Flugge, Zeitschr. f. Hygiène, 1899, XXX
Quant au rôle que joue, dans la dissémination de la tuberculose par Uair, la projection de particules de crachats par les phtisiques en toussant, il serait beaucoup plus important, pour Flûgge et ses élèves. Pour démontrer les conditions de celte projection, Laschtschenko a fait mettre dans la bouche d'un sujet de la culture de bacillus prodigiosus, puis il Fa fait parler, tousser, éternuer; les particules de salive qu'il projetait étaient reçues sur des plaques d'agar. Ce savant a pu s'assurer ainsi que ces bacilles étaient disséminés en petite quantité quand le sujet parlait, davantage lorsqu'il toussait, au maximum s'il éternuait. Ces essais ont été répétés avec le même succès par Esmarch, Htibner et Weyssmayr.
Laschtschenko, en faisant tousser des phtisiques vis-à-vis de lames porte-objets, a pu colorer un grand nombre de bacilles dans 4 cas; dans 17 autres le résultat a été négatif. Il a pu s'assurer par l'inoculation aux cobayes que les bacilles ainsi projetés étaient virulents.
Heymann a constaté que, sur 35 phtisiques, 14 projetaient à 50 centimètres des gouttelettes bacillifères. Les résultats étaient en rapport avec le degré de dilution des produits d'expectoration, l'intensité de la toux, l'ouverture plus ou moins grande des lèvres, la teneur en bacilles des crachats. Il a pu tubercuhser 8 cobayes sur 25, qui étaient directement exjiosés aux projections de phtisiques qui toussaient en face d'eux, à 20 ou 45 centimètres de distance, durant trois heures tous les 2 jours, pendant des semaines et même des mois. Cette projection de gouttelettes baciUifères n'est pas constante et fait défaut chez plusieurs phtisiques. D'après Heymann, au delà de 50 centimètres le nombre des gouttelettes projetées diminue beaucoup; on n'en constate plus à la distance de l'^,50.
Tout en cro3'ant à l'action prépondérante des particules humides de crachats tuberculeux dans la transmission de la tu])erculose par l'air, Fliigge accepte actuellement la transmissibilité par les poussières sèches, mais dans des conditions spéciales et restreintes : a L'infection tuberculeuse, dit-il, peut se produire dans les locaux où les crachats tuberculeux se sont desséchés à la surface du sol ou des objets. Des poussières assez grossières sont détachées dans ces cas, soit par le balayage, soit par les courants d'air, soit par la marche, soit par la trépidation (wagons de chemins de fer). Dans tous ces cas l'infection n'est guère possible qu'après un séjour prolongé et continu. Le danger d'infection de l'air par l'usage de mouchoirs souillés de crachats de tuberculeux est négligeable. »
Cornet avait d'ailleurs publié en 1898 les résultats d'expériences ne permettant plus de nier le rôle des poussières sèches. Il avait étalé sur le plancher un tapis sur lequel il avait répandu des crachats de tuberculeux. Lorsque le tapis fut sec, il le balaya deux jours de suite avec un balais rude, de façon à détacher et soulever les poussières bacillifères. 254 cobayes avaient été placés à des hauteurs variant de 7 à 134 centimètres au-dessus du tapis. Tous contractèrent une tuberculose débutant par les voies aériennes. Cornet, qui avait pratiqué lui-même ce balayage dangereux, constata par l'inoculation au cobaye que les tampons d'ouate qu'il avait placés dans son nez avaient arrêté des bacilles tuberculeux.
Il n'en reste pas moins acquis que les faits observés par Fliigge et sa conception d'un des modes de transmission de la tuberculose par l'air restent exacts. Ils ont été confirmés en dehors de lui par von Weysmayr (1898), B. Fraînkel (1899) et tout récemment par Hermann Kœniger. Ce dernier a démontré que les particules projetées
TUBERCULOSE 261 parla parole ou par la toux ne restent pas en suspension dans l'air plus d'une heure, à moins qu'il n'y ait une forte agitation de l'air; que les microbes se déposent non seulement au devant de la personne, mais encore à ses côtés et derrière elle, même lorsque l'atmosphère ambiante est parfaitement tranquille. D'après lui c'est la prononciation des consonnes, surtout des labiales, dentales et linguales qui donne le plus grand nombre de gouttelettes. La prononciation des voyelles ne donne lieu à aucune projection pas plus que l'expiration normale.
