‹ Traité d'hygiène [electronic resource]Chapitre 69 sur 326 · VirchoWj Die Noth im Spessari^ Wurzboiirg · texte numérisé non relu

VirchoWj Die Noth im Spessari^ Wurzboiirg

MALADIES TYPHIQUES ]9i

graves, mais non au lyplms pétéchial qui se développait de préférence chez les Européens bien nourris qui donnaient leurs soins à ces malheureux ^

Mais si la famine et la misère ne suffisent pas à elles seules pour engendrer les maladies typhiques, au moins entrent-elles comme un des facteurs essentiels dans l'étiologie de ces maladies; les preuves à cet égard surabondent; les épidémies irlandaises de typhus ont toujours coïncidé avec de mauvaises récoltes et surtout avec la maladie des pommes de terre, aliment presque exclusif de ces malheureuses populations. En Grimée, dans les premiers temps de la guerre, les pertes de l'armée anglaise, alors très mal pourvue, étaient incomparablement supérieures à celles des Français; plus tard, quand les Anglais eurent amélioré leur organisation, la proportion devint précisément inverse. (F. Jacquot.)

Du reste, famine et encombrement marchent volontiers de front et s'appellent réciproquement ; quand de grandes agglomérations humaines sont cantonnées dans un espace restreint, les ressources locales s'épuisent rapidement et la disette est là promptement. D'autre part, quand la famine règne dans un pays, les habitants de la campagne affluent instinctivement vers les villes, où ils espèrent obtenir des secours et où l'encombrement est inévitable. Cette attraction des villes sur les populations rurales, par les temps de misère et de typhus, est éloquemment mise en lumière dans les leçons de Graves; en Algérie, lors de la dernière guerre, le même fait fut observé.

Ces considérations étiologiques sont des plus importantes au point de vue de l'hygiène sociale et de la prophylaxie. L'amélioration des latrines et des égouts, la canahsation des villes, l'emploi d'eau potable non souillée par des déjections organiques, sont les meilleurs moyens à opposer à la plus fréquente des maladies typhiques, à la fièvre typhoïde. Quant au typhus pétéchial et à la fièvre récurrente, c'est à des mesures plus générales et malheureusement plus difficiles à réaliser qu'il faudrait demander leur extinction. Le typhus, a dit Yirchow, est un châtiment qu'un peuple s'inflige à lui-même par son ignorance et son indifférence. L'histoire des maladies des peuples ne peut plus être séparée de l'histoire de la civilisation. C'est en faisant cesser le paupérisme, c'est en attaquant l'ignorance, l'intempérance et l'imprévoyance qu'il entraîne à sa suite, que l'on évitera ces grandes épidémies faméliques dont le typhus est l'inséparable cortège. Sous ce rapport, de grands progrès ont déjà été réalisés et il y aurait injustice à les méconnaître; cependant, l'Irlande est toujours sous l'imminence des mêmes désastres et il suffit d'une mauvaise récolte pour placer ses populations sous le coup de la disette et du typhus. Hors de l'Europe, les conditions sont bien plus déplorables; en Algérie, l'incurie et le fatalisme des Arabes les exposent perpétuellement à la disette et à ses tristes conséquences; le typhus algérien de 1869 en est un lamentable exemple. Des conditions analogues, mais sur une échelle bien plus vaste, se retrouvent dans les Indes orientales, où la vie de plus de 200 millions d'individus dépend du hasard d'une récolte de riz. Il va de l'honneur de la France, ainsi que de la Grande-Bretagne, de chercher, dans la mesure du possible, à prévenir ces grandes catastrophes qui placent sous la menace constante de la famine et du typhus une portion notable de l'humanité.

1. J. Périer, Effets de la misère et typhus dans la province d'Alger en 1868^ Recueil méd. etpharm. milit., 1869-1870.

FIÈVRE TYPHOÏDE

Étiologie de la fièvre typhoïde. — Deux doctrines ont été tour à tour en faveur au sujet de l'éliologie de la fièvre ty})hoïde : celle de la spontanéité et celle de la spécificité.

