Fod(jr, Congrès international d'hygiène, Paris
FIÈVRE TYPHOÏDE
La durée de Vincubation de la fièvre typhoïde est assez variable; elle est généralement de deux semaines.
Il semble exister une sorte d' acclimatement pour la fièvre ty])hoïde. Il est certain qu a Paris et dans les grandes villes, ce sont le plus souvent des sujets arrivés depuis peu qui paient le plus lourd tribut à la maladie. De même dans l'armée les recrues sont plus atteintes que les soldats plus anciens. Il est vrai que dans ce dernier cas il faut faire la part du changement de vie et d'alimentation ainsi que du surmenage. Il n'en est pas moins probable que le séjour prolongé dans une localité où la fièvre typhoïde est endémique confère un certain degré d'immunité, en dehors de toute atteinte de la maladie. Parkes rapporte que la dothiénentérie pénétra dans un village qui n'avait pas présenté un seul cas de cette affection de temps immémorial; tous les habitants, jeunes et vieux, furent atteints successivement.
L'immunité est généralement conférée par une première atteinte ; cependant des récidives peuvent s'observer.
Prophylaxie de la fièvre typhoïde. — Les détails dans lesquels nous venons d'entrer permettent de concevoir les éléments principaux de la prophylaxie de la fièvre typhoïde.
La déclaration de tous les cas doit être obhgatoire. Il serait avantageux d'isoler les malades. Il conviendra toujours de désinfecter immédiatement leurs excrétions et tous les objets qu'auront souillés ces dernières. Les matières fécales, ainsi sans doute que les urines, sont des véhicules habituels du contage. On les recueillera dans des récipients renfermant au préalable un hquide désinfectant.
Par cette désinfection immédiate on obtiendra déjà un résultat appréciable. Mais il ne faut pas perdre de vue que quelques malades ne sont pas vus par le médecin, que même pour les sujets les mieux soignés le médecin n'est appelé parfois qu'assez tard, qu'il existe des formes ambulatoires. On voit qu'il conviendra toujours de suspecter le contenu des fosses et des égouts.
Les fosses doivent être étanches. Il sera nécessaire d'empêcher le déversement de leur contenu à l'égout et de là dans les cours d'eau à moins de mesures particulières.
On ne peut encore compter beaucoup sur l'épuration des eaux d'égouts par les substances chimiques; c'est pourquoi l'on a recours à l'épandage. Voir le chapitre consacré aux égouts.)
Puisque la fièvre typhoïde est souvent d'origine hydrique, on ne fera usage que d'eau absolument à l'abri de toute contamination. L'eau de source bien protégée, l'eau de nappes profondes répondent seules à ces conditions. L'ébulhtion, la filtralion, fépuration chimique, instituées dans de bonnes conditions, rendent inoffensive une eau suspecte.
Le lait ne devra être consommé qu'après avoir été bouilli.
Pour parer au danger de l'infection des huîtres dans les parcs, Mosny conseille de déplacer les parcs insalubres ou de supprimer la source de leur contamination; de protéger les parcs salubres contre toute cause éventuelle d'infection; de n'installer de nouveaux parcs qu'en des points déterminés après enquête sanitaire basée sur les résultats de constatations topographiques, d'observations météorologiques et hydrologiques, d'analyses bactériologiques et chimiques.
Il paraît dangereux de consommer à l'état cru les légumes cultivés dans les champs
d'épandage. Wiirlz el Bourges ont montré en effet que les végétaux qui germent hors d'un terrain préalablement arrosé avec une culture de bacilles d'Eberlli, portant assez longtemps des bacilles typhiques à la surface de leurs feuilles.
En se conformant à toutes ces indications, et surtout en assurant la pureté des eaux potables il a été possible de réduire énormément et même de faire disparaître complètement la fièvre typhoïde dans certaines localités ou dans certaines agglomérations jusque-là décimées.
TYPHUS EXANTHÉMATIQUE, PÉTÉCHIAL
Symptomatologie, anatomie pathologique et surtout étiologie, tout sépare le typhus de la fièvre typhoïde, et cette distinction, naguère encore discutée, est aujourd'hui admise par tous les médecins.