Celte nouvelle interprétation, due à Flûgge, de la façon dont la tuberculose se transmet par inhalation, entraîne des conséquences extrêmement importantes au point de vue prophylactique. Il ne suffit plus de donner un crachoir au phtisique pour le rendre inoffensif; son contact même, son voisinage immédiat doivent être considérés comme spécialement périlleux, puisqu'il peut projeter autour de lui des germes virulents de sa maladie dans des actes aussi répétés que la parole, la toux et Téternument.
Nous reviendrons dans la suite sur les conséquences hygiéniques qui résultent des faits démontrés par Fliigge.
4° Les sujets exposés à vivre longtemps dans les pièces où séjournent des tuberculeux deviennent fréquemment tuberculeux eux-mêmes. — Nous venons de voir que dans les locaux où séjournent les tuberculeux, l'air transporte des particules bacillifères soit sous forme de poussières sèches, soit sous forme de très fines gouttelettes. Il était naturel d'admettre que ces particules nocives pénétraient l'organisme humain par les voies aériennes supérieures. Straus en a donné la démonstration. En recueillant avec un tampon d'ouate le contenu des fosses nasales de 29 sujets sains, fréquentant les hôpitaux (infirmiers, malades, étudiants), il a obtenu des inoculations positives dans un tiers des cas. Chez 10 sujets sains, 9 employés de bibliothèque, 1 musicien, ne se trouvant pas en contact avec des malades, il ne trouva des bacilles que deux fois. Ces expériences démontrent comment pénètrent dans les voies aériennes les bacilles en suspension dans l'air; de plus la proportion des inoculations dans les deux séries indique, ce qu'il était facile de prévoir à priori, que cette pénétration est plus fréquente darîs les cas où il y a cohabitation plus ou moins prolongée avec des phtisiques (1 fois sur 3) que dans ceux où elle n'existe pas (1 fois sur 5).
La présence de bacilles virulents dans les premières voies aériennes a été aussi constatée dans un cas de végétation adénoïde par Lermoyez. Dieulafoy, en inoculant des fragments d'amygdales hypertrophiées à 61 cobayes, les a rendus 8 fois tuberculeux; en procédant de même avec des particules de végétations adénoïdes chez 35 cobayes, il a eu 7 résultats positifs.
Nous allons démontrer maintenant que partout où les conditions d'existence mettent des sujets en contact prolongé ou permanent avec des tuberculeux, ces sujets deviennent fréquemment tuberculeux, qu'il s'agisse de grandes agglomérations (hôpitaux, prisons, casernes), de la réunion d'un petit nombre de personnes ' (atehers, bureaux) ou de la vie commune à deux seulement (conjoints).
Le personnel médical est relativement le moins exposé à la contagion tuberculeuse dans les hôpitaux, où il ne séjourne pas continuellement. Cependant les expériences de Straus, que nous avons rapportées plus haut, montrent qu'on rencontre plus souvent des bacilles tuberculeux dans les fosses nasales des étudiants et
des médecins, que dans celles des sujets qui ne pénètrent pas dans les hôpitaux.
Trousseau, Cliarcot, Peter, Debove ont insisté sur la fréquence de la tuberculose chez les malades qui sont maintenus pendant de longues années dans les hôpitaux par une affection chronique. A. Ollivier a vu la tuberculose se développer chez des enfants indemnes de toute tare héréditaire, mais infectés à la suite d'un long séjour dans les salJes, surtout s'ils étaient immobilisés au lit. Il est de notion courante que la phtisie décime les asiles d'aliénés. On y compte en France annuellement 117,1 décès par tuberculose sur 10 000 malades. Mais suivant les asiles les chiffres varient de 196,7 à 48,3 p. 10 000. L'insalubrité particulière de certains de ces établissements joue un rôle important dans ces écarts si considérables.
Debove insiste aussi sur la fréquence de la tuberculose parmi les infirmiers. Ceux-ci, il est vrai, sont souvent d'anciens malades ayant pris du service à l'hôpital où ils ont été soignés. Mais les infirmiers militaires, dont le recrutement ne se fait pas dans les mêmes conditions, fournissent une proportion beaucoup plus élevée de décès par tuberculose que le reste de l'armée. (Laveran, Kirchner.)
