‹ Traité d'hygiène industrielle à l'usage des médecins et des membres des conseils d'hygièneChapitre 73 sur 101 · FABRIQUE DE COMBUSTIBLES AGGLOMÉRÉS ARTIFICIELS · texte numérisé non relu

FABRIQUE DE COMBUSTIBLES AGGLOMÉRÉS ARTIFICIELS

Technique. — Le but industriel est d’utiliser les poussières et les déchets combustibles, en les agglomérant sous forme de petites briquettes, ce qui les rend plus maniables et plus propres à devenir des objets de commerce. On utilise ainsi, tantôt le menu de paille, surtout en Russie, où la culture est presque la seule industrie; tantôt la tannée, ce qui se fait dans presque toutes les tanneries; tantôt la sciure de bois, dans les régions où il y a beaucoup de scieries; tantôt les déchets gras de diverses industries ; tantôt la tourbe dans les pays marécageux; tantôt enfin et sur une beaucoup plus grande échelle, le menu do coke et de houille. L’agglomération de ces divers débris et poussières peut s’obtenir de deux manières, par compression simple ou à l’aide d’un ciment.

La compression n’est plus guère appliquée qu’aux briquettes de tourbe et de tannée.

Le premier ciment employé a été la terre glaise. On s’en sert encore pour agglomérer la paille et la sciure de bois, dans plusieurs pays. Pour les agglomérés de coke et de houille, on s’est naturellement adressé au goudron, dont la production relevait du même ordre d’industrie et qui, de plus, avait l’avantage d’être très combustible lui-même. Mais comme ce liant ne donne pas une solidité suffisante et comme sa combustion dégage des odeurs désagréables, on le remplace généralement par le brai, ou résidu de la distillation des huiles de houille; certains industriels emploient du brai gras, c’est-à-dire du goudron débarrassé seulement de 25 p. 100 de matières volatiles. D’autres se servent du brai sec, c’est-à-dire du goudron débarrassé de toutes ses parties volatiles par une température de 300 degrés.

INDUSTRIES A CLASSEMENT VARIABLE OU MIXTE

Los procédés de fabrication varient avec la nature du ciment employé.

Si le ciment consiste en du goudron brut, le mélange peut se faire à froid. L’appareil employé consiste en une auge demi-cylindrique et disposée horizontalement. Une pompe sert à y verser le goudron, pendant que le menu est répandu par une noria. Dans l’intérieur de l’auge se meut un arbre muni, dans toute sa longueur, de bras de fer qui brassent le mélange, et portant vers l’extrémité de sortie de l’auge une hélice en tôle destinée à pousser la pâte produite dans la machine agglomérante. Si le ciment est du brai gras, il devient nécessaire de chauffer le charbon et le brai, afin que celui-ci soit maintenu liquide pendant la malaxation. Autrefois on chauffait à feu nu et on disposait un foyer sous l’auge. Aujourd’hui, dans les fabriques d’une certaine importance du moins, on chauffe à la vapeur qu’on verse directement dans la pâte quand le charbon est sec, et qu’on fait circuler dans les parois quand le charbon est humide.

Si le brai employé est sec, il faut le broyer avant de le livrer au malaxage. Ce broyage s’opère dans un broyeur conique ressemblant à un gigantesque moulin à café.

L 'agglomération ou moulage des briquettes se fait par compression. On peut indifféremment se servir de machines assez variées : 1° de machines à piston et moules fermés ; 2° de machines à piston et moules ouverts; 3° -de machines à roues tangentielles. D’une manière générale, avec les premières machines, la pâte est placée dans des moules fermés, mais à parois mobiles. La pression est exercée à travers la paroi supérieure, soit par une presse hydraulique, soit par un piston mû par la vapeur. Avec les secondes, le piston agit directement sur la pâte dans l’intérieur du cylindre ou tube à paroi résistante, mais ouvert à scs deux extrémités. De la nouvelle pâte arrive incessamment en dessous du piston, afin de combler le vide qui se fait par le tassement progressif des premières portions introduites. A l’extrémité inférieure du tube la pâle sort, fortement condensée en formant une briquette sans fin qu’un couteau

o2i TRAITÉ D’HYGIÈNE INDUSTRIELLE.

divise ensuite. Enfin, dans la troisième méthode, tantôt la machine consiste en deux roues, dont l’une est arniée de moules creux dans lesquels la pâle s’introduit et dont l'autre est armée de dents qui, par la rotation, viennent s’engager successivement dans un moule correspondant et exercer une pression sur le contenu; tantôt en deux cylindres laminoirs qui donnent naissance à une bande d’agglomérés sans fin qui est successivement fractionnée par un couteau.

