CHAPITRE PREMIER
Le cachet cle ce livre, ce qui, même, J ai donne sa raison d’être après le traité de M. Napias, est sa spécialité ; c'està-dire que son unique but est de présenter, sous une forme condensée, une monographie hygiénologique de chaque industrie. 11 doit être, en un mot, à son aîné ce que la Pathologie spèciale est à la Pathologie générale. Toutefois, ces études particulières ont besoin d’un préambule général, parce que beaucoup d’usines ont, dans leur mécanisme, leurs dangers et leur réglementation, des traits communs dont la description ne saurait être reproduite plusieurs fois sans perte de temps et sans monotonie. Mais il importe que ces généralités soient présentées avec une excessive sobriété, parce que ce livre doit être la continuation de celui de M. Napias et non en être un inutile écho.
Dans cette étude générale, nous diviserons les dangers et les inconvénients en trois classes :
1° Ceux qui intéressent exclusivement la salubrité publique ;
PonscAnÊ. — Hyg. industr. I
2° Ceux qui compromettent à la fois la salubrité publique et l’hygiène des ouvriers;
3° Ceux qui compromettent seulement l’hygiène des ouvriers .
Dangers n’intéressant que la salubrité publique.
— L’industrie ne menace la salubrité publique, d’une manière exclusive, que par deux conditions à peu près générales, la fumée et les résidus.
Inconvénients de la fumée et mesures à prendre contre elle. — Il semble au premier abord que la fumée industrielle soit pour l’atmosphère générale ce que la goutte d’eau peut être pour l’océan. Mais on reconnaît qu’il n’y a pas là une quantité tout à fait négligeable, si l’on songe que l’industrie prend partout un développement de plus en plus considérable, que les usines tendent à se grouper dans certains points où elles trouvent à la fois des moyens de transport, des débouchés plus faciles et des ressources de recrutement pour le personnel ouvrier; que, quand le temps est couvert, la fumée, au lieu de s’élever pour se disperser au loin, stagne dans les couches inférieures, que le vent peut la rabattre et la concentrer vers un point très circonscrit.
Dans les villes industrielles, la fumée des cheminées devient une véritable calamité publique. La radiation solaire se trouve amoindrie, au point que les photographes sont obligés d’aller s’établir dans la banlieue. L action chimique bienfaisante que la lumière solaire exerce sur la nutrition devient donc insuffisante. C'est là une condition fâcheuse qui concourt pour une certaine part, avec tant d’autres causes, à l’étiolement des populations. L air peut être partout chargé de particules de charbon qui irritent les voies pulmonaires et la conjonctive; qui, se déposant d’une manière souvent apparente sur les personnes et les' objets, compromettent ainsi la propreté des vêtements, des logements et des matières alimentaires. L'irritation mécanique par les particules de charbon est compliquée d'une irritation chimique par les huiles légères et cmpyreuma-
tiques de la houille , avec production d’odeurs souvent désagréables. Il y a encore à tenir un certain compte de l’influénce fâcheuse de l’oxyde de carbone et de 1 acide carbonique. Enfin beaucoup de fabricants, afin d’assainir leurs ateliers, prennent diverses dispositions pour conduire dans la cheminée les émanations nuisibles de leur industrie.
11 y a donc en réalité une somme d’inconvénients devant lesquels l’hygiène n’a pas le droit de rester inactive. La réglementation officielle impose seulement une élévation déterminée à donner à la cheminée. Ceux qui ont pour mission de sauvegarder la salubrité publique doivent se montrer aujourd’hui plus exigeants et insister pour que les industriels adoptent pour leurs foyers les dispositions dites de fumivorité. On y arrive, du reste, assez facilement parce que les inventeurs de ces dispositions ont eu pour but de brûler les parcelles de charbon intact que la fumée entraîne avec elle et de réaliser ainsi une économie de combustible. Eu réalité J 'économie annuelle se chiffre par des sommes presque négligeables, et il n’y a là au fond qu’un intérêt de salubrité publique, ayant la bonne fortune d’être patronné par des promesses d’avantages commerciaux.
Les systèmes de fumivorité proposés sont nombreux, mais tous reposent sur le même principe, qui est de chercher à brûler tout jusqu’au dernier terme de combustion, par l’abondance de l’air, le mélange intime du comburant et du combustible et en éloignant du foyer toutes les causes de refroidissement.
Il importe que l’hygiéniste connaisse les principaux d’entre eux afin qu’il puisse appuyer ses conseils par des indications précises. Dans la pratique il y a lieu de tenir compte des circonstances et de n’indiquer qu’aux usines en voie d’installation les systèmes qui nécessitent des constructions spéciales et de se contenter pour les usines préexistantes des procédés pouvant s’adapter aux anciens foyers.
Parmi les méthodesnécessitantdesconstructions spéciales et applicables aux usines en voie de création, la disposition
4 thaï té d'hÿgiène industrielle.
lu plus simple et le plus facilement acceptée est celle des grilles à gradins. La grille du foyer, au lieu d’être simplement horizontale ou concave, est formée de barreaux larges el disposés en gradins, suivant un plan incliné qui est calculé de telle façon que le combustible descend de lui-même et méthodiquement, au fur et à mesure que les premières portions sont réduites en cendres. Le chauffeur y gagne de n’avoir qu’à charger de temps en
temps une trémie qui livre le charbon peu à peu au foyer el à retirer d’autre part les cendres. Il n’a plus à remuer le combustible incandescent avec un ringard, en s’exposant aux inconvénients d’un foyer ardent et ouvert. Comme but principal, l’air arrive largement entre les divers étages sur un combustible qui n’est plus tassé en grande masse, mais fretionné, presque 'en. couche mince et uniforme. La surface de contact entre le combustible et le comburant est plus grande. De plus le charbon incandescent des étages inférieurs échauffe par voisinage le charbon encore noir des
étages supérieurs et de la trémie, d’où moins de chance de refroidissement et de ralentissement de la combustion.
Le résultat est beaucoup plus parfait avec le système des jrilles mobiles. Mais elles sont beaucoup plus coûteuses et ne sauraient être acceptées par tous les industriels. Parmi les types se rattachant à ce système, le plus parfait est celui de Juckes. La grille est formée de pièces articulées et est disposée comme une chaîne sans fin qu’un mécanisme fait avancer d’une manière mathématique. Elle fait marcher
Fig. 2. — Foyer à grille mobile.
B, trémie où le combustible est introduit. — D, registre qui règle l'arrivée du combustible. — Z, levier articulé en p. servant à manœuvrer le registre — O, point où la grille sans fin reçoit le mouvement. — G, grille sans fin. — I, bâti permettant de retirer la grille pour la réparer, grâce aux rails HH.
ainsi elle-même le combustible qu’il suffit de déposer à l’extérieur, elle le force à s’étaler en couche mince et uniforme. Il n’y a jamais d'incandescent que la portion de charbon qui est au niveau du foyer proprement dit. La portion qui est en avant ne fait que s’échauffer et se préparer à ne pas amener de refroidissement. L’air arrive largement par les mailles de la grille. La fumivorité est complète. Il ne se produit qu’un peu de fumée au moment de rallumage ou lorsqu’on ouvre le registre, cette ouverture causant un refroidissement relatif.
Poincaré. — Hyg. industr.
TRAITÉ D’IIYGIÈNE INDUSTRIELLE.
Le résultat hygiénique me paraît être de beaucoup supérieur avec ce qu’on appelle les foyers à flamme renversée, parce qu’ils contribuent à diminuer les agents les plus dangereux de la fumée, l’oxyde de carbone et les produits empyreumatiques. Dans ces foyers, le courant d’air est renversé, c’est-à-dire que l’air, au lieu d’arriver par en bas et en dessous de la grille, arrive au-dessus, et la fumée, au lieu de sortir par en haut, ne trouve d’issue que par en bas. Dans ces conditions, il n’y a d’incandescent que la couche inférieure du charbon, c’est-à-dire celle qui repose directement sur la grille. Les couches supérieures sont simplement assez chauffées par voisinage pour être distillées et fournir des gaz et des produits goudronnés, mais ceux-ci se trouvent oxydés en traversant la couche incandescente et avant de venir faire partie de la fumée. Dans les foyers ordinaires, au contraire, les nouvelles couches de charbon que l’on ajoute sont d’abord simplement distillées et les produits non complètement comburés qu’elles dégagent ne traversent plus un milieu incandescent, ils s’en vont immédiatement dans la cheminée avec la fumée.
Il est encore une autre méthode, dite par injection d’air , qui a rencontré une certaine faveur dans la haute industrie et qui a pour but de continuer la combustion de la fumée dans la cheminée d’évacuation elle-même. Elle consiste à faire déboucher dans celle-ci des prises d’air qui viennent raviver l’inflammation au moment où elle se serait éteinte. Mais il importe beaucoup de faire arriver de l’air chaud, car ce qui éteint la flamme, c’est encore plutôt le refroidissement que le manque d’air, vu que la fumée où la combustion s’est arrêtée contient encore 10 0/0 d’oxygène.
La figure 3 représente un des types les plus simples se rattachant à cette méthode.
Lorsqu’on veut conserver d’anciens foyers et chercher seulement à en améliorer les conditions hygiéniques, on peut y adapter l'appareil dit de Stanley, qui a le double avantage d’éviter au chauffeur l’introduction du combustible dans un foyer ouvert et qui assure la combustion, non
seulement en supprimant celte dernière cause de refroidissement, mais encore et surtout en ne livrant au foyer qu un charbon 1res divisé. Il suffit d’annexer extérieurement, à n’importe quel foyer primitif, une trémie en entonnoir, munie de deux rouleaux écraseurs, et au-dessous une roue à palettes qui reçoit le charbon divisé et le projette dans le foyer, grâce au mouvement de rotation dont elle est animée.
On peut aussi, quelles que soient les conditions présentées par les foyers, traiter la fumée par condensation, avant de
Fig. 3. — Foyer à injection d’air.
F, ouverture par laquelle l’air débouche en deçà du foyer. — G, registre permettant de ' doser l’air introduit. — K, tige actionnant ce registre. — P, foyer.
l’abandonner à l’atmosphère, en la forçant à traverser préalablement un bain d’eau. Celui-ci retient bien en effet la plus grande partie des particules de charbon et les huiles empyreumatiques, mais l’oxyde de carbone et la presque totalité de l’acide carbonique continuent leur route. Cette mesure peutrendre quelques services, et encore contestables , dans un grand centre d’industrie charbonnnière comme Newcastle, mais elle a l’inconvénient de laisser subsister les éléments les plus dangereux de la fumée et de les rendre plus insidieux, en enlevant au dégagement les matières colorantes qui seules peuvent le rendre apparent.
Mesures et inconvénients relatifs aux résidus industriels, — Il n’est pas une seule industrie qui, à côté du produit cherché, ne donne naissance à des matières sans valeur, et souvent nuisibles, qui sont comme les fragments de pierre que le sculpteur est obligé de détacher et de rejeter pour faire saillir son œuvre. Le fabricant a un intérêt majeur à rejeter hors de chez lui ces détritus, de même que les propriétaires et les villes cherchent à se débarrasser des déjections humaines.
Fig. 4. — Appareil de Stanley.
La question des détritus met fortement en jeu l’antagonisme qui existe forcément entre l’intérêt privé et l’intérêt public. Si le fabricant les conserve sur sa propriété, il s’encombre et nuit à l’hygiène intérieure de son établissement; s’il les écoule au dehors, s’il a recours au tout à l'égout de l'industrie, il compromet la salubrité publique. Du reste, même en s’encombrant, l’industrie ne sauvegarde pas toujours l’intérêt général. La pluie en lavant les détritus accumulés sur sa propriété transporte bientôt le danger
hors de l’enceinte privée. Il y a donc là un problème d’hygiène très difficile à résoudre. Bien des solutions ont été proposées et appliquées, mais toutes ont un coté défectueux. Dans l’état actuel de l’hygiène industrielle, il n’est même pas possible de formuler une solution générale ou commune. Celle qui est la plus favorable pour telle industi îe peut être inférieure à une autre quand il s’agit d un autre genre de production industrielle. Dans certains cas une combinaison de plusieurs procédés peut être avantageuse. A titre de généralités, nous allons donc nous contenter d’apprécier en eux-mêmes les divers moyens appliqués ou proposés jusqu’à présent, en considérant à part les traitements des résidus solides et ceux des résidus liquides.
Traitements des résidus solides. — L1 amoncellement ou mise en dépôts est souvent mis en pratique dans les cours des usines, tout au moins d’une manière provisoire. La plupart du temps ces dépôts, quoique provisoires, ne sont pas sans inconvénients, car ils y sont constamment lixiviés par les pluies. Les parties solubles, si elles sont toxiques, peuvent aller, par l’intermédiaire de la nappe souterraine, contaminer les puits, souvent à une grande distance. Quant à la majorité des eaux de lixiviation, elles s’écoulent par des ruisseaux, rarement couverts, dans les cours d’eau du bassin de la région, où elles deviennent un des agents d’adultération des rivières, au même titre que les résidus liquides; aussi convient-il de les abriter sous des hangars.
Beaucoup d’industries qui produisent des quantités considérables de résidus solides sont obligées de recourir à des dépôts permanents en rase campagne . Pour les détritus insolubles et innocents, comme les scories des fonderies de fer, ces terrassements en plein champ sont regardés comme étant tout à fait sans inconvénient. Je forai observer toutefois qu’ils ont, comme les remblais des voies ferrées, l’inconvénient de former sur leurs flancs do véritables marais. Il serait facile d’éviter les barrages en ména-
géant des voies <1 écoulement à travers la base du monceau.
Quel que soit l’éloignement des habitations, les dépôts lixiviables peuvent en outre, par les péripéLies si variées des nappes souterraines, avoir des influences restées le plus souvent méconnues. Il est vrai qu’il en est de môme avec beaucoup de couches géologiques naturelles; mais c’est toujours une aggravation volontaire de ce qui existe dans la nature.
JJ enfouissewmiit sous un sol qu’on livre ensuite à l’agriculture laisse pour les détritus non organiques, les choses exactement dans les mêmes conditions. Le revêtement des terrassements ci /’ aide d’un couche imperméable constitue déjà un moyen d’atténuation, mais encore insuffisant. La meilleure solution est encore Y utilisation des détritus. On les use ainsi pour la salubrité publique tout en en tirant profit. Pour ceux dont l’utilisation n’est pas encore trouvée,
11 faut chercher à les rendre plus innocents par une modification de leur composition chimique, ce qu’on désigne par le mot général de neutralisation ou de dénaturation. Les procédés d’utilisation et de neutralisation varient évidemment avec la nature des détritus et seront indiqués dans l’histoire particulière des industries.
Traitement des résidus liquides. — On a toujours trouvé tout naturel de mettre à profit le voisinage d’une rivière, ainsi que la déclivité du terrain, pour s’en débarrasser par simple écoulement; ou bien, lorsque la pente et le cours d’eau font défaut, de délivrer la surface du sol d’un inconvénient trop patent, en forçant la matière à se perdre dans les profondeurs delà terre. Mais si ces errements se recommandent par leur simplicité, ils ne laissent pas que d’être très défectueux.
La forme la plus primitive du second moyen prend le nom plus spécial de puits perdu et consiste dans une fosse non murée et plus ou moins profonde. C’est à condamner d’une manière absolue et sans la moindre hésitation, puisque les résidus liquides se répandent par imbibition dans toutes les directions à la fois et même dans les couches
superficielles, c’est-à-dire dans celles qui louchent le plus à l’homme et à ses ressources alimentaires. Les fosses maçonnées, auxquelles on réserve plus particulièrement le nom de puisards , ne font que reculer la difficulté, si elles n’ont pas d’ouverture d’échappement sur leur fond. Leur étanchéité elle-même fait qu’elles sont bientôt remplies. Il faut les vider, et contaminer d’une manière plus aiguë le
point qu’on a choisi pour s’en débarrasser d’une manière définitive. Industriellement on n’y a gagné qu’un délai pour le transport au loin. On a espéré tout sauvegarder en construisant des fosses étanches, mais prolongées par un simple tuyau étanche aussi, jusqu’au-dessous de la couche imperméable. Les parties solides s’accumulent seules dans la fosse proprement dite ; et comme elles s’égouttent continuellement par la conduite inférieure, la plénitude est Ion-
g"uc a s établir. Quand elle est produite, on vidange et le résidu solide est mis en dépôt en plein champ. Quant aux liquides, ils sont de suite conduits au-dessous de la couche imperméable sans avoir pu contaminer la nappe souterraine et, par conséquent, les puits du voisinage. Ces résultats sont incontestables; mais que d’éventualités ne laissent-ils pas subsister, sans qu’on puisse les prévoir! 11 n’est point de couche imperméable qui se prolonge indéfiniment. Il n en est point qui ne présente de nombreuses lacunes, par lesquelles le liquide vient retrouver une nappe souterraine. On ne fait que se débarrasser d’un ennemi en le rejetant sur les contrées voisines.
Le déversement dans les rivières est certainement ce qu’il y a de plus économique et de plus expéditif. La rivière est en outre regardée comme un conduit d’évacuation naturel qui rend tout innocent en diluant de plus en plus ce qu’elle reçoit et en le transportant rapidement dans l’immensité de la mer. On ne se préoccupe que d’une chose, et encore exceptionnellement, c’est d’empêcher le résidu de nuire pendant qu’il se rend de l’usine au cours d’eau, et on croit avoir tout fait en couvrant et en maçonnant le canal conducteur.
Aujourd’hui on commence à s’apercevoir que le procédé crée des inconvénients nombreux et sérieux. La dilution immédiate ne se réalise point parce que le courant de la rivière refoule les résidus vers le canal d’amenée et sur les parties voisines des rives. On peut pailler l'inconvénient en conduisant les produits de déversement jusque dans le milieu du courant; mais, outre que c’est coûteux, la diffusion reste encore lente h se produire. Le voisinage de la mer ne constitue même pas une circonstance atténuante, car le rcllux est encore bien plus puissant. Si les produits chimiques déversés sont nuisibles par eux-mêmes, c’est non seulement le dépeuplement de la rivière qu’on prépare, mais encore l’hygiène alimentaire de populations entières que l’on compromet, car aujourd'hui que beaucoup de villes captent l’eau des rivières, ce n’est plus seulement la
la
GÉtfÉEULtfÉS suit L'HYGIÊNIi l.NDÜSTHIËLLÈ.
contamination accidentelle de quelques puits, par la fusion de la nappe souterraine avec l'eau de la rivière, que 1 on a à redouter.
Même dans le cas de sels inollensils, I inconvénient peut être encore considérable, car il suffit que le degré hydrotimétrique d’une eau soit changé pour qu elle cesse d être potable et d’être un milieu convenable pour le poisson. Il est à remarquer que la mort des poissons ne constitue pas seulement une perte d’argent, de ressources et de convenances ; mais que par la putréfaction de leurs cadavres elle crée des foyers d’infection. D’autre part la richesse plus grande en sels que reçoit l’eau peut provoquer des incrustations et des obstructions dans les tuyaux de distribution des villes.