Lliistoire du typhus est intéressante; il semble que ce soit une maladie relativement récente; toujours est-il que la première description en est due à Fracastor et la première épidémie considérable est celle qui ravagea l'armée de Lautrec | devant Naples. Le typhus, à partir de ce moment, domine la pyrétologie du ; xviie et du xvni« siècle, et pendant les grandes guerres du premier Empire il règne sur presque toute l'Europe. A partir de 1814, il disparaît de France, au point que la plupart de nos médecins nièrent son existence, malgré quelques épidémies locales observées dans les bagnes et dans les prisons. \
En Europe, le typhus reconnaît deux foyers principaux, l'Irlande et la Russie. Il n'a jamais cessé de régner en Irlande, et partout où l'émigration irlandaise a porté ses pas le typhus a suivi; c'est ainsi qu'il a envahi les grands ports de l'Angleterre i et l'Amérique du Nord. 1^
De son deuxième foyer européen, la Russie, le typhus rayonne vers les côtes S de la Baltique, la Silésie, la Prusse orientale, la Suède et le Danemark.
Pendant la guerre de Crimée les armées russes et alliées furent décimées par le typhus qui fut importé jusqu'au Val-de-Grâce par nos soldats, mais ne prit pas pied en France. En 1868, à la suite de la famine, l'Algérie fut ravagée par une épouvantable épidémie typhique. Pendant la dernière guerre, le typhus ne s'est montré ni à Paris, ni à Metz, pas plus chez les assiégés que chez les assiégeants.
Les recherches d'un certain nombre de médecins bretons, au premier rang desquels il faut citer le docteur Gestin, ont établi la persistance du typhus à l'état endémique dans certaines parties de la Bretagne. L'épidémie de Reantec près de Lorient (1869 à 1872), celle de Rouisan (1872), de Guipavas, des îles de Molène et Tudy ont révélé à divers moments l'existence de ces foyers. L'un de nous a pu montrer que l'épidémie observée dans le nord-ouest de la France en 1893 (vallées fie la Seine et de la Somme) avait pour point de départ la Bretagne.
Le typhus exanthématique existe encore à l'état endémique dans une province ; du Portugal (l'Algarve), en Italie, où il va en diminuant, et dans la presqu'île Balkanique.
En Asie, il est endémique en Corée, en Chine, dans le Japon. Il est plus rare
TYPHUS EXANTHÉMATIQUE 203
dans riiîde. En Syrie et dans l'Asie Mineure, les épidémies paraissent toujours dues à des importations.
En Afrique, le typhus est endémique en Abyssinie, en Nubie, dans les provinces Barbaresques. On a reconnu Tendémicité du mal parmi un certain nombre de tribus kabyles et c'est, à ces foyers sans doute qu'il convient de rapporter les épidémies d'Algérie.
En Amérique, le typhus semble être acclimaté au Mexique, au Pérou, au Chili, en Bolivie. Les épidémies des États-Unis et du Canada ont été toujours imputables à des importations.
Étiologie du typhus. — Le typhus est une des maladies les plus contagieuses et ne le cède à ce point de vue à aucune des maladies connues.
Quand on ne lui oppose pas des mesures d'isolement très sérieuses, il ne borne pas ses effets au premier malade. Six, huit, dix cas se succèdent dans une même famille.
Les auberges, les asiles de nuit jouent un rôle extrêmement actif dans la diffusion î de la maladie. A Lille, à Amiens, comme autrefois à Berlin ou à Breslau, certaines [ maisons ont fourni un grand nombre de malades.
j Les médecins, les infirmiers, les religieuses paient à la maladie un tribut terrible. Les médecins irlandais, de 1818 à 1843, ont fourni 568 cas de typhus et 132 morts, soit 46 et 10,5 p. 100. De 1843 à 1848, sur 335 décès de médecins dans le même pays, 199 étaient causés par le typhus.
Pendant la campagne de Grimée, 80 médecins français succombèrent au typhus et, au plus fort de l'épidémie, en 57 jours, sur 840 infirmiers, 603 contractaient la maladie.
La guerre russo-turque a fourni des exem})les aussi désastreux. Dans un hôpital de Jassy, 7 médecins sur 8, toutes les religieuses, 79 p. 100 des infirmiers ont eu le typhus.
I L'épidémie française de 1893 a montré des faits analogues. Dans 25 hôpitaux nous avons relevé plus de 50 religieuses atteintes de typhus, dont 21 ont succombé, La proportion a été plus élevée encore parmi les infirmiers et infirmières.
