommodes, et les Conseils de salubrité ne tolèrent pas l'existence des foules dans une rue très fréquentée. En outre, une ordonnance de poHce du 12 juillet 1818 prescrit qu'à Paris elles soient placées au rez-de-chaussée ou dans le fond des cours. Les buées provenant de l'atelier de chapellerie doivent être recueiUies dans une grande cheminée ([ui les porte au-dessus du toit des maisons les plus élevées des alentours. Quant aux inconvénients résultant de l'écoulement des eaux el de la jjréparation du vernis, il est facile d'y remédier par l'application des règlements auxquels sont soumis les teinturiers, fabricants de vernis, etc. Le vernis est particulièrement employé pour l'application de la soie sur les feutres; c'est un vernis de gomme-laque; les ateliers qui servent pour sa préparation sont souvent fort exigus, el là où cette fabrication s'opère sans précaution et sans aucune des conditions voulues, elle est réellement une chose fâcheuse.
Les premiers signes de l'intoxication mercurielle professionnelle sont la coloration noire des dents et la diminution de la force musculaire.
Les dents noires peuvent être complètement saines. Les poussières mercurielles se fixent d'abord sur les bords des dents, puis sur les deux faces. Les dents noircissent ordinairement la troisième ou la quatrième année de travail.
La diminution de la force musculaire, a[)préciable au dynamomètre, est parfois suivie de la mort.
La stomatite mercuricdle, fréquente dans l'intoxication aigu;», est rare dans l'empoisonnement professionnel, sauf pour les ouvriers nouveaux venus qui se livrent d'emblée aux travaux les plus malsains. Roussel en avait observé beaucoup de cas à Almaden. Letulle n'a pas vu une seule stomatite sur 200 ouvriers occupés dans les établissements de coupeurs de poils.
Les phénomènes nerveux .se présentent sous trois formes distinctes :
V Le tremblement miM curiel proprement dit ;
2" Le treniblenient mercuricl avec convulsions et douleurs; c'est cet ensemble de troubles, phénomènes convulsifs, douleurs plus ou moins vives ou j)lus ou moins fré(juentes, qui constitue un des caractères principaux de l'état que l'on appelle, en Espagne, calam/jres ;
3° Enfin la paralysie inercurielle avec altération de Tintelligence.
En Espagne, on a remarqué que les mouvements convulsifs augmentent sous rintluence du vent d'est, qui, à Almaden, est appelé salamo. C'est d'ailleurs dans ces mines que les accidents nerveux graves ont surtout été observés.
LetuUe a beaucoup insisté sur la part de l'alcoolisme dans les accidents nerveux autres que les tremblements.
11 a surtout mis en lumière l'impressionnabilité des ouvriers qui travaillent au mercure et qui les rend tout particulièrement sujets aux suggestions. Quand un trembleur existe dans un atelier de coupage ou de secrétage, tous les ouvriers qui le voient trembler en travaillant en sont gênés. Certains même affirment qu'ils trembleraient si le patron n'avait soin de congédier la victime.
Le mercure est, comme Ta bien montré Letulle, un agent provocateur de l'hyslérie et l'on s'explique ainsi l'apparition des bémianestbésies, desbémiplégies ionctionnelles etc., chez les ouvriers maiiianl le mercure et ses composés.
La phtisie est fréquente.
D'une manière générale, riiydrargyrisme atteint plus les femmes que les hommes. Sur 100 ouvriers, 80 souffrent d'accidents, et on remarque que les jeunes femmes sont emportées en plus grand nond)re (pie les jeunes gens.
L'intoxication mercurielle, comme Tintoxication saturnine, exerce une induence fâcheuse sur le i)ro(luil de la conception. Goëtz relate le fait d'un enfant atteint d'un tremblement congénital. Il est né lorsque sa mère était alTeclée de ce tremblement. Aldinger a cité des cas (pii montrent que plusieurs membres d'une famille, tous dans de bonnes conditions de santé, unis à des femmes également bien portantes, ont mis au monde des enfants sains et vigoureux; tandis que les aules membres de cette famille, avant épousé des sujets mercurialisés, ont procréé des enfants malingres et chétifs. En outre, des enfants de naissance antérieure à ce travail des parents étaient bien portants, et ceux <pii étaient nés depuis le travail au mercure étaient dans de mauvaises conditions.
Il résulte des recherches de Lizé, du Mans*, que l'influence du mercure, transmise par le père à l'enfant, est tout aussi réelle ((ue lorsque c'est la mère qui a été exposée à ces émanations. En outre, l'influence est encore plus fatale aux produits • piand le père et la mère ont éprouvé simultanément l'influence du mercure. Kussinaul et Keller ont constaté des avorlements chez les femmes maniant le mercure, et leurs enfants, frappés de faiblesse congénitale, souvent atteints de rachitisme, succombaient très i)romptement -.
L'influence heureuse des professions mercurielles sur les individus atteints de syphilis est loin d'èti e établie '\
1. Lizé, (lu Mans, prétend avoir observé, chez des ouvrières employées au secrétage, des avorlements, des accoucliements prématurés ou de mort-nés. Enfin, les enfants mouraient en bas âge. Il considère ces faits comme le résultat de l'influence mercurielle.
2. D'après Hermann, les vaches qui paissent dans le voisinage des fourneaux d'Idria et sous le vent qui en vient avortent, et les veaux venus à terme périssent bientôt.
3. Le mercure arrive dans l'organisme par les muqueuses digestive et pulmonaire. La peau le laisse également pénétrer (frictions). Les globules du sang sont altérés : ils ont perdu leur forme arrondie et ne peuvent la recouvrer. Leur couleur est aussi modifiée, La sécrétion biliaire est augmentée : il en est de même de la sécrétion rénale (Saikowsky). Oppolzer a trouvé du mercure dans le foie et le cerveau.
Empoisonnement arsenical professionnel.
OUVRIERS QUI EMPLOIENT i/aRSENIC *.
Ouvriers des fabriques de plomb de chasse.
Ouvriers en papiers peints.
Broyeurs de couleurs.
Fonceurs.
Tireurs.
Imprimeurs.
Satineurs.
Découpeurs.
Feuiilagistes.
Fabricants d'abat-jour verts.
Gorroyeurs.
Couturières.
Ouvriers travaillant au veloutage.
Apprèteurs d'étoffes.
Teinturiers.
Imprimeurs sur étoffes.
Peintres en bâtiments.
Fabricants de couleurs.
Marchands de couleurs.
Peintres en décors.
Fleuristes.
Ouvriers des fabriques d'aniline.
Fondeurs (minerais arsénifères).
Fabricants d'acide arsénieux et arsénique.
L'empoisonnement par l'arsenic ^ peul se produire sous la forme aiguë et sous la forme chronique. Toutefois, la première est extrêmement rare. Le malade éprouve alors une sensation de chaleur tiès acre h la gorge, une soif ardente; il a des vomissements incessants, variahles suivant Télat de Testomac et le moment de la digestion, et que la plus petite quantité de hoisson rapi)elleà chaque instant. On observe également une douleur épigastrique, qui s'exaspère à la pression; il y a de la tendance à la syncope, une [ail)lesse générale; les traits sont très altérés; le i)0uls est petit, filiforme. Ces accidents ont été très exceptionnellement observés, au moment de la sublimation de l'oxyde, lorsque, la chaudière venant à se trouer, l'acide arsénieux tombe dans le foyer et se volatihse dans l'atelier sous forme de vapeur toxique ^.
La forme clironique est caractérisée par de l'inappétence, de la céphalalgie, des nausées, quelquefois des vomissements, des selles diarrhéiques, parfois sanguinolentes, des douleurs errati(jues, de Fafl"ail)lissement, de la pâleur; la fièvre s'allume et ces symptômes [)euvent acf[uérir une gravité réelle si la cause n'est éloignée sans retard. Souvent aussi il se })roduit des irritations des yeux; les fosses nasales sont habituellement altérées; elles sont le siège d'hémorragies; les orifices des narines présentent des excoriations croûteuses, et la ])erforation de la cloison a été constatée. Quebiuefois aussi les bronches sont irritées, il y a de l'enrouement et une toux sèche. Enfin on a oi)servé des vertiges, des douleurs généralisées, une paralysie incomplète du mouvement affectant surtout la foi me paraplégique % une teinte terreuse de la peau et de l'amaigrissement.
1. L'hydrogène arsénié, qui se forme dans certaines préparations chimiques ou pharmaceutiques, est extrêmement toxique. 11 modifie les propriétés du sang. La matière colorante se sépare des globules et se dissout dans le plasma. Les mêmes observations sont applicables à l'hydrogène phosphoré, qui cependant est moins toxique que l'hydrogène arsénié.
2. Les empoisonnements arsenicaux aigus professionnels ol)servés jusqu'ici, caractérisés par une gastro-entérite extrêmement intense et des accidents cérébraux, ont toujours présenté un pronostic fort grave. L'examen nécroscopique a permis de constater une dégénérescence graisseuse du cœur et des glandes de l'intestin.
1^. Scolosulolf, dans une note lue à la Société de biologie (17 juillet 1875) sur la paralysie arsenicale et la distribution de l'arsenic dans les divers organes, a établi que, dans l'empoisonnement par l'emploi prolongé de fortes doses, il y a trente fois plus d'arsenic
Nous n'avons pas à revenir ici sur les éruptions arsenicales ^ Nous ferons remarquer toutefois qu'elles sont de deux sortes : les unes résultent de l'action locale de l'arsenic sur la peau, et se traduisent par les vésicules, les pustules, les ulcérations ; les autres peuvent être considérées comme l'eflet de l'absorption de la substance toxique. Pour Lolliot et Ratliery, ces dernières consisteraient exclusivement dans de rérytlième, de l'eczéma, très rarement des squames, et le plus souvent des taches brunes indélébiles, (jue Devergie considère comme spéciales à l'intoxication arsenicale
Professions qui produisent l'intoxication arsenicale. — Extraction du minerai. — Usines. — Les ouvriers qui extraient le minerai dans les galeries souterraines n'éprouvent d'autre inconvénient que quelques accidents locaux. Il n'en est pas ainsi dans le bocardage ou broyage, surtout quand l'opération se fait à la main et à sec.
he grillage, h subi Inia/ ion ài)V oxyda ïovuu' \m' le raclage da l'acide arsénieux déposé dans les chambres de condensatiou, sont })lus particulièrement nuisibles. Brockinann a observé des phénomènes morbides chez les mineurs du Hartz. Suivant Heintze, niédecin des mines de Reiclienstein en Silésie, les ouvriers qui extraient le métal sont atteints de fièvres intermittentes, comme le reste de la population, tandis que les bocardeurs et ceux ([ui grillent le minerai en sont tout à faits exempts ^ D'après Paris, avant l'installalion d'une usine arsénifère en Cornouailles, les marais du voisinage occasionnaient des lièvres intermittentes; elles ont disparu depuis.
Cependant certaines mesures devront être conseillées pour éviter les effets toxiques de l'arsenic; il y aura quelques précautions à prendre de la part de l'administration et de la part des ouvriers.
Les chambres destinées à la condensation des vapeurs arsenicales devront être en nombre suffisant, bien closes et disposées de manière à ne pas permettre la dissémination de ces vapeurs dans les ateliers. On établira une ventilation énergique ; les cheminées d'appel s'élevanl à une grande hauteur sont nécessaires quand le grillage des minerais n'a pas pour but de recueillir l'acide arsénieux formé. 11 faudra avoir en permanence une quantité de peroxyde de fer hydraté. Les ouvriers éviteront avec le plus grand soin l'inspiration de vapeurs arsenicales, au moyen d'appareils d'interception. Ils feront usage de vêtements d'atelier exactement fermés au col, aux manches, autour des malléoles. Ils laveront soigneusement et fréquemment les parties exposées, et devront prendre leurs repas endehors des lieux où il j)Ourrait y avoir des causes d'intoxication. Les usines dans lesquelles on prépare les composés arsenicaux et les fabriques dans lesquelles on emploie ces produits chimiques ont quelquefois une inlluence nocive sur le voisinage ^
Mais le danger résulte moins du fait des vapeurs ou des poussières qui, s'échappant de l'usine, peuvent se répandre dans l'air libre environnant, que de l'altération (pie subissent les eaux par le mélange, soit de ces vapeurs ou poussières, soit plutôt
dans le cerveau et la moelle que dans les muscles; il y aurait donc accumulation de l'arsenic dans les centres nerveux, ce qui expliquerait la paralysie arsenicale.
1. Voir le chapitre consacré aux Professions provoquant des éruptions.
2. La moyenne de la vie des ouvriers de Reichcnslein est de 47 ans.
3. Paris a sipnalé l'état de maladie des chevaux et des bestiaux dans le voisinage de l'usinede Cornouailles; les vaches mêmes y auraient perdu leur lait.
des eaux de lavage ou résidus liquides jetés sur la terre, ou encore des pluies ou neiges qui, tombant sur les minerais arsénifères, se sont chargées, en les traversant, des composés solubles arsenicaux.
Des faits d'intoxication par Tingestion de Peau de pluie empoisonnée par ce procédé ont été observés à Bâle et à Nancy. Aussi les ateliers dans lesquels on met en œuvre les substances arsenicales doivent être munis d'un sol parfaitement imperméable; on emploiera des carreaux posés sur un lit de ciment. Le dépôt de l'acide arsénieux aura lieu sur un sol dallé et cimenté. Les eaux de lavage contenant de l'arsenic, de même que les autres détritus arsenicaux liquides ne seront pas emportés dans des vaisseaux^ ni entraînés par des conduits, mais traités par la chaux, pour obtenir une combinaison avec l'acide arsénieux, puis évaporées; l'évaporation avec ébulhtion aura lieu sous des cheminées munies d'un long tirage.
Quant à empêcher la diffusion nuisible dans l'atmosphère des vapeurs ou des poussières, il suffira d'exiger la condensation, dans des appareils spéciaux, des produits volatils formés, et la dispersion dans les couches élevées de l'atmosphère, à l'aide d'une très haute cheminée, de tout ce qui aurait pu échapper à la condensation.