L’arrivée de certains résidus engendre souvent des réactions donnant lieu à des dégagements odorants et pénibles, notamment d’acide suif hydrique. Quand ils comprennent des détritus organiques, c’est l’infection paludéenne et l’infection putride qu’on alimente ou qu'on prépare. Ces détritus concourent aussi au développement de l’acide sulfhydrique, en réduisant les sulfates. Enfin, par leur acidité ou leur causticité, ils peuvent nuire à la végétation des rives et même altérer les impériaux de construction.
A Lille, par le fait de la pollution des cours d’eaux par les résidus industriels, les eaux potables ont été infectées par un champignon du genre créuothrix.
Le déversement dans les rivières a donc de nombreux et graves inconvénients. Il est urgent d’y parer. Il existe bien une décision ministérielle du 2i juillet 1875 destinée a empêcher là contamination des cours d’eau, mais elle est restée à peu près platonique, en raison même de la tolérance que 1 Etat se voit obligé d’accorder aux municipalités. 11 se trouve d autant plus lié que le versement des immondices dans les rivières est beaucoup plus dangereux que celui des eaux industrielles. Il esl bien difficile, en effet, d empocher une ville de si; débarrasser de ce qui l’iufecle par le moyen qui a paru jusqu’ici le moins mauvais. Lom-
ment ensuite empêcher un industriel de déverser ses détritus dans un cours d'eau très rapproché, quand, en ville, on lui permet l’accès dans les égouts qui vont aux rivières. De temps en temps, cependant, on voit apparaître des plaintes formulées par des pécheurs qui veulent se venger sur l’industricdeleurs insuccès. Une enquête particulière estfaiteet, quelles ([lie soient les conclusions, bientôt tout recommence comme auparavant. 11 y a là une difficulté pratique telle qu’en Angleterre, où ou a cherché depuis quelques années à appliquer la loi avec rigueur et où ou a créé des inspecteurs spéciaux, la contamination de la Tamise est à peine amoindrie*
On a indiqué et suivi un grand nombre de procédés d’atténuation :
La décantation , qui consiste à faire préalablement séjourner les résidus dans des bassins de dépôt, de façon qu’ils ne se déversent dans la rivière qu’après s’être débarrassés de la plus grande partie des matières tenues en suspension et précipitables. Il est facile de proportionner le débit de sortie au débit d’entrée pour obtenir un séjour déterminé. Le moyen est très rationnel, mais insuffisant ; car l’eau mère reste encore riche en matières étrangères. De plus la pluie, en lixivianl Je dépôt, peut ultérieurement en conduire une portion à la rivière et aux puits voisins, par voie souterraine.
La filtration peut aussi rendre quelques services relatifs , en forçant les résidus à traverser plusieurs couches filtrantes, avant de se déverser dans la rivière.
On lui évite ainsi des fragments minéraux ou organiques ; on la rend moins bourbeuse et même moins marécageuse. On la respecte davantage en elle-même ; mais parfois on accumule des matières encombrantes qui peuvent être dangereuses et dont l’incinération peut devenir nécessaire, quoique coûteuse. Il y aurait certainement lieu de l’imposer plus souvent qu’on ne le fait. On pourrait du reste faciliter la chose et la rendre moins onéreuse, en associant la crémation industrielle , non pas à la crémation humaine, ce qui
GÉNÉRALITÉS SUR L’HYGIENE INDUSTRIELLE. la
blesserait bien des susceptibilités, mais à la crémation des débris et des cadavres d’animaux, laquelle a en outre l’avantage de pouvoir être adoptée facilement et sans retard.
Un procédé de beaucoup supérieur à tous les précédents est Y évaporation en chaudières suivie de l’incinération du résidu solide. Ici la rivière n’est plus mise en cause sous aucun rapport. Il n’y a plus ni liquides ni dépôts rendus solides; tout est amené au dernier terme de réduction. La salubrité publique n’est plus que faiblement touchée par les vapeurs et les gaz de la concentration et de l’incinération. Malheureusement ce traitement entraîne des frais considérables, ce qui fait qu’en France on hésite à l’imposer. En Angleterre, au contraire, il est généralement appliqué pour tous les résidus dont les dangers ne peuvent pas être conjurés autrement.
U irrigation peut rendre des services considérables pour les liquides fortement chargés de matières organiques. En les faisant se répandre méthodiquement dans les champs par un bon système de petits fossés de distribution, on active singulièrement l’oxydation et la nitrification des matières azotées, et on hâte par conséquent Je moment où elles seront devenues inoffensives.
Le sol est en effet une éponge qui multiplie à l’infini les surfaces de contact de l’air et de ces matières. La filtration de l’eau dans ses vacuoles aspire même l’air, en y produisant des alternatives de vide et de plénitude, en même temps qu elle y entretient l’humidité nécessaire à tout travail de fermentation. Enfin certaines expériences tendent à prouver que l’humus agit lui-même à la manière d’un ferment, c’est-à-dire qu il provoque la fermentation des matières étrangères par un véritable entraînement. Ajoutons qu’on donne, en même temps, une certaine satisfaction al intérêt agricole, puisque c’est par leur nitrification que les engrais alimentent les végétaux.
La neutralisation des liquides acides par des buses, et des liquides alcalins par des acides. La première est surtout mise en pratique et on la réalise tantôt par 1 addition d’un
■16 ÎKÀlTli lJ'llÿGlÈNli i.mjüstiùülLu:.
lait do chaux, tantôt en faisant lillrer la liqueur acide à travers un monceau de pierres calcaires, tantôt on plongeant des rognures do zinc, de fer ou de cuivre. On rencontre beaucoup moins souvent l’occasion de neutraliser des détritus alcalins, et cette neutralisation donne ordinairement lieu à des échanges commerciaux entre des industries différentes, c’est-à-dire que les résidus alcalins de l’une servent à neutraliser les résidus acides d’une autre.
La dénaturation, dont la neutralisation n’est, pour ainsi dire, qu’un cas particulier, a pour but de transformer chimiquement un composé nuisible en un autre composé plus innocent. Le principe général n'a encore trouvé que de rares applications.
L 'utilisation, qui suppose souvent la dénaturation préalable et qui a pour but de rendre les détritus propres à un usage quelconque. C’est un mode d’écoulement qui a le triple avantage d’éviter J encombrement, de sauvegarder la salubrité publique et de rendre des services aux besoins de la vie sociale.
L’idéal de l’hygiène industrielle se trouve certainement dans ce dernier procédé, et c'est dans ce sens qu’il convient de diriger les efforts des savants et des industriels, d'autant plus que le profil commercial qui en est la conséquence, en stimulant les intéressés, serait une garantie pour l’observation de l’hygiène. Tant que les industries n’auront pas trouvé de solution de ce genre, il faut insister pour l’adoption de la concentration avec incinération. Le produit industriel fera défaut. 11 y aura même perte notable, mais l'hygiène sera encore satisfaite.
Dangers intéressant à la fois la salubrité publique et l’hygiène des ouvriers. — Ce sont les dangers d’incendie, les dangers d’explosion, les dégagements de vapeurs et de gaz, la production de poussières.
Danr/rrs d’incendie. — D'une manière générale, on peut dire que les usines sont plus exposées que les autres bâtiments à prendre feu, en raison de la multiplicité et de l’in-
t «Misité des foyers, en raison surtout des substances inflammables qui y sont souvent maniées. Par suite elles créent pour les habitations voisines un danger d’incendie toujours imminent. L’isolement par .enceinte et surtout par un chemin de ronde est donc la première mesure dictée par la prévoyance. C’est à tort qu’en France on ne se montre nullement exigeant sous ce rapport. Yu le retard qu’éprouvent toujours même les premiers secours, on doit exiger la présence continuelle d’une pompe à incendie, dans l’intérêt privé comme dans l’intérêt général. Si on n’a pas sur place une surabondance d’eau disponible, on doit, comme dans beaucoup d’établissements de l’Etat, échelonner le long des bâtiments des réservoirs toujours remplis d’eau.
Quand une usine doit avoir en dépôt ou fabriquer des substances inflammables, en outre des mesures précédentes, on doit prescrire de placer l’ouverture des foyers et des cendriers en dehors des ateliers de distillation, d’avoir constamment sous la main du sable fin pour ensevelir instantanément les récipients enflammés, de n’éclairer les ateliers qu’à l’aide de lampes de sûreté ou de lampes placées derrière des verres dormants, enfin de construire les ateliers et les magasins en matériaux incombustibles.
Mais toutes ces précautions consacrées par les règlements me semblent devoir devenir bientôt inutiles en pré-
sence des essais faits récemment avec l’extincteur Grinnells (1). De distance en distance, sont établies dans les ateliers, à raison de 100 pour 900 mètres carrés, des bouches recevant de l’eau, soit des conduites de la ville, soit d un réservoir supérieur, fermées par un obturateur que maintient Un levier avec un alliage fusible ou une ficelle
facilement rompue par le feu lui-même. Ce dernier procédé paraît préférable, parce que le point de fusion des alliages se modifie spontanément avec le temps. On peut aussi faire fonctionner en même temps, et par le même mécanisme, des avertisseurs. Eu tous cas l’extincteur Grinnells a déjà fait
,1; Iiliii.se, Hcvuc d'hygiène, 1885, p. 397.
PoiNCAiu:. — Hyg. industr. 2
ses preuves non seulement dans des expériences provoquées? mais encore dans un véritable incendie.
Dangers d’explosions. — Quoique les ouvriers soient les premières victimes, en même temps que les plus frappées des explosions des chaudières et des dépôts de substances fulminantes, on peut encore faire entrer cette éventualité dans les dangers qui menacent la salubrité publique ; car les éclats sont souvent projetés au loin avec violence.
Ils donnent lieu aux lésions traumatiques les plus variées et les plus graves. Ils vont fracturer et broyer tout ce qu'ils frappent. Ils pénètrent dans les chairs et les cavités viscérales. D autres fois c’est le corps lui-même qui est projeté contre les murs. Le cachet spécial de ces blessures est de s’accompagner de brûlures profondes, étendues et graves.
Pour éviter les explosions de chaudières, les règlements
administratifs prescrivent de munir ces appareils générateurs de soupapes de sûre lé donnant automatiquement issue à la vapeur avant qu’elle ait acquis assez de tension pour briser sa prison. Ces soupapes peuvent être chargées directement de poids calculés sur la pression que la chaudière est capable de supporter; ou bien maintenues par un bras de levier portant à son extrémité un poids qui n’a pas besoin d’être aussi volumineux. Elles peuvent être aussi constituées par des plaques d’alliages de bismuth, de plomb et d’étain, dont le degré de fusibilité est en rapport avec la chaleur qu’on a le droit d’atteindre sans danger. .Mais elles donnent beaucoup moins de sécurité et ne devraient plus être autorisées.
Gomme il est encore plus sùr de ne pas laisser naître le danger que d’y parer lorsqu’il menace, il est ordonné en outre de prendre des mesures contre trois causes qui sont reconnues capables de favoriser les explosions, 1 abaissement d u niveau de l’eau au-dessous de la surface de chauffe, la production d’incrustations minérales sur la paroi de la chaudière et l’emploi d’eaux corrosives.
Pour Y abaissement du niveau de l'eau au-dessous de la surface de chauffe , il est aisé de comprendre que quand l’eau ne s’empare pas de la plus grande partie du calorique que reçoit la portion de la chaudière léchée directement par les flammes du foyer, celle-ci s’échauffe au point de rougir, et dès lors il suffira que de l’eau arrive ultérieurement à son contact pour qu’elle se vaporise instantanément en exagérant brusquemen t la tension intérieure. 11 est donc nécessaire d’alimenter constamment la chaudière de façon à ce que cette portion ne soit jamais démasquée eL pour cela il faut que le chauffeur puisse toujours constater le niveau occupé par l’eau. C’est pourquoi on exige l’adaptation d un niveau d'eau. 11 ne faut plus tolérer les anciens niveaux formés de deux tubes avec robinet, l’un au-dessus, l’autre au-dessous du niveau normal, de telle sorte que si le robinet supérieur donne de l’eau, c’est qu’il y a trop de liquide et que si le robinet inférieur donne de la vapeur, c est qu il n y en a pas assez ; car il est toujours dangereux de s en rapporter à la vigilance des ouvriers pour tourner d<*s robinets de temps en temps. Il vaut mieux un tube recourbé en verre, communiquant avec la partie inférieure de la chaudière et dans lequel, par conséquent, l’eau suit les memes oscillations que dans le générateur. Un trait très apparent indiquera sur lui-même le niveau de la surface de
-ü TRAITÉ D’UVGIÈNË INDUSTRIELLE.
« liait lie. Ce mode d indication est préférable à un flotteur consistant en une meule, se déplaçant avec la surface de 1 eau et maintenu par une corde à contre-poids sur une poulie, celle-ci faisant mouvoir une aiguille qui darde sur un cadran. Non seulement l’indication frappe moins les yeux, mais cos appareils peuvent mal fonctionner. Toutefois, même avec le niveau d'eau précédent, il est important de placer en outre un flotteur d'alarme qui en s'abaissant démasque l'ouverture d'un sifflet et laisse la vapeur produire un bruit strident .
En s’évaporant, l'eau précipite naturellement des sels qui en s'accumulant forment des incrustations; evouteuses sur la paroi de la chaudière. Ces dépôts gênent l'absorption du calorique par l’eau; la paroi est bientôt portée au ronge, et quand une fissure vient à se former dans la croûte, l’eau arrivant au contact d’un point rougi produit tout à coup une grande quantité de vapeur qui fait éclater la chaudière, il est inutile de chercher à prévenir- la formation de ces dépôts par l’addition à l’eau d’amidon ou de pulpe de pomme de terre. C’est tout au plus si ces matières retardent un peu l’incrustation. Il faut absolument nettoyer la chaudière d’une manière périodique et à des époques rapprochées.
11 arrive souvent que des usines n’ont absolument à leur disposition que des eaux dites corrosives, c’est-à-dire très riches en sulfates et en chlorures. Ces substances finissent par attaquer le fer de la chaudière, amincissent sa paroi par [daccs et, en diminuant ainsi sa résistance, préparent des explosions. Dans ce cas il faut exiger la distillation préalable de ces eaux.
Du reste, en ci1 qui concerne les chaudières à vapeur, l’hvgièno n’a pour ainsi dire plus de vœux à émettre. I ne ordonnance royale qui remonte au 22 mai 1843 a tout prévu et tout réglementé jusque dans les plus petits détails. Non seulement elle rend obligatoires toutes les dispositions qui précèdent; mais nul ne peut en établir sans, une demande en autorisation faisant connaître les conditions d'em-
placement, de construction, de destination, de puissance, de fonctionnement et d’alimentation. Elle n’est accordée qu’après une empiète favorable dont les ingénieurs des mines ou des ponts et chaussées ont la responsabilité, et qu’après des épreuves des appareils , dans lesquelles la pression est rendue triple de celle qu’ils devront développer dans le travail industriel. En outre, une surveillance continue est exercée par les délégués compétents de l’autorité préfectorale. Comme il faut une sanction à toute surveillance, chaque accident devient l’objet d’une enquête sérieuse et donne lieu à des pénalités déterminées. Sous ce rapport, comme il est parfois difficile de faire, après coup, la part des responsabilités, il serait bon de rendre plus général, dans les grandes usines, l’emploi de l’appareil de M. Mann qui enregistre, pour ainsi dire, tous les faits et gestes du personnel et permet, d'après les attributions, de savoir quel est l’ouvrier qui a manqué à son devoir et à quel moment il l’a fait.
Ajoutons encore qu’une invention récente, celle qui substitue aux grandes chaudières dos agglomérations ou colonies de petites chaudières cylindriques, a pour résultat non seulement de multiplier la surface de chauffe, mais encore de restreindre les effets des explosions en les rendant toujours partielles.
Les règles pour les dépôts de substances explosibles sont d'abord les mêmes que pour les substances inflammables. En outre, pour quelques-unes d’entre elles, il faut en prendre contre les frottements et les chocs. Ces dernières trouveront leur place naturelle dans l’étude spéciale des fulminates.
On peut considérer comme menaçant à la fois la salubrité publique et la santé des ouvriers, les vapeurs et les poussières variées que dégagent la plupart des usines. Toutefois le danger est beaucoup plus constant et plus considérable pour les ouvriers que pour le public, parce qu’ils soûl au foyer même de la production, qu'ils en subissent forcément le premier feu, et cela sans le grand correctif de la diffusion ,
Inconvénients des vapeurs et des gaz. — Los vapeurs peuvent nuire, en changeant les conditions hygrométriques et calorifiques du milieu, et pour la plupart en exerçant une action soit corrosive, soit toxique. Le premier mode, qui est le moins redoutable se présente pour les vapeurs essentiellement aqueuses. L’air se trouvant sursaturé ne permet plus à l’exhalation pulmonaire de s’effectuer, puisque celle-ci est toujours simplement complémentaire de ce qui manque à l’air pour être à saturation. De là certainement un appoint qui concourt à donner le caractère catarrhal aux bronchites.il limite de même l’évaporation de la sueur, qui reste à l’état liquide à la surface de la peau et qui, lors du passage de l’ouvrier dans un endroit non saturé, s’évaporera brusquement, en grande quantité, en empruntant du calorique au corps, c’est-à-dire en le refroidissant. D’où un élément de plus pour la production des affections a frigore. Pour les deux sources pulmonaire et cutanée, la diminution de l’exhalation enlève à l’économie son moyen le plus puissant de régularisation du calorique animal. De là réchauffement général du corps et en particulier de la muqueuse pulmonaire, qui devient ainsi plus apte encore aux processus inflammatoires. Enfin l’accumulation de l’eau dans le corps, qui en est aussi la conséquence, produit l’hvdrohémie.
Quand les vapeurs dégagées ont une réaction acide ou très alcaline, elles irritent, enflamment les téguments et la muqueuse pulmonaire et peuvent même les corroder. Quand elles sont douées de propriétés toxiques, elles produisent des empoisonnements généraux d’autant plus intenses et rapides que leur extrême division leur permet d’être absorbées facilement et en grande quantité. Les symptômes qui se produisent alors varient avec la nature du poison. Mais la plupart d’entre elles peuvent produire, en raison même de l’intensité de leur mode d’introduction, des accidents connus dans les ateliers sous le nom d 'asphyxie cl caractérisés par une perte brusque de connaissance qui s'accompagne tantôt de pâleur, tantôt de congestion de la tête. Il
importe alors d’amener la victime à l’air libre el de pratiquer la respiration artificielle, des frictions et dos aspersions d’eau froide.
Mesures contre les vapeurs el les gaz. — Les mesures à diriger contre les vapeurs et les gaz sont : la ventilation générale des ateliers, les hottes, les cheminées d’appel adaptées aux foyers de dégagement, les masques, la condensation, les fours spéciaux.