Bergeret (d'Arbois) avait noté que, dans une maison d'éducation dont il était le médecin,' toutes les sœurs préposées aux soins des malades devenaient phtisiques, même les plus robustes et les plus âgées.
Cornet (1889) a réuni des chiffres très instructifs sur la mortalité des ordres religieux catholiques adonnés aux soins des malades, dans le royaume de Prusse. Ce personnel comprenait en 1885, 383 hommes et 5470 femmes. Les chiffres se rapportent à la mortalité pendant les vingt-cinq dernières années. Tandis que pour toute la population, la mortalité par la tuberculose représente le cinquième ou le seplième des décès, pour ces ordres religieux, la phtisie détermine les deux tiers de la mortalité générale. Chez ces religieux, sur six décès, quatre sont dus à la tuberculose, tandis que pour la totahté des habitants de la Prusse, sur six décès, un seul est attribuable à cette maladie. Comme la phtisie frappe surtout les sujets entre vingt et quarante ans, c'est pendant cette période de leur vie que les sœurs de charité sont surtout décimées; au delà de cette période la proportion de la mortalité totale chez ces religieuses ne s'élève pas sensiblement au-dessus de celle qu'on observe dans le reste de la population.
Cependant la fréquence de la contagion hospitahère n'est pas acceptée par tous les auteurs. Wilhams, qui a été longtemps médecin de Brompton Hospital, établissement réservé aux phtisiques, dit que le personnel de l'hôpital ne présente pas une proportion de phtisiques plus élevée que la population de la ville, et il déclare que dans trois ou quatre cas seulement il a pu constater un rapport entre l'apparition de la maladie et le séjour des individus à l'hôpital. Leudet tire des conclusions analogues des statistiques qu'il a étabUes à l'hôpital de Rouen. Haupt (de Soden) fait remarquer que sur 275 diaconesses il n'a constaté que deux cas de tuberculose en douze ans.
Sur ce dernier point Cornet avait déjà fait la remarque que les religieuses protestantes, n'étant pas liées par des vœux, quittent souvent les hôpitaux quand elles tombent malades, de sorte qu'elles échappent ainsi à la statistique. Haupt indique que les infirmières ayant donné leurs soins aux phtisiques de la station de Soden n'ont jamais présenté aucun signe de tuberculose.
Il est certain que la contagion de la phtisie n'est pas fatale, que fort heureusement
beaucoup de sujets présentent une grande résistance à Tinfection et qu'il faut certaines prédispositions anatomiques et physiologiques pour être atteint par la maladie.
Si dans les hôpitaux le contage tuberculeux pénètre ouvertement, apporté i)ar des malades notoirement phtisiques, il n'en est plus de même dans les agglomérations dont nous allons parler maintenant. Dans les couvents, dans les casernes, dans les prisons, le germe de la maladie est répandu par des sujets dont l'état est généralement méconnu et qui disséminent d'autant plus librement autour d'eux le germe de leur affection que l'on ne soupçonne pas le danger qu'ils font courir à ceux qui les entourent. C'est parce que dans ces milieux il y a toujours quelques-uns de ces cas de tuberculose latente, que la phtisie s'y conserve et s'y multiplie.
La fréquence de la tuberculose dans les monastères et les couvents a depuis longtemps été signalée par Ramazzini, Laënnec et Lombard.
Les ravages exercés par la tuberculose dans les casernes sont connus depuis les travaux de Laveran père et Colin, Godelier, Tholozan, dont nous avons déjà cité les statistiques. Villemin a dit qu'il existait des casernes à tuberculose, comme des écuries à morve. En 1868 la mortalité annuelle par tuberculose dans l'armée française dépassait le chiffre de 5 p. 1000. Depuis lors on s'est appliqué à améliorer l'hygiène des casernes et surtout à ne pas accepter ou à ne pas conserver parmi les effectifs les hommes suspects de tuberculose. Si la mortalité par tuberculose est descendue, de 1,4 en 1888, à 0,88 p. 1000 en 1898, nous devons dire que ces mesures n'ont pas eu encore pour résultat de diminuer la morbidité tuberculeuse dans l'armée. C'est qu'il faut faire la part, comme l'a fait remarquer Kelsch, des sujets porteurs de foyers tuberculeux latents, qui se réveillent sous des influences diverses (fatigue, surmenage, etc.). Il ne s'agit pas là de faits de contagion, mais de faits d'importation, la tuberculose étant alors antérieure à l'incorporation. L'époque du service mihtaire, pendant laquelle se déclare la tuberculose chez le soldat, permet dans une certaine mesure de déterminer les cas dus à la contagion. Remlinger a observé 120 soldats hospitalisés pour phtisie pulmonaire. Il considère que la tuberculose était héréditaire chez 50 d'entre eux, acquise au régiment chez les 70 autres. Le tableau suivant indique le chiffre des cas de chacune de ces catégories par rapport à la période du service mihtaire.