Les verts arsenicaux connus en France sont : 1° le vert de Scheele ou arséniie de cuivre, que l'on prépare en précipitant un sel de cuivre par un arsénite alcalin ; 2° le vert de Schweinfurt, sel double d'arsénite et d'acétate de cuivre K
Les verts arsenicaux sont employés dans les compositions suivantes :
1^ Dans \r préparation des j)apiers i^eints en vert, certains ouvriers foncent le papier, d'autres l'impriment avec le vert de Schweinfurt; les premiers sont plus exposés que les seconds ; il y en a aussi qui satinent le papier coloré avec le vert arsenical. Des opérations auxquelles se livrent ces ouvriers, une de celles qui les exposent le plus, est le satinage des rouleaux, alors qu'ils sont très secs-. Il y a là, pendant le travail, par le frottement de la brosse, un dégagement d'une infinité de particules loxicpies; mais l'opération plus particulièrement dangereuse est le veloiilage] les surfaces sont enduites d'une colle d'empois ou de gomme et saupoudrées avec du drap réduit en poudre fine, coloré par les verts arsenicaux ^
Des faits tendant à établir la possibilité de l'intoxication arsenicale à la suite de l'habitation dans des a[)partenients tendus avec des papiers colorés par le oert de Scheele ou de Schweinfurt, existaient depuis longtemps : ils ont été signalés par Gmelin (1839), Basedow (1846), Carlson et Malmsten (1851), en Allemagne et en Suède; Hinds, Halley, Whitehead, en Angleterre. Cependant l'intoxication par ce procédé a été contestée; mais des chimistes, Kletsinsky, de Vienne, et Fabian, d'Augsbourg^ ont trouvé de l'arsenic dans l'urine de malades ayant offert des phénomènes d'intoxication dans les conditions indiquées. Les parlisans de l'intoxication l'expliquent de deux façons, ou bien par des gaz (hydrogène arsénié), on bien par l'introduction dans les voies digestive et respiratoire des poussières détachées des peintures ou du papier *. Beaugrand, qui a fait de cette question une étude très
1. Dubrisay nous apprend en 1894 qne la marine française n'a pas aclieté moins de 600 000 kilogr. de vert de Scliweinfurt pour la peinture des carènes de vaisseaux.
2. Cerlains papiers colorés eu rouge contiennent du réaigar. On ajoute souvent de l'arsenic à la laque et au carmin pour donner à la couleur rouge plus d'éclat et de durée.
3. On ajoute quelquefois aux verts arsenicaux des arséniates rouges d'alumine.
4. Le professeur de chimie du collège des chirurgiens d'Irlande a rapporté un fait qui montre que des préparations arsenicales peuvent être dissimulées dans des papiers
PlIOUST, TRAITlô fj'HYOTKNK. 75
complète, admet cette seconde opinion, et cela d'autant plus que, dans les pays où les accidents ont été signalés, les peintures se font ordinairement à la colle, et que, sur les papiers, la couleur est étendue en couches tellement épaisses qu'elle y offre laspect velouté. Cependant Fleck ^ a prouvé que dans une chambre tendue en vert de Sch^veinfurt, sous Tinfluence de riiumidilé, Tair de Tappartement peut contenir de Tarsenic à l'état de composé gazeux. Gosio a établi en 1892 que cette décomposition est due à Faction d'une moisissure le Pemcillum brevicaule. Le composé arsenical qui se dégage est une diélhylarséine qui se décèle par son odeur alliacée. Ce n'est donc pas seulement par les poussières qui s'en détachent, c'est aussi par les émanations volatiles et gazeuses que les couleurs arseuicales sont capables de déteruiiner des intoxications.
îl° Certaius ouvriers se livrent exclusivement lihpj'éparation d'hei'hes naturelles qui servent à parer les chapeaux de dames; leur travail consiste en quatre oi)érations successives :
A. Le trempage des tiges (ce soul des graminées sèches et munies de leurs graines) dans une solution arsenicale, ce qui doiiiir lien à de iiombieuses éclaboussures;
B. Le séchage; les herbes sont lixées sur une corde;
G. Le montage des boiiquels, (pii coiisliliie un des principaux dangers; la matière colorante se détache sous tonne de ponssièic line (|ui se répand dans l'air et sur tous les objets en\ ironnants :
D. Le poudrage \ on sanpoudic les bouquets avec la jtonssière arsenicale.
S** Les apprêteurs de toile destinée à la fabrication des feuilles artificielles à l'aide des verts arsenicaux sont les plus exposés ; comme nous l'avons déjà vu, ils donnent d'abord une teinte jaune à l'étolïe en la i)longeant dans une dissolution d'acide ])icrique dans l'alcool pur: c'est ce qui colore en jaune les ongles de l'ouvrier. Le i)lus souvent celui-ci incorpore l'acide )>icri(pie broyé au vert de Schiveinfurt et, pendant ce travail, ses doigts, ses avant-bras sont couverts de la solution arsenicale; puis l'ouvrier prend avec ses doigts, à même le pot, un peu de la pâte, en asperge la toile, et la bat entre ses mains ou la tord, ou bien, ce qui est préférable, en fait le battage à travers un torchon épais.
Vient ensuite le séchage, qui consiste à fixer les pièces imprégnées de vert arsenical sur de grands cadres garnis de pointes aigui's très nombreuses, dans lesquelles
oii les couleurs vertes ou rouges sont très atténuées, et même dans des papiers d'une autre couleur.
Une famille anglaise ressentit tons les effets d'une intoxication arsenicale peu de temps après avoir pris possession d'une maison. Tous les papiers de tenture de la maison furent examinés, et sur sept échantillons, six furent reconnus contenir de l'arsenic. En voici le détail.
r Un papier vert olive avec fleurs d'un vert foncé et des rayures dorées (quantité énorme d'arsenic dans le papier, les fleurs et les rayures); 2" Un papier lavande (beaucoup d'arsenic);
3" Un pa[»ier blanc avec fleurs vertes (également beaucoup d'arsenic); i" Un papier nuancé à fleurs rouges et à fleurs vertes sur fonrl gris (également beaucoup d'arsenic);
Un papier noir olive avec dorure (peu d'arsenic); r»" Un papier vert et Idanc (beaucoup moins d'arsenic que dans le pa[)ier lavande). Les symptômes d'intoxication, que l'auteur ne décrit pas, disparurent dès que la famille eut quitté la maison (The med. Pi-ess and Circulai^ V' sér., 187;j).
1. De l'arsenic contenu dans l'air des appartements {Zeitschrift fur Biologie, 1872).
on enfonce les bords de la toile ; c'est pendant cette opération qu'a lieu le principal accident ; les ouvriers se piquent les doigts, les mains et, comme ils recommencent ensuite à faire le trempage et le battage, ils s'inoculent sur les points dénudés la solution ou la poudre; enfin, lorsque la toile est sécliée on la plie et, de toutes les lignes où elle se trouve brisée, tombe une poussière fine qui se répand dans Tair et sur le sol. Au sortir des mains de Tapprêteur, les pièces de toile sont ordinairement remises aux fabricants de feuilles artificielles, qui se chargent de les découper àl'emporte-pièce, de les dédoubler (elles ont été accolées en certain nombre sous les chocs de Temporte-pièce), de les gaufrer, de les armer d'un fil de fer et de les monter avec les fleurs. Or, toutes ces manipulations sont susceptibles de développer de la poussière arsenicale, et dans toute la série de transformations subies par l'étoffe, depuis l'apprêteur jusqu'à la modiste, nous trouvons même production de poussière, même action sur la peau et les muqueuses, seulement dans une proportion décroissante (Vernois). Ce médecin a constaté que le nombre des ouvriers employés à la fabrication des fleurs artificielles dépasse à Paris le chiffre de 15000.
Nous devons espérer que les accidents toxiques produits chez les ouvriers et les consommateurs par les matières colorantes disparaîtront un jour. MM. Colhneau et Savigny ont eu, en effet, l'heureuse idée de substituer à des matières colorantes insalubres des produits d'extraction végétale, matières colorantes d'une parfaite innocuité. Les produits étudiés par ces auteurs sont au nombre de trois : la cauline extraite du Brassica caiilis (choux rouge), Vabiéine de VAlnus (aulne commun) et Véricine de la bruyère commune {Erîca). Ces trois produits donnent les nuances les plus diverses et les plus variées. MM. Collineau et Savigny ont bien voulu nous rendre témoin de leurs expériences qui, en nous plaçant seulement ici au point de vue de l'hygiène, réalisent un progrès incontestable i.
Les ouvriers employés au trempage paraissent exempts des accidents d'intoxication ; mais on les observe sur les individus employés au séchage et sur les ouvrières fleuristes qui font le dédouhlnge, le gaufrage et le montage, opérations qui les cnvelop})ent d'une sorte d'atmosphère arsenicale.
Les peintres se servent également de vert de Scheele (arsénite de cuivre).
Les apprêleurs détojfe emploient aussi des verts arsenicaux pour la teinture en vert.
Les fabriques de vert arsenical ont donné lieu quel({uefoisà des accidents surtout locaux. Chevalier a indiqué quelques précautions, telles que : ateliers vastes, soins de propreté, etc. En outre, il a demandé que, lors de la dissolution de l'acide arsénieux dans l'eau, l'ouvrier, qui se sert de la spatule pour agiter le mélange, soit forcé de mettre des gants assez épais pour que les vapeurs qui s'élèvent de la chaudière ne soient pas en contact iuuiiédiat avec les mains.
Pojir le bronzage on-t, ou ap|>lique sur les pièces décapées, au nioyen d'une brosse, à chaud ou à froid, des mélanges dont la base est com[»osée de sel ammoniac, et dont la coloration peut être due à l'arsenic.
Pour le bronzage noir, on emploie le sulfure d'arsenic (foie d'arsenic).
Chez les peaussiers on se sert pour Vébourrage des peaux d'une pâte composée
1. Voir aussi llocliard : HappoiM sur la décocaliou (1<'S jouets en caoulcliouc par des substances inodensives [BuLIctui de VAcad, de méd., 29 juillet 1879, p. 849).
de chaux eurorpiment (sulfure d'arsenic). Le sulfure d arsenic se transforme par son contact avec la chaux en sulfure de calcium et en acide arsénieux.
Les corroyeurs emploient Torpiment pour la teinture des cuirs en jaune. Ces cuirs laissent facilement, quand ils sont secs, dégager la poussière arsenicale au moindre frottement. Nous verrons plus tard que, dans les fabriques de fuchsine^ les ouvriers sont également exposés aux intoxications arsenicales.
Les empailleurs se servent du savon arsenical de Bécœur. Le séjour dans un atelier où des animaux empaillés se trouvent réunis en grand nombre est donc nuisible; la matière préservatrice, devenue sèche et pulvérulente par l'action du temps, se ré|)and à Tétat de poussière fine et, se mêlant à l'air respiré, provoque à la longue des symptômes d'intoxication arsenicale chroiiicjue.
On a observé des symptômes également chez des ouvrières occujjées à confectionner des vêtements en tarlatane verte; par le froissement répété, il se dégage une poussière toxique de ces gazes légères préparées et teintes avec une solution gommeuse d'arsénite de cuivre.
Les ouvrières sont aussi exposées à Tiiitoxication arsenicale en travaillant des (Ho/frs cnlorées par le vrrl (ranilitic picrique et arsenical.
Kniin, il y a encore certaines étoffes de laine mélangées et colorées |)ar un autre vcrl arsenical (arsrniale de chrome).
D'après M. \r dnclciir l'icsc de Ilambonig la sidtslance brune aj)pli(iuée sur les boites d'allumettes suédoises aullKuiliriiics (joukoping), et contre bupielb; on frotte les allumettes, rciderme, outie de raiiliiiioiiic, iiik; petit(; quaiilité d'arsiMiic; ou le [)rouve en sounicllaiil à TanalNse le iniioir ('ara(iérisli(|ii(' (ibiciiii un u)(i\('ii (Ut cette substance, enq)l(i\é(' en (piaiilil»' coiivcnablc (enlevée; d'une dizaine de boîtes), et traik'e par le pr( >(•('•( 1»' ordinaiic Au moment on rallumetle frottée piend leu, nue |>ai tie de vt'Wr snbslanre brûle, les conq)osés délétères se mélangent avec Faii" et penveiil ainsi péniMiei- dans les ponmons.
Accidents professionnels causés par le phosphore.
L inloxicalion par le phospbon; s'observe chez les individus (|ui travaillent à la fabrication des allnmelles phosplioiiipies -. On prépai(i d'abord le mastic inllammable; un second temps esl < onslilu(' par la mise en |)iesse et le trempage des allumettes ; un troisième j»ar un dép(')l à l'étuve ou séchoii'; entin, les piesses sont démontées et les allumettes mises en boîtes ou en ])a({uets.
Le maslii: inflammable s(r |»réparait autrefois à l'aide d un mélange de chb)rale de |)olasse et de jdiosphore, (|ni pouvait produire des explosions violentes et amener des brùlui-es graves. iVar la suhsiiliilion du niliale au chlorate, h; danger (b; délla- ^Malion a été Ires alténné. Toulelnis. el nialgr('' les picscriplions l(;s plus foi'melles de I aiilorile, un eeilain iioinbie de lahiicants sesei\enl encore de chlorate d(^ potasse.
1. /><> Schachteln (1er xchiredisc/ipn Zûndhnlzchen (Des tjoîUis (l'allumellcs suédoises), Vierteljahr.sch. /'. offentl. Gesundhfitsp/L.., 1S7U, IJd. XXX, p. 382.
2. C'est un Français, nommé Savaicsse, (jui inventa l'allumette renfermant en elle-même Ions les principes d'une inflammation rajjide. 11 le vendit ;i des Anj^lais et à des Allemands el, après quelques années, ces allumettes nous revinrent sous la dénomination {Vdltumettes chimiques attemandes.
On ajoute au mastic un corps pulvérulent (verre pilé, poudre de licopode, lan) qui divise le phosphore et une matière colorante rouge (minium) ou bleue (bleu de Prusse). La composition de celle pale est celle qui est employée à froid. Si on doit s'en servir à chaud, cHp est simplement formée de phosphore, de colle el de verre pilé.
La seconde opération, ou trempage des allumelles, a pour but d'appliquer du mastic sur les allumettes réunies ensemble dans des cadres ou presses spéciales. Il y a là encore une cause d'explosion, mais moins grande que dans le premier temps. On peut l'empêcher d'ailleurs en se servant de cuvettes de cuivre à fond plat, d'un centimètre ou deux de profondeur et qu'on lave soigneusement chaque fois qu'on les emploie.