On peut suivre l'importation du typhus de locaUté à localité. Elle est le plus ordinairement le fait des vagabonds, des mendiants, des nomades.
La contagion se fait par contact direct avec les malades. Elle a Heu plus souvent encore par l'intermédiaire de vêtements ou objets divers, ainsi que l'avaient déjà établi Pringle et Hildebrand. Peut-être y a-t-il heu d'incriminer, comme pour le typhus récurrent, les piqûres des insectes parasites.
L'air ne paraît pas jouer un rôle marqué dans la dissémination du fléau. Dans les salles d'hôpital, le typhus ne frappe que les personnes qui ont été en contact direct ou indirect avec les malades. Nous ne croyons pas que le typhus puisse être transporté par l'air, bien que cette opinion ait été soutenue par Chantemesse.
Le typhus frappe de préférence les sujets malheureux. La misère, la fatigue, la famine jouent le rôle de causes prédisposantes.
Le typhus est-il susceptible de se développer spontanément? Murchison, Griesinger, Fauvel, Jaccoud, Kelsch sont de cet avis. Chauffard, au contraire, n'admet pas que le typhus puisse naître sans contagion.
Les exemples invoqués en faveur de la génération spontanée du typhus ne sont nullement démonstratifs.
On fait valoir son apparition dans les prisons à la faveur de Tencombrement. Mais cet encombrement existe bien souvent sans donner naissance au typhus. Les prisons sont en relation avec le monde extérieur et ce sont des détenus qui y introduisent le fléau. Il en a été manifestement ainsi à Paris en 1893, à la prison du Dépôt, à la Santé et à la maison de Nanterre. Nous avons montré qu'une éjjidémie à la prison de Strasbourg, sans cesse invoquée par les partisans de la spontanéité, avait été | précédée d'une épidémie de typhus dans les pays avoisinant TAlsace et même dans un village du Bas-Rhin. Il est fort probable que c'est à des importations analogues qu'il faut attribuer les épidémies anglaises, quahfiées d' « assises noires », dans lesquelles le typhus frappait à la fois les prévenus, les juges, les jurés et les témoins. Murchison pensait que le typhus dans ce cas était dû à une viciation de l'air résultant de l'encombrement.
On a invoqué à côté de l'encombrement la saleté et la famine. Nous ne voyons dans ces deux facteurs que des causes adjuvantes. Si la famine en Algérie a été suivie de typhus, c'est qu'elle a amené dans les villes des x\rabes venant de locahlés où le typhus était endémique.
Le typhus est toujours dû à la contagion. Nous ne croyons pas que son germe encore inconnu puisse être fourni par d'autres que par des malades. La famine, la misère, l'encombrement ne peuvent produire le contage de toute pièce; mais il se transmet mieux aux misérables et aux faméhques; il se conserve mieux dans les miUeux malpropres.
C'est une affection qui frappe surtout les adultes. Elle se montre principalemenl en hiver.
La durée de l'incubation du typhus est très variable; elle peut s'étendre de 5 à 21 jours.
Une première atteinte confère généralement une immunité durable. Cependant les récidives paraissent plus fréquentes dans le typhus que dans la fièvre typhoïde.
Les progrès de l'hygiène et du bien-être diminuent progressivement les cas de typhus et les foyers originels de la maladie vont sans cesse en se rétrécissant. Nous avons vu qu'en France on ne l'observe pins guère à l'état endémique que dans une partie de la Bretagne. Il faut espérer qu'il finira par en disparaître.
Prophylaxie du typhus. — En présence d'une épidémie on se rappellera la contagiosité extrême du typhus. On isolera les malades, on désinfectera les objels qui leur auront servi. On recommandera les précautions les plus minutieuses aux personnes que leur profession expose à en approcher : emjdoi de blouses, désinfection des mains, interdiction de manger dans la chambre du malade, etc.
Le personnel hospitalier devra, autant que possible, se recruter parmi des sujets ayant déjà subi la maladie et, par conséquent, ayant acquis une immunité à peu près certaine.
Étant donné la fréquence de l'importation de cette maladie par les nomades, les ; vagabonds et les mendiants, une surveillance sanitaire spéciale devrait porter sur ces | sujets en temps d'épidémie. i