Période du service militaire Tuberculose
où la tuberculose acquise Tuberculose
s'est révélée. au régiment. héréditaire.
Dans les 5 premiers mois , d4 ) 31 )
Du 6" au 9" mois 1 ( 20 9 > 46
Du 9" au 12" mois 5 ^ 6 )
Dans la 2" année l k(\
Dans la 3* année 26 S 0
Ainsi la tuberculose importée se révélerait surtout pendant la première année, et principalement dans les premiers mois, tandis que les cas de tuberculose acquise se répartiraient plus également sur toute la durée du service militaire.
La fréquence si marquée de la phtisie dans les prisons est depuis longtemps connue. Yillemin, Quételet, Chassinat, Raly, etc., ont attiré l'attention sur ce fait. Le chiffre de la mortalité par tuberculose atteint généralement ou dépasse celui des décès par toutes les autres causes réunies chez les prisonniers.
Les chiffres donnés par Cornet sont les suivants : la tuberculose déterminerait dans les prisons de Prusse 45,82 p. 100 des décès chez les hommes, et 49,33 p. 100 chez les femmes.
Baer (^1883) fait remarquer que sur 163 décès par tuljerculose chez des prisonniers travaillant le jour dans des ateliers communs et réunis la nuit dans des dortoirs, 38 étaient survenus durant la première année d'incarcération, 46 pendant la seconde, 43 pendant la troisième et 36 pendant la quatrième. Cette répartition des chiffres avec un maximum se rapportant aux deuxième et troisième années de séjour dans la prison, semble indiquer qu'il s'agit surtout de cas de tuberculose par contagion; c'est du moins la conclusion de Baer. Cornet a réuni des chiffres qui prouvent que 50 p. 100 des cas de mort par tuberculose dans les prisons surviennent dans les deux premières années de l'incarcération. Il pense que la plupart de ces cas relèvent d'une infection antérieure à la réclusion et ne peuvent pas être mis sur le compte de la contagion dans la prison, la durée de l'évolution de la tuberculose depuis le moment de l'infection jusqu'à la mort dépassant en général deux ans. Il est vrai que Cornet a lui-même fait remarquer que la phtisie affecte dans les prisons une marche particulièrement rapide.
En tout cas, dans les prisons où est appliqué uniquement le régime cellulaire, on ne peut invoquer la contagion pour exphquer la fréquence de la tuberculose. Celle maladie y serait cependant encore plus répandue que dans les autres prisons, s'il faut en juger par les chiffres suivants fournis par Baer :
Proportion des décès
Prisons cellulaires. par tuberculose.
Bructisal (de 1850 à 1854) 36 p. 100
Nuremberg (de 1868 à 1878) 80 —
Autriche (de 1878 à 1880) 66 —
Moabit ( (de 1857 à 1860) 74 —
(Berlin) ( (de 1869 à 1879) 71 —
Ce qui donne une moyenne de 65 p. 100 décès par tuberculose.
Baer, pour exphquer cette fréquence, admet une ^contamination par les habits imparfaitement désinfectés. Il est plus problable que le régime cellulaire est très favorable au réveil de ces foyers tuberculeux latents, sur lesquels Kelsch a attiré l'attention, et qu'il s'agit le plus souvent de tuberculoses importées.
Cornet fait d'ailleurs remarquer que chez les prisonniers soumis au régime cellulaire la mortalité par tuberculose est surtout fréquente pendant les deux premières années. Voici les chiffres relevés à la prison cellulaire de Moabit de 1865 à 1875 : il y eut pendant cette période 56 décès par tuberculose, dont 20 pendant la première année d'incarcération et 26 pendant la seconde année, soit 82 p. 100 de la totalité des cas.