L'intoxication phosphorique se présente très rarement sous la forme aiguë; le plus souvent elle affecte la forme chronique : elle consiste en douleurs d'estomac, phénomènes dyspepli(pies ou coliques, en irritation des voies respiratoires, étouffemenl, troubles auxcpiels se joignent tles maux de tète, de l'engourdissement des membres el des symptômes dépressifs du coté du cerveau. L'imprégnation de l'économie [)ar le phosphore est tellement manjuée au bout de quelque temps, que, dans Tobscnrilé, la plupart de ces ouvriers exhalent par la bouche des vapeurs lumineuses. On a constaté wno prédisposition à l'avortement. Enfin on observe une teinte jaune de la peau, (h' ramaigrissenienl et un mauvais état de santé; mais il faut ajouter (pi'il résulti; de rencpiêle sur Tindustiie parisienne que, dans les fabriques (rallumelles comme dans les fabriques de céruse, on ne rencontre guère que le rebnt des classes les pins infimes ou de pauvres ouvriers, que le chômage d'une autre industrie force à cherclier là une occupation temporaire. Ces individus sont d'une extrême malpropreté, se nourrissent mal et se livrent de la manière la plus fnnest(> aux excès alcooliques.
Mais l'accident vraiment professionnel, auquel sont exposés les ouvriers employés à la fabrication des allumelles chimiques au phosphore blanc, consiste dans la nécrose des mâchoires, à laquelle ils donnent le nom de mal chimique et que les chirurgiens ont a])pelée nécrose phosphorée. En Allemagne, où les femmes sont en très grande majorité, c'est parmi elles qu'on observe le plus grand nombre de cas. Ainsi, de Hibra el Geist, sur cas (ju'ils ont rassemblés et empruntés aux auteurs allemands, ont trouvé 48 femmes et seulement 5 hommes; tandis que Trélal, réunissant 71 cas, ])resque Ions observés en France, moins 13, est arrivé à des rapports presqu(» égaux entre les deux sexes, 36 femmes et 35 hommes. Depuis nombre d'années, les nécroses sont beaucoup moins fréquentes qu'elles ne l'étaient au moment où Lorinser el Slrohl appelèrent, les premiers, l'attention sur celte affection. Tout en tenant compte de la substitution dans la fabrication des allumettes du phosphore rouge au phosphore blanc, il faut attribuer en grande partie l'immunité des ouvriers aux conditions particulières au milieu desquelles ils vivent. Les ateliers sont immenses; la ventilation est convenable; les hottes sont bien disposées. Ces conditions excellentes d'hygiène contrastent avec celles auxquelles étaient autrefois soumis les [)etits industiiels se livrant à la fabrication des allumettes dans les tristes réduils où ils vivaient.
Sans (MJlrei- dans la description la nécrose phosphorée qui est une question de pathologie chirurgicale, nous ferons remarquer que les historiens de cette affection
se sont divisés en deux camps ponr expliqncr sa patliogénie. Les uns la considèrent comme la manifeslalion élective d'une intoxication générale; les antres, comme le résultat d'une action toute locale des vai)eurs phospliorées. C'est à cette dernière opinion que le plus grand nombre des patliologistes s'est lallié. Mais, pour les uns, c'est par l'intermédiaire des gencives. physiologi([ii('nienl disposées à subir s])écialeinenl l'inlluence du phosphore en vapeur, que les nécroses se produisent; tandis que, pour les auti-es, les vapeurs de phosphore s'introduisent dans les excavations des dents cariées, pénètrent ainsi juscjue sur la pulpe dentaire et agissent sur le périoste alvéolaire. Les faits interrogés ne confirment d'une manière absolue ni l'une ni l'autre de ces deux opinions. A peine, en effet, Th. Roussel avait-il écrit, dans ses Recherches les maladies des ouvriers employés à la fabrication des allumettes chimiques (publiées en 1846), que tous les malades soumis à son observation avaient les dents cariées et que la carie dentaire était la voie d'introduction des vapeurs de phosphore, que Slrohl, Rlandin, J.-B. Harrison et d'autres observateurs (Gubler et Lailler) publiaient àleui- tour des cas de nécrose phosphorique, où toutes les dents étaient exemples de carie et })arfaitcment saines.
Magitot considère surtout, comme cause j)rédisposante, une variété de carie, (pi'il app(dl(î carie pénétrante. Pour lui, c'est la porte d'entrée invariable et exclusive; il a cité des cas nombreux de carie du maxillaire chez des ouvriers atteints préalablement de carie dentaire pénétrante et, inversement, de nombreux cas d'intégrité du maxillaire, chez des sujets travaillant depuis longtemps le phosphore, mais dont les dents étaient saines. Legonest dit (pi'il convient de metti'c en regard d'affirmations aussi positives des observations (pii ne le sont pas moins ^ Non seulement les chirurgiens dont rallenlion, sur l'étal des dents, était éveillée par l'opinion de Roussel, ont rapporté des cas de nécrose phosphorique sans carie dentaire, mais encore des séquestres ont été enlevés, portant avec eux des dents d'une intégrité complète. Cependant, i)resque toujours, l'examen de la bouche révèle au dél)ut de la nécrose l'existence de dents cariées à diverses périodes. R sera donc utile d'inviter les fabricants d'allumettes chimiques au phosphore blanc, à faire examiner la bouche des ouvriers, qui, })ar la nalure de leur travail, sont exposés aux émanations phospliorées, et à faire répéter cet examen une ou deux fois pai- an
Dans toute cette discussion nous avons considéré la cause des accidents dus au travail du phosphore blanc comme le résultat de l'absorption des vapeurs de phosl)hore. Mais on connaît peu ces vapeurs, on en ignore le degré de tension et on ne sait pas la température ordinaire des ateliers. Aussi Wurtz admet-il plutôt VdîvA nuisible du phosphore en nature. Les ouvriers, dit-il, peuvent, après avoir manié le phosphore, se toucher la bouche; de plus, en mangeant, ils ne prennent pas toujours les soins de propreté indispensables. 11 ajoute que, dans les fabriques de phosi)hore il devrait y avoir autant de vapeurs que dans les fabriques d'allumettes, et cependant on n'y observe pas la nécrose phosphorée. Quoi qu'il en soit, la véritable cause des
1. Voir Lcgouest, Bapporl au Comité consutLatif d'/iygiène pubtique.
2. Il résulte des relevés de Trélat que l'on perd presque un malade sur deux aUeinls de nécrose phosphorée. Et encore il faut noter que, chez les individus donnés comme guéris, il persistait des difformités de la face et des troubles dans les fonctions de la mastication; il y avait là une cause de troubles digestifs qui altéraient la nutrition et compromettaient l'existence.
accidenls esl le phosphore, quel que soit son mode d'action, et nous ne nous arrêterons pas à répondre aux arguments de ceux qui, à Texemple de Dupasquier, attribuaient la maladie à la présence accidentelle de Tarsenic dans la pâte inflammable.
Enfin un autre moyen prophylactique a été conseillé. On sait que Tessence de térébenthine a la }>ro]U^iété d'empêcher la combustion lente du phosphore et, par conséquent, la formation de vapeurs acides. Se basant sur cette propriété, le docteur Letheby, de Londres, a proposé de placer dans les ateliers des vases rempHs d'essence de térébenthine et d'en suspendre un petit flacon débouché au cou de chaque ouvrier. Ce procédé a été appliqué avec un tel succès qu'on se proposait de le rendre obligatoire dans toutes les fabriques du Royaume-Uni, quand on imagina le trempage automatique dans un châssis vitré, dont nous avons déjà parlé, et qui a considérablement assaini l'industrie des allumettes.
Les dangers d'intoxication sont rendus très minimes par la mise en appUcation des deux mesures suivantes (Magitot) :
Ventilation des ateliers.
Sélection du personnel basée sur une surveillance médicale qui ne permette ni d'admettre, ni de conserver aucun ouvrier atteint de la lésion initiale des dents ou des gencives qui assure l'attaque du périoste.
Tout ouvrier atteint de carie ])énélrante est éUminé des ateliers pendant deux mois au minimum. Après ces deux mois pendant lesquels le malade touche une partie de son salaire, la ou les dents malades sont successivement extraites, et, dès la cicatrisation de la plaie, l'ouvrier est réintégré dans son ancien atelier.
Grâce à ces mesures on a fait disparaître le mal chronique des usines d'Aubervilliers.
Il y aura cependant un avantage évident à supprimer d'une façon absolue l'emploi du phosphore blanc dans la fabrication des allumettes, ainsi que cela a lieu depuis 1875 en Danemark et plus récemment en Suisse.
L'Académie de médecine en 1888 a voté à l'unanimité la })rohibition absolue du phosphore blanc dans la fabrication des allumettes.
Le phosphore rouge amorphe est à peu près dépourvu de toxicité et offre d'autres avantages. Les allumettes au phosphore rouge sont composées de phosphore rouge et de chlorat(î de potasse. Les deux sutistances ne sont pas mélangées. L'allumette |)orte la pâte au chlorate, la boîte étenihie en plaque, le phosphore amorphe.
A l'heure actuelle les manufactures de l'État français n'emploient plus la moindre parcelle de phosphore blanc, qui est remplacé par le sesquisulfure de phosphore introduit par MM. Sevene et Gahen, corps inaltérable obtenu par la combinaison du phosphore amorphe et du soufre. Voici la composition de la pâte actuellement employée.
Sesquisulfure 6 Poudre de verre 6
Clîtorate de potasse 24 Colle 18
Blanc de zinc 6 Eau 34
Ocre rouge 6
La question de l'intoxication phosphorée professionnelle ne se pose donc plus en France. Les seuls accidents assez fréquents dans les usines sont désormais les brûlures.
Hydrocarburisme professionnel.
Nous réunirons sous ce litre les accideuls eausrs par riiilialalion des vapeurs hydrocarburées, beuziue, niirobeuziue, aniline el ses dérivés, pétrole, goudron et ses dérivés, essence de téréhenihine, etc.
La benzine s'obtient dans les laboratoires en distillant à une cbaleur douce l'acide benzoïque avec trois fois son poids de chaux vive. On lave le produit liquide avec de la potasse, puis avec de l'eau et on l'ait séclier sur du chlorure de calcium. Ainsi pn'parée, la lienzine est très fine, mais d'un prix élevé. Dans Tinduslrie on l'obtient pai- la distillation de l'huile de goudron ; elle est alors rarement pure et exhale ordinairement une forte odeur de goudron. La benzine, soit pure, soit mélangée à l'huile de goudron, est aujourd'Inii très répandue et d'un usage fréquent; elle ne saurait être considérée comme une substance toxi(|ue. On ne lemarque pas de troubles sérieux cliez les ouvriers exposés à absoi bei" des vapeui's de benzine.
La benzine csl nolaniniciil très employée pour le dégraissage dans les établissements (le Icintnicric, cl (lonr ta prt'paralion du caoulehouc auquel elle sert de dissolvant.
La Ix'nzinc lifjnidc a nue aciinn de conlju't indéniable. Elle pi'ovoque une sensation de l'ourmillenient et dVngouidisscment des bras accom[)agnée de légers tremblements chez les ouvi iei s (jui plongent les bras dans des ba(iuets rem})lis de benzine.
La péiit'tration se t'ait surtout i)ar les voies respiratoires à l'état de vapeur. Dans les formes b'-gèies il y a des vertiges, du mal de téte, diï l'ébi iété pouvant allei- jusqu'à la i)erte de eoiuKiissance. Dans les formes giavesil y a des hallucinations, du délire, du coma, parfois de IVniltarias do la parole, des accès épileptiques.
La l'orme chronique est caractéiisée surtout par de l'anémie, des paralysies, des trouilles de la sensiltililé et des [onctions génésifpies.
En eombinaiit la l»enzine avec l'acide nili'i(jue, on obtient la nitro-benzlne^ li([uide jaiuiàtre, tiauspareiit, <jui présenti? la piopriété remarquable de se translormei' eu nnUïnc sous riniluence d'actions réductrices.
La nitro-benzine exhale une odeur de cannelle et d'amandes amères assez pénétrante pour ])rovoquer chez les ouvriers des ateliers où elle est fabriquée un picotement au gosier et même de la toux. Elle est très emi)loyée dans la parfumerie ainsi que dans l'art culinaire, où l'on s'en sert à titre de condiment. En Angleterre son usage est assez général, sans qu'il })araisse en résulter d'accidents fâcheux. Toutefois il résulte des recherches de J. Bergeron que les vapeurs de nitro-benzine peuvent causer des vertiges suivis d'un état comateux. Enfin Schumacher et Spaengler relatent le fait d'un empoisonnement par le nitro-benzol^ et G. Jùdell a pu réunir
1. It s'agit d'un enfant de sept ans, qui alisorlia une quantité indéterminée de nitrobenzol. l^resque aussitôt il fut pris de vomissements abondants et répétés et tomba l)ientôt dans un état comateux qui dura jusqu'à la mort. Les matières vomies exhalaient une odeur très forte d'amandes amères et, à l'autopsie, les viscères répandaient la même odeur. Le sang était très difHuent et d'un rouge somlDre: mais au contact de l'air il redevint promptement rutilant. Le cœur droit, les veines, l'encéphale et les poumons étaient gorgés de sang. Il y avait de nombreuses ecchymoses sous la plèvre, sous les muqueuses de l'estomac et de l'intestin grêle. {Wiener mediclnische Woch., t875j n° 12, et Revue des sciences médicales, t. VI, p. odI.)
vingt-neuf cas crempoisonnement par rintroduction accidentelle de la nitrobenzine dans Testomac. Douze fois la mort survint ^
Charvet et Bertulus ont fait, sur les animaux, des expériences avec la nitrobenzine; les seuls effets de Tingestion d'une quantité considérable de cette substance ont été, cliez un chien, un spasme violent de la glotte, qui a causé une asphyxie incomplète, et de plus une anesthésie, incomplète aussi, avec faiblesse des membres postérieurs. Les expérimentateurs ont respiré, pendant plusieurs heures, des vapeurs très denses de nitro-benzine, sans ressentir aucun mauvais effet.
Poincarré^ a institué des expériences intéressantes sur les effets de la nitrobenzine. Il a assuré le renouvellement incessant de Tair, tout en le laissant se charger d'une quantité notable de vapeurs de cette substance; dans ce but, il a placé dans des caisses ventilées un encrier à siphon contenant de la nitrobenzine dont Tévaporation était abandonnée à elle-même. Ses expériences ont porté sur les cobayes; ces animaux n'ont pas résisté beaucoup plus longtemps à l'action de la nitrobenzine qu'à celle du sulfure de carbone : le premier animal est mort en 13 jours, le ^2" en 33, le 3^ en 24, le A-" en 3, et le 5" en 8 jours. On voit que les cobayes, comme pour le sulfure de carbone, présentent une susceptibilité qu'on ne rencontre jamais ou que très rarement cliez l'homme, puisque dans les ateliers où l'on emploie soit le sulfure de carbone soil la nitro-benzine, les ouvriers résistent un assez grand nombre d'années. On n'y ol)serve guère comme accidents brusques et imprévus que quelques pertes de connaissance dont le transport à l'air libre fait ordinairement justice ou du coma avec cyanose, qui finit généralement par se dissiper. Il n'existe jusqu'ici qu'une seule observalion de mort dans ces conditions chez le lapin; ici encore comme avec le sulfure de carbone, la mort arrive presque toujours ])rus(|uement d'une manière imprévue. Il est probable que, comme le sulfure de carbone et l'essence de lérébeiitliine, les vapeurs absorbées par les capillaires du poumon tendent à repasser à l'état liquide par l'effet delà pression qu'elles subissent dans l'appai-eil circulaloire. Elles forment ainsi dans le sang des gouttes lil)res i)lus ou moins nombreuses qui peuvent troubler mécaniquement les circulations et les nutritions locales. Suivant Poincarré, ces embolies liquides peuvent même enrayer des fonctions essentielles à la vie et déterminer ainsi une mort brusque.
