MÉNINGITE CÉRÉBRO-SPINALE
nature spécifique de ces diverses bactéries n'a pu être donnée par ces auteurs. Le fait que les bacilles isolés par Shiga et Roger sont agglutinés par le sérum des dysentériques, ne suffit pas à prouver leur spécificité.
Cet exposé bactériologique montre que la question de la cause première de la dysenterie reste encore ouverte. Faut-il, en raison des divergences de résultat, admettre la pluralité des dysenteries? Des arguments cliniques ont pu à divers moments être invoqués en faveur de cette hypothèse. L'opinion générale est cependant que la dysenterie, maladie spécifique, est la même sous toutes les latitudes ; qu'il y a seulement lieu de la ' différencier de certaines diarrhées chroniques et des états dysentériformes.
Une première atteinte de dysenterie ne confère aucune immunité. Il est démontré au contraire que les récidives sont fréquentes et se montrent de plus en plus graves.
Prophylaxie de la dysenterie. — La dysenterie est une des maladies dont la déclaration est obligatoire en France. On peut, en effet, par la connaissance précoce des premiers cas, prendre les mesures nécessaires pour éviter l'extension de la maladie et le développement d'une véritable épidémie.
Les malades seront rigoureusement isolés. Les matières fécales seront désinfectées immédiatement, ainsi que tous les objets contaminés par les malades. Lorsque la maladie s'est déclarée dans les pays chauds, un changement de climat a le plus heureux effet.
En temps d'épidémie, on conseillera aux sujets restés sains de se mettre à l'abri des changements brusques de température; on surveillera leur alimentation et on leur conseillera d'éviter l'usage des fruits et des aliments indigestes.
Mais il faut surtout veiller en tout temps à la pureté de l'eau d'alimentation. Dès qu'elle pourra être suspectée, il faudra avant tout recommander de ne faire usage de l'eau, qu'après l'avoir soumise à rébulfition.
Comme précautions sanitaires générales, il sera bon de prendre les mesures nécessaires pour supprimer les émanations putrides et désinfecter les fosses d'aisance, les amas d'ordures et de fumiers ainsi que les mares et les eaux stagnantes.
IV1ÉNINGITE CÉRÉBRO-SPINALE ÉPIDÉIVIIQUE
La méningite cérébro-spinale épidémique ou typhus cérébro-spinal doit être étudiée avec les maladies typhiques. Les symptômes et les lésions indiquent une intervention prépondérante des centres nerveux, mais il existe en même temps des phénomènes généraux démontrant la participation d'autres organes.
La première relation non douteuse d'une épidémie de cette maladie remonte à 1805, c'est l'épidémie de Genève décrite par Vieussens et Mathey. A la fin des guerres de l'empire la méningite épidémique est signalée dans diverses garnisons de l'armée française (Mayence, Grenoble, Metz, Pont-à-Mousson, etc.). A la même époque, la maladie ravage un certain nombre d'États de la Confédération américaine sous le nom de « spotted fever ».
Une période plus intéressante encore est celle qui commence en J836 et s'étend
jusqu'à 1849 et 1852. C'est à ce moment qu uue épidémie née dans le midi de la France (départements des Hautes et Basses-Pyrénées) frappe successivement des corps de troupe casernés dans des villes nombreuses, et reste presque partout limitée à la population militaire. De la France, la méningite est transportée en i^lgérie et en Italie; on la trouve encore à Gibraltar et dans le Portugal.
De 1854 à 1861, la méningite cérébro-spinale sévit dans une tout autre région et fait des ravages assez importants dans la péninsule Scandinave et surtout en Suède.
De 1863 à 1866, la méningite cérébro-spinale se manifeste surtout en Europe dans l'Allemagne et en Irlande. Elle fait au même m'ornent des progrès importants dans les États-Unis.
A une époque plus rapprochée de nous, cette affection a fait de nombreuses apparitions, procédant habituellement par foyers circonscrits, paraissant s'acclimater dans certaines villes (Boston, New York, etc.).
Éiiologie de la méningite cérébro-spinale. — Les recherches bactériologiques, dans la méningite cérébro-spinale, ont fait connaître la présence de deux agents pathogènes qui paraissent tous deux susceptibles de donner naissance à la maladie : e pneumocoque (voir p. 100 et 101) et le diplocoque intracellulaire de Weichselbaum (voir p. 102 et 103). Le méningocoque de Bonome (voir p. 102 et 103), qui a été également isolé dans cette maladie, n'est en réalité qu'une variété de pneumocoque.
Ces agents pathogènes se trouvent dans l'exsudat purulent qui recouvre la surface du cerveau et de la moelle. On les a aussi décelés dans le contenu des fosses nasales et dans les cavités auditives.
Ils sont susceptibles d'une résistance assez notable à la dessiccation. On les a rencontrés dans les méningites non épidémiques. Ils ont été trouvés dans des méningites spontanées des espèces animales domestiques.
La méningite cérébro-spinale est une affection contagieuse, ainsi que l'avait soutenu Boudin lui-même, en opposition avec la grande majorité des médecins de son époque.
En faveur de la nature contagieuse nous invoquerons :
1° L'apparition de la maladie chez les personnes qui donnent des soins aux malades, nous citerons en particulier les 4 cas observés par Leichtenstern à l'hôpital de Cologne et comprenant une religieuse et trois infirmiers ;
2° La coexistence ou la succession de plusieurs cas dans la même famille ou la même maison;
3° L'importation de la méningite dans un pays, une localité, un quartier par des malades. L'épidémie française en a fourni des exemples très précieux. Le 18*" léger a introduit la méningite à Rochefort, puis à Versailles, etc. ;
4° La diffusion, en apparence irrégulière, de la méningite dans une locaUté a pu souvent être rapportée à la contagion. Les enquêtes de ce genre, faciles dans les petites villes, ont été parfois couronnées de succès, même dans les grandes villes (Petersen à Berlin);
5° Des agglomérations humaines placées dans le voisinage de foyers de méningite, n'ont fourni aucun cas si elles n'avaient aucune relation possible avec les malades.
La contagion de la méningite cérébro-spinale se fait habituellement par l'intermé-