Les statistiques françaises citées par Brouardel montrent que dans les prisons la mortaUté tuberculeuse est à peine supérieure à celle du reste de la population; elle devient presque trois fois supérieure dans les maisons centrales, les pénitenciers et les colonies agricoles, sans qu'on possède actuellement des indications suffisantes pour expliquer cette différence.
Des groupements moins importants que ceux que nous venons de passer en revue
TUBERCULOSE 265 fournissent encore de nombreux exemples du danger du contact journalier dans le même local avec un tuberculeux.
On connaît l'histoire de ce bureau, dont parle Marfan : 22 employés y travaillaient ensemble chaque jour; 2 d'entre eux devinrent phtisiques en 1878; ils n'abandonnèrent leurs fonctions que plusieurs années après. Aussi de 1884 à 1889, 13 des employés avaient-ils succombé à la tuberculose. Le local fut évacué et remis à neuf, après désinfection. Depuis lors, trois années se passèrent, sans qu'il y eut un cas nouveau.
Dans les familles la cohabitation fréquente avec des parents malades réalise souvent les conditions les plus favorables à la contagion de la tuberculose. Villemin en a rapporté un des exemples les plus démonstratifs, celui de ces trois sœurs qui occupèrent successivement la chambre où venait de succomber à la phtisie leur aînée, et qui contractèrent ainsi la maladie l'une après l'autre.
Ce sont surtout les cas d'infection matrimoniale qui ont frappé les premiers partisans de la contagion de la tuberculose (Bruchet, Bergeret). Hermann Weber (1874) a pubhé une série de documents du plus haut intérêt à propos de la tuberculose conjugale. Il a réuni les observations, poursuivies pendant vingt ans, de 68 personnes tuberculeuses (39 hommes, 29 femmes) ayant épousé des sujets en parfaite santé. Les conjoints de 10 de ces personnes sont devenus phtisiques. Le sujet infectant était 9 fois le mari, 1 fois la femme. Parmi les maris, l'un a contaminé successivement 4 femmes, un second 3 femmes, quatre autres 2 femmes, enfin les 3 derniers 1 seule femme. Des enquêtes générales poursuivies par des sociétés savantes en Angleterre, en Allemagne et en France, en 1883 et 1884, ont fourni les chiffres suivants :
Cas Du mari De la femme
de contagion à la au
matrimoniale. femme. mari.
Angleterre 158 119 69
Allemagne 40 19 21
France 107 64 43
La fréquence de ce mode de contagion ne serait pas très grande suivant certains auteurs.
Mariages où l'un ^ , , , ^.
des conjoints Tuberculose consécutive
était tuberculeux. ^«^«^^^
Delacour (de Rennes) 54 4
Leudet (de Rouen) li 13
(6 avaient des antécédents héréditaires tuberculeux).
Leudet (des Eaux-Ronnes) 112 7
Fraser 26 0
En prenant la moyenne de ces chiffres, les chances de contamination entre époux seraient donc à peu près de 1,1 p. 100.
Tuberculose par ingestion. — La possibilité delà transmission de la tuberculose par ingestion, que l'observation rendait probable, a été confirmée par l'expérimentation. Chauveau, en 1868, publia une série d'expériences sur ce sujet. 11 prenait
des génisses de six à douze mois, âge auquel la tuberculose est exceptionunelle, et les faisait venir de la Savoie où la pommelière est pour ainsi dire inconnue. 11 leur faisait avaler de la matière tuberculeuse (30 gr.) provenant d'une vieille vache phtisique. Au bout de trois semaines ces animaux maigrissaient et semblaient malades. Sacrifiés cinquante-trois jours après Fexpérience; ils présentaient des lésions de tuberculose généralisée avec prédominance très marquée sur le tube digestif. Plus tard (1873) il répéta ces expériences, en faisant ingérer aux génisses des produits tuberculeux humains. Elles furent aussi probantes.
Yillemin, Parrot tuberculisèrent également par ingestion des lapins et des cobayes. Yiseur (d'Arras) réussit de la même façon avec des chats. En Allemagne, Klebs, Gerlach se livrèrent à des recherches analogues contemporaines de celles de Chauveau, mais dont les résultats furent publiés plus tard (1868-1870). Ils démontrent aussi la possibilité de la contagion de la tuberculose par ingestion et Uidentité de la pommelière et de la tuberculose humaine. Bollinger a obtenu des résultats positifs avec la chèvre.