Hygiénologie. — Dans le hangar où se fait le broyage du brai, l’atmosphère est obscurcie par une fine poussière qui se ramollit au contact de la peau et de la sueur, détermine un enduit gluant qui s’engage dans les glandes sébacées et sudoripares.

D’autre part, les ouvriers qui chargent dans des wagons les briquettes à peine moulées et encore chaudes sont exposés à des vapeurs âcres et irritantes.

Sous l’influence de ces conditions, il se produit très souvent une mélanodermie spéciale. Presque tous les ouvriers présentent une coloration bronzée, luisante et uniforme.il y a, en outre, un certain degré d’épaississement de la peau.

Les granulations de brai s’infiltrent dans les cellules épithéliales et adipeuses. Des fragments entiers s’engagent même jusque dans le tissu sous-cutané. Il se produit aussi des pustules qui s’indurent sous forme de tubercules, en fournissant une suppuration fétide et qui laissent des cicatrices nacrées, indélébiles, des verrues, des anthrax, du prurigo, du psoriasis. Il se développe parfois sur le scrotum des cancroïdes qui sont des épithéliomes papillaires.

Beaucoup d’ouvriers se plaignent d’éprouver de vives douleurs à la face. On observe la production d’ophthalmies, d’amblyopie, d’héméralopie, de photophobie, des incrustations du conduit auditif externe et même de l’otite externe suppurée, du coryza, des tubercules ulcérés des fosses nasales, des troubles gastro-entéro-hépatiques, de l’hypertrophie du foie môme, de la toux, avec expectoration noire et des râles abondants, de la dypsnée, des don-

INDUSTRIES A CLASSEMENT VARIABLE OU MIXTE

leurs vagues à la base de la poitrine, de l’emphysème, de la mélanose pulmonaire, des pneumonies caséeuses. Le tout s'accompagne d’une grande faiblesse et d’émaciation.

Les ouvriers doivent prendre la précaution de porter des lunettes avec cage latérale qui protégeront l’appareil delà vision contre les poussières et de maintenir dans leurs oreilles des tampons de coton fréquemment renouvelés. Ils feront bien, en outre, de pratiquer des injections d’eau savonneuse dans le conduit auditif. Ils devront s’astreindre à des ablutions et à des bains fréquents et porter des vêtements non béants. Mais c’est surtout par de bonnes installations et un bon outillage qu’il convient de lutter à la fois contre les poussières, les vapeurs irritantes et la fatigue musculaire. Il semble résulter cependant de la description donnée par Manouvrier (1), à qui nous devons le meilleur mémoire spécial sur ce sujet, que, même dans une compagnie aussi importante que celle d’Anzin, les dispositions laissent à désirer. Des canaux d’écoulement relient l’usine à coke à celle d’agglomérés. Le brai arrive, chaud et fumant, et s’accumule dans des bassins à ciel ouvert, où il se refroidit au contact de l’air. Des ouvriers sont chargés de favoriser le refroidissement en remuant la masse. De là des vapeurs excessivement âcres et irritantes qui se dégagent à profusion dans l’atmosphère de la cour et que les ouvriers inspirent directement. Que la solidification soit obtenue dans l’usine à coke ou dans celle d’agglomérés, peu importe pour l’hygiène, puisque dans l’un et l’autre cas il y aura toujours des ouvriers compromis. Mais dans l’une ou l’autre usine, ne serait-il pas possible de favoriser le refroidissement par une circulation d’eau froide autour des bassins et de surmonter ceux-ci de hottes avec cheminées élevées? Au moment où le brai, solidifié parle froid, est extrait des bassins cl disposé en tas dans la cour par les ouvriers, l’exhalation continue encore sous l’influence de la chaleur

(1) Annales d'hygiène , 2e série, !.. XLV, p. l.VJ,

solaire. Pourquoi ne pas établir ces tas sous des hangars avec cheminées d’appel?