La spécificité était admise par Bretonneau et par de nombreux médecins français de son temps, en particulier Leuret et Gendron. Elle a trouvé un défenseur éloquent dans William Budd (de Bristol) qui formulait Faphorisme : « Pas de fièvre typhoïde sans ancêtres. » La fièvre typhoïde ne peut naître que d'une fièvre typhoïde.

Pour d'autres auteurs, au contraire, la fièvre typhoïde pouvait se développer spontanément. En Angleterre, en face de Budd, Murchison soutenait la doctrine de la genèse pythogénique : le poison typhique pouvait être créé de toutes pièces par l'absorption de poisons putrides d'origine animale. Griesinger, en Allemagne, défendait la même doctrine.

Les publications de Murchison, de Griesinger entraînèrent pendant un certain temps les convictions de la plupart des hygiénistes qui, en présence d'une épidémie de fièvre typhoïde se contentaient pour l'expliquer de la constatation d'un foyer de matières fécales en voie de décomposition.

Depuis les progrès des doctrines microbiennes, la thèse de la spécificité défendue , dans l'intervalle par divers auteurs, comme Liebermeister, a reconquis la majeure partie des suffrages. On s'accorde à attribuer la fièvre typhoïde au développement d'un microbe spécial cultivé pour la première fois par Gaffky.

Le bacille typhique (voir p. 96 et 97) est un organisme mobile que l'on trouve en quantité notable dans la rate, les follicules isolés et agglomérés de l'intestin, les , ganglions mésentériques et qui peut se retrouver du reste dans le sang et les divers I organes. On le constate encore dans les déjections, où sa recherche peut présenter de grandes difficultés en raison de son association avec le cohbacille qui offre avec lui une assez grande analogie. Il s'observe aussi dans les urines d'un certain nombre de I malades et parfois dans les produits expectorés.

C'est surtout par les selles que les bacilles typhiques quittent l'organisme des malades et peuvent servir à transmettre la maladie.

Le danger de transmission par le bacille typhique tient aux propriétés du microbe. Il est assez résistant à la dessiccation bien qu'il ne produise pas de spores. Gaffky a vu le bacille typhique encore vivant a})rès 90 jours de dessiccation à la surface d'un porte-objet, 25 jours après mélange à de la poussière et 90 jours déposé sur du coton.

Billings et Peeckham ont constaté une résistance plus considérable encore, car ils ont noté des survies de 213 à 229 jours. Nous ne citons que les chiffres extrêmes.

On s'explique ainsi comment les vêtements souillés peuvent servir à la transmission de la fièvre typhoïde, comment les poussières pourraient transporter cet agenl, comment les mains des personnes, qui ont approché le malade ou touché les objets infectés par lui, peuvent i>ropager la maladie.

FIÈVRE TYPHOÏDE

On a beaucoup discuté la question de la conlagion de la fièvre typhoïde et beaucoup de médecins Font niée. Sans doute les cas multiples de fièvre typhoïde dans une famille, une maison, ne sont pas tous liés à la contagion, mais sont l'expression d'une contamination commune de même origine. Sans doute aussi dans les hôpitaux bien tenus la fièvre typhoïde ne provient pas de cas intérieurs et contraste par là singuKèrement avec le typhus exanthématique, le typhus récurrent et les fièvres éruptives.

Cependant même dans les hôpitaux des cas de transmission aux infirmières ont été plus d'une fois relevés (Laveran, Gérin Roze).

L'un de nous, en moins de 10 mois, dans son service à l'hôpital Trousseau, a vu cinq cas intérieurs : deux chez des infirmières, un chez une fille qui donnait des soins aux malades et deux chez des enfants gardant le lit, pour lesquels il convient d'incriminer le transport du contage par les infirmières venant de soigner des typhiques.

Dans les campagnes où les mesures élémentaires de propreté et de désinfection sont encore trop souvent néghgées, la contagion de la fièvre typhoïde est plus commune.

Leuret (de Nancy), Gendron (de Ghâteau-du-Loir), Piedvache (de Dinan) nous ont à ce propos laissé des exemples des plus démonstratifs, de même que Budd en Angleterre et Gietl en Allemagne.

Gendron a montré que la contagion de la fièvre typhoïde peut être :

Directe immédiate. . . Contact avec le malade.

Directe médiate Séjour dans la pièce du malade.

Indirecte immédiate. Contact avec les effets du malade.