Ventilation générale. — On a reconnu l’utilité d’adapter des moyens de ventilation artificielle aux bâtiments destinés à recevoir des réunions nombreuses d’hommes. A plus forte raison semble-t-il logique de le faire pour les ateliers où l’air est aussi vicié par les miasmes humains et par l’acide carbonique de la respiration, et où le travail industriel dégage en outre des gaz irrespirables ou toxiques. C’est donc là que la nécessité du renouvellement de l’air s’impose de la manière la plus impérieuse, c’est là du reste une vérité reconnue par tout le monde. On a cherché à obtenir ce renouvellement par de nombreux moyens directs et accessoires qu'il importe d’apprécier à leur juste valeur.
Le plus simple est certainement X ouverture des fenêtres. Mais outre qu’il n’est pas praticable en toutes saisons, il a l’inconvénient de diffuser les éléments de viciation dans les couches d’air habitées. La salubrité publique ne doit donc pas le tolérer lorsque le dégagement est pénible ou dangereux.
Dans beaucoup d’usines et de fabriques, on compte uniquement sur l’appel que produit toute cage d’escalier, et dans ce but on la termine en haut par une toiture vitrée, munie d’une ouverture de sorlie pour la colonne d’air ascendante. Mais pour que l’escalier serve ainsi en même temps de cheminée d’appel, il faut que sa cage constitue une colonne à peu près close sur toutes ses sections. Or si on tient les portes des ateliers fermées, le renouvellement est faible et réduit à ce que permettent les fissures. Si on les lient ouvertes, l’air vicié des étages inférieurs s’engage en grande partie clans les ateliers des étages supérieurs, au
24 TRAITÉ D'nVfilÊNIS I N D USTIl I I5L MJ .
Ii<iu (1 (‘ s échapper pîii* lit toiture. Il s’y précipitera menu* à torrents dans le premier cas, chaque fois que pour les besoins du service on ouvrira une des portes. On a espéré tourner la difficulté en plaçant en haut les ateliers qui vicient le plus l'atmosphère. Mais ce n’est là qu’un correctif insuffisant qui, du reste, ne saurait s’appliquer à tous les genres d’industrie.
Le résultat est déjà plus satisfaisant avec les montecharge, qui servent à transporter les matériaux à tous les étages, si on circonscrit l’espace où ils se meuvent par des cloisons s’étendant sur toute la hauteur du bâtiment, présentant seulement, à chaque étage, près du plafond, quelques trous pour la sortie de l’air vicié, et au niveau du plancher une porte qu’on n’ouvrira que pour décharger les matériaux amenés parle plancher mobile. Onpourrait aussi, pour activer le tirage, entretenir un ou deux becs de gaz à la partie supérieure de ce tunnel vertical.
On a aussi mis à prolit l' éclairage au gaz pour contribuer à la ventilation générale, en surmontant chaque bec d'un tube évasé à sa partie inférieure, conduisant les produits de la combustion à l’extérieur, et emboîté dans un tube plus large où l’air de la salle s’engage, s'échaude et s’échappe en établissant un lii-agc. Le procédé est des plus recommandables, quand ce ne serait que pour éliminer la part do viciation due à la combustion du gaz. Mais pour la ventilation, il n’y a réellement là qu’un appoint pendant le travail du soir.
11 est aussi naturel d'utiliser, pour renouveler l’air des ateliers, le chauff age des salles. Quand il est obtenu avec des fourneaux, comme cela a lieu souvent dans de petits ateliers, il faut, suivant le système adopté dans les écoles, les entourer d’une enveloppe métallique créant un espace s'alimentant par une prise d’air extérieur et déversant ainsi dans la salle constamment de l’air chaud, domine disposition complémentaire, des ouvertures d’évacuation seront ménagées pour l’air vicié. Si le chaullage est obtenu, comme cela a lieu dans beaucoup de grands ateliers, par
GÉNÉRALITÉS SUR L’HYGIÈNE INDUSTRIELLE. 2b
circulation d’eau chaude ou do vapeur, il faul établir sur les parois des bouches d’extraction donnant dans des canaux parcourus par un dos tuyaux qui établira un appel en ( liant' fant la colonne d’air du conduit mural.
Connue l’utilisation du chauffage des salles n’est possible qu’en hiver, on a songé à se servir, comme agent d’aspiration, delà cheminée de la ma chine a vapeur, qui, elle, fonc-
tionne en tout temps. Par un système de canalisation bien compris et bien installé, la chaleur de cette cheminée peut aspirer l’air de plusieurs salles. Dans de grandes industries, on a même construit une chemin ëe d’appel spéciale très élevée et on a naturellement obtenu ainsi un renouvellement plus puissant. Dans les deux cas il est nécessaire, pour se mettre à l'abri du refoulement ou retour de l’air vicié dans les salles par l’effet du vent, de surmonter la cheminée
TRAITÉ D’IIYGIÉNE INDUSTRIELLE.
(I évacuation d un chapeau mobile en tôle ou en bois qui tourne au gré du vent, de manière à toujours placer son ouverture du côté opposé à la direction du courant atmosphérique.
Enfin on a appliqué à beaucoup d’usines une ventilation mécanique, c’est-à-dire obtenue à l’aide soit d'une roue plane, soit d'une roue à palettes, soit d’hélices, soit d’une pompe à pistons mis en rotation rapide ou en excursion par la machine à vapeur. Les ventilateurs à roues agissent tous, en vertu de la force centrifuge, de façon à refouler l’air de leur orbite à la circonférence et à raréfier par suite celui de
Fig. 9.
la colonne voisine de leur axe de rotation. Aussi peut-on les faire agir, à volonté, par propulsion ou par aspiration sur la salle à ventiler. Si on met celle-ci en communication avec la partie de la caisse enveloppante qui correspond à la circonférence du ventilateur, pendant qu’une ouverture correspondant au centre communique au contraire avec l’atmosphère libre, il aspirera l’air extérieur par celle ouverture centrale pour le lancer dans la salle par l’ouverture périphérique, et on obtiendra la propulsion. Pour obtenir l’aspiration il suffira au contraire de mettre la salle en communication avec le centre de la caisse ventilalricc et l’extérieur avec sa partie excentrique, et l’air intérieur aspiré par le centre sera rejeté au dehors par la périphérie.
GÉNÉRALITÉS SUR L’HYGIÈNE INDUSTRIELLE. 2i
Avec les machines à hélices, il suffira de changer le sens de la rotation ; avec les machines à pistons, de changer les conditions d’abaissement et de relèvement des soupapes. On a beaucoup discuté pour savoir ce que l’on devait préférer delà propulsion ou de l’aspiration. Mais j’estime que si la première peut suffire et même présenter des avantages lorsqu’il ne s’agit que des produits de la respiration, l’aspiration constitue le mieux lorsqu'il y a développement de produits industriels nuisibles, parce qu’elle extrait mieux.
Le résultat est encore supérieur quand on combine les deux systèmes et qu’on place à l’une des extrémités de la salle un ventilateur propulseur, et à l’autre un ventilateur aspirateur. Encore il faut que le développement soit gazeux et comprenne peu de poussières.
Car, comme nous le verrons pour les industries très poussiéreuses, la ventilation artificielle portant sur l’ensemble de la salle est mauvaise.
M. Brabant (1) conseille des ventilateurs dont les ailes sont tangentes a 1 origine, redres- Kjg. io. — Hotte de dégagement, sées ensuite dans la direction
du rayon et entourées, à la plus courte distance possible, d’une enveloppe. Pour diminuer les rentrées d’air dans la salle soumise à l’extraction, il indique de rétrécir le plus possible l’ouverture de sortie de la caisse ventilatrice.
Les hottes de dégagement constituent- le moyen d’assai-
1) CIioî.t d’un ventilateur h zone centrifuge. Bruxelles, 188?.
TH AI TÉ D’HYfiÎÊNE I N DUSTIU KLLIC.
nissement le plus simple el lr plus <mciennemeul renomma udé. Consistant on une cheminée d’évacuation à petite section, on pool facilement les multiplier dans un même atelier et en doter chaque foyer de production do gaz et de vapeurs. En la prolongeant jusqu’au-dessus du vase producteur sous une forme évasée qui déborde ce dernier, on lui assure la préhension de tout ce qui en émane. C’est là du reste un système consacré par les mœurs les plus anciennes .des laboratoires de chimie. Toutefois elles ne remplissent convenablement leur mission qu’à certaines conditions qui ne sont pas toujours observées. Il faut exiger que dans la partie extérieure la cheminée soit très élevée, non pas seulement pour que la diffusion se fasse dans des couches d’air supérieures aux habitations, mais dans l’intérêt même des ouvriers, parce qu’alors le tirage est plus puissant. Il faut en outre que la partie inférieure descende aussi près que possible -du vase. Malheureusement on est le plus souvent obligé de laisser au contraire un espace considérable pour permettre aux ouvriers de travailler la matière. A ussi y a-t-il lieu de conseiller, lorsque le genre d’opération le permet, l’établissement de hottes vitrées, c’est-à-dire de hottes prolongées par une construction en verre fixée hermétiquement à la fois à la cheminée et à la bâtisse de l’appareil producteur, à travers laquelle l’ouvrier se rend compte de tout ce qui se passe, et munie de portes qu’on ouvre lorsqu’il faut intervenir manuellement. Lorsque cette construction n’est pas possible, et même, en tout cas, lorsque le dégagement est très toxique, il y a’ lieu d’activer le tirage soit en plaçant une couronne de becs de gaz dans la cheminée, soit en faisant déboucher celle-ci dans la cheminée des foyers des chaudières.
On a môme, ce qu’onne peut qu'approuver, construit une cheminée d’évacuation spéciale , où viennent aboutir tous les tuyaux de dégagement des hottes de l’usine et dans laquelle le tirage est rendu puissant par un foyer particulier.
In procédé peut-être plus riche de promesses que de résultats effectifs consiste dans la combustion des vapeurs
liÊNÉRALITÉS SUR L'HYGIÈNE INDUSTRIELLE. -'•*
et u'az ( | u i se dégagent dos chaudières. Le système le plus simple et le moins coûteux est celui do Ballard. I n couvercle force l(*s buées à s’engager dans un tuyau qui les amène sous la grille du foyer, et ce n’est qu’après avoir été soumises à son action comburante qu’elles peuvent s engager dans la cheminée d’évacuation de la cheminée.
Lot appareil ne fonctionne pas très bien. Aussi faul-d.
A, chaudière. — F, couvercle. — 11, cheminée d’évacuation. — U, carneau amenant les vapeurs dans le foyer C.
pour rendre la méthode efficace, faire’arriver les buées dans un autre foyer destiné exclusivement à leur combustion.
Dans l'industrie métallurgique, pour obtenir la fusion des métaux, avec ou sans oxyda lion, on a généralement recours a des fours spéciaux qui, tout en répondant avant tout à des exigences industrielles, offrent néanmoins un intérêt hygiénique, parce qu’ils isolent, plus ou moins les ouvriers des vapeurs métalliques. Parmi ces fours, celui qui remplit le mieux ce but préservateur est le four dit à réverbère, dont 1 hygiéniste doit par conséquent connaître l'organisation.
Dans un même massif do maçonnerie se l.rouvenl, d'une pari, un foyer appelé la chauffe , où s'effectue la combustion du combustible, d’autre pari un compartiment plus élevé et situé à côté, appelé laboratoire, où s’opère la fusion. Ce dernier présente une paroi inférieure, ou sole, plus ou moins excavée et une paroi supérieure en forme de voûte. Il communique par un couloir avec la chambre du foyer el il présente des ouvertures de carneaux qui conduisent les vapeurs du laboratoire et les gaz du foyer vers une cheminée d’évacuation. Entre le foyer et le laboratoire se trouve une élévation, Y autel, contre lequel on rassemble les produits qui ont déjà subi l’action suffisante du feu. Avec cette disposition, la matière n’est pas en contact avec le brasier lui-même, elle est seulement léchée à sa surface par les gaz enflammés qui s’échappent du foyer, et elle est surtout chauffée par la réverbération de la chaleur de la voûte. Au point de vue industriel, les fours à réverbère ont l’avantage d’utiliser la chaleur mieux que tous les autres et de permettre d'atteindre des températures très élevées. Au point de vue hygiénique, ils entraînent les buées dans la cheminée sans en laisser s’échapper vers l'atelier; ils préservent les ouvriers beaucoup mieux que les hottes.
Quant aux autres fours, comme ils visent surtout des buts industriels, nous devons nous contenter de les signaler ici, d’autant plus que quelques-uns trouveront mieux leur place dans l’étude particulière des industries qui sont obligées d'y recourir. Tels sont les fours, dits à cuve , dans lesquels le combustible et les corps à traiter sont chargés par couches alternatives : ils utilisent aussi très bien le combustible, parce qu’il n’y a de perte que par le rayonnement; les fours rectangulaires à quatre grilles avec une seule cheminée centrale : ils peuvent faciliter le travail et le rendre plus économique dans certaines industries, notamment dans les verreries; les fours de galère, où la chauffe, dans une position centrale, échauffe deux laboratoires placés de chaque côté; les fours à récupération , qui utilisent la portion de calorique que les gaz, ayant déjà chauffé le laboratoire.
GÉNÉRALITÉS SUR L'HYGIÈNE INDUSTRIELLE. Tl
possèdent encore dans la cheminée d évacuation cl <|ii ils vont perdre dans l’atmosphère. Ils comprennent deux systèmes qui tous deux emploient du gaz hydrogène comme
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l’ig. 12.
u, cendrier. — 6, foyer. — c, voûte en briques réfractaires. — d, sole en mêmes briques. e, autel. — /", porto du foyer. — h, porte latérale au niveau de la sole. — t, autre porte du côté opposé du foyer. — j j, naissance des deux embranchements de la cheminée k. — /, rouleau mobile pour faciliter le mouvement des ringards. — m, cadre en tôle pour recevoir le produit extrait. — r, registre de la cheminée.
combustible; le système P orna ni, dans lequel les produits de la combustion, avant de se rendre dans l’atmosphère, traversent des briques entrelacées qui, étant creuses, laissent passer l’air destiné à la combustion du gaz ; le système
•U TRAITÉ D’I1YG1ÈNI£ INDUSTRIELLE.
Stc mena qui chaulle, avec la chaleur perdue, a la fois l'air comburant et le gaz combuslible en renversant simplement la direction du courant gazeux. De chaque côté du four à réverbère se trouvent deux empilages de briques qui. à tour de rôle, servent une fois à chauffer l’air, et une fois le gaz hydrogène : ainsi de suite alternativement, c’est-à-dire qu’on fait arriver l’air tantôt d’un côté, tantôt de l’autre, pendant que le gaz arrive par le côté opposé.
On a songé de bonne heure à profiter de la solubilité de certains gaz et vapeurs dans l’eau pour s'opposer à leur diflusion dans 1 atmosphère en les forçant à se condenser dans ce liquide à leur sortie des appareils producteurs. Celte coude malion peut être réalisée à l’aide de dispositions différentes qui varient avec le genre d'industrie et les conceptions des ingénieurs. Les principaux types trouveront une place plus appropriée dans l’étude particulière des industries. Nous devons ici nous contenter de poser les principes généraux sur lesquels repose cette méthode d'assainissement.
1° Lorsque le gaz il condenser n'est pas très soluble dans l'eau, on n'arrive à l’y retenir que sous l’influence d’une forte pression. Un fait naître celle-ci en forçant le gaz à traverser une masse d’eau épaisserenfermée dans une caisse résistante et en ne lui laissant pour s’échapper, après cette traversée, qu’un orifice restreint. C’est là la condensation par dissolution forcée. On peut aussi recourir à ce système, même quand le gaz est très soluble, lorsque, dans un but d’utilisation commerciale, on veut obtenir une solution très concentrée qui, du reste, a l’avantage d’être moins encombrante. Mais au point de vue de l’hygiène, celte méthode est souvent défectueuse, parce que la filtration à travers l’eau se faisant avec difficulté, la tension s’élève dans les tuyaux d’amenéc et dans les appareils producteurs et fait naître facilement des fuites.
2° Lorsque le gaz a beaucoup d’affinité pour l’eau, le concours de la pression n’est (dus nécessaire, et il suffit de mettre les deux agents en présence, en ayant soin seule-
me
eut de multiplier les surfaces de contact. C est la la condensation par dissolution libre . Cette multiplication de surface peut être obtenue de deux manières : a , par la division extrême du liquide dissolvant, en le faisant tomber en pluie dans le courant gazeux. C’est la condensation par pulvérisation; b , par le renouvellement incessant des surfaces en rendant l’eau courante. C’est la condensation par circulation.
3° Lorsque le produit de dégagement n'est gazeux ou volatil qu’à une température élevée, la condensation par simple refroidissement est préférable.
Toutefois, si la condensation peut rendre d’immenses services à la salubrité publique et à l’hygiène intérieure en prévenant la diffusion des vapeurs nuisibles, il ne faut pas perdre de vue qu’elle laisse des dissolutions encombrantes qu’il serait la plupart du temps dangereux de verser sur le sol ou dans les rivières et que, par ellemême, elle ne fait que transformer ou reculer le danger. Aussi ne faut-il s’engager dans cette voie qu’avec l’espoir, sinon la certitude de pouvoir user ces produits, soit par une utilisation commerciale ou industrielle, soit par une neutralisation complète eL efficace.
Enfin lorsqu il s agit de séjourner dans un milieu gazeux irrespirable, on doit munir les ouvriers de l’appareil G alibert. Un sac fixe au dos est préalablement gonflé d’air à 1 aide d un soufflet. Deux tuyaux de caoutchouc, partant I un de 1 extrémité supérieure, l’autre de l’extrémité inférieure, viennent aboutir à une embouchure fixée sur la bouebe. Le premier amène dans le sac l’air expiré, le so- I’olncamk. — Hyg» industr. 3
Fig. 13.
Appareil Galibert.
coud sert à aspirer l’air inspiré. Dans ces. conditions l'ouvrier respire dans l’atmosphère du sac comme il le ferait dans l’atmosphère confinée d’une chambre.
Dangers des poussières. — Les poussières, considérées en général, peuvent avoir deux modes d’action distincts: une action mécanique qui relève de leur état physique même et une action toxique qui relève de leurs propriétés chimiques et physiologiques. Le premier mode appartient à toutes les poussières sans exception ; le second est le triste privilège de quelques-unes et varie avec la nature de chacune d’elles.
En raison de leur finesse et de leur légèreté, les poussières trouvent dans l’air un véhicule puissant, pénétrant et universel. Elles englobent l’individu dans un nuage épais qui le poursuit partout. Elles s’insinuent partout par les solutions de continuité et les bâillements les plus insignifiants dc§ vêtements, par tous les orifices naturels du corps humain jusque dans les profondeurs des organes les plus éloignés, et même dans les cavités des glandes les plus microscopiques. Elles adhèrent là où le hasard les a fait arriver fixées par le moindre repli et le moindre accident de surface, d’autant plus que partout elles rencontrent une certaine humidité. En raison de leurs minces proportions, de leur forme et parfois de leur résistance, elles finissent, après un certain temps d’adhérence, par s’infiltrer dans l’intimité des tissus eux-mêmes. Elles sont plus particulièrement entraînées par le torrent lymphatique et déposées dans les ganglions.