La nitrobenzine respecte les éléments histologiques de tous les organes ; elle se borne à congestionner les méninges, l'encéphale, les poumons, le foie, les reins et à produire dans ces organes des épanchements sanguins multiples, mais en général appréciables seulement avec les instruments grossissants, si ce n'est dans la plèvre où ils alleignent souvent des proportions considérables. Toutefois ces congestions qui s'observent aussi avec le sulfure de carbone offrent une intensité beaucoup plus grande avec la nitrobenzine, la différence est surtout énorme en ce qui concerne le degré de congestion du foie et des reins.
Les substances employées dans la fabrication de Vaniline sont très variées et les composés aux({uels la réaction de ces différents corps donne naissance produisent sur l'organisme des accidents très dissemblables.
\. G. Jiidell, zu Erlangen, Die Vergiftung mit BlaiisaUre und Nitrobenzol in forensischer Beziehung.
2i Poincarré, Recherches sur les effets de la nitro-benzine, Revue d'hygiène, 1879^ 9.
Ici se dégagent des vapeurs de gaz hypo-azotique, gaz, qui tantôt irrite la muqueuse bronchique, et, dans d autres cas, détermine rapidement une véritable asphyxie.
Là, ce sont des vapeurs de nitro-benzine amenant les vertiges, auxquels succède un état comateux.
Dans un autre alelier, Touvrier n'est soumis qu a Tinfluence assez bénigne de Tacide acétique, tandis que d'autres ont à redouter Faction des vapeurs d aniline sur les centres nerveux.
Eniin, un nouvel agent, l'arsenic, est manié en quantité assez considérable par une série d'ouvriers, quand il s'agit de transformer l'aniline en rosaniline.
C'est faute d'avoir suivi les phases successives de la fabrication qu'on a pu songer à grouper dans une description d'ensemble et à rattacher à une origine commune des phénomènes complètement différents ^ On doit à J. Bergeron d'avoir fait cesser cette confusion, en ramenant chaque sorte d'accident à sa cause véritable en établissant les distinctions que nous venons de faire connaître.
La préparation de l'aniline, par le procédé Béchamp, se fait de la façon suivante. On introduit dans une cornue : acide acétique concentré, 50 grammes; nitrobenzine, 50 grammes, et limaille de fer, 51 grammes.
Au bout de quelques instants, une vive effervescence se produit et, lorsqu'on découvre les mortiers de fonte où elle s'effectue, il se dégage un véritable nuage de vapeurs acres et pénétrantes formé de vapeur d'eau, d'acide acétique et de nitrobenzine, entraînant aussi de l'aniline vers la fin de ro[)ératioji.
Pendant la distillation, toute trace de nitro-benzine a disparu, et si quelques vapeurs acétiques se répandent dans les ateliers, elles sont mélangées à des quantités bien plus considérables encore de vapeurs d'aniline.
L'aniline est un liquide incolore, d'une odeur vineuse agréable et d'une saveur brûlante; elle est peu soluble dans l'eau, soluble en toutes proportions dans l'élher et dans l'alcool.
Pour transformer l'aniline en rosaniline^, on se sert d'un corps oxydant (acide arsénique, chlorure de zinc, nitrate de mercure). L'acide arsénique est l'oxydant le plus fréquemment employé. L'aniline et l'acide arsénique mélangés sont soumis à une température élevée dans un bain-marie d'huile de palme. Ce mélange, que les ouvriers nonmient matière brute, est, lorsqu'on le retire des cornues, formé d'un arséniate de rosaniline vert bronzé qui, s'il est dissous dans l'eau ou mieux dans l'alcool, prend une couleur d'un beau pourpre.
Pour Charvet, qui a fait ses observations à la fabrique de Pierre Bénite, le danger de cette opération réside exclusivement dans les préparations arsenicales. J. Bergeron, au contraire, considère le dégagement des vapeurs d'aniline comme la véritable cause des accidents généraux ^ Pour lui, l'arsenic agit uniquement sur la
1. Une ol)servation d'intoxication clironique par l'arsenic à la suite de l'emploi industriel de la fuchsine, publiée parKolTman et Ludwig (Slric/cef's Mediz. Ja/rrhiic/ier, 1877, p. 501), montre bien l'importance de cette distinction. Il s'agissait de deux femmes occupées de])uis six ans à la confection de couronnes mortuaires en mousse artificielle, parsemées de fleurs rouges. L'autopsie démontra l'existence de lésions qui caractérisent l'intoxication arsenicale. L'analyse établit que la mousse renfermait peu d'arsenic, mais les fleurs rouges en contenaient une proportion énorme.
2. La rosaniline est la base des produits tinctoriaux si répandus aujourd'hui,
3. Wohler et Frerichs n'accordaient point de caractère vénéneux à l'aniline. riofl"mann a vu un demi-gramme, administré à un lapin, déterminer des convulsions cloniques vio-
peau, où il fait naître des pustules et des ulcérations. On les observe surtout aux mains et aux pieds, très rarement aux cuisses et au scrotum, contrairement à ce qui se produit chez les ouvriers en papiers peints ; sans doute parce que les ouvriers des fabriques de couleur d'aniline manient l'arsenic sous forme liquide seulement, tandis que les derniers sont exposés à des poussières d'arsénite de cuivre qui pénètrent sous les vêtements.
Pour débarrasser la matière brute, arséniate de rosaniline, de la quantité d'arsenic qu'elle renferme, on la traite par l'acide chlorhydrique, qui remplace l'acide arsénique. Le produit obtenu est un chlorhydrate de rosaniline, c'est-à-dire cette couleur si répandue que Ton connaît sous le nom de fuchsine ^
Pendant la fabrication du bleu, que l'on obtient en ajoutant à la fuchsine une nouvelle proportion d'aniline et en soumettant le mélange à l'action d'une haute température, on voit reparaître les vapeurs d'aniline mélangées avec des vapeurs ammoniacales.
Rehn, de Francfort, a signalé pour la première fois en 1895 la fréquence des tumeurs de la vessie chez des ouvriers travaillant la fuchsine. Leichtenstern, de Cologne, a constaté des faits du même genre. Dès 1877 Grandhomme signalait la fréquence de troubles vésicaux (strangurie et hématurie) chez les ouvriers des usines d'aniline. Starck a montré des accidents analogues chez les ouvriers qui manient la toluidine. La naphthylamine expose aux-mêmes symptômes. Les accidents ont jusqu'ici été observés exclusivement chez les ouvriers qui travaillent dans les pièces où la transformation amidée se produit par suite de l'existence de :
L'anihne, CgH^NH^ est l'amidobenzol, dérivé du nitrobenzol, GgHeNOg, et du benzol, CgH^;
La toluidine, CgH^(NH2)GH3, estl'amidotoluol, dérivé du nitrotoluol, GoHg(N02)GH.^, et du toluol, GgHgGHg;
lentes. Rangé a fait périr des sangsues en les plongeant dans une solution d'aniline. Sctiuchardt a aussi démontré, en 1860, les propriétés toxiques de l'aniline.
D'après Charvet, l'aniline peut être toxique à haute dose; mais, s'appuyant sur ces observations et sur celles da Turnbull et d'autres médecins anglais qui ont administré l'aniline à l'intérieur, il nie la possibilité de l'empoisonnement lent par l'aniline à faibles doses.
D'après J. Rergeron, si la dose du toxique est très considérable, on assiste à de violentes attaques d'éclampsie, avec renversement de la tête en arrière, et la mort arrive promptement. Ayant essayé comparativement l'inhalation et l'ingestion par les voies digestives, il a constaté que les effets ont été, dans le premier cas, plus lents et moins nettement accusés. Cependant, il a observé des troubles fonctionnels analogues, suivant la substance employée : d'excitation par l'aniline qui semble porter son action plutôt sur la moelle épinière et sur le système musculaire; de stupeur par la nitro-benzine qui parait agir plutôt sur l'encéphale. En somme, l'aniline, malgré l'appareil effrayant de symptômes qu'elle détermine, a des conséquences moins graves et plus passagères que celles de la nitro-benzine.
Hirt conclut de ses expériences que l'aniline est un poison paralysant du système nerveux de la vie animale; pour cet auteur, il a de plus une action remarquable sur la respiration et la circulation. L'aniline agit d'abord comme excitant du centre respiratoire, puis comme paralysant; elle a de plus une action sur les terminaisons du nerf vague. Quant à la circulation, il y a d'abord (grenouilles) une accélération des mouvements du cœur, puis plus tard une paralysie du muscle cardiaque. La pression sanguine n'est pas augmentée; les muscles mis au contact de l'aniline perdent toute contractilité.
2. On prépare, par une série d'opérations semblables, cette gamme de couleurs qui varie du rose tendre au violet foncé, en passant par le bleu, et qui sont connues sous le nom de rouge de fuchsine, solferino, azaléine, magenta; de bleus d'aniline et de Paris, de violets d'aniline; de violets dHndisine et iVharmaline, de purpurine, de brun-havane, etc.
La na])hlvlaniin(\ Gj^H-NH^, qui provoque les mêmes accidents, est ramidonaphtalineg déii\ée de la iiilronaphtaline, GjqH^NO.,, el de la naphtaline, G^^Hg; Enfin la fuchsine, G,,H,,N, = G^llNH, + ^2G,H,(NIi)CIl3
anilino lolnidino
J. r>erf<eron dislini;ue deux formes »le phénomènes s\ mptomati(ines chez les ouvriers liaxaillaiil à la l'aitiicalion de l aniline : une foiine aiguë et une forme (•lu(>ni(jue, el il drciil ainsi la juvinièi-e :
« Les ouvriers qui déhuient dans la fahrication d(* la nitro-henzine et de raniline accusent, dès le premier ou le deuxième joui-, une céphalalgie orbitaire, gravalive, com])liquée parfois de nausées et de vomissements. Get élat de malaise, si pénible pour (iuel(jues-uns qu'ils abandonneni la fabri([ue, se dissipe, en généi'al, après une ou deux semaines d'aiipi-enlissa^n^, pour ne plus se reproduire qu'accidentellement, soit à Toccasion d'un travail forcé, soil |)endanl les chaleurs de Télé. La plupart éprouNcul aussi pendant leur no\icial des vei liges (jiii disparaissiMit facilement au i^raiiil air. Daii^ (TauM'es cas, au NCi'li^'c succède la perle de coiniaissance, (jui cède plus ou moins proinpleiiienl à Taclion de Tair fiais el laisse» (pudepiefois une sorte (1 li('b(''liide, laipielle se dissipe dei,n(''s el laisse giaude pesaulenr de lele. l)'.iiili e> Idis Toin l ier esl |iris d'un >enlinieiil de htrjienr, sa lace se cong(»slionne, il \acille, (diaucelle el lomlie, connne nn iioniine i\re, dans un élat s(Mni-comateux : ses yeux sont enl r'onveris : il bi-gaye (pn'bjues parob^s incohérentes el fait à pcMue que|(pies nioiiveinenis anlomali<jues ; la l'espiralion est pénible, irrégulière. Au bout dune h(.Mire cl (jindquefois plus, rinlelligence se réveille, l'individu soi-t de celle crise, conservant seulement nn senlinieni de fatigue générale avec lin irn-sislilile besoin de soiiiiiieil. (liiez danires, il sui'vient de véritables (Mtnvnisions épilepliformes des membi-es, des spasmes tétani(pies d(i la région cervicale posli'iieiii-e, allernani avec des accès de délii-e et un ln^nd)lement général. Les nn»ii\t'iiienls ivspiraloires sont irréguliers; la iiean est froide, insensible; le visage jiAlil; les lèvres, la langue, les extrémités prennent une teinte bleuâtre; les pupilles sont dilatées; les balleinenis du cipiir IVéfjuents, et surtout d'une violence extrême, se ralenlisseni et devirmieiil ii regiiliers ; cet élat alarmant peut diiier |iliis d'iiiie lieiire, el roii\iier en soil biis»' de l'aligne et avec de violentes
doilleilis de h'Ie. "
Oii.iiil à la foi iiie cliroiii(jiie, (die est caractérisée! par nn certain degré d'aïKîslhésie et surtout d'analgésie aux inendjres supérieurs. Il n'y a pas de véritable j)aralysie musculaiie. Les fonctions génitales, sans être spécialement atteintes, particij>enl de l'étal de langueur qui envahit tout l'organisme.
On observe chez les ouvriers, à une époque plus ou moins rapprochée de leur entrée dans les ateliers, un (msemble de troubles gastro-intestinaux dont un vomitif, plus ordinairement un purgatif, et un régime un peu sévère, ont facilement raison. J. Bergeron a décrit, en outre, comme un effet très rapide et constant des vapeurs de nitro-benzine et d'aniline sur les ouvriers qui y sont exposés d'une manière continue, une décoloration de la peau et des muqueuses, avec légère nuance lilas des lèvres, décoloration qui imprime un cachet particulier à la physionomie de tous les ouvriers el leur donne un aspect anémiepie très caractérisé. Or, ce n'est là, le plus souvent, qu'une fausse anémie; la ra|)idilé avec laqjielle ces signes extérieurs se j>roduisent, la rajndité non moins grande avec laquelle ils disparaissent, suffirait à
le prouver, si l'absence de souffles liquidiens au cœur et dans les vaisseaux, et enfin le maintien des forces, ne le démontraient d'une manière plus décisive encore. Il suffit, en effet, que les ouvriers aient séjourné sept ou huit jours dans les ateliers mal ventilés pour que la décoloration et la teinte lilas des lèvres se reproduisent ^ ; et il suffit, d'autre part, qu'ils passent cinq ou six jours hors de l'usine pour que la coloration normale reparaisse. Pour Bergeron, dans ce cas, il ne s'agit pas d'une aglobulie, mais simplement d'une décoloration des globules rouges par raréfaction de l'oxygène, auquel se substituent, dans les hématies, les gaz carburés dont est chargée l'atmosphère des ateliers. A cette anémie fausse succède, chez quelques ouvriers qui subissent longtemps faction des vapeurs d'aniline ou de nitro-benzine, une anémie vraie, ou aglobulie, qui se traduit par les symptômes ordinaires, et qui, dans les cas les plus prononcés, peut se compliquer d'un peu d'œdème des bourses et des malléoles ^.