Le broyage du brai est effectué dans des caves dont l’atmosphère est complètement obscurcie par la poussière. Pourquoi ne pas établir le broyeur sous des hangars, ou mieux, pourquoi 11e pas employer des broyeurs avec enveloppes hermétiques et ventilation partielle? En tout cas, il faut au moins appliquer aux caves le moyen indiqué par Manouvrier. Il consiste à faire projeter de l’eati pulvérisée par des pommes d’arrosoirs adaptées au plafond de la cave.

Pour les autres opérations, il n’y a plus à exprimer à Ànzin, comme dans toutes les grandes usines, que quelques vœux correctifs.

Quand le brai est gras, on est obligé, pendant le malaxage, de chauffer les matières, c’est-à-dire le mélange de charbon et de brai. Il convient non seulement d’exiger une agitation purement mécanique, à l'aide d’un arbre muni de bras de fer, mais aussi d’interdire le chauffage à feu nu et de le remplacer par un chauffage à la vapeur qui, étant plus régulier, donne moins lieu à ces torrents de buées surprenant les ouvriers. C’est ce qui, du reste, se fait à peu près partout aujourd’hui; mais pour hâter l’opération lorsque la houille est sèche, on fait arriver directement des jets de vapeur dans la masse. Ce n’est que quand elle est humide qu’on se contente de faire circuler la vapeur autour de l’auge, sous une double enveloppe, afin de ne pas provoquer par la vaporisation de l’eau des projections dangereuses. Ce dernier mode devrait seul être admis. Car la sécheresse d’un même filon de houille n’est pas constante sur tous ses points.

C’est à l’industrie qu’il appartient avant tout de faire un choix parmi les trois méthodes indiquées dans la technique et les différentes machines afférentes à chacune de ces méthodes. Mais l’hygiène est en droit de demander qu'on s’attache : 1° à employer des appareils aussi clos et répandant aussi peu de poussière que possible; 2° à diminuer la maind’œuvre. autant que faire se peut, pour exposer un moins

INDUSTRIES A CLASSEMENT VARIABLE OU MIXTE. 527

grand nombre d’ouvriers ; 3° enfin, dans le même but, à faire exécuter les transports par des pompes, des norias et des wagons fermés. Quelques observations de détail méritent cependant d’être faites. Parmi les machines à pistons à moules fermés, il en est, comme celle de Maisais, qui nécessitent, par économie de temps, d’agir sur un moule considérable donnant une masse aglomérée de 465 kilogrammes, qu’on est obligé de diviser ensuite avec un marteau. De là un dégagement de poussières. Il est indispensable de leur adapter le chariot de Middleton. Plusieurs petits moules sont placés sur une plaque circulaire qui, en tournant, vient placer successivement chacun d’eux sous le coup du piston. La machine de Revollicr qu’on tend à adopter aujourd'hui en France, à côté d’autres avantages, remplit le même but, à l’aide d’un chariot qui est animé d’un mouvement rectiligne au lieu d’un mouvement circulaire et sur lequel les petits moules sont disposés en ligne.

Cet inconvénient n’existe pas avec les machines à moules ouverts, celles à cylindres ou roues tangentielles, puisque ou la bande sans fin d’agglomérés est sectionnée mécaniquement par un couteau avant dessiccation, ou bien les briquettes n’ont que la dimension voulue. Mais elles entraînent à peu près toutes un autre inconvénient qui intéresse plus encore le consommateur que l’ouvrier. La machine à moules ouverts ne fonctionne bien qu’avec de la houille très sèche mélangée avec du goudron qui donne lieu à d’abondantes fumées irritantes pendant la combustion. Il en est de même avec les machines à roues tangentielles. De plus, leur produit s’écaille facilement en dondant de la poussière nuisible pour les consommateurs et pour ceux qui sont chargés de la manipulation commerciale.

Charbon moulé de Paris. — Il est une industrie née à Paris, qui n’est qu’une application particulière de la précédente. Elle a pour but d’agglomérer des menus de charbons de bois, de façon à simuler les cylindres habituels du charbon de meules. Le menu charbon utilisé consiste

TRAITÉ D’IlYGIÈNIi INDUSTHIELLE.

en poussier de charbon de bois-etdc tourbe, qu’on recueille en balayant les usines et les magasins, et en celui qu’on obtient par la carbonisation des brindilles et menues branches des forets, des g’enels, des bruyères et du tan épuisé.

Le charbon des deux provenances est humecté d’eau et broyé dans la machine représentée par la figure 183. Le broyage est continué avec du goudron de houille.