Les voies pulmonaires sont naturellement les plus menacées, en raison de l’active circulation d’air dont elles sont le siège. En adhérant à la muqueuse du pharynx, elles y causent une irritation, une titillation qui, par action réflexe, provoque une toux spasmodique et un sentiment de strangulation. Elles déterminent une hypersécrétion des glandes, qui dans l’harmonie des phénomènes physiologiques doit favoriser leur expulsion. L’irritation se renouvelant sans cesse aboutit à la production d’une angine granuleuse chro-
nique. Dans les bronches elles développent et. entretiennent, par leur contact, un processus inflammatoire a forme catarrhale, qui peut obstruer quelques vésicules par prolifération de l’épithélium et qui amène à la longue de l’emphysème par un mécanisme facile a saisir. Quand elles se sont engagées dans la trame conjonctive des vésicules ellesmêmes, elles déterminent une prolifération nucléaire qui, suivant les circonstances, peut aboutir a une sclérose ou à une pneumonie caséeuse. On estime que les poussières minérales sont seules aptes à pénétrer ainsi. Mais en réalité les poussières vég’étales s incrustent aussi, exceptionnellement, voilà tout. En outre elles sont détruites la plupart du temps avant d’avoir pu déterminer autour d elles une prolifération grave.
Sur la peau, les poussières forment avec les sécrétions des enduits qui occasionnent des démangeaisons, de l’érythème et rendent le terrain favorable au développement des spores de cryptogames que charrie 1 atmosphère. En pénétrant dans les glandes sébacées, elles les obstruent, les irritent et produisent de l’acné.
Du côté des yeux, elles déterminent des orgelets, des blépharites ciliaires et des conjonctivites.
Du côté des voies digestives, les résultats sont beaucoup plus insidieux et ne sont pas toujours rapportés à leur véritable cause. Il est probable que beaucoup de dyspepsies et de catarrhes stomacaux reconnaissent cette origine.
A ces effets mécaniques, les poussières toxiques joignent souvent l’inconvénient de produire une action locale beaucoup plus sérieuse, d’ordre chimique, tenant à une acidité ou à une alcalinité puissantes, amenant une vive inflammation et parfois la mortification du tissu cutané. Mais l’action générale est de beaucoup la plus grave; car elle aboutit fatalement à un empoisonnement cachectique, la plupart du temps irrémédiable, compromettant même la descendance.
L’absorption des poussières industrielles, c’est-à-dire leur pénétration dans le torrent sanguin, peut en effet s’effectuer sur tous les points à la fois, car celles qui sont
insolubles trouvent toujours des agents de dissolution dans les liquides de la bouche et des bronches. Dans les glandes sébacées elles forment avec la matière sébacée des combinaisons qui cèdent à l’endosmose. En outre les poussières que l’ouvrier, qui n’est pas d’une propreté excessive, peut colporter avec lui sur ses mains et ses vêtements, se mêlent toujours plus ou moins à ses aliments. Les membres de sa famille se trouvent même compromis par là.
Les symptômes provoqués par cette absorption varient évidemment avec la nature de la poussière toxique. Mais il y a toujours pour tous les empoisonnements industriels un certain cachet commun qui résulte de leur mode de production, c'est-à-dire de ce que l’introduction se fait pour ainsi dire à dose filée, qu’elle se renouvelle tous les jours, et de ce que le poison s’accumule peu à peu dans l’économie. Les caractères communs consistent : en une chloroanémie avec une teinte cachectique, un grand affaiblissement, de la dyspepsie, de l’anhélation, des palpitations, des troubles de la menstruation, une plus grande fréquence des avortements, des mort-nés ou des morts en bas âge.
Mesures contre les 'poussières. — Il semble, au premier abord, très difficile de concilier ici l’intérêt public avec celui des ouvriers, car ceux-ci ne peuvent se débarrasser des nuages de poussières qui les entourent, qu’en cherchant à les chasser dans l’atmosphère libre, tandis que, pour sauvegarder le milieu public, il est au contraire naturel de chercher à maintenir les poussières confinées dans l’établissement qui les produit. Chose digne de remarque, les Conseils d’hygiène, dont l’objectif principal, sinon unique, parait être l’intérêt public, se sont presque toujours préoccupés, au cas particulier, d’assainir l’intérieur au détriment de l’extérieur. Tous les rapports relatifs aux industries développant des poussières font figurer dans leurs conclusions cette condition stéréotypée : Bien ventiler /es ateliers ; et les efforts des hommes spéciaux ont toujours tendu à rendre cette ventilation de plus en plus efficace.
L’aération naturelle, se faisant simplement par de nom-
bro uses et. larges fenêtres maintenues ouvertes, peut parfois suffire pour entraîner des fluides, gaz ou vapeurs ; mais elle a été reconnue tout à fait insuffisante pour les poussières qui, en raison de leur état solide, obéissent moins à la diffusion. Il en a été de même pour la ventilation résultant d'une circulation d’air chaud, bonne tout au plus pour de simples lieux de réunion. On a admis, sans jamais en imposer l’application toutefois, la supériorité d'une ventilation mécanique, qui possède en effet une bien plus grande puissance. Puis on a agité la question de savoir s'il valait mieux se servir de ventilateurs agissant par propulsion, ou de ventilateurs agissant par aspiration. C’est pour ces derniers que la majorité s’est prononcée, parce qu’ils ont paru mieux entraîner les poussières. On a même pu. surtout avec eux, trouver moyen de donner en même temps satisfaction à la salubrité extérieure, en faisant affluer les poussières dans une chambre où on peut ensuite les recueillir pour les utiliser ou les noyer pour les fixer. Dans ce dernier but, on a aussi imaginé d’élever de grandes cheminées d’appel où les poussières venaient se consumer dans un foyer puissant.
Mais avec tous ces dispositifs, l’ouvrier n'est nullement délivré. Si la ventilation adoptée rejette dans l’atmosphère des cours ou des rues la poussière enlevée, celle-ci rentre bientôt en partie par les portes et les fenêtres. Si on la retient prisonnière dans une chambre spéciale, on laisse subsister avant un inconvénient qui complique aussi le cas précédent. C’est que l’agitation que les ventilateurs provoquent dans l’atmosphère des ateliers soulève continuellement la poussière retombée sur le plancher. Disons plus, c’est que les ventilations portant sur toute une salle font encore plus tournoyer la poussière qu’elles ne l’entraînent. Aujourd’hui il n’y a pas à hésiter. Il faut poser en principe que la ventilation générale , quelle qu’elle soit, doit être abandonnée et être toujours remplacée par ce que j’appellerai la ventilation partielle ou mieux particulière, c’est-àdire limitée et spéciale à chaque machine, à chaque appa-
TRAITÉ D’IIYGIÈNE INDUSTRIELLE.
1 cil développant de la poussière. Cela s’obtient en enfermant ( liacun de ces engins dans une enveloppe hermétique qui crée autour de lui une petite atmosphère restant tout à fait indépendante de la grande atmosphère de l’atelier et par conséquent indépendante du milieu où l’ouvrier se meut et respire. Dans ces conditions, il est même beaucoup plus facile de sauvegarder l’extérieur en concentrant les poussièresdans une chambre. 11 est facile aussi de faire aboutir les tuyaux d’aspiration des milieux enveloppants de toutes les machines vers une seule et même chambre.
Les dispositifs doivent naturellement varier avec les
Caisse hermétique
conditions des locaux et des machines. Mais pour le moment nous devons nous contenter de poser le grand principe de la ventilation limitée que rendra plus saisissable le schéma ci-dessus.
Plus tard nous l’adapterons successivement aux diverses circonstances dans l’étude des industries en particulier.
Que l’extraction des poussières se fasse par une ventilation générale ou par des ventilations partielles, il est nécessaire de les forcer à se déposer avant que la colonne d’air qui les entraîne ne soit livrée à l’atmosphère extérieure. Trois méthodes ont été imaginées en vue de ce résultat :
1° La méthode des chambres de dépôt , qui obligent l'air ii stagner avant la sortie à l’extérieur et laissent ainsi ii la pesanteur le temps de précipiter les poussières.
2° La méthode dite par changement, de direction du courant , dans laquelle la marche de l’air n’est plus ralentie, mais seulement brisée et réfléchie. Dans la forme la plus simple, la colonne d’air lancée par le ventilateur arrive horizontalement se heurter contre la paroi opposée d une caisse, et est forcée ensuite de prendre une direction ascendante pour s’échapper par une ouverture pratiquée à la paroi supérieure, la seule issue qui lui soit offerte. L air seul obéit à ce changement de direction, tandis que le choc subi rabat la poussière à la manière d’un éventail.
3° La méthode dite par attraction moléculaire , qui est basée sur ce fait d’observation que la poussière tenue en suspension dans une couche d’air voisine d’une surface solide est attirée par celle-ci et s’y dépose, au lieu de continuer à suivre le courant. Partant de là, on fait traverser à la colonne d’air extraite une caisse où sont étagées un grand nombre de tablettes très rapprochées, de façon à multiplier les surfaces de contact dans un petit espace et à diviser la masse aérienne en tranches toutes rapprochées d’une surface solide.
Le système des enveloppes hermétiques n’est pas possible lorsqu’il ne s’agit plus de machines n’exigeant que très exceptionnellement l’intervention de l’homme, et surtout lorsqu’il s’agit d’un travail qui est complètement de main-d’œuvre et que l’ouvrier doit exécuter sur une table ou un établi; mais on peut encore ici obtenir une ventilation relativement particulière et puissante, en élevant sur l’établi, comme pour les opérations qui dégagent des vapeurs, une cage vitrée présentant une ou plusieurs portes permettant à l’ouvrier d’introduire ses bras et de façonner l'objet. Elle doit seulement être munie d’un tuyau d’aspiration au lieu d’un simple tuyau de dégagement. On peut même, pour certains travaux poussiéreux qui exigent que les ouvriers aient les mouvements complètement libres,
établir simplement une aspiration locale s’exerçant à travers les ouvertures d’un établi à jours. Du reste ici encore il y a bien des manières de broder sur cette donnée générale, suivant les circonstances.
On peut encore regarder comme ayant une valeur générale, le système des cloches appliqué aux pulvérisations nécessitant de temps en temps une main-d’œuvre qui rend impossible une enveloppe hermétique. Au-dessus de la meule se trouve suspendue une cloche qu’on fait descendre pour le moment de la pulvérisation mécanique, dont les bords s’engagent dans une rainure, et qu’on ne relève que
lorsque la chose est tout à fait indispensable, et après avoir laissé à la poussière développée le temps de se déposer.
Il est toutefois bien des industries dont il ne paraît pas encore possible d’adapter le mécanisme à ces dispositifs. Il vaudra mieux alors se contenter d’établir une ventilation générale, mais non mécanique, afin de ne pas provoquer le tourbillonnement des poussières. Il est nécessaire aussi, même là où la ventilation limitée est réalisée, d’abattre les poussières par des arrosages, et de les enlever par des balayages périodiques.
Là où il se produit des poussières toxiques, il est encore plus indispensable qu’ailleurs d’exiger ce qui devrait du reste exister dans toutes les industries, à savoir :
1° L’emploi de vêtements de travail restant à l’usine dans un vestiaire distinct, qu’on revêtirait après s’être dépouillé dans un autre vestiaire de ses vêtements de ville-. La plupart du temps, les ouvriers se contentent de passer sur leur costume habituel des blouses et des pantalons de travail, et encore c’est plutôt dans un but d’économie et de propreté que dans un but hygiénique. Cela ne suffit certni-
nement pas pour les poussières dangereuses. Non seulement il faut des vêtements spéciaux, mais ces vêtements doivent être confectionnés de façon à ne bâiller nulle part cl à être bien clos de tous cotés. Dans ce but, il est plus prudent de fermer par constriction les manches à l’aide de bracelets aux poignets, et les jambes à l’aide de jarretières.
2° L’établissement de lavabos pour les ouvriers avec obligation de s’en servir, au moins avant de quitter l'atelier, et d’une salle cle bain où les ouvriers seront forcés de se rendre périodiquement.
Enfin lorsqu’il est impossible d’entraîner complètement les poussières très toxiques, ou lorsqu'on est obligé de transvaser ou de manipuler momentanément la matière en dehors de l’appareil isolateur, il est utile d’employer des
Fig. IG. — Masque de Paris.
masques et de chercher à vaincue sous ce rapport la répugnance des ouvriers français. Les masques à opposer aux poussières peuvent consister soit en une toile métallique à mailles d’une finesse extrême, soit en une éponge serrée (mire deux toiles métalliques, soit en une espèce d’entonnoir en gutta-percha dont il suffit de tremper les bords dans l’eau chaude pour qu’ils adhèrent aux téguments de la face, en se moulant d’eux-mèmes sur toutes ses sinuosités, et qui se prolonge par un long tuyau aboutissant à un sac de flanelle humecté d’eau, ou un petit réservoir en zinc percé de trous et contenant du coton (masque de Paris),
soif en un appareil connu sous le nom d 'absorbant hydraulique de.
Poirel, et dont la caractéristique est la présence d'an petit réservoir d’eau dans lequel l’air est obligé de se laver avant d'arriver à la bouche.
Le premier de ces masques se recommande par sa simplicité et le peu de gène qu’il crée, mais il n’est pas toujours efficace quand la poudre maniée est excessivement fine. Lt' second, en raison des nombreuses anfractuosités de l’éponge, retient les poussières à peu près complètement, mais il nécessite un savonnage journalier et il cause une véritable angoisse par Ja gêne qu’il apporte à la respiration et par la chaleur qu'il accumule sous lui. Le troisième. échappe à ces deux inconvénients et l’air inspiré, étant forcément tamisé en traversant le sac de flanelle humectée ou le coton, arrive à peu près pur, mais il apporte une certaine gêne dans les mouvements d’ensemble par sa longueur et son poids relatif. Le masque Poirel n’a absolument qu’une seule défectuosité, c’est d’être uni peu massif et un peu lourd pour la face. Mais il no gêne en rien les mouvements du corps, l'air inspiré se dépouille par'fnitemenl en traversant le réservoir
Fig. 17. — Masque Poirel.
d’eau et une soupape placée à la partie supérieure de l’appareil laissant l’air expiré s’échapper librement, la respiration s’exécute dans des conditions presque physiologiques. C'est donc celui qu’il faut recommander. On a aussi proposé contre les poussières l’appareil Galibert. Mais il mérite beaucoup plus que tous les autres le reproche d’être encombrant. On comprend qu’on se résigne à s’en affubler pour pénétrer ou séjourner dans une atmosphère surchargée d’acide carbonique, mais quand il s’agit de poussières, le simple sac de flanelle qui ne fait que tamiser l’air sans lui servir de réservoir, qui par suite n’a pas besoin d’être volumineux, remplit le même but sans causer d’aussi grands embarras.
Dangers compromettant seulement l’hygiène des ouvriers. — Parmi les dangers concernant les ouvriers seuls, il faut compter : le travail manuel, les accidents de machines, la maculation par les liquides toxiques, la chaleur et la lumière des foyers, les mauvaises conditions physiologiques générales.
Inconvénients du travail ma miel. — Ils sont nombreux, mais simples et connus, de sorte que leur exposition peut se passer de développements, et se borner à une simple énumération. Ce sont :
Les durillons ;
Les ampoules ;
Les abcès sous-épidermiques;
Les phlegmons;
Le bourrelet calleux;
Le bourrelet papillaire;
La dermite de la paume de la main ;
La rétraction de l’aponévrose palmaire;
Les bourses séreuses accidentelles-
La synovite des gaines tendineuses du poignel ;
Les blessures par instruments contondants, tranchants ou piquants ;
Les déformations du squelette;
Les fractures;
La rétraction permanente de certains muscles;
Les rétractions articulaires;
Los subluxations des doigts ;
Los ruptures musculaires ol tendineuses;
Les hernies musculaires;
La fatigue musculaire;
L'atrophie musculaire progressive ;
Les spasmes et crampes musculaires ;
Les varices;
Les ulcères des jambes.
On peut à l’aide de coussins protecteurs pallier les effets de quelques compressions locales. Mais pour diminuer la fréquence des accidents généraux et traumatiques, dus au travail manuel, le meilleur, je dirais même l’unique moyen, est de substituer le plus possible les machines à la main de l'homme. La société tout entière ne peut qu’y gagner. L’industriel y trouvera toujours son intérêt, et c’est là une garantie pour que, sous ce rapport, l’élan de l'industrie moderne ne se ralentisse jamais. Le consommateur et le bien-être général y gagnent de leur côté puisque les objets de consommation se trouvent fabriqués en plus grande quantité et à meilleur marché. On a bien prétendu que la classe ouvrière y perdait son gagne-pain, parce que l'emploi des machines restreint considérablement le personnel nécessaire. Mais il lui reste une autre ressource vers laquelle son retour contribuera à rétablir l’équilibre de l'économie politique. Car la véritable cause des souffrances de l’agriculture ne se trouve pas dans les circonstances invoquées par les feuilles publiques dans un but souvent intéressé, mais dans le manque de bras et la surélévation des salaires. C’est l'industrie qui, dans son essor trop grand, les a accaparés avec toutes ses tentations, à tous les degrés. C’est elle qui a tué l'agriculture, et ce sont les machines qui pourront sauver cette dernière. 11 y a toutefois un revers à la médaille. Les machines produisent, ainsi que nous le verrons plus loin, des accidents traumatiques beaucoup plus terribles que ceux engendrés par le travail manuel. Mais on peut faire observer
ici, comme dans la comparaison des chemins de fer avec les diligences, que les victimes sont, somme toute, moins nombreuses, et que s’il a7 a plus de mutilés, ce n’est plus la masse entière dont la santé se perd de jour en jour.
L’hygiéniste ne doit pas se contenter de poser le principe de l’emploi des machines. 11 a besoin de posséder certaines notions de mécanique pour que ses conseils soient donnés en connaissance de cause. Le nombre des espèces de machines industrielles est déjà immense, et tous les jours apportent de nouvelles créations. Ce serait entreprendre une tâche impossible que de vouloir en donner un aperçu général, même dans un livre exclusivement technique. Nous, nous devons heureusement nous en tenir à l’indication sommaire des types principaux qui réalisent un véritable progrès hygiénique. Parmi ceux-ci il en est qui répondent à des besoins communs à presque toutes les industries et qui par suite appartiennent de droit à des prolégomènes. Ces prolégomènes porteront sur les moteurs qui peuvent remplacer la force musculaire et sur les principales opérations manuelles que ces moteurs peuvent réaliser. Ils seront très restreints et très élémentaires, étant destinés seulement à rappeler ou à faire connaître ce que l’hygiéniste ne doit pas ignorer sur ce sujet.