Dobroklonsky introduit directement de la culture de bacilles tuberculeux dans rœsophage de 9 cobayes. Il arrive ainsi à constater déjà des bacilles dans les ganghons mésentériques et dans l'épaisseur des parois intestinales au bout de quatre à six jours et à suivre le développement progressif des lésions.
Dès le début de ces expériences, on s'était aperçu que la tuberculisation ne succédait pas fatalement à l'ingestion de matière tuberculeuse. On pouvait invoquer dans certains cas le défaut de virulence ou la quantité trop faible de celle-ci. Ailleurs, l'espèce animale mise en expérience pouvait être incriminée ; on sait que le chien est spécialement réfractaire à la tuberculose; Semmer (de Dorpat), entre autres, fit ingérer à environ 100 chiens les cadavres de 30 vaches tuberculeuses, aucun de ces chiens ne devint malade. Mais il est des cas où ces explications ne suffisent pas. Wesener, en 1885, attribua à l'action des sucs gastrique et intestinaux le fait que la matière tuberculeuse ingérée ne produit pas toujours d'infection et fit des expériences qui, dans une certaine mesure, sont favorables à cette idée. Les recherches antérieures de Falk sur l'action du suc gastrique et des sécrétions digestives sur la matière tuberculeuse ne démontraient cependant pas une action bien nette. Straus et Wurtz arrivèrent à cette conclusion que l'atténuation des bacilles tuberculeux provoquée par l'action du suc gastrique est lente à se produire, car on peut encore constater leur virulence dix-huit heures après le début du contact.
Les faits d'observation montrent aussi que l'ingestion de matière tuberculeuse humaine peut rendre des hommes tuberculeux. Des exemples d'auto-inoculation sont donnés par les sujets tuberculeux qui n'expectorent pas leurs crachats, mais les avalent, par exemple les aliénés (Mosler) ou les enfants. Dans l'un et l'autre cas on constate la prédominance des lésions tuberculeuses intestinales. La contagion peut être indirecte, comme dans le cas d'Herteride, où une mère tuberculeuse qui avait l'habitude de porter la cuiller à sa bouche et même de mâcher les ahments en donnant à manger à ses enfants, les rendit ainsi tuberculeux tous les deux.
Epstein constata que sur 11 enfants morts de tuberculose intestinale, 9 étaient nourris par leurs mères, qui étaient })htisiques, et 2 par des nourrices dont l'une était sûrement tuberculeuse.
En revanche, chez les adultes, la contagion de la tuberculose par ingestion estcer-
tainement rare, car sur 1000 autopsies de tuberculeux pratiquées à Tlnstitut pathologique de Munich, on n'a relevé qu'un seul cas de tuberculose intestinale primitive.
En somme, les cas de transmission par ingestion de la tuberculose d'homme à homme sont exceptionnels. La contagion se fait le plus souvent d'un animal tuberculeux à l'homme. Dans la grande majorité des cas cet animal est un bovidé atteint de pommehère, dont le lait ou la viande sont aptes à transmettre le contage de la tuberculose. Le nom de pommelière a été donné à la tuberculose bovine à cause des tumeurs volumineuses arrondies qui siègent dans les poumons, les ganghons ou sur les séreuses (plèvre, péritoine). Souvent les organes génitaux sont pris chez la vache et alors l'animal ne conçoit plus ou avorte rapidement. La nature tul)erculeuse de cette affection a été méconnue ou niée jusqu'au moment où furent connues les expériences de Villemin, qui montra par l'inoculation son identité avec la tuberculose humaine. Nous avons vu que Chauveau arriva à la même conclusion en procédant par ingestion. Les recherches de Klebs, de Baumgarten, de Crookshank sont confirmatives des précédentes. Schuppel (1872) établit l'identité au point de vue histologique du tubercule humain et de celui de la pommelière. Enfin en 1882, Koch prouva que dans les deux maladies, le bacille est le même. Johne (1889) a pubhé un cas d'inoculation accidentelle de la pommelière à l'homme, suivie de tubercule anatomique, puis de tuberculose généralisée.
