FABRICATION DE LA GÉLATINE ET DES COLLES GÉLATINEUSES
Sommaire technique. — Il y a lieu de distinguer la
colle de poisson ou ichtyocolle, la colle de Flandre et la colle forte.
La véritable colle de poisson est constituée par la membrane interne de la vessie natatoire de certaines espèces d’esturgeons qui se trouvent surtout dans les fleuves se rendant à la mer Noire et à la mer Caspienne. On fait d’abord macérer la vessie dans l’eau froide pour enlever la membrane externe. L’interne est pliée ou roulée et soumise encore humide au blanchiment par l’acide sulfureux. On fait ensuite sécher.
La colle de Flandre est une gélatine qu’on obtient par la coction dans l’eau de rognures de peau de toutes provenances, soit à l’état de nature, soit à l’état de cuir. On les soumet d’abord à un long bain d’eau froide destiné à les hydrater et à les débarrasser de la chaux dont elles ont été saupoudrées pour être conservées en magasin. Ensuite on leur fait subir trois décoctions de quatre heures dans l’appareil (fig. 134).
La liqueur concentrée retirée de la chaudière est clarifiée par l’addition d’un peu d’alun en poudre, puis coulée dans des moules en bois placés dans un endroit frais.
Après 18 heures la gélatine est suffisamment prise et solide; on la détache du moule au moyen d’un couteau flexible et mouillé. On découpe les morceaux, suivant leur
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épaisseur, en feuilles minces à l'aide d’un fil de laiton, sur une table.
La colle forte se prépare avec des déchets d’animaux plus grossiers, des peaux détériorées, des tendons, des pieds de bœufs, des oreilles de moutons, de veaux et de chevaux, des débris de tannerie et de bourrcleric, enfin avec des os.
La colle forte des débris non osseux se prépare de la même façon que la colle de Flandre et avec les mêmes appareils.
Fig. 13/i. — Appareil pour la fabrication de la colle de Flandre
A, réservoir à eau; B, chaudière où on fait cuire les matières avec de l’eau, munie d’un double fond en cuivre percé de trous, afin d’empêcher que les matières volumineuses ne s’attachent au premier fond; C, chaudière de concentration; D, eau servant à transporter le liquide dans les moules.
Avec les os, le mode de préparation est différent, et on peut suivre trois procédés ;
Le procédé primitif cl' Arcet dans lequel les os sont traités par l’acide chlorhydrique étendu. 11 en résulte ce qu’on appelle de l’osséine. On les lave ensuite à grande eau pour
les débarrasser de l’acide, et après ce lavage ils sont soumis à lacoction dans des chaudières. La colle qu’on obtient ainsi retient du phosphore acide de chaux et du chlorure de calcium qui la rendent très hygroscopique. On peut atténuer cet inconvénient à l’aide d’un lait de chaux qui donne naissance à un sous-phosphate de chaux insoluble.
Pour obtenir do l’osséiue réellement alimentaire, on la fait cuire pendant une heure dans de l’eau salée aromatisée avec du poivre, du thym, du laurier, de la muscade ;
ho procédé dePapin, qui est plus ancien que le précédent, et qui est suivi encore dans beaucoup de fabriques du midi. Les os, préalablement concassés, sont soumis à l’action de l’eau portée de 121° à 135°, sous la pression de 3 atmosphères, pendant trois heures. L’opération se fait dans un autoclave ;
L o nouveau procédé de Durcet, qui a pour but de préparer de la gélatine alimentaire n’ayant point l’odeur ammoniacale de celle obtenue par le procédé précédent. Attribuant cette odeur à la chaleur trop élevée de l’eau, Darcet a imaginé de placer les os dans des paniers à mailles grillées, et d’introduire ces paniers dans des cylindres en fonte mis en communication avec un générateur de vapeur qui arrive avec une température de 106° seulement. La vapeur pénètre dans l'intimité des os, s’y condense, en expulse la graisse et transforme le tissu colloïde des os en gélatine. 11 reste un résidu très propre à fournir un excellent noir animal.
On vend depuis quelques années une colle liquide qui s’obtient en traitant la colle forte ordinaire soit par du vinaigre, soit par de l’acide azotique, soit par un mélangé d’acide chlorhydrique et du sulfate de zinc.
Hygiénologie. — 11 règne en général dans les fabriques de gélatine une humidité constante et considérable. H s'échappe des appareils, si bien disposés tpi ils soient, d abondantes buées odorantes et irritantes. Même en dehors du travail, ces appareils et les murs exhalent une odeur insupportable. A cela se joignent les émanations putrides des matières animales. Malgré ces mauvaises conditions, la pa-
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thologie des ouvriers ne se trouve pas trop chargée. La phtisie y est très rare. Il n’y a pas plus d’affections de poitrine que dans les milieux non industriels. 11 y a tou- P'fois une exception à faire pour les ouvriers qui manient l’acide sulfureux pour le blanchiment de la colle de poisson, pour ceux qui manipulent les acides chlorhydrique, sulfurique et azotique, soit pour la fabrication de l’osséine, soit pour celle de la colle liquide. Dans toutes ces circonstances, il se produit souvent de vives irritations des bronches. Avec l’acide azotique, les vapeurs nitreuses qui se dégagent au moment de la réaction peuvent même amener des crachements do sang. Souvent il se produit aussi, sous 1 intluence de ces acides, des troubles digestifs, une altération des dents, des gingivites chroniques et des angines. Comme action locale, on observe des dermites papillaires de la paume de la main, des éruptions vésiculeuses, des troubles de la sensibilité des avant-bras et des mains.
Il y aura lieu de se montrer très sévère pour la propreté intérieure. Avec un bon dallage et de grands soins de nettoyage, on diminuera les émanations des murs et du sol. Les murs devraient être silicatés. Il ne suflit pas d’établir des bottes au-dessus des chaudières. Il faut que celles-ci conduisent les buées sous un foyer spécial. Les magasins, les
I ateliers, devraient être tous surmontés de cheminées d’appel conduisant aussi les émanations dans le foyer spécial. Les manipulations des acides devraient se faire dans des bottes
i vitrées avec tuyaux d’échappement. Il devrait aussi être défendu de fabriquer des engrais sur place, qui restent en dépôt souvent longtemps. Mieux vaudrait que les résidus
II solides fussent transportés au fur et à mesure dans les fabriques spéciales. Pour les eaux résiduaires, il faut, comme
* toujours, des canaux étanches et souterrains.