Moteurs. — Les machines industrielles peuvent déjà rendre moins considérable l'effort musculaire à produire en multipliant sa puissance initiale à l’aide de rouages faisant bras de levier. Mais l’intérêt industriel comme l’intérêt hygiénique demandent que l’action musculaire soit remplacée par un moteur physique et non biologique. Suivant les ressources locales et les exigences de l’industrie, il faut recourir soit a la vapeur, soit aux cours d’eau. Les moteurs à vu peur sont tellement devenus, aujourd’hui, monnaie courante qu’il serait oiseux ici de faire plus que les énoncer. Quant aux moteurs hydrauliques , ils sont d’un usage moins répandu, et il ne sera peut-être pas inutile de raviver les souvenirs de quelques hygiénistes en reproduisant ici les principaux traits de leur mécanisme.
Dans I industrie moderne, un capte rarement la force de I 1 «ni mouvante a 1 aide de roues verticales ou moulins. J1 y a tout intérêt a le faire a 1 aide de roues horizontales ou tut bmes, parce cju on peut faire varier leur vitesse dans des limites assez étendues, parce que restant plongées dans l'eau et fonctionnant même quand elles sont très rapprochées du lit, leur travail n est arrêté ni par les basses eaux, ni par les débordements, parce qu’utilisant la presque totalité de la force de l’eau, elles n’onl pas besoin d’une grande chute
Nappe d'amont
Nappe du bief d'aval
Section de la f'oue
Arbre de transmission mis en mouvement par la roue.
Cylindre en tôle immergé
Ouverture de sortie ~du courant immergé. •
d’eau et peuvent être appliquées même avec les plus mauvaises conditions de terrain. Sans entrer dans les détails de leur construction, rappelons seulement que, dans le système Fourneyron, le plus simple, la turbine consiste dans un cylindre en tôle, enfoncé dans l’eau du bief d’aval, recevant la eliutc dans son extrémité supérieure qui est béante, fermée à sa partie inférieure par un fond résistant, mais présentant un peu au-dessus une ouverture en couronne. Le fond force la chute d’eau à prendre une direction horizontale pour sorlir par cette ouverture. Au niveau de celle-ci. le evlindrc
se trouve inscrit dans une roue a aubes, construite de façon à être mise en rotation par le courant horizontal qui s’échappe du cylindre. Cette roue entraîne dans son mouvement un arbre qui remonte verticalement suivant l axe du cylindre et qui se termine par un engrenage communiquant son mouvement à l’arsenal des machines de n’importe quelle industrie. Cette turbine primitive a été l’objet de modifications nombreuses qui n’ont qu’un intérêt technique dont les hygiénistes n’ont pas à s’occuper. 11 leur suffit de savoir que la turbine Ccd/on tire un meilleur parti de la chute d’eau, que la turbine Fontaine est combinée de façon à ne pas perdre de son rendement, lorsqu'on ne lui fournit pas toute l’eau qu’elle est capable de dépenser, enfin que la turbine Kœcklin se prête mieux aux réparations.
Lorsqu’on n’a à sa disposition qu’une chute d’eau très grêle, mais d’une grande hauteur, on peut en obtenir un effet industriel en lui faisant soulever un piston qui retombe ensuite par son poids, pour s’élever de nouveau. Ce va-etvient du piston peut être adapté à la mise en mouvement de toute une série de machines. C’est là ce qu’on nomme une machine à colonne d'eau à simple effet. Par certaines dispositions de construction, on peut charger la chute d’eau de produire les deux mouvements inverses du piston. La machine est dite : à double effet.
La force motrice, quels que soient son origine et son mode de captation, peut être transmise avec la plus grande
facilité, à toute une série de machines, par des arbres ou tiges de transmission , rigides mais mis en mouvement par le capteur direct et à l’aide de courroies entraînées par des gorges fixées à ces arbres.
La transformation du mouvement est obtenue taussi facilement que sa transmission, et lien ne s oppose a ce qu’on puisse appliquer un même moteur a toutes espèces d’opérations. C’est ainsi, entre
TRAITÉ U’HYGIÉNE 'INDUSTRIELLE.
autres, que le mouvement circulaire d'une roue adaptée à un arbre peut devenir un mouvement rectiligne à l’aide d une crémaillère, el réciproquement.
Les divers genres d’opérations communes pour lesquelles la main de l’homme peut être remplacée par des moyens mécaniques sont : l’agitation, le trempage, le badigeonnage ou fonçage, l’impression, l’humcctation, la dessiccation, le laminage, le polissage, le concassage, le broyage, leblutage, la pression, l’élévation et le déplacement horizontal.
La conception des agitateurs mécaniques est des plus simples. Dans le récipient plonge uu arbre armé à son extrémité iulérieure d’une couronne de bras ou de palettes. Son extrémité supérieure est appliquée, contre un pivot. Au dessus du récipient il porte u ne roue dentée qui s’engrène avec une roue dont l'axe est perpendiculaire au précédent.
Une courroie de transmission met ce second axe en rotation.
( )n supprime par là du même coup la fatigue musculaire, l’exposition directe aux vapeurs dangereuses, la maculation parles liquides toxiques et les sueurs qui épuisent et exposent à des refroidissements.
Les agitateurs mécaniques peuvent même être établis dans l'intérieur de chaudières et de fours, où se trouvent des matières en fusion. Mais le brassage est alors obtenu dans de meilleures conditions hygiéniques à l’aide des fours tournants , d’autant plus que l’enfournement et le dé-
à l’aide de wagonnets circulant au-dessus et au-dessous
GÉNÉRALITÉS SUR L’II YG1ÉNE INDUSTRIELLE. 49
I n cylindre en fonte A, doublé à l’intérieur de briques réfractaires, est mobile autour de son grand axe. Les ouvertures circulaires B laissées à scs deux extrémités permettent aux flammes du* foyer F de le traverser pour aboutir au
Fig. 21. — Four tournant.
compartiment situé à l’opposé du foyer, compartiment qui communique lui-même avec la cheminée d’évacuation de la fumée. Le cylindre repose sur des galets roulants GG. Il est mis en mouvement par la roue dentée G s’engrenant avec
Fig. 22. — Coupe horizontale du môme four.
le pignon I) commandé par une petite machine à vapeur. L’ouverture E sert à l’enfournement et au détournement. Le lavage mécanique peut être obtenu avec des appareils variés. La figure 23 représente un des types souvent adoptés.
PoiNCAiiû. — Ilyg. industr.
C est un tambour cylindrique eu bois, mû sur son axe par une poulie à courroies. Il est divisé en quatre compartiments par des cloisons percées de trous. Un tuyau a qui communique avec un réservoir supérieur amène l’eau successivement dans les divers compartiments en raison de la rotation, par les ouvertures 00 pratiquées dans le moyeu
Fig. 23. — Tambour laveur.
de la roue. L’eau ressort par les ouvertures antérieures. Les fenêtres //servent à introduire les matières à laver.
Trempage ou immersion dans un bain industriel. — Il arrive souvent que les matières en fabrication ont besoin d’être trempées dans une dissolution, ou un liquide quelconque, dont il est nécessaire qu’elles soient largement imprégnées dans toute leur épaisseur. La fatigue qui en résulte pour l’ouvrier chargé de cette opération est, jusqu’à un certain point, négligeable. Mais il n’en est plus de même de l’action chimique du bain, vu que, malgré toutes les précautions, il trempe toujours ses mains en même temps que la pièce et qu’il en macule ses vêtements. Si le bain est acide ou caustique, ses mains s’excorient, se crevassent, s’enflamment, se macèrent, s’engourdissent et perdent leur sensibilité, et d’autre part il détériore ses
vêtements. Si le bain a des propriétés toxiques, il donne prise à l'absorption, et, par scs vêtements, il pont même exposer sa famille. Si le bain dégage des vapeurs nuisibles l’immersion manuelle force l’ouvrier à rester la tète penchée dans la portion la plus dense du courant. Enfin il règne toujours dans les ateliers de trempage une humidité assez fâcheuse pour qu’on cherche a y rendre moins nécessaire le séjour de l’homme. Pour toutes ces raisons il y a un véritable intérêt hygiénique à obtenir un trempage mécanique, surtout si on a cà sa disposition un moteur.
Si la matière à tremper est par sa nature disposée en
Fig. 24. — Cuves à immersion.
nappe enroulable et deroulahle, on peut obtenir un résultat des plus satisfaisants par un procédé très simple. La pièce est enroulée sur un cylindre qui est chargé, par une rota- I i°n calculée, de la livrer peu a peu au bain et qu’on appelle cylindre dérouleur ou fournisseur. En se réfléchissant sur
une séi iede îouleaux fixes dans le bain, la pièce y prolongée son séjour en décrivant plusieurs zigzags. Elle sort à l’autre extrémité de la cuve, entraînée par un cylindre enrouleur. On peut même la faire passer ensuite entre deux autres cylindres compresseurs qui en expriment l’excès de liquide imprégnant.
S’il s’agit de pièces rigides et fractionnées, on peut les faire circuler sur une toile sans fin évoluant au sein du bain.
Enfin, quand lu moleur l'ail défaut, il convient de faire adopter l'immersion à l’aide d’un panier qu’on plonge et
Rouleau de réception
qu'on retire au moyen d'une chaîne surpoulie ou d’unlevier, ou mieux à l'aide d’un châssis qu’on peut élever ou descendre dans le bain au moyen d’une crémaillère à manivelle.
Le bcidiyeo nuage ou fonça f/e, qui consiste détendre un enduit ou une couche de couleur sur une des faces d’un produit industriel en nappe etenroulable, à l’aide de brosses, expose aux mêmes inconvénients et donne lieu en outre à des éclaboussures continuelles. On obtient des résultats plus réguliers et plus rapides, tout en améliorant les conditions
Rouleau de bots garni de caoutchouc ( fournisseur )
Base in e
l'ig- 2(i.
Appareil de luuçuÿù.
hygiéniques, si on substitue à la main-d'œuvre un mécanisme facile à saisir. Dans une bassine contenant l’enduit se meut un rouleau en bois garni dune feuille de caoutchouc. Ce rouleau dit fournisseur dans sa révolution charge successivement, et d’une manière continue, tous ses points de 1 enduit qu’il cède par contact à un cylindre dit de réception sur lequel s’enroule la matière à enduire. Dans son excursion celle-ci vient frotter contre une ou plusieurs barres armées de brosses qui répartissent d’une manière régulière l’enduit
reçu.
Fig. 27. — Cylindres à impression.
impression . — Plusieurs des produits soumis à 1 une ou à l’autre des opérations précédentes doivent être ensuite ornementés par des dessins surajoutés au fond ou enduit général.
Ceux-ci s’obtiennent par l’application de moules ou planches fouillées de façon à réaliser les dessins voulus et trempées dans la teinte qu’ils doivent présenter. De là, pour l’ouvrier, une certaine dépense musculaire et un contact inévitable avec la substance d’application.
Mais, dans la plupart des circonstances, il est possible de remplacer les planches à mains par des cylindres à reliefs F représentant le dessin et empruntant le liquide à un rouleau fournisseur A . Il faut toutefois que le cylindre graveur reçoive la pression d’un cylindre compresseur C pour assurer l’impression.
Humectation. — Certains produits industriels ont besoin, à certaines phases de leur fabrication, d’èlro humectés par aspersion. Comme cela est surtout nécessaire pour des tissus, c’est-à-dire pour des produits roulables et déroulables, il est avantageux de recourir àla machine à humecter tracée par le schéma.
Dans une auge se meut une brosse rotative au-dessous d’un tuyau percé de trous et déversant des lilels d’eau. La brosse pulvérise cette eau en la lançant à travers une paroi-
tamis. La pluie tombe sur le tissu, passant d’un premier rouleau à un second.
L’ouvrier est certainement beaucoup moins mouillé que
Tuyeau troue
Fig. 28. — Appareil d’humectation.
s’il aspergeait lui-même. Mais en s’approchant il est encore éclaboussé. Il importe donc de disposer des planches-para-
pluie. Mais il vaudrait encore mieux enfermer tout le système et même entraîner le brouillard par un ventilateur. On éviterait ainsi le séjour dans une atmosphère sursaturée.
La dessiccation des produits de l’industrie peut être singulièrement activée mécaniquement par des appareils, appelés du nom générique à? essoreuses, qui, en extrayant la presque totalité de l’eau d’imbibition, rendent inutile ou moins prolongé le séjour des pièces dans des étuves toujours coûteuses et souvent, nuisibles pour ceux qui les surveillent.
Fig. '20.
Turbine.
Il est des essoreuses qui extraient l’eau en vertu de la force centrifuge. Elles sont de deux ordres, les hydroextracteurs et les turbines. Les uns et les autres comprennent une caisse qui sert d’enveloppe extérieure et qui reçoit l'eau extraite et lancée par la force centrifuge. Dans cette caisse, tourne, avec une vitesse de 1 ,300 à 1,800 révolutions par minute, autour d’un axe vertical mis en mouvement par une roue d’engrenage, un second tambour percé de trous, appelé panier et renfermant la matière à dessécher. La turbine ne diffère de l’hydro-extracteur qu’en ce que le panier est ouvert à sa partie supérieure, de façon à permettre d’in-
troduire de nouvelles quantités de matière et de surveiller le travail pendant la rotation. La dessiccation rapide peut encore être obtenue en faisant enrouler le produit sur un tambour parcouru à l’intérieur par un courant de vapeur. Ici trois causes concourent simultanément au dessèchement : l’évaporation par l’action de la chaleur, l’évaporation par le fait de l’agitation de l’air et l’extraction mécanique par un certain degré de force centrifuge. Ces appareils tendant à saturer l’air, il est nécessaire de les couvrir d’une cheminée d’appel.
La ligure 30 représente un séchoir à vapeur composé. Il comprend cinq ou six cylindres A, A, A. La vapeur arrive par les arbres creux B, B, B. C’esl aussi par eux que s’écoule
l’eau de condensation. Le produit industriel à sécher TT passe d’abord sur un petit rouleau de tension D,puis sur les cylindres en suivant la marche indiquée par les llèches, et vient enfin s’enrouler sur le cylindre I).
Il est, enfin, des produits industriels qu’on se contente
de débarrasser par pression du liquide qui les imprègne. ( In les fait passer entre deux cylindres compresseurs qui réalisent une véritable essoreuse, par compression.
Le laminage a pour but d’étaler et d'allonger une matière
malléable en amincissant déplus en plus la masse première. Il s’obtient en faisant passer celle-ci entre deux cylindres tournant en sens inverse. Si les deux cylindres sont plats, on étire en planches ou lames. S'ils sont cannelés, on pro-
GÉNÉRALITÉS SUR L’HYGIÈNE INDUSTRIELLE. o7
(luit des cylindres dont la section correspond à celle des cannelures. Si l’un des cylindres porte un relief et l’autre un creux correspondant, le corps laminé reproduira la forme du corps engendré par l’intervalle des deux cylindres.
Une opération d’un genre analogue est celle qui fait passer les matières malléables à la filière, afin de les rendre filiformes.
C’est une plaque rectangulaire //'d’acier fondu et très dur, percée d’une série de trous de plus en plus petits et placée entre les coulisses CC qui se dressent au centre du banc à tirer. La matière, est d’abord amenée par un lami-
Fig. 33. — Filière.
noir à cylindres cannelés à l’état de grosse baguette et enroulé sur la bobine A. L’extrémité est engagée dans le trou le plus gros et saisie par une pince que tire une autre bobine B mise en rotation par les roues PR.
Le polissage peut être obtenu à l’aide de cylindres recouverts d’un papier de verre, puis de liège et de papier ou coton condensé.
Pour concasser certaines matières premières, particulièrement certains minerais, il faut remplacer, chaque fois que la chose est possible, la main-d’œuvre par des bocards. Ce sont dqs batteries de pilons ou marteaux qui sont formés par une partie allongée appelée flèche et se terminent, à
Fig. .34. — Cylindre polisseur et ventilateur disposé de manière à empêcher la projection des poussières dans l’atmosphère des ateliers de MM. Boitcl et Giron, à Méru (Oise).
A, cylindre à polir recouvert d'un rouleau de papier de verre et animé d'une vitesse de 1 ,800 tours par minute. — II, touche mobile pressant la pièce à polir sur le cylindre A. — C, caisse enveloppant l'arrière et les côtés du cylindre. — D, boite fermée, ou tambour longitudinal, sur laquelle sont montés tous les cylindres il polir. — E, tuyau reliant sur une extrémité de la boite I) un ventilateur aspirant. — F, ventilateur aspirant do 0™,60 de diamètre et animé d’une vitesse de 1,000 tours à la minute. — R, arbre sur l’extrémité duquel est râlé le ventilateur.
Fig. 36. — Concasseur.
Fig. 35. — Bocarrl.
«0 TH Al TÉ D’HYGIÈNE INDUSTRIELLE.
leur partie inférieure, par une portion massive, qui sont alternativement soulevés par les crochets d’un cylindre que met en mouvement une chute d’eau pour retomber par leur propre poids.
Dans les ateliers le /concassage est obtenu avec des concasseurs qui sont formes de cylindres armés de saillies à , arêtes tranchantes. Ils sont surmontés d’une trémie dans laquelle est versée la matière à concasser.
Fig. 37. — Moulin à moules verticales.
Le broyage de matières peut être obtenu de différentes manières. Il existe en effet un grand nombre d’appareils broyeurs qui trouvent tous leur application plus particulière. Les principaux sont : le broyeur à mâchoires ou de Blake qui consiste en effet en deux branches dentelées et articulées fonctionnant à la manière des mâchoires; le broyeur à cylindres qui se compose d’une ou plusieurs
paires do cylindres en fonte, lisses ou cannelés, juxtaposés comme des cylindres de laminoirs et tournant en sens inverse ; le broyeur à force centrifuge, dans lequel cette force est développée par un mouvement rapide de rotation et vient projeter la matière sur un obstacle résistant on elle se brise et se pulvérise ; le moulin à noix qui est formé d’une petite niasse de forme tronconique en métal très résistant , munie de cannelures hélicoïdales, montée sur un arbre vertical et tournant dans une boite munie aussi de cannelures dans laquelle les matières sont amenées par une trémie en entonnoir; le moulin à meules verticales, qui se compose de deux meules verticales, circulaires ou cylindriques, mon-
tées sur un même essieu et décrivant une piste circulaire sur une aire plane appelée meule dormante.
Le blutage, qui a pour but de séparer les parties pulvérisées de celles qui ne le sont point suffisamment, s’obtient mécaniquement à l’aide d’une caisse dans laquelle tourne un arbre en bois portant des tringles agencées de façon à représenter les arêtes d’un prisme hexagonal. Sur ce prisme sont tendues des toiles métalliques ou de soie. Une trémie permet d’introduire la matière à tamiser dans l’intérieur du prisme. La poudre assez fine pour traverser la toile s'accumule dans un tiroir à la partie inférieure de la caisse.