Indirecte médiate. . . . Contact avec les personnes ayant approché le malade.

Actuellement encore la contagion joue un rôle important à la campagne.

Le docteur AHson (de Baccarat, Meurthe-et-Moselle) a vu la contagion disséminer la maladie. Nos confrères de Bretagne nous en ont donné de nombreux exemples. Richter (de Dessau) pense que sur 374 cas observés par lui de 1883 à 1886, 197 ont été dus à une infection directe.

Des cas de fièvre typhoïde chez des blanchisseuses qui avaient lavé le linge de typhiques ont été signalés en grand nombre.

Budd rapporte que deux dames habitant dans deux quartiers de Londres très éloignés furent prises de fièvre typhoïde de la même façon. Quinze jours auparavant elles avaient essayé des vêtements chez une même couturière, et celle-ci, à ce moment, soignait son enfant atteint de dothiénentérie.

On dit que le duc d'York avait contracté d'une façon analogue la fièvre typhoïde, dont il mourut. Ses vêtements avaient été cousus par un ouvrier tailleur dont j les enfants étaient atteints de cette maladie.

Nous avons montré les termes extrêmes du temps pendant lequel le bacille typhique peut rester vivant malgré la dessiccation. Les poussières chargées du contage pourraient donc servir à la dissémination de la dothiénentérie, soit en pénétrant par les voies aériennes, soit en gagnant de façons diverses le tube digestif. Les cas bien établis de transmission par Vair ne paraissent pas très nombreux et la question reste controversée. On a invoqué la transmission par l'air pour des cas

PROUST, TRAITK n'HYOIKNE. 13

de fièvre typhoïde survenant dans des appartements, au voisinage de tuyaux de fosses d'aisances, ou dans des habitations situées à proximité de terrains sur lesquels on pratiquait Tépandage de matières fécales. Ces exemples ne seraient absolument probants que s'il était démontré qu'il ne peut être invoqué dans ces cas d'autre mode de contagion que la transmission par l'air. Celle-ci n'est cependant pas impossible a priori^ puisqu'il est certain que les poussières en suspension dans l'air peuvent transporter des bacilles vivants.

On s'accorde aujourd'hui à faire jouer à l'eau le rôle essentiel dans la propagation de la fièvre typhoïde. Déjà soutenue par Budd, par Snow et par Liebermeister, la doctrine de la transmission hydrique, bien défendue par Brouardel, Chantemesse, etc., est aujourd'hui généralement admise.

Elle suppose que les germes de la maladie, contenus dans les déjections, arrivent dans l'eau et y conservent leur activité un temps plus ou moins long.

Des observations très nombreuses ont étabH que l'eau consommée dans des localités où sévissait la fièvre typhoïde était souvent polluée par des matières fécales. Murchison pensait môme que les matières fécales pouvaient engendrer la fièvre typhoïde alors qu'elles ne provenaient pas de typhiques (théorie pytogénique).

La bactériologie nous a fourni des arguments précieux en faveur de la doctrine de la transmission de la fièvre typhoïde par l'eau.

Elle nous montre d'abord que le bacille typhique peut rester vivant dans l'eau pendant un temps assez long. Les recherches ont porté sur l'eau distillée, sur l'eau stérilisée et sur Feau naturelle.

Les conditions dans ces trois milieux ne sont pas les mêmes. Dans l'eau distillée, le bacille typhique ne lutte contre aucun agent pathogène, mais il ne trouve pas d'élément nutritif. Dans l'eau stérilisée, le bacille typhique rencontre des matériaux nutritifs, qui ne lui sont disputés par aucun autre microorganisme. Dans l'eau naturelle, le bacille trouve des substances qui peuvent servir à sa nutrition, mais il doit entrer en concurrence avec d'autres microorganismes.

On voit immédiatement que le bacille typhique se développera plus facilement et vivra plus longtemps dans l'eau stérilisée.

Voici quelques-uns des résultats obtenus. Le bacille typhique a été retrouvé dans l'eau dislillée par :

Hoclislettcr après j jours. Straus et l^iibarry. après 30 à 35 jours.