Pour empêcher la manifestation de ces accidents, quelquefois très graves, il faut opérer une ventilation énergique des ateliers de manière à entraîner rapidement au dehors les vapeurs nuisibles. Les ouvriers devront mettre devant leur bouche un mouchoir ou une é])ongc imbibée d'une solution alcaline légère. L'ouvrier atteint d'accidents doit quitter immédiatement son travail, et, si les désordres se renouvellent, changer de profession. En outre, les fabriques d'aniline étant très exposées aux incendies, on devra avoir en permanence une masse de sable, plus utile que l'eau,
1. Laboulbène a monlré à la Société des hôpitaux (24 mars 1876) un malade dont les cheveux, les mains et les pieds étaient colorés en rouge violet par le violet d'aniline, qu'il était appelé à manier chaque jour. J'ai eu dans mon service à l'hôpital Lariboisière (janvier 1877) un malade oITrant une coloration analogue, née dans les mômes conditions. Après quinze jours de séjour dans ma salle la teinte a très notablement diminué. La barbe, les cheveux, les ongles des mains et des pieds, ont repoussé avec leur couleur habituelle.
On a prétendu que des objets teintai par des couleurs aniliques, gilets, chaussettes, auraient produit des éruptions sur la peau. Sonnenkalb a conclu à la parfaite innocuité de la teinture de fuchsine employée dans la confiserie. Il désirerait que l'enveloppe recouvrant le produit portât uue suscription indiquant que cette couleur est garantie exempte de tout mélange toxique. Cette opinion ne saurait être acceptée. On ne doit pas tolérer l'enqdoi devenu très fré(iucnt de la fuchsine pour la coloration des substances alimentaires ou objets de consommation, les gelées de fruit ou plutôt des préparations artificielles qui portent indûment ce nom; car le sucre de fruit y est remplacé par une gélatine végétale ou animale, le sucre par la glucose, la matière colorante naturelle par la fuchsine. L'emi)loi de la fuchsine pour la coloration des vins a pris une importance exceptionnelle. Cette question a vivement occupé l'opinion et a fixé l'attention des pouvoirs pul)lics. Il est évident que les résidus dont se servent quelques fabricants, résidus qui renferment toujours de l'arsenic, doivent être sévèrement proscrits. La question est plus controversée, s'il s'agit de fuchsine pure, non arséniquée. D'un côté Bergeron et Clouet admettent l'innocuité absolue des mélanges colorants à base de fuchsine pure; d'un autre côté Rittcr et Feltz concluent que la fuchsine même pure et non arsenicale détermine de l'albuminurie, du prurit de la bouche et de la diarrhée. Quoi qu'il en soit de ces opinions divergentes, on peut dire que, eu égard à la petite quantité de matière colorante employée, les vins, colorés par la fuchsine non arséniquée, ne peuvent être considérés comme ayant une aclioH toxique immédiate. Mais, comme l'a dit le professeur Bouchanlat, la question ne doit pas être posée ainsi; ce (ju'il l'aut déterminer, c'est si l'usage continu du vin coloré par cette substance n'est pas inollensif. Et nous répondons ;iyoc le savant hygiéniste : Non, cet usage répété n'est pas sans danger. (V. Bouchardat, Ihilletin général de thérapeutique.)
2. Ces faits d'anémie s'observent surtout chez les ouvriers nomades, qui vont de fabrique en fabrique et vivent dans les plus déplorables conditions d'hygiène.
pour rextinction des liquides hydrocarbonés entrant en combustion ^. Ces usines sont rangées dans la première classe des établissements insalubres.
Pétrole. — Dans nos pays les accidents professionnels sont rares chez les ouvriers qui manient le pétrole. On a seulement signalé des cas d'ivresse pétroliqae chez des ouvriers transvasant le })étroledans des bateaux-citernes à La Palice. Dans les mines de pétrole, et notamment en Russie, les accidents sont bien plus communs. Berthenson, au congrès de Moscou, a étudié l'état sanitaire des ouvriers de Bakou, Pour 8465 ouvriers employés dans celle ville, on a noté en 1895 :
Maladies de la peau 1216
Brûlures — 696
Aiïcction des voies respiratoires 1475
Goudron. — La distillation du goudron de houille fournit un résidu appelé le brai sec et deux catégorie (rhuilcs, huiles légères et huiles lourdes, les premières s'oblenanl outre 100 et 200°.
Les huiles légères servent à la fabrication de la benzine, les huiles lourdes à la fabiicalion de la paraffine et de Tacide phéni(]ue.
La (lislillalion du goudron s'accompagne du dégagement de va])eurs diverses dont quelques-unes sont très irritantes et provoquent du coryza, des conjonctivites, des érysipèles. On noie aussi les effets généraux de Tintoxicalion hydrocarbonée : céphalalgie, nausées, bourdfinnemenls d'oreille, palpitations, fourmillemenls, crampes, teinte cyanosée de la plaie.
Chez les ouvriers qui fabri(pienl la paraffine, on note des affections cutanées dues à une irrilalion locale. C'est d'abord une affection prurigineuse, surtout marquée à la face interne des cuisses, « gale des ouvriers en goudron ». Celte affection dégénère en cancroïde du scrotuni, ainsi (jue l'a montré }»our la première fois Volkmann de Halle. Il est inléressant de rapprocher celte dernière affection du cancer des ramoneurs, occupant le même organe et décrit dès 1775 i)ar Percival Poil. L'agent irritant dans les deux cas est idenli(jue.
Une grande jtroprelé locale est le meilleur moyen de pro})liylaxie.
Essence de l&rébenthine. — Les ouvriers exposés à inhaler les vapeurs de térébenthine sont les fabricants de vernis, les vernisseurs, les peintres sur porcelaine et sur verre, les peintres en bâtiments, les teinturiers, les dégraisseurs, les employés des maisons de vente en gros d'essence de térébenthine, les ébénistes, les ouvriers en caoulchouc, les ferblantiers, les fabricants de cire à cacheter. Poincarré, qui a consacré à celte (juestioii un ti'avail très documenté basé sur des expériences de laboialoire et sur l'examen de i282 ouvriers ex|>osés à ces inhalations, a montré que la céjihalalgie est le syuqdome le plus |»récoce et le plus commun. Il s'y joint une sen-
1. Chevallier a, en outre, donné des indications sur la construction des bâtiments. Le comtjle doit être en fer, sans autre support que les murs, ou des colonnes en fer ou en fonte, à l'exclusion du bois; la couverture doit être en tôle galvanisée. Il a également indirpu'; ijuebiuos ])récautions pour que les vapeurs ne deviennent pas nuisibles pour les voisins en les dirigeant i»ar des tuyaux jusrju'à une cheminée d'une hauteur de trente mètres.
sation de picotement de la conjonctive avec larmoiement. Beaucoup d'ouvriers ressentent à la fois un vague de l'esprit et un trouble du sentiment de l'équilibre qu'ils comparent à l'ivresse alcoolique. On no^.e aussi un état d'agacement, une irritabilité de caractère les portant à des colères non motivées. Les accidents sont plus communs avec la térébenthine de Hongrie ou d'Amérique {Pinus palustris) qu'avec celle de Bordeaux {Pinus maritima).
Accidents professionnels provoqués par le sulfure de carbone.
L'intoxication par le sulfure de carbone a été étudiée très complètement par Delpech (1856); Huguin, dans une thèse soutenue en 1874 à la faculté de Paris, nous a fourni aussi sur ce sujet quelques détails intéressants K
Le sulfure de carbone, liquide incolore, très volatil, d'une odeur désagréable, d'une densité de 1,271 à 15 degrés, est un agent sulfurant très énergique; mais sa propriété la plus importanle réside dans son action dissolvante, c'est à ce titre qu'il est enqjloyé dans la préparation du phosphore amorphe, pour éliminer les traces de phosphore non transformé, et dans le traitement des grès bitumineux. Parmi les différentes applications industrielles qui lui sont données, la plus importante, au point de vue qui nous occupe, a pour objet la sulfuralion ou vulcanisation du caoutchouc.
La combinaison du soufre avec le caoutchouc enlève à ce dernier corps deux propriétés fâcheuses, l'adhérence de ses surfaces dès qu'elles sont mises en contact, et l'amollissement que subit le caoutchouc à une température de 30 à 50 degrés, tandis qu'à 0 degré et au-dessous, il devient dur et perd son élasticité. Sans entrer dans l'exposé des différents modes de vulcanisation, nous dirons qu'en 1846 Parks, de Birmingham, trouva le moyen de vulcaniser le caoutchouc à froid, en se servant du sulfure de carbone et en faisant intervenir un second agent de sulfuration, le chlorure de soufre ; la vulcanisation à froid est surtout très usitée dans les fabriques de caoutchouc soufflé.
L'ouvrier prend une feuille de caoutchouc de deux millimètres d'épaisseur environ, la découpe de certaines façons différentes ; il procède ensuite à la soudure de chaque pièce, qui se fait en rapprochant les bords découpés et en les frappant à petits coups avec un marteau sur une enclume, puis suivent les opérations de vulcanisation, de teinture et de vernissage; la vulcanisation est la seule dangereuse, l'ouvrier chargé de ce travail est muni d'une fourchette à cinq ou six branches recourbées, sur les- ({uelles il place autant de petits ballons, les plonge quelques secondes dans le mélange vulcanisant, les retire ensuite et, après les avoir saupoudrés de poussière de talc, pour les em])écher d'adliérer, il les jette sur une claie pour les y sécher.
Le sulfure de carbone n'est pas seulement employé dans les fabriques; un très grand nombre d'ouvriers en clianibre s'en servent et passent ainsi en grande partie, le jour et la nuit, dans une demeure qui se trouve reiiqilie de va})eurs délétères.
1. Le docteur Pitois (Tribune médicale, 1878, p. 557) a pubtié une observation d'empoisonnement aigu à la suite de l'absorption de 12 grammes de sulfure de carbone dans de l'eau sucrée; les accidents survenus doivent être rap|)rochés de ceux que l'on constate étiez les ouvriers employés dans les fabriques de caoutchouc vulcanisé et de ceux que Poincarré a déterminés chez les animaux dans ses expériences.
Dans les fabriques où les appareils mieux liités sont souvent établis sous des hangars, les vapeurs ne se répandant qu'en petite quantité, les accidents, plus rares, sont sans gravité et se bornent à des vertiges, de la céphalalgie, de lanorexie, des vomissements, un sentiment de vague dans les idées, un peu de propension au sommeil; ces symptômes disparaissent lorsque l'ouvrier quitte son atelier et retourne au grand air. Il n'en est plus de même si les ouvriers travaillent dans des ateliers petits, bas, mal aérés.
Chez les individus qui sont exposés à Tévaporation de grandes cuves de dissolution de caoutchouc ou de quantités considérables de pâte, enfin, chez ceux qui étendent ces dissolutions sur de larges surfaces d'étoffe, offrant une bien plus grande facihté à l'évaporation, dans ces cas, les accidents sont beaucoup plus graves, et Delpech qui, le premier, a fait connaître ces faits, les a décrits d'une façon très complète.
La maladie peut débuter brusquement et offrir les caractères d'un empoisonnement. Le malade est pris, au miheu de son travail, d'une céphalalgie violente, avec troubles de la vue, bourdonnements d'oreilles et vertige. Il a une faiblesse générale, des vomissements fréquents. Ces accidents arrivent quelquefois, pour ainsi dire, sans cause appréciable, quelquefois à la suite de fatigues, d'abus alcooUques, de travail excessif, ou bien succèdent à un emploi plus considérable de sulfure de carbone.
Dans l'intoxication lente, les accidents n'apparaissent qu'à la longue, après plusieurs mois ou môme plusieurs années.
Delpech admet deux périodes, une première d'excitation et une seconde de dépression.
La première est caractérisée par de la céphalalgie, des vertiges, des douleurs musculaires, des fourmillements et de l'hyperesthésie cutanée ; il y a de l'agitation, de la loquacité, des rires cl des larmes sans raison, de la mobilité d'esprit, des rêves l)énibles, de rirritabilité, des colères et des violences inexpliquées, quelquefois même des phénomènes d'aliénation mentale ^ On observe des troubles des sens, des crampes, de la raideur musculaire ; l'appétit est exagéré : il y a des nausées, des vomissements, de la toux, de roj)pression, des accès fébriles et des palpitations. La seconde période est caractérisée par l'affaiblissement des fonctions intellectuelles, la tristesse, le découragement, l'indifférence, l'affaiblissement de la mémoire, la difliculté de trouver les mois, la persistance de la céi)halalgie gravative, l'anesthésie, l'analgésie, les troubles de la vue, l'amaurose, la surdité, l'impuissance, la frigidité, l'atrophie ou l'arrêt de développement des glandes séminales, la stérilité, l'avortement, la faiblesse musculaire générale, la raideur, la paraplégie, l'anorexie, profonde, le bruit de souffle vasculaire, le dépérissement et la cachexie. Cette dernière qui peut, dans les cas graves, offrir la persistance de tous les accidents de la période de collapsus portée au plus haut degré, est surtout caractérisée, dans les cas les plus simples, par une anémie qui peut aller jusqu'à rextrême, la perte de la mémoire, l'affaibhssement du système musculaire, surtout sous la forme paraplégique et rimpuissauce.
1. J'ai observé à l'tiôpital Saint-Antoine (mai 1876) un malade intoxiqué par le sulfure (le carbone qui présentait du délire de persécution et des hallucinations de l'ouie.
Laboulbène a fait connaître en 1876 un signe caractéristique sous le nom de mélanodermie sulfocarbonée. Il consiste en taches noirâtres irrégulièrement disséminées sur tout le corps et qui seraient la conséquence d'une altération du sang.
P. Marie, en analysant les accidents attribués au sulfure de carbone, a cru pouvoir admettre leur nature hystérique. Le sulfure de carbone jouerait le rôle d'agent provocateur de l'hystérie.
Marandon de Montyel admet que l'influence du sulfure de carbone sur les troubles psychiques est de même nature.