On est souvent -obligé dans l’industrie de soumettre les matières à une forte pression. L'emploi de presses iï vis de
TRAITÉ D’HYGIÈNE industrielle.
pression, que les ouvriers sont, obligés de faire tourner pour serrer les matières entre deux plateaux, nécessite de leur part un effort musculaire fatigant. Aussi convient-il de ré- 'pandre l’usage de la presse hydraulique, qui d’après le principe de Pascal sur la transmission des pressions dans les liquides multiplie les cll’ets de la dépense musculaire. L’ouvrier n’a qu’à mettre en mouvement le bras de levier d une pompe dont le piston communique à une colonne d’eau de petit diamètre une pression qui se transmet, avec la même puissance, à tous les points d’une contre-colonne
Plateau, immobile
Fig. -39. — Presse hydraulique.
d’eau beaucoup plus large ; agissant à son tour sur un plateau mobile qui serre la matière contre un autre plateau fixe. Cette presse permet d’agir sur une plus grande masse de matière sans nécessiter plus de dépense musculaire.
On doit s’attacher à économiser en toutes circonstances, et autant que possible, la dépense musculaire en même temps que les occasions d’efi'orls capables d’engendrer des hernies, des congestions pulmonaires et des hypertrophies du cœur. Ainsi lorsqu’il s’agit de soulever et d’élever un corps pesant, il faut tout au moins soulager l’ouvrier en le faisant se servir d’une poulie et d’une corde (à la condition toutefois que le travail reste concentré approximativement
dans le même point). Le treuil augmente encore plus la. puissance de l'effet mécanique par rapport à l’effort fourni. La grue est encore plus puissante et permet en outre de déplacer aussi l’objet dans le sens Horizontal. Même quand ces instruments sont mus à main d’homme à l’aide d’une manivelle, ils multiplient considérablement la puissance humaine. Mais dans les grandes industries rien n’est plus facile que de les mettre en mouvement par la vapeur ou une force hydraulique. Dans l’intérieur des usines les monte-charges économisent la dépense musculaire d’autant plus qu’elles permettent de transporter à tous les étages non seulement les matériaux et les produits, mais encore les ouvriers euxmêmes.
Pour l’élévation des substances solides on peut encore,
Fig. -il). — Vis d'Archimède.
suivant les circonstances, se servir de plans inclinés avec trains de Avagons reliés et entraînés par des chaînes, le mouvement étant assuré soit par la vapeur, soit même parfois simplement par la pesanteur.
L’élévation des liquides s’obtient avec la vis d’Arcliimède. soit avec une noria, soit avec une pompe élévatoirc.
Lavis d Archimède est trop connue pour exiger une véritable description. C’est un cylindre incliné mis en rotation par une manivelle ou par une courroie de transmission. Autour de ce cylindre, un tube ouvert à ses deux extrémités décrit des tours de spire. Parle fait de la rotation chaque point culminant des spires devient tour à tour le point le plus élevé et le point le plus bas. Le liquide s’introduisant
TRAITÉ Ü’IIVGIÈNE INDUSTRIELLE.
supérieure tic la vis.
La noria cou sis le en une chaîne double! sans lin. arlicu-
dans le liquide, s’en charger et déverser son contenu au moment où il exécute son mouvement de réflexion à l’extrémité supérieure de la noria. Cette machine peut aussi servir à élever les solides.
Avec la pompe élévaloire, le liquide est élevé par un piston. Mais le monte-jus est certainement ce qu’il y a de plus perfectionné. Il consiste ordinairement en un cylindre en I Ole parfaitement clos, muni de deux robinets latéraux un peu au-dessous de son extrémité supérieure. A l’un d’eux A s’adapte le tuyau amenant le liquide à élever; l’autre B constitue simplement une ouverture de trop-plein qui indique que le liquide amené a atteint le niveau qu’il ne doit pas dépasser pour pouvoir être lancé. Sur un des côtés de la paroi supérieure aboutit un tuyau C destiné à amener de la vapeur. Enfin au centre s’engage un quatrième tuyau 1) qui descend dans l’intérieur jusqu’auprès du fond et qui d’autre part s’adapte à une conduite, laquelle par sa direction et sa disposition peut diriger le liquide vers sa deslina-
La noria consiste en une chaîne double sans fin. articulée, portant une série de seaux équidistants. Dans la course de cette chaîne, chaque seau vient tour à tour plonger
•ourse
T'ig. il. — Noria.
GÉNÉRALITÉS SUR L’HYGIÈNE INDUSTRIELLE. Go
lion nouvelle. On tient d’abord les robinets A et B seuls ouverts. Le liquide à transporter arrive dans le cylindre. Quand il a atteint le niveau ff, ce que l'on sait par l'écoulement qui se produit en B. on ferme ces deux robinets et on ouvre celui de la vapeur. La pression qui s’exerce à la surface du liquide le lance par D vers sa destination. Lorsqu’il est ainsi monté, on ferme la vapeur et on ouvre de nouveau les deux premiers robinets, et ainsi de suite.
Avec tous ces moyens, on économise à la fois le temps,
la fatigue musculaire, et on diminue les chances de contact de l’ouvrier avec la matière transportée.
Entin on peut obtenir un déplacement horizontal, venant offrir méthodiquement et peu à peu la matière à ouvrer à l’organe opérateur, à l’aide d’un chariot ) c’est-à-dire d’un support avançant , d’une quantité mathématiquement calculée et avec une vitesse déterminée, sur des rails.
Accidents des machines. — Les blessures occasionnées par les machines sont excessivement variables sous le rapport de leur siège et de leur nature. Mais elles ont ceci de commun : I" qu’elles donnent rarement lieu à des Poincaré. — Hyg. industr. •»
hémorrhagies, parcequ’elles procèdent presque toujours par arrachement, et qu’elles amènent l’obstruction (les lumières artérielles par la tunique moyenne; 2° qu’elles sont toujours excessivement graves ; 3° qu’elles s’accompagnent de pertes de substance énormes; de broiement des viscères et des os, tout en respectant souvent la continuité de la peau; 4° qu’elles donnent lieu à des suppurations interminables; o° qu’elles sont suivies d’élimination d’esquilles, de fausses articulations, d’infirmités incurables et d’affreuses difformités.
Elles sont dues, tantôt à ce que l’ouvrier a été saisi et entraîné par une courroie de transmission qu’il a voulu replacer dans sa gorge, sans faire arrêter la machine, tantôt parce qu’il s’est trop approché d'une machine avec des vêtements flottants, tantôt parce qu’il l’a touchée par inadvertance. Dans ces cas, il est passé au laminoir ou il est frappé violemment contre le plafond, et la mort est à peu près constante.
Des blessures plus localisées sont produites par le service des machines chez ceux qui sont obligés de livrer et de reprendre les matières premières, ou ouvrées. Les doigts s’engagent dans l’engrenage, la main et le bras sont souvent happés et arrachés, en laissant une plaie irrégulière, par suite des différences de rétraction des divers tissus. Aussi esl-il toujours nécessaire de pratiquer l’amputation beaucoup plus haut. *
Mesures contre les accidents de machines. — Il importe avant tout de ne pas laisser les industriels encombrer leurs ateliers de machines par économie d’espace et de frais généraux, l’on doit même ménager entre elles des passages assez larges pour éviter les frôlements, établir en outre des barrières autour de chacune d’elles, entourer # de gaines les arbres verticaux et les transmissions de mouvements. Les graisseurs automatiques devraient être d’un emploi général, parce que l’opération du graissage que les ouvriers sont obligés de répéter fréquemment est très dangereuse. Il faut établir et maintenir la discipline et l’ordre dans le travail des ouvriers. Avant de mettre les machines
ou train, le mécanicien devra siffler pour avertir tout le personnel. D’autre pari il est aussi nécessaire que chaque atelier soit muni d’une sonnerie d’alarme pour prévenir le mécanicien d’arrêter. Malheureusement il ne peut que stopper et le mal est souvent produit avant 1 arrêt effectif. Aussi est-ce pour les ingénieurs un devoir urgent do trouver un moyen d’obtenir l’arrêt instantané. Contre les projections de fragments par éclats de meules ou de
Courroie
machines à volants, sous l’action de la force centrifuge, il faut établir ce qu’on appelle un bouclier , consistant soit en une plaque de fonte ou de tôle, soit en un treillage en fil de fer très résistant, quand la vue de la machine ne doit pas être masquée. Mais l’hygiéniste doit surtout une grande attention à Y installation des commandes par les courroies. Le moteur met en mouvement un long axe d 'arbre, qui de distance en distance présente une roue-poulie faisant corps et tournant avec lui. Chacune de ces poulies est
chargée de mettre en mouvement une machine distincte à l’aide d’une courroie en cuir, formant deux anses fermées, mise en mouvement par la poulie de l’arbre et transmettant ce mouvement à une autre poulie qui actionne toutes les parties de chaque machine. A chaque instant il y a intérêt à arrêter le jeu d’une machine sans arrêter le fonctionnement des voisines. Dans ce but on dispose à côté de la poulie active de l’arbre une poulie dite folle qui est disposée de façon à tourner sans actionner la machine et sur laquelle on fait glisser la courroie quand on veut arrêter cette dernière. Il ne faut pas permettre d’opérer ce déplacement à la main même armée d’un bâton fourchu, car celui-ci peut être accroché et entraîner l’ouvrier qui le tient. Il faut au moins un désembrayeur fixe, c’est-à-dire un levier terminé en haut par une fourche dont les branches emboîtent la courroie, tout en la laissant libre de circuler, articulé sur un pivot fixé au mur ou au bâti de la machine, levier que l’ouvrier peut faire jouer, soit pour l’incliner sur la poulie folle, soit pour le ramener sur la poulie maîtresse à l’aide d’une corde qui le met hors de toute atteinte. Mais comme dans ces conditions la courroie continue à circuler sans travail utile, non seulement il y a perte de force motrice, mais l’ouvrier peut encore être saisi par la courroie lorsqu’il est obligé de réparer soil elle, soit les parties voisines de la machine; il convient donc de J'immobiliser et de préférer aux poulies folles le système de M. Borland dans lequel le levier porte la courroie sur un plan incliné et immobile placé près de la poulie.
La lumière intense des foyers et des matières en fusion peut engendrer des rélino-choroïdites, et même des cataractes, conséquence de la congestion des membranes vasculaires et de la contraction harmonique de l'iris et du muscle accommodatcur. Les conserves ardoisées sont ici une mesure indispensable.
La chaleur des foyers et celle des étuves provoque des sueurs diffuses qui épuisent de plus en plus l’économie. Il eu résulte en outre une soif inévitable qui conduit presque
fatalement à l’abus.des boissons alcooliques et qui, en tout cas, si elle est satisfaite avec de l’eau, devient la cause de la fatigue et de la dilatation des voies digestives, ainsi que d'une diarrhée débilitante. Dans les étuves et même dans les ateliers mal ventilés, l’air est rapidement saturé, la sueur ne peut plus se vaporiser en rafraîchissant le corps et le calorique s’accumule dans l’économie en produisant un grand malaise et l’acidité du suç musculaire. Si la ventilation est très active, si surtout il y a des déplacements rapides et répétés vers un endroit frais, la sueur se refroidit. De là un élément notable pour la production d’angines, d’amygdalites, de bronchites, de pneumonies et de pleurésies.
La maculation des téguments et des vêtements par les matières employées expose les ouvriers à des effets caustiques locaux et à des intoxications d’autant plus assurées que le poison pénètre consécutivement par la voie digestive. Les mains maculées sont à chaque instant portées à la bouche et elles maculent à leur tour tous les aliments. L’ouvrier peut ainsi rapporter le poison chez lui et compromettre sa famille. Il faut exiger l’emploi de vêtements de travail mis à l’entrée dans l’atelier et défaits à la sortie. U faut imposer une propreté excessive et par conséquent mettre à la disposition des ouvriers des lavabos et des bains. Enfin on doit travailler à étendre de plus en plus l’emploi de procédés mécaniques et en vases clos.
Les mauvaises conditions physiologiques générales relèvent de la durée du travail, de l’àge, du sexe, du mode de recrutement, du logement et de l’alimentation, de l’éclairage, du chauffage.
Le rendement de la machine humaine est limité et obéit à la loi physiologique de l’intermittence. Le travail ne saurait être continu ni même prolongé sans repos, qu’au prix de l’altération et même de la destruction de la machine. Du moment où il doit être limité physiologiquement, il doit l’être aussi administrativement. Je ne partage pas I opinion de M. Napias qui estime que l’État ne doit inter-
venir (pie pour le mineur dont il est le tuteur, et qu’à l’adulte il ne doit que la liberté. Car ici ce n’est pas l’ouvrier qui peut être le juge de son propre intérêt, et en matière de santé il est un véritable mineur. Je n’altaehc aucune importance à l’argument, mis tant de fois en avant, d’après lequel, les heures supplémentaires résultant d’un contrat passé entre le patron et l’ouvrier, celui-ci est libre d’accepter ou de se retirer. Car l’ouvrier est souvent obligé de céder devant les sollicitations impérieuses de la misère. Pour beaucoup, l’entrée à l’usine est l'unique ressource, quelles que soient les conditions faites. Le surcroît de salaire n’est nullement un correctif, et Michel Lévy a outrepassé la vérité en disant : « L’argent, c’est, de l’hygiène enmagasinée. » La première condition du bien-être et de la santé est de ne pas se surmener et de ne pas passer toute son existence dans un milieu toxique. Le confortable intérieur ne pourra jamais couvrir un pareil déficit. D’ailleurs il faut bien peu connaître la classe ouvrière pour ne pas savoir que, la plupart du temps, les suppléments de paye vont s’user dans les cabarets, en ajoutant une cause de détérioration de plus pour la santé.
En France la loi fixe à douze heures le travail des adultes; mais elle admet des exceptions pour certains cas qui ont été précisés dans le décret du 17 mai 1851 et celui du 31 janvier 1866. Parmi ceux-ci il en est qui peuvent se présenter dans toutes les industries et d’autres qui sont basés sur la nature de quelques industries. Les cas communs à la plupart des industries, sinonà toutes, sont relatifs à l’entretien et à la surveillance des chaudières, des étuves, séchoirs, dont l’action ne doit pas subir d’interruption; au travail particulier des chauffeurs et des mécaniciens qui doivent préparer la mise en train avant 1 arrivée des ouvriers et ne quitter leur poste qu’après eux; aux fonctions des gardiens de nuit, au nettoiement périodique des machines et aux réparations nécessitées par un accident. Quant aux exceptions spéciales, elles seront signalées a propos des industries qui en sont l’objet .
Pour le travail dangereux, l’alternance est une mesure de premier ordre. Ce ne sont pas toujours les mêmes ouvriers qui doivent y être employés. 11 faut établir des escouades passant tour a tour au poste dangereux. L habileté acquise et l’adaptation peuvent y perdre, mais c’est là un palliatif qui doit dominer toute autre considération. Quand l'alternance est rendue à peu près impossible par les ressources du personnel ou par les aptitudes spéciales exigées par le genre de travail, il faut tout au moins y suppléer par un grand fractionnement du travail, par de courtes et fréquentes sorties en plein air.
l’ne mesure désirable serait un examen médical préalable de chaque ouvrier, afin d’établir une véritable sélection dans le travail, ou adaptation de l’occupation aux conditions physiques personnelles, afin de ne demander jamais à chaque machine humaine que ce qu’elle peut donner.
Relativement kVdqe, la loi du 19 mai 1874 fixe à dix-huit ans le début de la période du plein travail. Avant dix ans, tout travail industriel est interdit. De dix ans à dix-huit, il n’est toléré qu’avec des restrictions. C’est là la période de X enfance ouvrière. Avant seize ans le travail de nuit et celui du dimanche sont interdits. Il est un certain nombre d’industries dans lesquelles les enfants ne peuvent pas travailler avant seize ans. Nous indiquerons ces exceptions au fur et à mesure. Pour assurer l’exécution de cette loi, le législateur a prescrit qu’un véritable contrat soit passé entre le patron et l’enfant ouvrier et établi suivant des conditions déterminées; que des visites de surveillance soient faites fréquemment par des fonctionnaires appelés inspecteurs divisionnaires du travail des enfants; qu’il soit institué en outre des commissions locales destinées à exercer une influence morale considérable. Enfin il a fixé les pénalités applicables aux divers cas d’infractions. Tout cela est parfaitement conçu, mais en pratique la chose laisse encore à désirer. La surveillance est facilement trompée. Il faudrait des enquêtes auxquelles on intéresserait le plus de monde
possible de la localité et non plus de simples visites, presque toujours régulières et souvent prévues.
L’enfant ne devrait pas être retenu plus de six heures à l’usine, et encore avec un ou deux intervalles de repos, do façon à ramener à cinq heures le total du travail effectif.
Ei i ce qui concerne le sexe, quel que soit son âge, lafomme ne doit pas être soumise au même régime industriel que l'homme, car elle offre beaucoup moins de résistance que lui et donne plus facilement prise à tous les germes morbides. Il faut surtout songer qu’avec elle la propagation de l’espèce et la valeur des générations futures se trouvent plus particulièrement compromises, et que par conséquent ce n’est pas seulement l’intérêt individuel qui est mis en jeu, mais encore l’intérêt national. En effet l’intoxication industrielle détermine spécialement l’avortement, les accouchements prématurés ainsi que la fréquence des mort-nés, et devient ainsi une des grandes causes de la dépopulation. En tout cas les survivants viennent porter en eux, à une plus haute puissance, la détérioration paternelle, contribuant ainsi pour une large part à la déchéance de l’espèce humaine et à l’affaiblissement de la force nationale.
Il est à remarquer qu’actuellcment, en France, on se montre moins exigeant que dans les pays où le sentiment mercantile étouffe habituellement tous les autres. Tandis qu’en Angleterre la loi n’assimile jamais la femme à l’homme et la maintient, toute son existence, dans les conditions industrielles de l’adolescent, en France, dès l’âge de dix-huit ans, on cesse de la protéger, elle qui joue le plus grand rôle dans le nombre et la valeur des générations futures. Disons toutefois que la loi du 19 mai 1874 n’autorise le travail de nuit et du dimanche qu’à partir de vingt et un ans.