Woimidgel — 15 — Slalter — 50 —

Meadc Boiton. . . — 10 à 14 — Braeni — 188 —

Dans l'eau stérilisée par :

Hochstetter, Meade Bollon après 7 jours

Hueppe — 20 à 30 —

WoUriiugel • — 32

Slraus — 82 —

Pfeiiïer — 4 mois.

FIÈVRE TYPHOÏDE

Dans l'eau naturelle par :

Krau

Karlinski

Uffelman

Frankland et Ward

après 5 à 7 jours.

— 2 semaines.

— 19 à 33 jours (lac Katrin).

— 25 à 34 — (eau de Tamise).

— 33 à 39 — (eau de puits).

Cette question de la durée de la vitalité du bacille typhique dans l'eau ne saurait du reste être tranchée absolument par les expériences bactériologiques.

Celles-ci montrent en effet qu'il faut compter avec l'influence de la lumière, du mouvement, de la température, de la proportion d'éléments nutritifs ou minéraux, de gaz dissous dans l'eau, et l'on ne saurait exactement faire la part de ces facteurs.

On a encore recherché ce que deviennent les bacilles typhiques au voisinage de l'eau. Wernicke, en étudiant les bactéries pathogènes dans la vase du fond d'un aquarium de laboratoire, a trouvé une survie sensiblement plus longue que dans l'eau, et il est évident que les conditions sont les mêmes dans la vase du fond des puits ou des cours d'eau.

La constatation du bacille typhique dans une eau dont l'ingestion a été suivie de fièvre typhoïde, a été faite par un grand nombre d'auteurs., dont les premiers ont été Ivan Micaël, Mors, Ghantemesse et Widal, etc. Certains de ces faits ont été contestés, à cause de la confusion possible du bacille typhique avec le bacterium coli. Mais à mesure que les moyens de différenciation entre ces deux microorganismes sont devenus plus précis, les causes d'erreur ont été éhminées et il existe aujourd'hui des constatations absolument probantes.

Nous devons nous arrêter quelque peu sur cette question de la ti^ansmission de la fièvre typhoïde par l'eau, qui a dicté des mesures prophylactiques de la plus haute importance.

L'eau qui sert à l'alimentation peut être empruntée soit à la nappe souterraine (puits ou sources), soit à des cours d'eau plus ou moins importants.

L'eau de puits et l'eau de rivière étaient à peu près seules employées autrefois. L'eau de source est aujourd'hui consommée dans un grand nombre de locahtés.

On a vu la fièvre typhoïde succéder à l'usage de chacune de ces variétés d'eau.

Les cours d'eau importants sont sujets à des souillures de tous genres, non seulement du fait des ruisseaux et des égouts qui s'y déversent, mais encore du fait des lavoirs, des bateaux de tous genres qui y déversent leurs détritus.

Snow avait déjà établi l'influence de la consommation d'eau de la Tamise à Londres sur le développement de la dothiénenterie.

De Renzi, médecin de la prison de Milbank à Londres, constate que de 1843 à 1854 il y a eu en moyenne tous les ans près de 6 décès (5-7) par fièvre typhoïde, tandis que de 1855 à 1872 il n'y a eu que 3 décès en tout. La prison était desservie en eau prise directement dans la Tamise jusqu'en 1855 et à partir de ce moment elle a été alimentée par un puits artésien.

En France, le docteur Michel (de Chaumont) fit voir dès 1855, par des observations recueiUies dans cette localité, l'influence d'une eau souillée sur le développement de la fièvre typhoïde.

A Paris le rôle joué par l'eau de Seine, déjà soupçonné pendant l'épidémie de 1882,

a surtout été mis en évidence par les travaux de Régnier et de Chantemesse. Le premier fait remarquer que la proportion des fièvres typhoïdes dans les différentes casernes de sapeurs pompiers diffère suivant leur mode d'alimentation en eau potable :

Chantemesse a montré que la distribution d'eau de rivière à Paris est suivie d'une plus grande proportion de cas de fièvre typhoïde, et que les nouveaux cas portent sur les arrondissements alimentés avec cette eau. Les entrées dans les hôpitaux augmentent 3 ou 4 semaines après la distribution d'eau de rivière et reviennent au chiffre normal 3 ou 4 semaines après la fin de la distribution.

