‹ Traité d'hygiène [electronic resource]Chapitre 74 sur 326 · DYSENTERIE · texte numérisé non relu

DYSENTERIE

La dysenterie est une maladie infectieuse endémo-épidémiqiie, contagieuse, caractérisée par des selles sanguinolentes et des coli([ues intestinales.

Dans nos pays, la dysenterie prend rarement Tallure foudroyante, qu'on observe fréquemment dans les climats tropicaux: mais elle est encore souvent fatale en France. Pendant l'été de 1899, il y a eu en Bretagne des épidémies de dysenterie déterminant une mortalité de 20 à 50 p. 100.

Étiologie de la dijsenlerie. — Ni l'âge, ni le sexe n'ont d'influence sur le développement de la maladie. Les enfants comme les vieillards sont également exposés à la dysenterie. Les adultes cepemSiant paient un tribut plus considérable probablement parce qu'ils sont plus exposés aux causes adjuvantes. C'est spécialement parmi les jeunes soldats envoyés aux colonies, que cette affection fait le plus de ravages. Il n'y a pas d'acclimatement à la dysenterie; dans les pays chauds, les indigènes peuvent être décimés par cette maladie comme les Européens.

C'est une affection qui se développe surtout dans les pays chauds ; mais on l'observe également sous toutes les latitudes, même dans les pays froids, comme la Norvège, la Suède et la Sibérie. Dans les climats tempérés et froids elle apparaît surtout pendant la saison chaude.

Elle sévit particulièrement et sous forme endémique en Algéi'ie, au Sénégal, en Cochinchine, aux Indes, aux Antilles et au Mexique.

' En France, elle se montre particulièrement dans certaines régions : la Bretagne et la Touraine. Elle est assez fréquente dans quelques localités de l'Est.

La fatigue, la misère, Finsuffisance ou les vices du régime alimentaire sont autant de causes qui favorisent la dissémination et l'aggravation de la dysenterie. C'est pour cela qu'elle est si fréquente parmi les armées en campagne et pendant les grandes famines. On la voit diminuer et même disparaître dans les pénitenciers atteints, dès qu'on augmente la nourriture des sujets internés.

Elle est fréquente parmi les personnes qui abusent des viandes salées, des féculents, des corps gras et des fruits insuffisamment mûrs.

Parmi les causes prédisposantes, il faut signaler l'affaiblissement déterminé par une maladie antérieure, spécialement l'impaludisme. Dutrouleau a voulu établir un lien étroit entre la dysenterie et la malaria, mais s'il est certain que l'une et l'autre maladie sont fréquentes dans les régions humides, où les eaux croupissent aisément, au voisinage des marais, et peuvent également survenir à la suite du curage des étangs et des canaux, elles sont toutes deux spécifiques et dépendent d'agents différents.

La nature contagieuse de la dysenterie a été contestée jusque dans ces derniers temps, notamment par Rochard, qui faisait valoir qu'une nuit passée à la belle étoile sous d'insuffisantes couvertures, suffit à provoquer cette maladie.

Cependant les exemples de l'importation de la maladie dans des agglomérations jusque-là indemnes sont fréquents et suffisamment démonstratifs et des cas intérieurs surviennent souvent parmi le personnel ou les malades des salles d'hôpital.

Ce qui est vrai, c'est que les cas de contagion directe ne sont pas les plus fréquents

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el que la maladie esl peu contagieuse là où Ton prend des soins élémentaires de propreté. La plupart des épidémies sont dues à la contamination des eaux potables. La dysenterie est essentiellement une maladie d'origine hydrique.

On cesse de la signaler partout où on peut assurer la pureté des eaux potables.

Lalluyaux-d'Ormay a démontré qu'à Tliu-Dan-Not, en Gochinchine, on peut à volonté faire naître ou disparaître la dysenterie, en autorisant la distribution de certaines eaux ou en Finterdisant.

L'air semble pouvoir également servir de véhicule au contage. La maladie se montre en effet souvent parmi des personnes exposées aux émanations méphitiques qui se dégagent de certaines fosses d'aisances, des fumiers, des cloaques, des champs d'inhumations insuffisantes.

On admet que le contage de la dysenterie siège principalement dans le gros intestin, d'où il est expulsé avec les matières fécales. C'est avec celles-ci qu'à l'aide d'infiltrations souterraines, il peut polluer les eaux d'alimentation.

On n'a aucune notion précise sur le temps pendant lequel la maladie conserve son pouvoir contagieux.

Quant à la nature même du contage, elle prête encore aux contestations et malgré le grand nombre de travaux bactériologiques qui ont eu pour but la recherche de l'agent spécifique de la dysenterie, on peut dire qu'actuellement on n'a encore obtenu aucun résultat définitif.

En 1876, Normand et Bavay décrivaient dans les selles des malades atteints de diarrhée de Gochinchine, une anguillule qui a été retrouvée en 1885 chez des dysentériques au Brésil. Il est vrai que cette anguillule stercorale fait souvent défaut dans la diarrhée de Gochinchine, qu'on peut la rencontrer chez des sujets n'ayant pas de diarrhée du tout et qu'enfin, d'après plusieurs auteurs, elle ne s'observerait jamais à la période d'invasion de la maladie et ne surviendrait que plus tard.

En 1875, Lœsch (de Saint-Pétersbourg) trouva dans les selles d'un dysentérique un grand nombre d'amibes. Il donna à ce parasite le nom à'amœba coli. Des matières des malades furent introduites dans le gros intestin de quatre chiens. L'un d'eux eut de la diarrhée avec ulcérations intestinales. Ges amibes furent retrouvées en Egypte par Koch (1883) dans l'intestin de dysentériques. D'après Kartulis (d'Alexandrie) el Kruse et Pansini, ces parasites joueraient le rôle d'agents spéciliques; on les retrouverait non seulement dans l'intestin des malades, mais encore dans le pus de certains abcès du foie, consécutifs à la dysenterie. Ghez le chat, ces amibes introduites dans le rectum provoquent une diarrhée sanguinolente. Plusieurs observations ont • confirmé en partie les assertions de Kartulis. Gependant on a démontré que les amibes peuvent se trouver dans l'intestin en dehors de la dysenterie. D'autre part, si ces amibes ont été très fréquemment signalées dans les diarrhées des pays chauds, elles paraissent manquer le plus souvent dans la dysenterie qui se montre en Europe.

Ghantemesse et Widal, CelU et Valent] (bacterium coli dysenfericum), Shiga {bacillus dysentericus) et tout récemment H. Roger, ont décrit tour à tour dans les selles des dysentériques des bacilles assez analogues au bacterium coli commune, ;-mais s'en écartânt par certains caractères. Aucune démonstration définitive de la

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