Dujardin-Beaumetz, après une enquête très minutieuse sur divers établissements industriels en même temps que des expériences personnelles, est arrivé à innocenter complètement le sulfure de carbone pur.
Il pense que les accidents signalés par Delpech sont imputables à l'acide sulfhydrique que le sulfure de carbone du commerce contient presque toujours.
Alors même que cette explication serait absolument justiiiée Tétude de l'intoxication sulfocarbonatée n'en resterait pas moins intéressante pour l'hygiéniste, l'ouvrier ne maniant qu'un sulfure de carbone contenant des impuretés.
Les précautions à prescrire aux ouvriers sont ici encore l'absence d'excès, les vêtements spéciaux au travail, la défense de s'alimenter dans l'ateUer ; ils ne devront jamais coucher dans le local où ils travaillent. Les ateliers seront aérés et ventilés; les mêmes ouvriers ne seront pas employés longtemps au trempage et devront être souvent remplacés; en outre, comme la vapeur de sulfure de carbone est plus dense que l'air, on pourrait disposer à claire-voie le plancher de l'atelier, le placer au milieu d'une cour, au-dessus du sol, de façon à ce que, l'air et le vent la balayant de tous côtés, les jambes des ouvriers ne fussent plus baignées par cette vapeur. En 1858, Masson a conseillé le dépôt, dans les ateliers où l'on vulcanise le caoutchouc, de solutions caustiques qui absorberaient les vapeurs nuisibles. Il insiste surtout sur rutihté de la claire- voie ^
Accidents professionnels provoqués par l'oxyde de carbone.
L'intoxication par l'oxyde de carbone donne lieu aux phénomènes morbides suivants : pesanteur de tête ; céphalalgie avec sentiment de compression vers les tempes ; vertiges, bourdonnements d'oreilles; propension au sommeil. Si l'individu cherche à marcher, il a l'air d'un homme ivre et peut tomber sur le parquet ; son intelligence reste nette; bientôt la vue se trouble, les mouvements du cœur sont désordonnés, la respiration s'embarrasse, l'anxiété augmente, le pouls s'accélère et s'affai-
1. Un industriel de Grenelle a imaginé le moyen suivant : le travail doit se faire dans un compartiment séparé de l'atelier par une cloison en bois, percée de trous assez larges pour y passer les avant-bras; un manchon en caoutchouc, inséré d'un côté au pourtour des ouvertures, serrant de l'autre les poignets de l'ouvrier et laissant les mains libres, empêche le passage de toute émanation. Du côté de l'atelier, un vitrage oblique, à hauteur d'homme, permet de suivre le travail des mains. M. Huguin a vu fonctionner à Romainville un appareil de ce genre qui ne prévient pas les accidents. 11 y trouve cet inconvénient de placer les ouvriers dans une petite chambre fermée de tous côtés. En effet, la cloison qui les sépare du sulfure liquide peut, à un certain moment, laisser passer le sulfure; aussi, tout en conservant l'idée très ingénieuse de cet appareil, on pourrait empêcher cet accident en faisant travailler les ouvriers en plein air, au lieu de les placer dans un endroit complètement clos.
PROUST, TRAITÉ d'hYGIÈNE. 76
blit ; quelquefois il y a des vomissements; enfin arrivent le coma et la mort, précédée quelquefois de convulsions violentes * .
Les êtres empoisonnés par Toxyde de carbone présentent une rulilance du sang qui s'observe non seulement dans les artères, mais encore dans les veines '. Le sang a perdu en grande partie la propriété d'absorber l'oxygène de l'air et d'exliaier l'acide carbonique qu'il contient. C'est dans les globules que se trouve la modification produite i)ar l'oxyde de carbone. Les globules saturés d'oxygène et mis en contact avec l'oxyde de carbone laissent dégager le premier de ces gaz pour absorber le second, volume par volume. Au contraire, l'oxygène ne peut plus chasser l'oxyde de carbone combiné au globule. Ainsi donc, comme l'a démontré Claude Bernard, les corpuscules sanguins ont pour l'oxyde de carbone une affinité bien supérieure à celle qu'ils ont pour l'oygène.
Le sang d'un individu empoisonné par l'oxyde de carbone présente au spectroscope le caractère de l'hémoglobine oxygénée. Ce spectre est le spectre du sang artéi-i(d que les agents réducteurs, tels (jue le sulfhydrate d'ammoniaque, ne i)euvent transloi mer en spectre du sang veineux.
L'oxyde de carbone est rarement inspiré pur dans les travaux professionnels.
Divers accidents et des symptômes d'aneslhésie ont été observés chez les ouvriers travaillant aux liauls fourneaux. L'oxyde de carbone s'y dégage durant h nettoyage des fourneaux, ordinairement mêlé à de l'hydrogène sulfuré et arsénié, et à du sulfure de carbone.
On a noté plusieurs cas (Tasiihyxie piMidant le neiloyage des chaudières. Les uns on! allribiié la mort à l'oxyde (1(^ carbone qui, provenant des fourneaux, aurait ])énélré dans la ehaiidièic par les parois; d'autres à l'acide sulfhydrique, par suite de la (lécoini>ositi()u de l'eau, han uel a vu des ouvriers, intoxiqués pendant leur sommeil par de Toxytle de cai hone (pii avait |)assé par les crevasses des fourneaux. On a prétendu récenunenl que le même fait jjouvail s'observer par l'usage des po^^/os de fonte.
Les chau/feurs de locomotives peuvent, parmi les gaz auxquels ils sont exposés, absorber de l'oxyde de carbone. L'absorption de ce corps dans la préparation du charbon de hois est sans importance, le travail se faisant en plein air. Cette influence ne paraît i)as jtlus nuisible chez les ouvriers se livrant à la fabrication du coke et à la distillation de la houille.
1. Un individu, nommé Déal, qui s'est aspliyxié par le charbon, a voulu laisser une description des observations qu'il a faites sur lui-même :
J'ai pensé, dit-il, qu'il serait utile, dans l'intérêt de la science, de savoir quel était l'eiïet du charbon sur l'homme. Je place sur une table une lampe, une chandelle et une montre, et je commence la cérémonie. — H est 10 h. l"i m.; je viens d'allumer meé fourneaux; le charbon bride diflicilement; — 10 h. 20 m., le pouls est calme et ne bat pas plus vite (ju'à l'ordinaire. — iO h. 30 m., une vapeur épaisse se répand peu à peu dans ma chambre; ma chandelle paraît près de s'éteindre; je commence à avoir un violent mal de tète; mes yeux se remplissent de larmes, je ressens un malaise général; le pouls est agité. — 10 h. 40 m., ma chandelle s'est éteinte, ma lampe brûle encore; les tempes me battent comme si les veines voulaient se rompre; j'ai essayé de dormir, je souffre horriblement de l'estomac; le pouls donne 80 pulsations. -— 10 h. 50 m., j'étoufîe; des idées étranges se présentent à mon esprit et je puis à peine respirer; je n'irai pas loin, j'ai des symptômes de folie. — 10 h. 60, je ne puis presque plus écrire, ma vue se trouble, ma lampe s'éteint; je ne croyais pas qu'on dût autant soulTrir pour mourir. — 10 h. 62 m... » Ici, quelques caractères illisibles.
2. Leblanc a démontré que deux à trois millièmes d'oxyde de carbone dans l'air, suffisent pour tuer un chien; il ne faut qu'un millième pour asphyxier un oiseau.
Nous citerons encore, parmi les professions qui peuvent donner lieu à des dégagements d'oxyde de carbone, les cuisiniers, pâtissiers, ouvriers fabricant le gaz d'éclairage, les repasseuses qui se servent de fers creux garnis de charbon ou de braseros dépourvus de tuyaux de fumée. La même intoxication se rencontre dans les professions suivantes où les ouvriers font usage de réchaud à charbon de bois dont le tirage n'est pas assuré : éiameurs, ferblantiers, fondeurs en caractères, marbriers, tailleurs, teinturiers, ouvriers de filatures qui sèchent à la flamme les fils pour en détruire les aspérités.
Accidents professionnels provoqués par l'acide carbonique.
Si l'acide carbonique est réellement vénéneux, ses propriétés toxiques sont faibles et difficiles à démontrer. Sans doute, il est irrespirable et peut donner la mort par asphyxie, ainsi qu'on le voit dans les puits où il se rassemble naturellement et dans les caves où fermente une liqueur sucrée ; mais, dans ce cas, il agit mécaniquement en troublant par sa solul)ilité l'équilibre endosmotique du sang ou en se substituant totalement à l'oxygène.
Mélangé à l'oxygène on à l'air atmosphérique, dans quelles proportions l'acide carbonique peut-il être toléré et à quel moment devient-il absolument nuisible, et quelle est son influence sur l'économie?
Dans les expériences de Séguin, l'air contenant cinq centièmes d'acide carbonique ne produisit pas d'effets sensibles; à la proportion de un dixième, l'expérimentateur éprouva dans la poitrine nn sentiment de picotement et de constriction. Enfin, à la dose d'un cinquième ou un quart, il sentit de l'asphyxie; son pouls s'était élevé de 73 à 137 pulsations.
Les effets sur l'économie varient suivant les sujets. Ils consistent dans la rougeur de la face, la i)roéminence des yeux, une sensation de chaleur à l'épigastre et dans la poitrine; le besoin instinctif de respirer et l'accélération des mouvements respiratoires; l'élévation du pouls, qui, en môme temps, devient moins fort et moins plein. Dans aucune expérience, on ne put constater d'anesthésie appréciable.
Ce gaz donne au sang une coloration noire. A l'analyse spectrale, les raies dues à l'oxy-hémoglobine ne disparaissent, pour faire place aux raies de réduction, que si l'on fait encore passer dans le sang un courant de gaz. Si l'on agite ensuite ce sang avec de l'air, il reprend de l'oxygène et les deux raies réapparaissent.
On observe rarement de phénomènes d'intoxication chez les ouvriers que leur profession soumet à l'influence de l'acide carbonique. Les accidents se produisent surtout si une proportion considérable de ce gaz a pu s'accumuler dans un lieu peu aéré.
Chez les brasseurs, par exemple, la fermentation de la bière dégage de l'acide carbonique qui, dans une cave basse et mal ventilée, forme au-dessus du sol une couche plus ou moins épaisse de gaz. Il y a là un danger pour l'ouvrier qui pénètre dans la cave ï)our venir surveiller les tonneaux.
A l'époque des vendanges, les vignerons qui pénètrent dans les cuves vinaires peuvent être également victimes d'accidents asphyxiques.
Dans l'atelier de fermentation de la colle, chez les fabricants de papier, les ouvrières sont assez souvent atteintes de céphalalgie et de troubles des sens dus au gaz acide carbonique qui se dégage en assez grande quantité.
Parmi les ouvriers exposés à absorber de Tacide carbonique, nous trouvons encore les raffineurs, dis ii lia leurs, tonneliers, fabricants de levure, fabricants de vins de Champagne.
Les individus qui, par leur travail, soni exposés à raclion d'un air comprimé, respirent un air vicié par l'acide carbonique. On voit ceux qui forent ou réparent les puils être ([uelquelois foudroyés, à leur arrivée au fond du puits, ])ar un mélange gazeux dans leijuel il y a de l'acide carbonique.
Il résulte des travaux de Pellieux que les gaz qui se dégagent des fosses, tombes ou caveaux, sont surtout composés d'acide carbonique. Il y a, en outre, de l'ammoniaque et du sullbydrale d'anunoniaque.
Tardieu a formulé les précautions (|ui doivent accom})agner Vexliumation des cadavres. Il faut distinguer avec Orfda le cas où il s'agit simplement d'extraire un cadavre d'une fosse particulière, de celui (pii a pour objet l'évacuation des cimetières et des caves sépulcrales ou Textraction d'un cadavre d'une fosse commune. Si la saison est chaude, l'opération se fera de préférence le malin. On a d'ailleurs exagéré les dangers (pii pouvaient résulter de ces travaux K Les exhumations du cimetière et de l'église des Saints-Innocents durèrent plus de six mois; 15 à 20 000 cada- A res, appartenant à tontes les é|io(pies, fuient exhumés avec huir l)ière. On reniai-quait, dit Thoni-et, tontes les nuances de destruction, toutes les métamorphoses de la mort rassemblées, depuis le coriis ipii se dissout et se puhélie jus(|u'à ceux qui se changent en momies sèclies et libreuses; el cependant aucun accident n'est résulté ni parmi les ouvi iers ni dans le voisinage. Les fossoyeurs ont eux-mêmes observé qu'ils n'étaient exposés à un véritable danger dans la piennère période de la décom[)osition des corps, c'est-à-diiv (piel(iues jours après leur inhumation.
Accidents professionnels provoqués par I hydrogène sulfuré et par un mélange d'hydrogène sulfuré et d'acide carbonique.
L'hydrogène sulfuré associé à l'acide carbonique constitue un mélange gazeux très toxi<jue. Ce mélange peut se })roduire dans les tanneries; mais une disi)Osition convenable des ateliers peut éviter les accidents, et les tanneurs ont en général une bonnti santé. Toutefois ils j)euvenl s'inoculer certaines maladies charbonneuses, si les l)eaux qu'ils travaillent ont appartenu à des animaux atteints de ces maladies. Il en est de même des convoyeurs et des chamoiseurs.
L'hydrogène sulfuré existe dans les foss(;s d'aisances, associés au sulfhydrate d'ammonia(iue et à l'azote, et peut y produire les effets les plus redoutables. Il s'y joint, en outre, diverses émanations gazeuses résultant des produits organiques; cependant, grâce aux moditications introduites dans la profession de vidangeur, aux procédés de canalisation souterraine et surtout depuis le système des fosses mobiles, cette profession a perdu ce qu'elle offrait d'insalubrité et de danger permanent;
\. Parent-Duchâtclct faisait déjà remarquer qu'on pratique tous les ans, à Paris, au cimetière du Père-Lacliaise, près de deux cents exiiumalions; elles ont lieu à toutes les époques de l'année deux, trois ou quatre mois après la mort; la putréfaction est alors dans toute son activité, et cependant on n'a point observé d'accidents chez les fossoyeurs chargés de ces travaux.
mais les accidents aigus, le fait d'un ouvrier foudroyé par un échappement subit de ces gaz, peuvent encore se produire, surtout si la fosse est une fosse couverte.
Dans certains cas, et suivant la source du gaz plus ou moins délétère qu'ils ont respiré, les ouvriers restent quelque temps privés de connaissance. Ils donnent au malaise qu'ils ressentent alors le nom de plomb, faisant sans doute allusion au sentiment de compression excessive qu'ils éprouvent.