Vienne, BerHn, Hambourg nous fournissent des exemples non moins démonstratifs de l'influence de l'eau de fleuves ou de rivières sur le développement de la fièvre typhoïde, en même temps que de l'efficacité au point de vue prophylactique d'une bonne filtra tion ou de l'amenée d'eau de sources à l'abri de toute contamination.

A Vienne, Drasche a constaté qu'avant 1876, alors que l'on buvait de l'eau du Danube, il y avait 1,09 décès par 1000 habitants et qu'à partir de 1873 ce chiffre a fini par s'abaisser à 0,25 depuis l'amenée d'eau de sources.

A Hambourg, la morbidité par fièvre typhoïde variait entre 13,20 et 1,80 et la mortaUté entre 0,90 et 0,18 p. 1000. Depuis 1893 ce chiffre s'est abaissé à moins de 1 p. 1000 comme morbidité et 0,1 p. 1000 comme mortalité. Cette différence tient à ce que l'eau d'Elbe ne fut plus distribuée qu'après filtration à partir de la fin de 1893.

L'eau de source est évidemment moins sujette aux pollutions. Elle a pourtant bien souvent contribué à la propagation de la fièvre typhoïde. Nous signalerons à ce propos l'épidémie de Lausen bien décrite par Haegler. Lausen était alimenté en eau de source; sur le terrain situé en amont de l'émergence de cette source, on avait répandu les matières fécales d'un typhique habitant la ferme de Furlerhorf. Des pluies abondantes survinrent, et quelque temps après la fièvre typhoïde éclatait à Lausen. Le début de la fièvre typhoïde à la ferme de Furlerhorf remonte au 10 juin et les premiers cas de Lausen sont constatés le 7 août.

Immermann cite un certain nombre d'épidémies analogues.

En France, nous devons signaler l'épidémie d'Auxerre, bien étudiée par le docteur Dionis (des Carrières) . La fièvre typhoïde ne frappa que les maisons desservies en eau du Vallan;or on avait répandu les déjections d'un ty})hique sur le sol fissuré qui recouvrait le Vallan.

L'épidémie observée à Paris en 1894 présente cette i)articularité d'être à peu près limitée aux quartiers desservis en eau de Vanne. Une enquête prouva que la canalisation de l'eau de la Vanne ne recevait pas seulement des eaux de sources captées à l'abri de toutes souillures, mais qu'on y faisait parvenir en même temps des eaux de sources moins protégées et des eaux de drainage.

Une mention toute particulière doit encore être faite de l'épidémie de fièvre typhoïde de Maidstone en 1897. La ville de Maidstone est alimentée par trois amenées d'eau différentes. Les cas de fièvre typhoïde y furent à peu près exclusivement limités aux maisons desservies par l'une des Compagnies, celle de Farleigh.

Casernes desservies en eau d'Ourcq

Marne Seine.

Vanne

FIÈVRE TYPHOÏDE

Au lOoclobre, sur 509 cas, 474 appartenaient à la zone de la compagnie de Farleigh.

Dans la même rue et du même côté se trouvent 5 maisons contiguës. Les 2 premières, renfermant 8 à 10 personnes, ne prennent que de l'eau de puits; elles n'ont pas un cas de fièvre typhoïde. La troisième a un puits, mais ses ha])itants ont consommé l'eau de Farleigh : elle compte 6 malades sur 11 habitants; les deux autres alimentées par la Compagnie ont la première 4 fièvres typhoïdes sur 10 habitants, la seconde 3 fièvres typhoïdes sur 7.

L'enquête établit que parmi les diverses sources captées par la Compagnie de Farleigh, l'une, celle de Tulsham, avait été probablement contaminée par les déjections d'ouvriers venus pour faire la récolte du houblon ; parmi ces ouvriers plusieurs avaient eu des diarrhées.

La fièvre typhoïde prit fin à Maidstone quand on eut supprimé toute arrivée d'eau de la Compagnie de Farleigh.

Nous pourrions multiplier les exemples à l'infini. Ceux que nous avons donnés suffisent à établir l'importance qu'il y a à protéger les sources contre tout danger de pollution, la nécessité de ne capter que des eaux ne pouvant subir aucune contamination.