La pommelière est une maladie extrêmement fréquente de l'espèce bovine. Les signes chniques ne permettent de la reconnaître qu'à une période avancée. L'examen bactériologique du mucus pharyngé ou du j étage donne des résultats bien inconstants. Seul l'emploi de la tuberculine de Koch (voir p. 106) révèle cette affection dès son début, alors qu'elle est encore tout à fait locahsée.
La fréquence de la tuberculose chez les bovidés est très variable suivant l'âge, le sexe et la provenance des animaux. Les statistiques montrent que pour un veau tuberculeux, on rencontre 14 taureaux, 38 bœufs et 109 vaches atteints de la maladie. C'est assez dire combien la tuberculose est rare chez les jeunes sujets, combien elle est fréquente au contraire chez ceux qui sont plus âgés.
Yoici d'ailleurs un tableau indiquant la proportion des bovidés reconnus tuberculeux à l'abattoir, suivant leur âge et leur sexe :
Veaux : sur 374,996 37 tuberculeux soit 0,01 p. 100
Bovillons : sur 36,813 447 — — 1,2 —
Taureaux : sur 72,063 1,860 — — 2,6 —
Bœufs : sur 129,507.. 4,614 — — 3,6 —
Vaclies : sur 178,749 ■ 12,314 — — 6,9 —
Sur deux lots de bêtes tuberculeuses abattues, voici quelle était la proportion suivant l'âge :
Age. 1" lot. 2« lot.
Moins de 6 semaines. .. : 0,4 du total 0,4
De 6 semaines à 1 an 0,6 — 0.3
De 1 à 3 ans 11,4 — 9,6
De 3 à 6 ans 33,0 — 33,5
Après 6 ans 43,4 — 42^8
Age indéterminé 11,2 — 13,4
Oti voit en somme que les vaches, puis les bœufs, sont les animaux les plus sujets à la pommelière et que les animaux de moins d'un an sont rarement atteints.
La répartition de la tuberculose bovine suivant les pays et les localités est très variable. Voici quelques chiffres indiquant cette proportion suivant les contrées :
En France : 15 à 20 p. 100 dans l'est, 25 p. 100 en Beauce, 50 p. 100 dans les Pyrénées.
En Prusse : 8, 9 p. 100. Dans le Meklembourg 35 p. 100. Dans la Saxe : 75 p. 100. En Angleterre : de 3 à 17 p. 100 et même 50 p. 100 pour certaines races. En Hollande : 20 p. 100.
En Danemark : dans quelque locaHtés, de 50 à 90 p. 100. En Italie : 10 p. 100.
La tuberculose bovine se transmet par contagion. L'encombrement, la maljiropreté des élables, la stabulation permanente des animaux en favorisent la dissémination. La transmission se fait par l'intermédiaire du jetage qui souille les râteliers, les parois et le sol même del'étable; elle est en général rapide.
Les animaux atteints de pommelière restent souvent gras et gardent assez longtemps les apparences de la santé. Les vaches tuberculeuses sont souvent bonnes laitières, de sorte qu'il y a là une double source de contagion à redouter pour l'homme : le lait d'une part, la viande de boucherie de l'autre.
Le porc, lui aussi, est fréquemment atteint de tuberculose. Chez cet animal le tissu musculaire est d'autant plus virulent que la maladie est très fréquemment généralisée. Or on sait que celte viande entre pour une part très importante dans l'alimentation populaire et qu'elle est le plus souvent mangée crue ou mal cuite.
Gerlach (1870) fut le premier à expérimenter avec du lait provenant de vaches phtisiques. Il en fit ingérer à différents animaux qui devinrent tuberculeux. Klebs. Bollinger réussirent de même. Hersten (de Bruxelles) avait auparavant attiré Taltention sur la fréquence de la tuberculose des mamelles chez la vache et sur les dangers que pouvait causer l'usage du lait de ces animaux. Bang (de Copenhague), en 1884, 1888, 1891, publia les résultats de ses travaux sur la question. Il a montre que la mammite tuberculeuse des vaches, sans être commune, n'est cependant pas très rare; elle peut être primitive en apparence ou survenir chez des animaux manifestement tuberculeux. Il est certain que le danger d"infection du lait est beaucou|i plus grand quand la mamelle est atteinte, car Bang a montré que le lait de vache ayant une tuberculose très avancée, mais pas de lésion de la mamelle, est raremenl virulent (2 fois sur 21 seulement). Hirschberger rechercha la virulence du lait, par inoculation au cobaye, chez 20 vaches tuberculeuses. Voici les résultats obtenus :
5 cas avec tuberculose générahsée donnèrent 4 inoculations positives.