Lors même qu'une fosse est vidée, ses parois peuvent rester imprégnées par les gaz délétères. Tout essai de travaux ou de réparations commencés avant un intervalle de quinze jours peut amener des accidents ^ Pour Chevallier, c'est en été et en automne que ces émanations sont le plus à craindre.
La profession cVégoutier offre beaucoup d'analogie avec celle de vidangeur. A l'hydrogène sulfuré qui se dégage des égouts en quantité énorme s'ajoutent le suifhydrate d'ammoniaque, l'acide carbonique, Facide nitreux et quelquefois de l'hydrogène phosphoré et autres émanations gazeuses. Le curage des vieux égouts est surtout dangereux ^.
Accidents professionnels provoqués par le gaz d'éclairage.
Le gaz d'éclairage absorbé par les ouvriers qui travaillent dans les usines à gaz se compose : d'hydrogène prolocarboné mêlé d'une quantité variable d'hydrogène bicarboné, d'hydrogène, d'oxyde de carbone, d'acide carbonique, d'azote, de matières huileuses plus ou moins faciles à condenser, de produits ammoniacaux et sulfurés et de substances goudronneuses. Malgré la présence de plusieurs de ces gaz, qui ont sur l'économie un effet nuisible, les accidents sont rarement observés chez ces ouvriers. Ils sont beaucoup plus fréquents dans le cas de fuite de gaz dans les appartements. Si le gaz, s'échappant d'une fissure ou d'un robinet ouvert, vient s'accumuler dans une chambre close, il peut en résulter la mort par asphyxie chez des individus surpris dans leur sommeil. Dans ce cas, l'oxyde de carbone et l'hydrogène sulfuré soiil siii loiit redoulahh^s.
Accidents professionnels provoqués par les vapeurs alcooliques et par l'alcool dénaturé par le méthylène impur.
Nous n'avons })as l'intention d'écrire un chapitre sur toutes les manifestations morbides rpie peut provo([uer l'emploi de l'alcool dans l'industrie. Ce sujet qui mérite une attention spéciale nous entraînerait trop loin. Nous nous contenterons de faire observer que les ouvriers qui travaillent dans des caves où sont renfermés en grande quantité des esprits et des vins capiteux sont sujets aux accidents que provoque l'alcoolisme chronique. Chez les individus em])\oyés aux docks de Londres dans des caves où s'amassent d'immenses quantités d'eaux-de-vie, de spiritueux de toute espèce et de vins d'Espagne, du Portugal et d'Italie, très riches en alcool, on
1. Labarraquc relate le fait d'un ouvrier ayant été aspliyxié en remuant des plâtres qui provenaient d'une fosse d'aisance autrefois démolie.
2. Voir Parent-Duchàtelet, Rapport sur le curage de Végout Amelot.
voit se développer toute une série de symptômes qui commence par le tremblement et se termine quelquefois par le delirium tremens et la mort.
On peut rapprocher de ces phénomènes les accidents éprouvés par les dégustateurs de Bercy qui hument pour ainsi dire les alcools et les vins, sans jamais en avaler. Ces experts ne boivent que de l'eau. La conservation de celte finesse du goût, qui leui' est si iiulis]K'nsal)le, n'est qu'à ce i)rix.
Mais, si t alcool onlinaiic est un agent toxi(iue (juand ses vapeurs sont respirées, il devient l)('aucoup plus nuisil)le (juand il est mélangé avec d'autres es})rlts. On a constaté depuis longtemps (pie l'alcoolisme se développe i)lus prompleuieiil et avec plus d'inleiisilé chez les buveurs d' eau-de-vie de qrain (jue chez ceux qui font usage de l'alcool ordinaire. La même observation s'ai)plique à l'inhalation des vapeurs qui proviennent de ces liquides.
Depuis plusieurs années les lois tlscales votées par l'iVssemldée nationale ont engagé plusieurs fabricants à dénaturer l'alcool dont ils tout usage dans leur profession. A Lyon, les ouvricis employés à deux industries, Vapprét des chapeaux de feutre el Vapprêl des rlof/'rs de soie et (jui se servaient d'alcool dénaturé par le jui-lhylène ou esprit dr ùois '\ ont prt'senté plusieurs phénomènes morbides, qui ont été considérés comme les cIVcIs de ce corps sur l'économie. Bergeron, dans un rappoi l au Comilé d'hygiène, a ('laMi que le ini'IliN lène n'est nnisihle (pie lorsqu'il est de (jualité inférieure.
Les sympt(*)mes ont été observ(''s d abord sur les iinupieuses exjiosées aux émanalions, puis sur le système nervenv.
D'après Dron, (jui a suivi les malades, la miKjLieuse oculaire est la première et la j)lus sérieusnnent atteinte : elle devient rouge, injectée. Les ouvriers accusent d'aboid nne sensation de graviei- dans les veux; la sécrétion laciymale est activée; les
1. Parmi les industries si diversos auxquelles la ville de Lyon doit sa prospérité il en est deux, telle de ['apprêt des chapeaux de feutre et celle de Vapprét des étoffes de soie, qui ne i)euvent se passer d'alcool et en font une consommation considérable.
Pour la première, celle consommalion est d'un hectolitre par jour, et voici comment on l'emploie. Le feutre mou est imprégné d'une solution alcoolique de gomme laque; la solution pénètre le tissu par l'action de presses mu(;s à main d'homme. Les chapeaux sont portés ensuite dans une étuve où ils restent jusqu'à dessiccation; puis ils sont remis à d'autres ouvriers (jui les lavent dans l'alcool, afin d'enlever la couche la plus superficielle de l'apprêt auquel le feutre doit son imperméabilité et de le débarrasser des poils, double opération nécessaire avant la teinture du chapeau. La dessiccation a lieu dans une étuve où les ouvriers ne séjournent que le temps indispensable pour apporter et emporter les chapeaux; mais toutes les autres manipulations : dissolution de la gomme laque, imbibition du feutre, pression et lavage après dessiccation, ont lieu dans un atelier vaste et largement ventilé.
Dans la seconde industrie, celle de l'apprêt d'étoffes de soie, on a imaginé, pour donner de la cohésion aux tissus qui tendent h. se désagréger par suite de la quantité de teinture dont ils sont chargés, un nouveau procédé qui consiste à tremper l'étoffe dans une solution atcoolique de stéarate d'aynmoniaque^ puis à la faire sécher, en la faisant passer autour d'un cylindre de cuivre chauffé intérieurement par la vapeur.
2. La dénaturation s'opère en ajoutant à un hectolitre d'alcool M litres de méthylène et 5 litres d'essence de térébenthine ou d'essence minérale. Or, tandis que l'alcool de betterave pur paye, à Lyon, par exemple 210 francs de droits par hectolitre, il ne paye plus, lorsqu'il a été dénaturé, que francs; en d'autres termes, il est exonéré des quatre cinquièmes de l'impôt, et so prête suffisamment d'ailleurs aux diverses opérations industrielles dans lesquelles on avait employé, jusqu'en 1872, les alcools purs de tout mélange.
larmes coulent sur les joues ^ Les picotemeiils du début de la journée sont peu à peu remplacés par de véritables douleurs; entin les ouvriers ne peuvent supporter la lumière et sont obligés d'interrompre leur travail. « Quand ils sortent de l'atmospbère chaude de l'atelier, l'air plus vif de la rue, dit Dron, augmente encore la cuisson et les force à se cacher les yeux. » Dans de pareilles conditions, le travail à la lumière artificielle est impossible.
La muqueuse nasale n'est pas moins irritée que la conjonctive par les vapeurs de méthylène; tous les ouvriers, en effet, sont atteints d'un coryza intense. Chez quelques-uns, les bronches ont été touchées ; enfin plusieurs ont déclaré qu'ils éprouvaient de l'anorexie, des nausées et des vomissements.
Tous accusent une céphalalgie violente. Dans la moitié des cas, la douleur était limitée à la région frontale ; mais, dans d'autres, la céphalalgie s'étendait aux régions temporale et occipitale, et se compliquait en outre d'une sensation de pesanteur et d'étourdissemenl, phénomènes généralement plus marqués le soir et pendant la nuit.
Un fait qui prouverait mieux encore l'action du méthylène sur le système nerveux, c'est que trois ouvriers ont affirmé à Di'on qu'ils éprouvaient une faiblesse musculaire inusitée; l'un d'eux a avoué une IVigidilé génésique; un autre était en proie à une agitation qui le privait de sommeil et le forçait à se lever la nuit.
Enfin (juelques ouviiers ont prétendu que leui' vue avait faibli, et cela indépendamment de la conjonctivite, i)uisque après deux jours de repos, pendant lesquels les accidents inflammatoires des paupières s'étaient amendés, ils n'avaient pu lire facilement une imi)ression en caractères assez fins qu'ils lisaient sans peine quelques mois auparavant 2.
Ces faits en ont rappelé d'autres du même genre qui avaient passé inaperçus ou qu'on avait perdus de vue, entre autres celui-ci (ju'un })harmacien de Lyon a communiqué à Dron. Des fabricants de vernis pour la peinture avaient, il y a quelques années, remplacé dans leurs opérations l'alcool ordinaire par le méthylène, parce que cette substitution leur jiermetlait de réaliser une économie considérable. La première ai)plication de leurs produits eut lieu dans une loge, où quatre peintres travaillèrent la nuit, portes closes et poêle allumé. Dans ce milieu les ouvriers furent bientôt pris de cuisson, puis de douleurs aux yeux; leurs conjonctives s'injectèrent, se tuméfièrent et le coryza ainsi que la céphalalgie apparurent; bref, il fallut interrompre les travaux, et dès ({u'il fit jour, les quatre peintres se présentèrent à l'Hôtel- Dieu, d'où ils ne sortirent guéris qu'au bout de huit jours.
Cependant en étudiant la fabrication même du méthylène, Bergeron n a pas observé chez les ouvriers les accidents précités. 11 s'est rendu dans l'une des plus importantes fabriques du département de la Seine, et là, après avoir suivi toutes les opérations et examiné tous les ouvriers, il a acquis la certitude que personne dans
1. Jusqu'au mois de juillet 1873, c'est-à-dire jusqu'à l'époque où la dénaturation de l'alcool par le méthylène est devenue obligatoire, les ouvriers de ces fabriques employés pour la plupart depuis plusieurs années, n'avaient éprouvé d'autre incommodité dans leur travail qu'une légère obnubilation alcoolique que le grand air suflisait pour dissiper et qui cessait môme de se produire après quelques semaines d'apprentissage. Mais, dès l'apparition des alcools dénaturés par l'esprit de bois, les ateliers ont complètement changé d'aspect.
2. Achille Dron, chirurgien en chef de l'Antiquaille : Des dangers de Vemploi de l'alcool méthylique dans Vinduslrie, in Lyon médical, février 1874, p. 152.
cette usine n'était atteint d'ophtalmie, de coryza, ni de céphalée. La seule opération qui, a priori^ lui avait semblé de nature à provoquer des accidents est celle qui a pour but de saturer par un réactif alcalin les liquides provenant de la première distillation du bois. Pour opérer cette saturation, un homme ajoute le réactif au méthylène impur que renferme une vaste cuve en bois, momentanément débarrassée de son couvercle, puis il agite le mélange à l'aide d'un bâton, et il est certain qu'à ce moment il se dégage de la cuve des vapeurs acres et pénétrantes, mais qui ont paru d'ailleurs moins propres à irriter les muqueuses qu'à agir sur le cerveau à la manière de l'alcool. En fait, celui qui est chargé de cette opération, et qui l'exécute deux ou trois fois par jour depuis bien des années, n'en éprouve aucun malaise, non plus que de la dernière rectification du méthylène, qui rentre également dans ses attributions.
Bergeron a observé la môme immunité chez les ouvriers des fabriques de couleurs d'aniline^ qui manient cependant des quantités considérables d'alcool méthylique pur, et chez ceux qui font le commerce des esprits et des essences. Soit qu'ils opèrent la dénatu ration des trois-six pour le compte des industriels, soit qu'ils vendent le méthylène pur en détail, ils le transvasent à tout instant et sont, ])ar conséquent, pres(|ue incessamment exposés à ses émanations. Et cependant, lorsqu'on les interroge au sujet des sensations que peuvent leur causer les vapeurs méthyliques, ils se bornent à dire qu'elles les incommodent en général plus que celles des trois-six, en ce sens qu'elles ont une odeur plus désagréable; qu'elles leur donnent un peu de lourdeur de tète, i)arfois même une certaine oppression; mais qu'en définitive, les malaises qu'ils ont ressentis ne les ont jamais obhgés, non plus qu'aucun de leurs employés, d'abandonner la besogne. Si l'on précise davantage les questions, quelques-uns reconnaissent qu'ils ont parfois éprouvé de la cuisson aux yeux, ce qui tenait, ])ensent-ils, à la mauvaise qualité du méthylène.
Il résulte de rinvesligalion à laquelle s'est Uvré Bergeron, chez les gaziers, les ébénistes et les fabricants de pianos, que dans une môme fabrication, tantôt le méthylène est inoffensif et tantôt incommode ou dangereux, ce qui im])lique nécessairement une différence dans la composition des esprits de bois livrés à l'industrie; cela donne à penser, dit-il, que les accidents observés chez les ouvriers lyonnais pourraient bien ôtre dus simplement à la mauvaise qualité des méthylènes employés par leurs patrons.
Mais avant de conclure dans ce sens, Bergeron a voulu poursuivre la contreenquôte jusque dans les atehers où la manipulation, soit du méthylène pur, soit des trois-six dénaturés, se rapprochait autant que possible des conditions dans lesquelles ces produits avaient été employés à Lyon. Il a fait des recherches dans des fabriques de feutres, dont une, entre autres, emploie l'alcool dénaturé dans les mêmes conditions que la fabrique lyonnaise
1. Dans cette fabrique, où le poil de lapin entre à l'état de duvet pour n'en sortir que sous la forme d'un chapeau complètement achevé, on se sert aussi d'une solution alcoolique de gomme laque pour rendre les feutres imperméa!)les, mais on ne l'emploie pas tout à fait de la même manière. En elîet, tandis qu'à Lyon on trempe les feutres dans la solution pour les soumettre ensuite à l'action de presses mécaniques, ici les ouvriers passent, soit sur le feutre tout entier, soit sur quelques parties seulement, suivant la nature des commandes, une éponge trempée dans la pi-éparation de gomme laque, puis avec les mains ils pressent fortement le feutre, maintenu tantôt par une forme en creux, tantôt par une forme en relief, afin de l'imprégner complètement de l'apprêt.