Nous avons parlé des cas de fièvre typhoïde survenant à la suite de l'usage d'eau de rivière ou d'eau de source. L'eau de puits a été souvent aussi incriminée, particulièrement dans les villes dont le sous-sol est exposé à tant d'infiltrations nocives, à la campagne où les puits mal abrités sont souvent situés tout près des fosses et des trous de fumier. On verra, dans le chapitre consacré à l'eau en général, les précautions à prendre pour empêcher la souillure des puits.

Dans les épidémies de fièvre typhoïde consécutive à l'ingestion d'eau de puits, les cas sont souvent proportionnellement plus nombreux et d'ordinaire plus graves, la souillure étant en général plus considérable et plus persistante. Dans l'épidémie de Pierrefonds, bien étudiée par Brouardel, Chantemesse et Widal, trois familles furent frappées. L'une compta 8 malades sur 8 membres, l'autre 7 sur 9, la troisième 5 sur 7. Les personnes respectées dans deux familles devaient leur immunité à une fièvre typhoïde antérieure. La mortaUté dans une des familles fut de 50 p. 100.

Une particularité sur laquelle il faut encore insister à propos de ces fièvres typhoïdes propagées par l'eau de puits est la suivante : le puits une fois contaminé paraît susceptible de conserver pendant un temps fort long la faculté de donner la fièvre typhoïde. C'est ainsi que dans certaines fermes isolées, la fièvre typhoïde frappe à peu près sans merci et à longs intervalles tous les nouveaux venus.

Bindé a signalé une ferme voisine de Saint-Nazaire dans laquelle la fièvre typhoïde fut introduite en 1872 par une personne qui avait soigné des typhiques au dehors. Il y eut à ce moment 9 malades. En 1877, un domestique engagé depuis quelques mois a la fièvre typhoïde. En 1879, c'est le tour d'une jeune femme qui a épousé récemment un fils du fermier. En 1884, c'est un domestique. En 1885, la femme d'un autre fils contracte la fièvre typhoïde 6 mois après son mariage.

Butter a également publié' l'histoire d'une épidémie qui a sévi de 1874 à 1879 dans une ferme de la Saxe.

Cette longue persistance s'explique sans doute par la survie prolongée du bacille typhique dans la vase qui se trouve au fond du puits. On se rappelle en effet les expériences de Wernicke signalées plus haut.

On a pubhé dans ces dernières années l'histoire d'un nombre assez considérable

de fièvres typhoïdes dans lesquelles la maladie a été transmise par le lait. Ces épidémies présentent comme principales particularités d'être disséminées d'une façon en apparence irrégulière mais correspondant à la clientèle d'un fermier ou d'un crémier, de frapper surtout les femmes et les enfants, de respecter dans une maison les personnes qui ne boivent pas de lait ou n'en font usage qu'après ébuUition.

L'une des premières épidémies bien étudiées de fièvre ty})hoïde transmise par le lait a été publiée en 4870 par Ballard, qui l'a observée dans le quartier d'Islington. L'attention de Ballard une fois éveillée il constata que sur 61 familles ayant eu des cas de fièvre typhoïde, 54 se fournissaient exclusivement chez un certain laitier, 2 consommaient son lait d'une façon irrégulière, tandis que 5 seulement avaient toujours eu un autre fournisseur.

Ayant relevé ensuite la liste des clients de ce laitier et procédé à une enquête, il trouva que, sur 142 familles, 70 avaient eu des typhiques et avaient fourni en tout 175 malades et 30 décès.

Dans une rue de 70 maisons, 4 maisons se fournissaient de lait à la source suspecte, 3 eurent des malades. Il n'y en eut pas un seul dans les 66 autres maisons.

Ballard se rendit dans la ferme d'où provenait le lait. Il constata que le réservoir où l'on puisait l'eau qui servait à laver les ustensiles employés à recueillir le lait contenait une eau susceptible de contamination par les matières fécales.

Dans beaucoup d'épidémies de ce genre la démonstration est plus complète encore, car l'enquête établit qu'il existe des cas de fièvre typhoïde à la ferme qui fournit le lait suspect. La contamination peut s'effectuer dans ce cas par les mains des personnes chargées de traire les vaches, mains qui ont été souillées par des déjections de typhiques.