L’atelier est Y habitation le plus souvent occupée par l’ouvrier. En dehors des moyens de ventilation, ce milieu du travail doit donc présenter certaines conditions favorables au bien-être de l’ouvrier. L’éclairage de jour, se faisant par des vitraux disposés en toitures obliques et aller-
nant avec des plans pleins, paraît être le plus favorable au travail des yeux. L’éclairage de nuit se fait le plus généralement au gaz, et parfois au pétrole, surtout à la campagne. Quoique le gaz crée des dangers par les fuites, et dégage trdp de calorique et une grande quantité de produits de combustion; quoique le pétrole expose à des dangers d’incendie et répande des odeurs qui ne sont pas sans inconvénients pour les voies pulmonaires et le cerveau, il est certain qu’en raison de la puissance de leur lumière ces deux modes d’éclairage artificiel sont préférables aux lampes à huile, mais il importe de multiplier assez les becs pour qu’ils éclairent beaucoup, tout en étant placés bien audessus du plan horizontal de la vision. Un palliatif heureux serait de leur appliquer aussi le système d’évacuation dont il a été question. L’application de l’éclairage électrique tend à se répandre de plus en plus. Nous n’avons pas à faire ressortir les avantages qu'il offre à l’industrie, mais à apprécier sa valeur hygiénique. Les soubresauts et les scintillements particuliers à la lumière électrique doivent certainement fatiguer la rétine. 11 importe donc de disposer les foyers de façon à ce qu’ils ne frappent pas directement les yeux des ouvriers. Toutefois les lampes d’Édison, surtout quand elles sont alimentées par des accumulateurs, donnent une lumière fixe et facile à régler. Aussi Mantbner les regarde-t-il comme très favorables dans les ateliers, d autant plus qu elles rendent plus délicat le sens des couleurs, ce qui est important dans l’industrie (1 ). Cette lumière en raison de sa richesse en rayons électro-chimiques active trop fi* roulement nutritif des veux, il faut recommander 1 emploi des conserves de la couleur complémentaire du violet, c est-à-dire jaune. 11 est enfin un danger d’un autre ordre contre lequel il convient de mettre en garde les ouvriers. Ainsi que Grange l’a établi (2), un homme peut être foudroyé en touchant les fils conducteurs alimentant les lampes électriques. Le bulbe rachidien est le point de l'on-
(1 ) Annales d'hygiène , t. XIV, 3° série, p. 100.
(»' Ibid., 1885. t. XIII, !1° série.
74 TRAITÉ D’IIYGIÈNE INDUSTRIELLE.
céphale le plus «(‘lisible à l’action dos courants électriques intenses. Cela arrête la respiration. Le danger est plus grand avec les générateurs électriques à courants alternatifs qu’avec ceux à courants continus. Dans l’intérêt de la vue des ouvriers, il convient encore de donner aux murs une teinte vert d’eau.
Le chauffage par circulation d’eau chaude est le plus hygiénique pour les ateliers. Mais on peut aussi accepter le chauffage par la vapeur qui permet d’uLilisor la vapeur perdue des machines.
L’antagonisme entre l’intérêt du public et celui du travailleur se fait sentir jusque dans les détails de constructions. Pour éviter les infiltrations vers le voisinage il est de règle de rendre le sol imperméable soit par un bon dallage, soit par une couche de bitume. Or, un industriel, doublé d’un hygiéniste distingué, M. Koechlin Schwartz (1), déclare que les ouvriers redoutent l’asphalte, parce qu'il fait gonfler les pieds. Ce qu’ils préfèrent ce sont les planches d’abord, puis, à leur défaut, la brique et au besoin les carreaux. Mais ils redoutent le ciment presque autant que le bitume.
Contre l’imprégnation des murs et des planches par les miasmes humains, les gaz et les vapeurs industrielles, il faut des lavages et des balayages fréquents, le blanchiment périodique à la chaux, le savonnage fréquent des peintures qui doivent être en outre renouvelées au bout de six à sept ans.
Pour les yeux c’est un perfectionnement utile que d’adoucir la teinte blanche des murs par l’addition d’un peu de bleu.
Au point de vue du danger d’intoxicaLion, non seulement il faut défendre aux ouvriers de manger dans les ateliers, mais on devrait rendre obligatoire la construction de réfectoires situés hors de l’enceinLe ou n’ayant d ouverture qu a l’extérieur. Car en prenant leurs repas dans les cours et
(I) Rnvuc d’hygithu ?, avril T S S a .
sous los hangars, les ouvriers no soûl pas encore a 1 abri du danger. D’ailleurs la surveillance pour les soins de propreté ne peut plus s’exercer du moment où on laisse les ouvriers se disséminer dans les cours à l’iieurc des repas.
En vue des empoisonnements, il faudrait aussi que chaque industriel fût mis, par une instruction administrative, au courant des premières manifestations du genre d intoxication inhérente à son industrie et qu'il imposât lui-même la suspension immédiate du travail. Il devrait même avoir toujours sous la main les substances capables de paralyser ou d’atténuer l’action du poison et être instruit du mode d’administration.
Enfin il y aurait intérêt à introduire chez nous la loi anglaise de 18Ü8 qui donne presque force de loi aux règlements intérieurs et aux instructions disciplinaires adoptées par les chefs d’usine. 11 suffit que l’industriel soumette son projet au ministre, et une fois que ce dernier l’a approuvé, il acquiert la valeur d’un règlement de police, c’est-à-dire que les prescriptions deviennent obligatoires et que les infractions relèvent des tribunaux.
Notions générales sur les empoisonnements communs à plusieurs industries. — Dans l’intérêt même de l’économie de l’exposition, il convient de présenter encore des généralités sommaires sur la symptomatologie de quelques empoisonnements produits par des substances qui figurent dans le cortège toxique de plusieurs genres d’industries. Grâce à elles, il suffira dans les descriptions particulières de renvoyer à cette base commune, tout en signalant les particularités introduites dans le tableau clinique par la variété chimique de la substance à incriminer, par son mode de manipulation et scs conditions d’absorption.
Les empoisonnements qui se rencontrent dans plusieurs industries sont ceux produits par les émanations carboniques, l’acide sulfureux, les vapeurs nitreuses, l’acide azotique, le chlore, l’acide sulfhydrique, l’acide cyanhydrique, 1 acide phonique, le sulfure de carbone, les émanations
mercurielles, les produits arsenicaux, les produits saturnins et cuivreux.
Émanations carboniques. — Les gaz qui vicient le plus souvent les atmosphères- industrielles sont l’acide carbonique et l’oxyclc de carbone, parce que non seulement beaucoup de réactions chimiques leur donnent naissance, mais parce qu’il n’est pas d’industrie qui ne nécessite l’emploi du feu.
On s’accorde aujourd’hui à considérer l’acide carbonique comme dénué de toute action toxique, et comme étant seulement irrespirable à deux titres : d’abord parée qu'il ne peut revivifier le sang, ensuite parce qu’en vertu des lois de l’osmose il empêche la sortie de l’acide carbonique engendré dans l’économie. Mais, même en ne lui accordant que ce mode d’action, on est obligé de reconnaître que son mélange à l’air, au troisième et même au dixième, détermine une sensation de chaleur qui, d’abord limitée à la poitrine, s’étend ensuite à tout le corps, de la congestion de la face, une augmentation de fréquence dans la respiration, un peu de vertige, de l’oppression. A une dose plus forte, on produit chez les animaux de l’anesthésie.
L’action toxique de l’oxyde de carbone est au contraire incontestée. La présence de ce gaz dans l’atmosphère produit des nausées, de la céphalalgie, un sentiment de compression aux tempes, des bourdonnements, des éblouissements, de la somnolence, de l’insensibilité progressive, une grande résolution musculaire, puis de véritables paralysies. La circulation capillaire est considérablement ralentie. La respiration devient lente et pénible. Si l’action est forte et prolongée, il survient du coma suivi de mort au milieu d’un calme ressemblant à de la léthargie. On sait que, d’après LL Bernard, l’oxyde de carbone tue en se substituant à l’oxygène des globules qu’il paralyse en les rendant ainsi inaptes aux combustions organiques.
Quand l’oxyde de carbone est inhalé à dose filée et tous les jours, il détermine un état d’anémie se signalant spécialement par des névralgies et un étal de névrose corn-
parable à ce qu’on observe chez certains hystériques.
Émanations sulfureuses. — L’acide sulfureux qui se dégage dans les fabriques de chapeaux de paille, d’exploitation des pyrites, de bleu d’oui re-mer, de blanchiment de la soie, de la laine et des plumes, etc., a été considéré comme peu dangereux par Carminati, Hirt, Lreets (1). Hirt en particulier prétend qu’un ouvrier peut, sans le moindre trouble respiratoire, vivre dans un milieu contenant 7 p. 100 d’acide sulfureux, que quelques-uns seulement éprouvent un certain allanguissement des fonctions digestives. Eulcnberg (2) estime qu’elles nuisent un peu, uniquement parce qu’elles entraînent la plupart du temps avec elles des vapeurs arsénicales ou nitreuses.
Zeller (3) le regarde au contraire comme étant toujours très dangereux. Le docteur japonais Ogata a établi leur nocuité d’une façon plus précise. 11 suffit de moins d’un demi-millième, non seulement pour produire une vive irritation des yeux et des voies pulmonaires, mais même pour déterminer la mort chez les petits animaux. Diverses expériences le portent à penser que l’acide sulfureux tue par un mécanisme analogue à celui de l’oxyde de carbone, c’est-àdire en accaparant l’oxygène des globules. Lui, le ferait pour se transformer en acide sulfurique.
D’ailleurs j’ai pu m’assurer, par une enquête personnelle, que les ouvriers des usines où ce gaz se dégage éprouvent souvent de la céphalalgie, de l’inappétence, des douleurs stomacales et intestinales, de la toux quinteuse ressemblant à celle de la coqueluche, de l’oppression, des angines et des ophtalmies fréquentes à forme catarrhale. Enfin les émanations sulfureuses peuvent nuire assez à la végétation environnante pour motiver des dommages-intérêts.
Emanations sulfuriques. — En ingestion, l’acide sulfurique produit une violente inflammation et des eschares des
W vergiftung mit schwcfliger Silure Inaugural Abhandlung Tùbin-
2) Handbuch dur Gewcrb. Hygiène , Berlin, 1,S*G.
t:J) Annales d'hygiène , t. XX, '2e série, 1803, Chevalier.
voies digestives, sur lesquelles il est d’autant moins utile d insister que, dans son travail normal, l’ouvrier ne peut être exposé qu’aux vapeurs de cette substance; et encore il est deux circonstances qui tendent à atténuer considérablement leurs effets. C’est d’abord que la pesanteur spécifique de cet acide abat bien vite sur le sol les vapeurs qu’il peut dégager. La seconde c’est que cette, vapeur accapare instantanément l’humidité de l’air et n’arrive plus dans les voies intérieures que notablement diluée. C’est probablement ce qui fait que, sous ce rapport, la clinique industrielle n’a rien signalé de bien spécial. Néanmoins Eulcnberg (1) n’hésite pas à attribuer à. l’inhalation de ces vapeurs les cas où les ouvriers se plaignent d’acidité de l’estomac et de troubles dans la digestion. Ajoutons que si on enferme un animal sous une cloche avec une capsule contenant de l’acide sulfurique fumant, il se produit de l’irritation manifeste des muqueuses conjonctives, nasale et labiale, puis plus tard de la toux. L’inflammation des bronches peut à la longue devenir assez intense pour produire l’asphyxie.
Vapeurs nitreuses. — Elles se produisent dans plusieurs industries, entre autres dans la fabrication des acides azotique, sulfurique, arsénique, oxalique et picriquc, de l’arséniate de soude, du persulfate de fer, de la nitro-benzine, dans les ateliers d’orfèvrerie et de dorure.
Leur dégagement donne lieu à une vive irritation des bronches et parfois à de la rougeur de la peau, et on attribue généralement ces effets à une action simplement caustique. Mais Blev (2) qui a vu trois cas très graves dus à ces vapeurs et qui, dans une autopsie, a pu constater non-seulement une congestion pulmonaire, mais encore une congestion cérébrale, estime qu’il s’agit d’un véritable empoisonnement par absorption. Le qui le prouve à ses yeux, c’est que les accidents se manifestent, non immédiatement, mais après quelques heures de calme. Il admet qu il
(1) llundbuch dur Cewerbe. Hygiène, Berlin, p. ICI.
(2) Annales d'hyf/iène, 1 830, p. 281.
v a primitivement une altération du sang- qui agit ensuite sur le cœur eu déterminant une asystolie. Celle-ci serait la cause directe des congestions cérébrale, pulmonaire et cutanée.
L’action directe et caustique sur les voies respiratoires 11e saurait cependant être contestée ; car dans un cas mortel, Tardieu et Houssin ont trouvé la plus grande partie des poumons tachetés en jaune et réduits en une véritable gelée offrant une réaction très acide (1). Toutefois les accidents graves sont excessivement rares, parce qu’011 11e saurait être surpris par de forts dégagements, car ils ne se produisent que sous l’influence de l’addition de réactifs que l’ouvrier introduit lui-même. Il sait par conséquent quand le danger va éclater et il peut se tenir sur ses gardes. En outre la teinte rutilante de ces vapeurs les décèle toujours. Mais il est probable que, malgré ce genre d’avertissement, il se produit assez souvent des accidents qui, sans être mortels, n’en sont pas moins sérieux et qui passent inaperçus, faute de publicité. Du reste des cas de bronchites capillaires graves ont été signalés par Sucquet, Cliarier, Desgranges et Tandler (2) ; la gravité de ces bronchites tient probablement à une généralisation très rapide. J’ajouterai enfin que les expériences que j’ai pratiquées m’ont montré, comme à Eulenberg, que les animaux plongés dans une atmosphère nitreuse meurent et présentent, en même temps qu’une forte hypérémie des centres nerveux, des poumons gorgés de sang, criblés de petits noyaux apoplectiques et dans un état de ramollissement très marqué. De toutes les vapeurs, ce sont celles qui enflamment le plus la conjonctive.
Vapeurs d’acide azotique. — Elles déterminent une toux très violente, de la dyspnée et même une suffocation promptement mortelle. Il est vrai que le dégagement azotique est toujours accompagné d’un dégagement azoteux.
Emanations chlorées. — Le chlore que les ouvriers son!
(1) Annales d'hyr/iène, 2e série, t. XLIV, 1875, p. .3 15.
(2) Archiv der Ueilkundn , l. X’X, p. 5>l.
exposés à respirer, particulièrement dans les fabriques d’eau de javelle, de soude, de papiers, dans les lavoirs, les' blanchisseries et dans les ateliers de damasquinage des canons de fusil, détermine du larmoiement, une vive irritation de la conjonctive qui, à la longue, peut devenir une ophtalmie rebelle, du coryza, des accès de suffocation avec un spasme intense de la glotte, de la toux violente, des hémoptysies, des pneumonies excessivement graves, des bronchites catarrhales et de la pneumonie caséeuse. Lorsque l’absorption porte sur du gaz pur, il peut en résulter une asphyxie complète. D’après Hirt, toutefois, une atmosphère qui n’en renferme qu’un demi-centième peut être considérée comme à peu près innocente.
Acide, su! f hydrique. — Il se dégage particulièrement dans les tanneries, l’exploitation des vidanges, les usines cà gaz, la fabrication de l’oxychlorure de plomb, les raffineries, les fabriques de produits chimiques, les ateliers de bronzage.
Il est surtout nuisible quand il est à l'état naissant et qu’il résulte de la combinaison directe de l'hydrogène avec le soufre. Les expériences de Hoppe-Seyler tendent à prouver qu’il altère considérablement le sang, qu’il chasse l’oxygène de sa combinaison avec l'hémoglobine ainsi que le démontre l’examen spectroscopique. Les dispositions personnelles sont pour beaucoup dans les effets observés. Dans une même atmosphère chargée de ce gaz, on verra des ouvriers tomber comme foudroyés, tandis que d’autres se plaindront seulement de malaise général et de douleurs à l’estomac ; toutefois si ces derniers séjournent longtemps ils peuvent arriver à une perte de connaissance.
A l'autopsie, on trouve le sang liquide et ayant absolument la couleur de l’encre. 11 n’y a point d’autres lésions. Le qu’il y a de très singulier, c’est que la tolérance ne s’établit point ; les personnes très impressionnables à cette action y deviennent de plus en plus sensibles a mesure quelles s’y exposent. Presque toutes, même quand elles n’ont pas éprouvé d accidents graves au début, finissent, a
travers les années, par tomber dans un état cachectique caractérisé par de l’anorexie, des pesanteurs d’estomac, la décoloration des muqueuses, une teinte jaune-paille de la peau, de l’anémie, de la gène des mouvements de la respiration, une faiblesse générale, et des éruptions furonculeuses.
Acide cyanhydrique . — Plusieurs opérations industrielles soumettent les ouvriers à l’action de cette substance, ce sont : la teinture et l’impression en bleu de Prusse des étoffes, la fabrication et la manipulation de certaines substances explosives, la dorure et l’argenture galvaniques, la fabrication des cyanures et même celle du gaz d’éclairage.
C’est certainement une des substances les plus dangereuses. Son inhalation tue les cobayes en une seconde, et les lapins en ‘trois secondes. L’application d'une seule goutte sur l’œil tue en vingt secondes (1).
Acide phénique et phénols. — Dans les industries où les phénols entrent en scène, soit comme production, soit comme agents dtg réaction, l’ouvrier est exposé à avoir, à chaque instant, les téguments maculés par eux, et il peut en résulter une brûlure au troisième degré. Leur ingestion dans les voies digestives ne peut être que le résultat d’une méprise pu d’un crime. Mais il est évident que ces accidents ont plus de raisons de se produire là où ces substances entrent dans le maniement journalier. Si la dose ingérée 11e dépasse pas 4 grammes, il ne se produit qu’une sensation de brûlure dans les voies digestives, des étourdisse-
ments passagers, des fourmillements des doigts, et -le poison s’élimine assez rapidement par les voies pulmonaires ; à haute dose, la mort est constante et est précédée de nau-
sées, de vomissements, de respiration stertoreuse avec haleine caractéristique, de battements du cœur tumultueux, de fréquence et de petitesse du pouls, d’angoisse, de prostration, de stupeur et de délire alternant avec des syncopes. A 1 autopsie, on trouve les poumons congestionnés, criblés •1 infarctus, le foie, les reins stéatosés, et de l’inflammation
1) Annales d'hyr/iène, 2° série, t. XL, p. 227. Poincaré. — Hyg. industr.
parfois ulcéreuse des voies digestives. Les urines renferment de l’acide pliénylo-sulfurique.
Sulfure de carbone. — Cinq industries exposent à l’action de cette substance. Ce sont l’industrie du caoutchouc, celle des apprêts d’étoffes, les filatures de laine, les huileries et surtout la fabrication de ce produit chimique.
Suivant Arrigo Thomassia (1), cette substance une fois pénétrée dans le sang s’emparerait immédiatement de la graisse phosphoréc des globules, transformerait l'hémoglobine en hématine, ainsi qu’on peut le constater par l’analyse spectrale, et dépouillerait complètement le sang de ses propriétés respiratoires et nutritives. Elle tuerait par asphyxie d’hématose.
Mes expériences personnelles n’ayant point porté sur l’état du sang, je ne suis autorisé ni cà confirmer ni à infirmer cette assertion. Mais elles m’ont montré que, si le sang est forcément touché le premier et sert d’intermédiaire inévitable entre l’atmosphère toxique et les centres nerveux, ce sont en définitive ces derniers qui deviennent le théâtre de l'empoisonnement. Ils sont le siège d’une hypérémie intense et d’un travail inflammatoire aboutissant par places à une dégénérescence pulpeuse du tissu nerveux. La symptomatologie observée concorde, du reste, parfaitement avec ces résultats anatomo-pathologiques. Ou constate en effet pendant un certain temps des phénomènes d’exaltation portant sur toutes les sphères d’action des centres nerveux. Puis à cette période d’exaltation succède une période de collapsus et d’anéantissement progressif de tou tes les manifestations nerveuses. Les troubles d’excitation consistent en une céphalalgie intense, vertiges, douleurs fulgurantes des membres, crampes violentes, éblouissements, bourdonnements d’oreille, grande irritabilité de caractère, hypéresthésie générale, grande excitabilité musculaire et génésique, métrorrhagies, palpitations cardiaques, nausées et vomissements.