6 cas avec tuberculose modérément accusée donnèrent 4 inoculations positives. 9 cas avec tuberculose localisée donnèrent 3 inoculations positives.
La possibilité de l'infection du lait chez des vaches tuberculeuses sans mammite. par l'écoulement des déjections le long du pis, a été signalée par Gaffky ; celles-ci, en effet, contiennent fréquemment des bacilles de Koch.
D'une façon générale on peut dire que le lait est à peu près inoffensif s'il n'y a pas lésion de la mamelle, mais que souvent la mammite ne se révèle par aucun signe clinique et môme peut n'être appréciable qu'au microscope. Il est vrai que
dans ce dernier cas les bacilles seraient trop peu abondants dans le lait pour constituer un réel danger pour le consommateur (Nocard).
Cependant les recherches récentes de Lydia Rabinowitsch et de Walter Kempner ^ semblent indiquer que le lait peut contenir des bacilles, sans que la vache ail aucune lésion à la mamelle, et alors môme qu>dle ne présente aucun symptôme pathologique, alors qu'elle n'esl reconnue tuberculeuse qu'à l'aide de la tuberculine.
Le rôle du lait, provenant d'une vache phtisique, dans l'infection tuberculeuse de l'homme a été démontré non seulement par l'expérimentation, mais encore par des exemples probants. Les plus nombreux ont été fournis par Bang, qui a provoqué une enquête à ce sujet dans diverses localités du Danemark et a relevé des cas de contamination par le lait, chez des enfants, el même chez des adultes. Le lait des chèvres peut présenter les mêmes dangers, bien que ces animaux soient beaucoup plus rarement tuberculeux que les vaches.
Si le lait ingéré peut, dans certains cas, transmettre la tuberculose, il est rationnel d'admettre que les aliments qui en dérivent (le fromage, la crème, le beurre) peuvent également contenir des bacilles et devenir dangereux. De plus le petit-lait provenant de la fabrication du fromage est utiUsé dans bon nombre d'exploitations agricoles à l'engraissement des oiseaux de basse-cour et des porcs; ces animaux pourraient ainsi contracter la tuberculose, et leur consommation ne serait pas sans danger pour l'homme. Les expériences de Galtier ont bien montré que le fromage, le petit-lait, obtenus avec du lait auquel on avait ajouté une certaine quantité de culture de bacilles tuberculeux, devenaient virulents et pouvaient pendant longtemps donner la tuberculose à des cobayes qui en avaient reçu une certaine quantité dans le péritoine (le petit-lait après 16 jours, le fromage après 11 mois). Celles de Heim ont porté sur du beurre fabriqué dans les mêmes conditions; ce beurre était encore virulent après 40 jours. Mais, comme le fait remarquer Straus, les expérimentateurs ne se sont pas placés dans les conditions de la réaUté : le lait virulent des vaches tuberculeuses contient beaucoup moins de bacilles que celui dans lequel on délaie de la culture de tuberculose. De plus, les animaux en expérience ont toujours été inoculés par la voie péritonéale ou sanguine, mode d'infection auquel ils sont beaucoup plus sensibles qu'à l'ingestion simple.
Dans la suite, en expérimentant avec du beurre pris dans le commerce, Lydia Rabinowitsch n'y constata jamais de bacilles de Koch, mais un microbe très analogue, ayant les mêmes propriétés de coloration el produisant des lésions locales rappelant les tubercules. Pelri a trouvé ces mêmes bacilles pseudo-tuberculeux dans le beurre, mais il trouvait aussi le bacille de la tuberculose vraie dans 32 p. 100 des échantillons. Hermann, Morgenroth, Obermûller, ont fréquemment donné la tuberculose à des cobayes en les inoculant avec du beurre de provenances diverses.
Voyons maintenant le rôle que la viande de boucherie joue dans la transmission de la tuberculose. Ici nous nous trouvons en présence de deux opinions très tranchées.
Une première opinion, qui a surtout Arloing pour défenseur, soutient que la consommation d'une viande d'animal tuberculeux est dangereuse, même s'il est très peu atteint. Déjà, en 1880, Toussaint prétendait que le suc musculaire et toutes les