Ailleurs on incrimine l'addition au lait d'eau dans laquelle on a lavé les linges du malade ou qu'ont pu contaminer les déjections. Dans quelques cas on a pensé que les poussières entraînées par le vent avaient porté dans le lait le contage provenant de matières fécales desséchées.

Les observations de fièvres typhoïdes transmises par le lait étaient surtout nombreuses en Angleterre où, à la date de 1896, on avait déjà enregistré 98 épidémies imputables à cette origine.

Elles ne sont pas moins nombreuses en Amérique. Dans ces dernières années on en a publié un certain nombre en Suède, dans le Danemark, en Allemagne, etc.

La France a fourni également son contingent, bien que moins considérable.

C'est encore sous la rubrique de la transmission de la fièvre typhoïde par l'eau qu'il convient de classer les cas dans lesquels cette maladie succède à Yingeslion des huîtres. Ces mollusques, destinés à la consommation, sont engraissés dans des parcs qui reçoivent souvent à la fois l'eau de la mer et l'eau douce venue de cours d'eau. Ces parcs sont trop fréquemment ])lacés à })roximité de villes ou de villages et peuvent recevoir les matières fécales déversées dans les cours d'eau ou jetées directement dans le port. La possibihté de la transmission de la dothiénentérie par ce mécanisme a été signalée d'abord par Cameron et par Broadbent.

En Amérique, Coun a rai)porté une é[)idémie fort intéressante qui s'est produite dans un collège du Connectitut. Il y eut, du 20 octobre au 9 novembre, 23 cas de fièvres typhoïdes parmi les élèves. Tous avaient pris part, le 12 octobre, à un banquet dans lequel avaient été mangées des huîtres. Il y eut en même temps des cas de fièvre typhoïde chez d'autres personnes ayant consommé des huîtres de la même provenance.

FIÈVRE TYPHOÏDE

Le parc dont provenaient ces huîtres était à proximité de renil)oncluire d'un égout et cet égout avait reçu des déjections de typliiques.

Cliantemesse a cité des faits analogues observés dans le voisinage de Cette.

Foote, Klein ont du reste établi que le bacille typliique peut conserver assez longtemps sa vitalité dans Teau des huîtres; il persiste plus longtemps encore (3 à

4 semaines) dans l'intestin de ces mollusques.

Cette possibilité de la transmission de la fièvre typhoïde par les huîtres ne doit pas être perdue de vue. Il convient de prendre les précautions nécessaires pour la prévenir, et pour cela il faudra ne pas tolérer que les parcs soient placés dans des conditions y permettant l'arrivée des eaux d'égout.

Le gouvernement anglais a soumis à une enquête très minutieuse les divers parcs de son littoral et le gouvernement français a fait de même. Mosny, qui a été chargé de Tenquêle française, montre que les parcs d'huîlres peuvent être contaminés par le fait qu'ils sont le plus souvent établis à l'embouchure des fleuves, dans le voisinage des ports qui y déversent trop souvent leurs matières usées. On peut d'après lui établir comme règle que la contamination d'un fleuve en un point sur le trajet terrien de son cours, lorsqu'elle se fait à une distance de ^20 ou 30 kilomètres en amont de la zone des influences marines, ne semble plus constituer un danger sérieux pour les parcs situés à son embouchure.

La fièvre typhoïde peut-elle se développer spontanément ou mieux sans l'intervention d'une autre fièvre typhoïde?

Nous savons que William Budd considérait la chose comme impossible.

Cependant divers auteurs sont encore aujourd'hui d'un avis opposé. Kelsch admet la possibilité du développement spontané de la maladie sous l'influence de la fatigue ou du surmenage. Il cite en particulier les épidémies observées dans les bataillons alpins. Au 12*" chasseurs, d'après Lêques, en 1883, les manœuvres durent 83 jours et il y a un cas de fièvre typhoïde. En 1884 le bataillon tient la montagne 86 jours et enregistre 2 fièvres typhoïdes, 6 fièvres gastriques et 14 embarras gastriques. En 1885 le bataillon manœuvre 104 jours et compte 13 cas de fièvre typhoïde,

5 fièvres gastriques et 39 embarras gastriques. Enfin, en 1886, les exercices de montagne se prolongent 108 jours. Il y a 17 fièvres typhoïdes, 3 fièvres gastriques, 66 embarras gastriques. La fièvre typhoïde semble être en raison directe du surmenage et ne fait du reste son apparition qu'après une durée assez longue des manœuvres.