(I) Annales d’ liygiône, 1882, p. 292.
La dépression consécutive se manifeste par du découragement. de l’abattement, de la tristesse, un affaiblissement des membres qui rend la marclie traînante, chancelante et pénible, et qui devient une véritable paralysie, 1 insensibilité des téguments , 1 impuissance genesique et la déchéance intellectuelle.
Toutefois, dans un récent rapport adressé au Conseil d'hygiène de la Seine, Dujardin-Beaumctz a innocenté à peu près complètement le sulfure de carbone à la suite d’expériences pratiquées par lui, et d’une enquête industrielle ayant porté sur toute l’Europe. Selon lui, les accidents signalés par Delpech et Bouchardat seraient dus à ce qu’aut refois on n’employait que du sulfure impur, dégageant beaucoup d’acide sulfhydrique. Tout ce qu’il concède, c’est qu’il peut y avoir un peu de nocuité, lorsqu’il s’agit du travail en chambre.
Vapeurs de térébenthine. — Elles sont loin d’être simplement désagréables, comme on le pense généralement. Les observations produites [par Chevalier (1) prouvent qu’elles déterminent souvent de la céphalalgie, des vertiges et de l’anorexie. J’ai depuis, par une enquête ayant porté sur des peintres en boiseries et sur porcelaine, reconnu la vérité fie ces assertions. J’ai en outre constaté une espèce d’ivresse, une grande irritabilité de caractère, des picotements aux yeux et des sensations lumineuses subjectives, des angines granuleuses, du coryza et de la toux. Chez les animaux, en poussant l’empoisonnement à sa dernière limite, Lierscli (2) a vu qu’il en résulte une asphyxie comme avec les vapeurs carboniques, de l’agitation, de l’affaissement, de la titubation, de la paralysie des extrémités et des mouvements convulsifs.
Emanations mercurielles. — Les industries qui exposent à l’absorption du mercure sont : l’extraction et le traitement du minerai, la fabrication des sels de mercure, des glaces, des papiers peints, des (leurs artificielles, des chapeaux de
(1) Annales d'hygiène, 2e série, t. XX.
(2) Viertel jahr schrift. f. gericht mcd., oct. 1862.
8t TRAITÉ D’HYGIÈNE INDUSTRIELLE.
soie cl de foutre, des bijoux, des draps imprimés, des couleurs d’aniline, la dorure, le damasquinage fies fusils.
Dans chacune de ces industries, l’intoxication mercurielle revêt parfois un cachet particulier que nous ferons ressortir dans leur étude spéciale. Ici nous nous en tiendrons au tableau général des accidenls possibles.
La maladie la plus fréquente, et celle qui est généralement la première en date, consiste en la stomatite mercurielle qui peut affecter la forme aiguë ou la forme chronique. Dans le premier cas, l’inflammation de la bouche acquiert très rapidement et presque instantanément une violence extrême ; les ganglions et les glandes salivaires prennent de suite un développement considérable. La muqueuse buccale et la langue se tuméfient au point que cette dernière ne peut plus se mouvoir, ni môme être contenue dans la cavité. La salivation est des plus abondantes. Les ulcérations d'abord multiples et distinctes se fusionnent et toute la surface se trouve ulcérée. La parole et l'alimentation deviennent impossibles. Les douleurs sont atroces et produisent une insomnie absolue. La mort peut se produire par épuisement et par excès de souffrances.
Dans la stomatite chronique qui, le plus souvent, est précédée de l’aiguë, mais qui peut s’établir d'emblée et d’une manière progressive, ce qui frappe le plus d’abord, c'est l'balcine insupportable des ouvriers. La salivation, les ulcérations et les engorgements glandulaires font presque défaut. Les gencives sont seulement fongueuses et avec un liséré d’un rouge vif. Mais ce qu’il y a de plus cruel et d’inévitable, ce sont le déchaussement et la chute des dents, chute qui se fait souvent sans douleur et que les ouvriers désirent du reste, parce qu’elle la fait cesser, s'il en existait avant. Somme toute, on peut dire que ce qui distingue la stomatite industrielle de la stomatite thérapeutique, ce sont son excessive intensité et sa gravité.
Vient ensuite, dans l’ordre chronologique et comme fréquence, Y encéphalopathie mercurielle , plus généralement désignée par l’une de scs formes, sous le nom de tremble-
ment mercuriel. Elle s’annonce par une insomnie persistante, par la faiblesse des mouvements des membres, qui, en outre, sont beaucoup moins assurés. Bientôt les membres deviennent le siège de frémissements et de vacillations.
Enfin il s’établit un tremblement qui est analogue à celui n de la paralysie agitante et qui rend impossible tout travail manuel. 11 est variable dans son intensité et n’est point continu. Il cesse dans le repos absolu et augmente sous l'influence des boissons alcooliques, des fatigues et des variations atmosphériques. Plus tard il se produit des douleurs lancinantes intolérables qui parcourent le membre de son extrémité à sa racine, une paralysie des extenseurs, des accès convulsifs, des contractures qu’on regarde comme la conséquence delà paralysie partielle, un affaissement intellectuel qui bientôt rend l’ouvrier impropre à toute espèce de travail .
Ajoutons qu’il existe dans la science un certain nombre d'observations signalant du délire, des hallucinations, de l’épilepsie, de la manie, de la démence, et de la paralysie générale. Charpentier (d) vient encore d’en publier une où ces symptômes cérébraux se sont montrés. Malheureusement, la plupart du temps, les sujets ne sont point indemnes d’alcoolisme, et il est difficile de faire la véritable part du mercure. Toutefois Lunicr a vu la paralysie générale être complètement imputable à l’ hydrargyrisme. Enfin Maréchal (2) a signalé une émotivité excessive, de l’insomnie, de l’anesthésie et de la chorée.
Il peut aussi s’établir ce qu’on appelle la cachexie mercurielle. Elle traduit une altération du sang, dont la nature spéciale n’est pas encore déterminée, un affaiblissement général et une perturbation de toute la vie de nutrition. On voit en outre apparaître divers phénomènes d’apparence syphilitique, tels qu’ulcérations caractéristiques des muqueuses nasale et buccale, gonflement des ganglions cervicaux, périostoses de la tête, du tibia et du fémur, douleurs
(1) Revue d’hygiène , 1885, p. 181.
'2) Journal rf'ki/fjiAne, US3.2 avril 1885.
nocturnes , éruptions maculouses , papuleuses ol squameuses sur la poitrine cl le cuir chevelu.
Les femmes sont sujettes à des avortements et à des accouchements prématurés. Les enfants naissent chétifs, maladifs, rachitiques et meurent souvent on bas Age. Ces effets désastreux par la dégénérescence de la race se produisent lors même que l’homme seul travaille, mais ils sont bien plus marqués quand le père et la mère le font.
Un fait digne de remarque, c’est que sous l’influence de la cachexie mercurielle, les cheveux après être tombés peuvent repousser en plus grande abondance et avec une teinte plus foncée. Enfin il est une remarque qu’il importe de faire, c’est que l'encéphalopathie et la cachexie mercurielles peuvent éclater sans avoir jamais été précédées de stomatite et du moindre malaise, et cela après un très grand nombre d’années de travail, de sorte que dans les inspections il ne suffit pas de surveiller seulement ceux qui ont eu de la salivation.
Mergel (1) a émis une opinion qui parait assez paradoxale. Selon lui les vapeurs de mercure ne sont pas nuisibles quand elles sont émises à la température de l’air ambiant, parce qu’ alors elles ne peuvent pas s’y condenser. Il prétend même que dans ces conditions ces vapeurs sont favorables à lii santé, qu’elles donnent de la vigueur et de l’embonpoint..
Émanations et poussières arsenicales. — L’arsenic est peut être la substance toxique qui figure dans le plus grand nombre d’industries. Un observe rarement, sinon jamais, la reproduction du cortège symptomatique qui caractérise l'empoisonnement criminel par l’arsenic, c’est-à-dire des coliques violentes avec vomissements répétés ; delà cyanose, une grande prostration, de l’enrouement, de l’anurie, des eschares consécutives, etc. Il faut pour cela que l'économie reçoive à la fois des quantités d’arsenic dont l'introduction ne se réalise jamais dans le fonctionnement
(I) Revue sanitaire de Bordeaux , K) février I88T>, p. -i:i.
GÉNÉRALITÉS SUR L’IIYGIÈNE INDUSTRIELLE. R7
normal des industries. Le fait ne peut scpiesentei que sous l’intluence d’une méprise accidentelle ou d’une intention criminelle, au meme titre que dans toutes les autics cnconstances de la vie sociale. 11 peut arriver toutefois qu’un ouvrier inspire tout d’un coup une grande quantité de vapeurs arsenicales, lorsqu un creuset ou une chaudière viennent à éclater et livrer leur contenu à une volatilisation brusque et considérable sur les charbons ardents. Encore, dans ce cas, les effets diffèrent-ils des précédents et consislent-ils surtout endos vomissements avec syncopes, une ardeur excessive à la gorge et la petitesse du pouls. Mais dans les conditions ordinaires, c’est-à-dire lorsque 1 ouvrier subit une action pour ainsi dire très diluée mais répétée tous les jours, les effets prennent un tout autrti caractère. G est comme un capital lentement acquis, mais grossissant sans cesse et ne portant intérêt qu’après un certain temps d accumulation.
Les premiers effets, et les plus apparents, sont même locaux et résultent de l’action caustique cathartique des matières arsenicales. Ce sont des plaques érythémateuses siégeant particulièrement aux plis du coude, du genou et de l'aine, ainsi ([ue dans le creux de l’aisselle ; des plaques d’urticaire s’accompagnant de vives démangeaisons et suivies de desquamation : des plaques d’eczéma, des vésicules disséminées ; des papules qui souvent prennent une teinte carminée très remarquable ; des pustules qui se transforment en ulcérations ne se distinguant des ulcères syphilitiques que par une induration moins résistante et l’aspect melliforme de leur exsudation. Ge qui prête à l'illusion, c’est qu’en général elles siègent aux parties génitales, en raison sans doute de la finesse de la peau de ces organes sur lesquels les mains sont à chaque instant portées au moment de la miction. Enfin sur les doigts on observe fréquemment des ulcérations non précédées de pustules el résultant de la chute de véritables eschares superficielles.
On doit encore considérer comme étant dus à une action locale les cniijonclivites, les blépharites, le coryza, les
croûtes nasales, les angines que l’on observe fréquemment.
Plus tard il s’établit une véritable cachexie qui so traduit par une anorexie permanente avec des phases de diarrhée et de vomissements, des douleurs articulaires et musculaires, des vertiges, de l’enrouement, une toux sèche, des hémorrhagies nasales, une teinte terreuse de la peau, un amaigrissement de plus en plus marqué, un affaiblissement progressif qui finit par devenir une véritable parésie.
D’après Ludwig (1), on peut retrouver l’arsenic dans les os ; mais surtout dans le foie et les reins. 11 y en a beaucoup moins dans les muscles et seulement des traces dans le cerveau.
Les industries qui exposent à l’intoxication arsenicale sont : les usines d'extraction et de transformation de l’ arsenic ; les filatures qui se servent de l’arséniate de soude pour désuinter la laine ; les verreries qui emploient l’acide arsénieux dans la préparation de la poudre vitrifiante ; les chapelleries ou les poils sont détachés des peaux par des frictions avec un mélange de mercure et d’acide arsénieux; les orfèvreries où le bronzage en noir se fait avec du sulfate d’arsenic, le bronzage en vert avec de l’arséniate de cuivre et oii l’imitation de vert de montagne s’obtient avec du vert arsenical de Schweinfurt ; les fabriques de papiers peints où on emploie souvent le même vert; les mégisseries où, pour l’ébourrage des peaux, on se sert d’une pâte composée de chaux et de sulfure d’arsenic ; les ateliers A' empaillage où l’arsenic sert de moyen de conservation; les ateliers de peinture où l’on se sert souvent de vert de Schcele ; les ateliers de couture ou les femmes font des robes en tarlatane verte dont la coloration est obtenue avec une solution gommeuse d’arsenite de cuivre ; enfin les ateliers de fleurs artificielles où le sulfure d’arsenic et l’arséniate de cuivre jouent un grand rôle, comme matières colorantes.
À côté de ces industries où l'arsenic constitue une matière première, il en est d’autres, où ce poison intervient à
(1) Annales d'hygiène , 1882. p. 88.
lilro <lc matière étrangère, ce sont les fonderies et les ateliers de moulage du cuivre , car ce métal renferme toujours de l’arsenic, les fonderies; de zinc , pour la môme raison, les fabriques de couleurs d’aniline.
Émanations et poussières saturnines. — La symptomatologie de l’intoxication par le plomb appartient trop à la clinique habituelle pour qu’il y ail la moindre utilité à l’exposer ici. Nous nous contenterons donc d’une simple énumération, par pure mesure d’ordre. Les symptômes caractéristiques sont : amaigrissement, teinte subictérique de la peau, baleine forte, liséré bleu grisâtre, dit de Burton, des gencives; coliques excessivement douloureuses avec rétraction de la paroi abdominale, constipation et vomissements porracés ; douleurs musculaires avec crampes, douleurs articulaires et même véritables accès de goutte; accès épileptiformes alternant avec des périodes de délire ou de stupeur, et laissant à leur suite des paralysies partielles qui affectent particulièrement les muscles extenseurs du poignet et des doigts ; parfois cécité passagère, albuminurie fréquente due à l’élimination du plomb par les reins (1), grande tendance pour les femmes aux avortements, aux accouchements prématurés, grande mortalité parmi les nouveau-nés. Enfin dans les cas d’intoxication ancienne et considérable, mort dans le marasme.
Emanations et poussières cuivreuses. — Le maniement du cuivre est moins dangereux qu’on le croyait autrefois. Amand Gauthier a démontré que, par le fait de la préparation dos aliments, nous en introduisons environ 6 milligrammes par jour, sans en souffrir le moins du monde. Galippe a constaté que des animaux peuvent consommer jusqu’à 4 grammes de sulfate de cuivre sans en mourir. 11 a pu lui-même se nourrir pendant un an d’aliments assez chargés de cuivre pour donner la teinte bleue caractéristique. D’ailleurs la santé des ouvriers des fabriques de vert-de-gris ne paraît nullement souffrir, suivant Chevalier
(1) Olivier, Annales d'hygiène , 2e «('■rie. t. XXII.
«I Pécliolier. Personnellement je crois qu’en cette circonstance, comme dans bien d’autres, il ne faut accepter qu’avec une certaine réserve des assertions aussi absolues. La colique cle cuivre que Blandet caractérise par des douleurs violentes, accompagnées d’une grande dépression et soit de diarrhée sanguinolente, soit au contraire de constipation, n’est pas un simple rêve. Elle s’observe réellement quelquefois, et l’liygiéniste n’a point à désarmer devant sa rareté. 11 y a aussi à tenir compte de l’action irritante des buées cuivreuses sur les muqueuses buccale et pharyngée qui se traduit par de la sécheresse de la bouche et par un sentiment de constriction à la gorge, ainsi que de leur action excitante sur les centres nerveux qui se traduit par des douleurs et des crampes.
Plan cle l’hygiène industrielle spéciale. — Avant de passer à l’étude liygiénologique des diverses industries en particulier, il nous faut encore poser les bases de l’ordre que nous nousproposons de suivre. L’ordre alphabétique adopté par Yernois facilite singulièrement les recherches et convient surtout aux ouvrages destinés à être consultés à l’occasion; mais les allures de dictionnaire se prêtent peu à un but d’initiation. Une classification basée sur la nature des industries a surtout sa raison d’être dans les traités de pure technique industrielle. Du moment où le côté hygiénique devient le véritable objectif, c’est lui évidemment qui représente la base la plus rationnelle. C’est pourquoi nous croyons devoir adapter notre classification au classement officiel établi par l’Administration française, classement qui divise les industries en trois classes, la première comprenant celles qui doivent être absolument éloignées des habitations; la seconde, celles dont on pourra tolérer le rapprochement, après une enquête établissant l’innocuité des dispositions adoptées, ou après constatation de l’introduction de correctifs capables de les rendre beaucoup moins offensives : la troisième, celles qui peuvent toujours être autorisées dans le voisinage des habitations, tout en restant soumises à la surveillance de la police.
Il est vrai que ce classement officiel ne donne nullement la mesure réelle de la nocuité des industries. Car l'administration s’est exclusivement préoccupée de ce qui pouvait troubler la quiétude des voisins ou menacer la salubrité publique. Elle n'a tenu absolument aucun compte des dangers courus par les ouvriers. 11 en résulte que ce sont souvent les industries qui portent sur les substances les plus toxiques qui se trouvent rangées parmi les plus innocentes, c’est-à-dire dans la troisième classe ; eL cela uniquement parce que le danger n’a pas paru (souvent à tort) susceptible de franchir les murs de l’usine. Il y a là une anomalie choquante pour l’hygiéniste qui, lui, doit sa sollicitude à tout le monde.
Mais tel qu’il est, le classement officiel ne s’en impose pas moins. C'est lui qui doit diriger les décisions des Conseils d’hygiène, et c’est en cela qu’il devient une base pratique pour l’adoption d’une classification dans un Traité d’hygiène industrielle. La mémoire s’assimile bien mieux un groupement observé dans un exposé descriptif qu'une longue liste sous forme de tableau.
Nous apporterons toutefois quelques modifications au cadre administratif. Il est un assez grand nombre d’industries qui, suivant le mode d’exploitation, sont admises tantôt dans une classe, tantôt dans une autre. De là, dans l’application, une cause d’incertitude qu’on pourrait peutêtre diminuer, en groupant à part ces industries à situation instable. Enfin les innovations incessantes de la science industrielle, ainsi que l’insouciance des populations qui négligent souvent d’adresser à l’autorité des plaintes parfaitement justifiées, font qu’actuellemcnt il est un assez grand nombre d’industries restant on dehors de tout classement. De là la nécessité d’un nouveau groupe qui ne saurait être passé sous silence.
Notre programme comprendra donc : un deuxième chapitre consacré aux industries appartenant exclusivement à la première classe ; un troisième consacré aux industries appartenant exclusivement à la deuxième1 classe; un qua-
trième comprenaînt les industries appartenant exclusivement à la troisième classe ; un cinquième comprenant les industries à classement multiple; enfin un sixième englobant toutes les industries non encore classées. Chacun de ces chapitres comprendra trois subdivisions basées sur la législation relative au travail des enfants : une première comprenant les industries dans lesquelles ce travail est absolument interdit ; une deuxième comprenant celles où ce travail est toléré sous certaines conditions ; enlin un troisième comprenant celles où il est toujours autorisé.