De soQ étude Bergeron conclut : 1° que Tapprêt des feutres imperméables est iooffensif pour les ouvriers, ou, au contraire, détermine chez eux des accidents, suivant qu'on met entre leurs mains des alcools dénaturés par telle ou telle qualité de méthylène ; 2'' que la dénaturation des trois-six par Talcool méthylique rectifié à 95'' et légèrement étendu d'eau n'expose à aucun danger les ouvriers qui les manipulent, même pendant des journées entières; 3° que, dans ces conditions, l'apprêt des feutres constitue encore une industrie prospère; 4*' enhn, que la dénaturation des trois-six n'est pas partout l'objet d'une surveillance assez rigoureuse, puisque le commerce des esprits peut livrer à l'industrie des alcools dénaturés dont les effets attestent, par leur diversité même, des différences marquées dans leur degré de pureté
Ce travail est long et semble assez fatigant; il se fait clans un très petit atelier qui n'est aéré que par l'ouverture fréquente des portes; il expose donc du matin au soir les ouvriers aux vapeurs alcooliques, et cependant aucun d'eux ne présentait la plus légère rougeur aux yeux lorsque Bergeron a visité l'établissement, et aucun d'eux ne s'est plaint d'avoir éprouvé des symptômes d'irritation du côté des muqueuses, si ce n'est dans deux circonstances que nous signalerons plus loin.
Mais avant nous devons faire connaître la différence notable qui existe dans les phases ultérieures de la fabrication, entre le procédé lyonnais et celui de Paris. Nous avons vu plus haut qa'à Lyon les feutres lorsqu'ils sortent des presses sont soumis à la dessiccation dans une étuve, puis lavés de nouveau dans l'alcool dénaturé; ici rien de semblable : les feutres sont simplement lavés dans un liquide composé dont la potasse fait la base, puis desséchés dans l'étuve, pour être ensuite livrés au ponçage et à un certain nombre d'autres manipulations. Il faut donc reconnaître que les ouvriers de Paris, en n'opérant pas le lavage dans l'alcool dénaturé, échappent à l'une des opérations les plus compromettantes de la fabrication lyonnaise. Mais nous savons, par le mémoire de Dron, qu'à Lyon, les ouvriers qui trempent les feutres dans l'apprêt, pour n'être pas aussi sérieusement atteints que ceux qui opèrent le lavage dans jl'alcool, n'en éprouvent pas moins aux yeux et au nez des cuissons si vives qu'ils ont dù, eux aussi, abréger la durée de leur travail, parfois même le suspendre complètement. Nous devons donc chercher ailleurs que dans la différence des procédés industriels l'explication de la différence des effets produits sur les ouvriers des deux usines.
Depuis que les trois-six ont été grevés de nouvelles taxes, on leur a substitué dans la fabrique dont nous venons de parler, comme dans toutes celles du même genre d'ailleurs, les alcools dénaturés. Dans les premiers temps, le fabricant, désireux de réaliser le plus d'économies possible, et ne se croyant pas tenu de faire opérer chez lui la dénaturation des trois-six, avait acheté de toutes mains des alcools dénaturés, en donnant la préférence, en général, aux fournisseurs qui demandaient le prix le moins élevé. Par qui, avec quelle qualité de méthylène et dans quelle proportion la dénaturation avait-elle été faite? Il ne l'a jamais su. A deux reprises, et à quelques mois d'intervalle, l'alcool qu'on avait livré au fabricant a provoqué chez les ouvriers apprêteurs des ophtalmies et des coryzas, c'est-à-dire les plus saillants des accidents observés à Lyon; mais ces accidents n'ont jamais eu la moindre gravité, parce que, dès qu'ils ont été constatés, le chef de l'établissement a fait jeter le liquide qui les avait déterminés; puis, pour éviter désormais qu'ils se reproduisissent, il a pris le parti, après leur seconde apparition, de se fournir exclusivement chez un seul négociant, d'exiger de lui des alcools dénaturés toujours de même qualité et complètement inoffensifs pour les ouvriers; et, depuis cette époque, on n'a vu reparaître dans l'atelier d'apprêt ni ophtalmie, ni coryza.
1. L'expérience ayant démontré l'insuffisance du titre alcoométrique pour indiquer sûrement la pureté relative du méthylène, même à des degrés assez élevés de rectification, tels que 90" et 92°, n'est-il pas à désirer que des indications précises soient données aux employés des cçntributions indirectes sur les moyens les plus simples de constater les faits? Il est permis de penser, en effet, que si cette constatation devenait facile et si elle était toujours opérée avec un soin scrupuleux, la régie pourrait, dans bien des cas, accepter, pour la dénaturation, des méthylènes rectifiés seulement à 92", peut-être même à 90", mais rendus inoffensifs par l'élimination des produits empyreumatiques auxquels sont dus les accidents observés, à plusieurs reprises, chez des ouvriers qui avaient employé des alcools dénaturés avec de l'esprit de bois impur.
Accidents professionnels provoqués par la dégustation du thé.
Il existe à Londres dliabiles déguslaleurs (jiii sont cliargés de comparer et d'ap- }>récier les diverses variétés du thé qui sont livrées à la consommalioo. Il s agit bien entendu des (pialités supérieures, douées d'un arôme spécial et qui seules méritent une appréciation soignée. Or, les dégustateurs qui se livrent pendant toute la journée à cet exercice ne taident i)as à épiouver des accidents dont les uns paraissent se lier à l ii i ilalion directe de la muqueuse gastrique, tandis que les autres semblent se rattacher à une véritable intoxication du système nerveux. En elîet, ils deviennent dyspepli(pies et iinissent, après (juel(|ues aimées, par ne plus ])Ouvoir supporter aucune nouriilure. En même lt'ni[)s ils sont alïeclés de tremblements nerveux qui vont toujours en croissant (;t Unissent par prendre une intensité inquiétante. En sonune la i>rofession de dégustateur de thé est assez malsaine i>our qu'il ne soit guère possible de Texercer plus de sept à huit ans.
ACCIDENTS ET PROFESSIONS NE RENTRANT DANS AUCUNE DES CLASSES PRÉCÉDENTES
(idz Inidroyrui' et azote. — Mines. — L iidialalion d'un aii' chargé (Vliijdroijène a pai ii donner lien à certains incoM\ rnienls. Les ouvriers de la Compagnie oxyhydr'u/iie de New-York se plaignent de ne pas iesj»irer libi'ement et de se fatiguer ])lus vile. Le fait s'expli(iu<' ])ar la diminution lelative de Toxxgène.
HirI attrii)ue certains IroiiMrs respiratoires chez les mineurs à Texcès d'azole (jue renterme l'aii- qu'ils respirent, Toxygène tendant à disparaîtnî sous riniluence de la lespirati.m des individus et de sa combuslion |)ai- les llaujmes des lampes. Celte dislineliuii nous paiail (|nel(|iie peu subtile. C(»uimeiil isoler les effets de la diminution de l'ovygène, de rauguienlati(»ii relali\(; dc' Tazoti^ et des gaz délétères qui se développent dans les mines, acide carbonique', oxyde de carbone, hydrogène sulfuré, hydrogène carbone, etc.? Les mineurs désignent ces gaz sous les noms de : feu hrisou ou f/risou, hdllon et ino/fctte. On a remarcjué que, en généi'al, leur production était rajjide, surtout dans les saisons chaudes et humides; })arfois ils apparaissaient brusquemeni, au moment où les ouvriers pénètrent avec leurs outils dans des cavités closes ou lors(ju'ils arrivent à communiquer avec les anciens puisards contenant des eaux stagnantes.
Les conséquences du dégagement de ce mélange gazeux et de son expansion dans l'atmosphère de la mine no sont pas toujours les mêmes. Le plus souvent, il en résulte une combustion instantanée accomjjagnée d'une déflagration. Dans des cas beaucoup plus rares, il n'y a pas de combustion, mais le dégagement du gaz est assez considérable pour produire l'asphyxie.
Travail des mines. — Les ouvriers des mines et jilus particulièrement des mines de houille, les plus nombreuses et les plus importantes, sont placés dans des conditions d'hygiène tout à fait particulières et qui méritent une étude spéciale.
Ils passent une grande partie de la journée, huit à dix heures, à une certaine; pi o-
fondeur au-dessous du niveau du sol. Dans ce milieu ils sont privés de la lumière du soleil, séjournent dans une atmosphère chargée d'humidité, à température souvent élevée. Cette atmosphère ne se renouvelle pas comme lair extérieur et par suite renferme une proportion différente des éléments normaux de l'air atmosphérique, bien souvent des éléments animaux, poussière, gaz nocifs.
Nous ne reviendrons pas sur les conséquences des poussières. Un chapitre spécial a déjà été consacré à l'anthracosis.
Certaines galeries de mines ])euvent renfermer une proportion considérable d'acide carbonique ou touffe des mineurs qu'une ventilation active peut seule dégager.
Jl peut y avoir aussi des dégagements d'hydrogène sulfuré.
Le gaz le plus redouté dans les mines est celui auquel on donne le nom de brisou ou grisou^ ballon^ moffelte.
Le grisou est un corps gazeux complexe où l'hydrogène protocarboné domine.
Voici la composition d'un grisou pris à Anzin, à 350 mètres de profondeur :
Hydrogène protocarboné 93,51
Hydrogène 2,24
Acide carbonique 3,97
Oxygène
Azote l'07
Le grisou préexiste à l'état de tension dans les pores de la houille. 11 se dégage lentement et insensiblement en se mélangeant à l'air ambiant ou bien il s'accumule dans des cavités ou des poclies ([ui, ouvertes brusquement, peuvent projeter une grande quantité de gaz soufdants.
Mélangé à l'air dans une proportion de 6 à 160 p. 100, il constitue un mélange explosif que la nioin(h-e imj)rudence })0urra enllammer.
Les explosions de grisou ne sont pas très fréciuentes et on ne peut leur imputer (jue le cinquième environ des moiis à la mine. Mais elles entraînent généralement un grand nombre de décès simultanés : 186 décès d'un coup au puits Jabin près Saint-Étienne, en 1876; 361 à Waks Colli(;ry en 1886.
L'inflammation du grisou ])eul survenir sous l'influence de causes diverses : lampe à leu nu ou lampe de sûreté défectueuse, explosion de mine, témérité d'un fumeur, etc.
La lanq)e de Davy a été imaginée, en 1815 i)our prévenir les explosions. La flamme est entourée d'une toile métallique fermée à la partie supérieure, de 4 à 8 centimètres de diamèlre et d'une hauteur de 15 à 20 centimètres.
La toile métallique devait, d'après Davy, avoir 121 mailles au centimètre carré. Elle arrête les flammes et ne les laisse pas traverser.
La lampe de Davy avait l'inconvénient de posséder un pouvoir éclairant très faible, de présenter souvent une fermeture défectueuse.
On a paré à ces inconvénients dans les modèles de Mueseler, de Massent, etc.
Les lampes exposent cependant toujours à certains accidents en raison surtout de l'imperfection des fermetures.
Il y aura avantage à employer le plus possible dans les mines les lampes éleclriques.
Dans quelques mines d'Angleterre, l'humidité est telle, qu'elle mouille, en quelques minutes, les ouvriers jusqu'à la peau. Dans d'autres l'air est si chaud, que le bouilleur y travaille à demi nu. Enfin, certaines galeries sont si étroites que les
ouvriers de petite taille y peuvent seuls être employés. Aussi rencontre-t-on un grand nombre d'enfants dans certaines mines.
Les bouilleurs sont presque tous voûtés; les courbures et les maladies de Tépine dorsale sont très fréquentes })armi eux.
L'enfant des mines étant obligé de courir continuellement sur un sol inégal, sans bas et sans souliers, il se glisse entre les orteils des fragments de cbarbon et de jiierre qui occasionnent des pbénomènes d'iriitation locale et vont même justprà le rendre boiteux. La peau des lalous et des genoux s'épaissit et devient calleuse.
L'étal iréliolemenl (pu sévit sur ces ouvriers a été api)clé (ntcniie drs mineurs
Hall('' décrit sous ce nom l'éjiidémie des mineurs d'Anzin (de I8O0), qui, pour Tardieu, ne jtaraît être autre cbose que le srorltut. L'invasion du mal élail mai(pié(î par des coli(jues violentes, des douleuis dans les articulations, de la gène de la res]>iiation, des palpitations, la ]H'ostialion des forces, le bal- Iniiii.'inciil (lu veiiire et des évacuations alvines noires et verdàlres. Ot état dui ait dix à douze jours et plus. Alors les douleurs abdominales cessaient. Le pouls restait faillie, conc(Milié el accéléré; la peau prenail une leinle jaunâtre, et devenait pàle el décobirée; la marcbe, diflicile, était iVuno exlrénu^ l"atigue;on vo\ait bientôl survenir des pali)itations fré(pienl(îs. Le visage était boufli. Ces accidents, après avoir duré une année entière, étaient aggiavés par le icloiir des pi'eini(îrs symptômes et la nioi t terminait cette scène.
Dans un imi»orlanl tra\ail, Manoimiez a étudié avec soin les conditions bygit'uifpies aux(jnelles sont soumis les ouvriers ,. ^ , , ^ d'Anzin. Pour lui, la maladie de 1808 n'a lias été une épi-
F.g. 901. -Lampe Davy. . '
(lenue presque uuKpu' : il considei'e, au contrau'i?, celte allection comme a\ant constamnieiil régné depuis lors, ap|)araissant à l'état tantôt s|»oradique, quebpiefois ('pidémifpie dans dilTércMiles fosses; anjonnriini bîs cas obs(;rvables sont circonscrits à une seule.
De 1803 à 1830 prédomim!;rent <les formes abdominales, d'ahoid aiguës (;l à invasion brusque, ])uis cbroni<pies et à débnl insidieux; depuis 1830, l'aflection revêt une forme cacbeclique, cbroni(pie d^ iiiblée, caractérisée par des symj)tômes d'anémie, avec peu ou j»as de troubles digestifs. Cette bénignilé i(;lalive [laïaît en rajjporl avec les améliorations apportées aux travaux d'e.xploilalion.
L'anémie des mineurs n'est pas s])éciale aux mines de houille de la compagnie d'Anzin; elle a également sévi <lans un assez grand nond)re de houillères du même bassin du IS'ord, en Fiance et en Belgique, el dans d'autres bassins français. Partout, depuis son apparition, elle a revêtu successivement des formes toujours moins graves. S'il n'est pas possible d'aflirmei- que l'anémif; des mineurs n'ait eu jadis une autre origine, on est en droit de dire <pi'à I beure actuelle cette anéniie est due le plus