Kelsch cite encore fexemple d'une colonne militaire dans le Sud-Oranais qui partit de Saïda en mai au milieu des conditions sanitaires les plus satisfaisantes. Deux mois plus tard, la fièvre typhoïde débutait en plein désert sur un sol vierge de toute contamination humaine.

Ces faits si intéressants ne sont pas inexphcables pour ceux qui admettent la spécificité du bacille typhiquè. Nous savons déjà que les convalescents de fièvre typhoïde peuvent conserver dans leurs déjections des bacilles typhiques pendant un temps assez long sans présenter de signes de maladie. Les recherches de Loesener, de Remlinger, ont établi de plus que le bacille typhique peut exister dans l'intestin de sujets sains. Sous l'influence de causes diverses ce bacille peut devenir nuisible à celui qui l'héberge et provoquer une dothiénentérie.

Peul-être convient-il d'expliquer ainsi des laits curieux qui ti'ouveront leur place dans une autre partie de ce livre et dans lesquels la fièvre typhoïde a succédé à Tingestion de viande d'animaux malades : épidémies d'Andelfingen, de Kloten, etc.

11 nous reste à envisager encore certaines particularités de l'étiologie de la fièvre typhoïde : les causes prédisposati tes.

Pettenkofer et ses élèves de l'école de Munich ont parlé de l'influence des variations de la nappe d'eau souterraine sur le développement de la fièvre typhoïde. Ils ont montré qu'à Munich la fièvre typhoïde augmente quand la nappe s'abaisse. Pettenkofer admet que le contage typhique émané du malade ne devient nocif le plus ordinairement pour d'autres sujets qu'après avoir subi dans le sol une certaine maturation. Cette maturation n'est possible que dans un terrain renfermant des matières organiques et présentant un degré assez marqué d'humidité.

La théorie de Pettenkofer ne jouit plus du prestige dont elle fut entourée à un certain moment. Il semble bien que le bacille typhique n'a nullement besoin de cette élaboration pour devenir virulent. Gela n'empêche pas d'ailleurs d'attacher une grande importance aux conditions qui prolongent ou abrègent la vitalité du bacille typhique dans le sol. Grancher et Deschamps ont établi que le bacille typhique peut vivre dans le sol plus de 6 mois. Karlinski admet que cette vitaHté ne se prolonge pas au delà de 8 mois. Sidney Martin a publié des recherches plus précises encore. Il ^'est préoccupé de l'influence de la constitution du sol, de l'humidité, de la lumière. Il a étudié enfin le cheminement du bacille typhique dans le sol.

Dans un sol riche en matière organique, préalablement stérilisé et maintenu à la température de 35°, le bacille typhique se retrouve après 105 jours. Dans le même sol, à la température extérieure, le bacille typhique était encore vivant après 63 jours. Dans le sable non mélangé de matière organique, le bacille typhique meurt en très peu de temps.

D'après les expériences instituées à Buda-Pesth sous la direction de Fodor ^ on voit que la vitalité des bacilles d'Eberth, soumis en dehors de l'organisme à des influences physiques diverses (séjour dans l'eau et dans le sol, dessiccation, insolation, congélation) est remarquablement tenace. C'est surtout dans le sol humide stérilisé que les bacilles typhiqiies vivent le plus longtemps (près de 300 jours). Ces bacilles, ainsi exposés aux différents agents physiques, conservent entière, parallèlement à leur vitalité, la propriété de s'agglutiner au contact du sang des animaux auxquels ils ont été inoculés.

La fièvre typhoïde est une maladie de la jeunesse et de l'âge adulte, on l'observe principalement de 15 à 30 ans et surtout de 20 à i25 ans.

Les hommes paraissent plus prédisposés à l'infection typhique que les femmes.

La maladie sévit surtout pendant la période cstivo-aulomnale. Dans quelques cas des épidémies ont semblé s'arrêter à la suite d'un refroidissement brusque de la température ou de pluies abondantes.

Comme dans les autres maladies infectieuses le surmenage, la misère, les excès, les influences morales, l'encombrement jouent un rôle prédisposant de première importance.

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