C’esl une auge circulaire HH où se meuvent deux meules coniques cannelées À A'. Un socle de charrue 0, suivant la trace des meules, laboure et renouvelle la surface du charbon, un racloir M qu’on abaisse fait sortir la pâle par la porte f e l tomber dans le récipient e.

Le moulage s’obtient à l’aide de la machiné de la figure 1 84

A est un sommier en bois qui se lève et s’abaisse alternativement à l’aide des tiges II' qui sont elles-mêmes actionnées par un mécanisme non représenté. II et H' sont les montants sur lesquels glisse le sommier; à ce dernier sont fixés des pistons en fer, les uns bd fouleurs, les autres ace débourreurs. On verse la pâte dans les entonnoirs fff percés dans la pièce de fonte EE. Celte pièce est animée d’un mouvement horizontal de va-el-vienl, reçu d’une excentrique mue par une roue d’angle K et par un pignon L. Grâce à ce mouve-

industries a classement variable ou mixte.

ment, quand les pistons fouleurs se relèvent, la pièce présente sous l’entonnoir une deuxième cavité vide. La plaque fixe MM est percée

de trous correspondants aux pistons débourreurs qui chassent les charbons moulés à travers ces trous dans des paniers.

Après le moulage, il faut une nouvelle carbonisation qui s’effectue clans des caisses métalliques superposées clans la chambre d’un four.

Cette industrie présente les mêmes inconvénients que les précédente^ et est passible des mêmes mesures. Par le fait de la seconde carbonisation, il y a surtout à craindre les dégagements d’oxyde de carbone; disons toutefois que l'outillage adopté atténue déjà beaucoup les dangers.

EXPLOITATION de la tourbe.

Sommaire techniqu.e. — Les matières végétales en se décomposant par fermentation abandonnent à l’atmosphère une masse gazeuse où domine l’hydrogène protocarboné ou gaz des marais, et laissent un résidu solide très riche en carbone et par conséquent très combustible. Lorsque cette décomposition s’opère à l’air, le résidu constitue l’humus favorable à la culture. Lorsqu’elle se fait sous l’eau, le résidu prend un aspect différent et constitue la tourbe cm- Poincahé. — Hyg. imlustr. 34

ployée comme combustible. La tourbe se trouve naturellement dans les marais, mais surtout là où la végétation est recouverte d’une couche d’eau peu profonde et stagnante. C’est celle dernière condition qui crée les véritables tourbières.

Les méthodes anciennes d’exploitation des tourbières consistent :

1° A creuser un grand canal de dessèchement qui soutire les eaux du champ à exploiter; à découper, après dessèchement, de petits lots de tourbe avec la bêche; à enlever le gazon et la tourbe superficielle qui n’a pas de valeur et qui doit servir à recouvrir le sol après l’enlèvement de la véritable couche de tourbe utilisable. Chaque lot nécessite le concours de trois ouvriers, l’un enfonce sa bêche verticalement pour découper dans ce sens des briquettes ; le second enfonce horizontalement son instrument pour détacher les briquettes du sol ; le troisième les charge et les transporte sur une brouette. Les briquettes sont ensuite superposées en une sorte de muraille à claire-voie afin de favoriser la dessiccation par la filtration de l’air. Puis des femmes les réunissent en las serrés où la dessiccation se complète.

2° A employer X extraction à la drague lorsque le marais ne peut pas être desséché, c’est-à-dire à retirer la vase semiliquide du fond du marais à l’aide de seaux, ou mieux à l’aide de poches écumoires armées d’un linge qui, en ne retenant que la bouc et laissant écouler l’eau au fur et à mesure, rendent le travail beaucoup moins pénible ; à étaler celle houe sur la berge, et à piétiner pour la tasser et aider mécaniquement à la dessiccation ; et enfin à couper en briquettes cette couche lorsqu’elle est devenue plus consistante.

De même que la houille et le bois, c’est-à-dire comme tout combustible d’origine végétale, la tourbe renferme énormément de charbon, mais contient en même temps d’autres éléments qui, parleur combuslion ou leur dégagement sous l’influence de la chaleur, engendrent une buée

INDUSTRIES A CLASSEMENT VARIABLE OU MIXTE

de produits toxiques, irritants et d’une odeur difficile à supporter. Aussi cherche-t-on souvent à la réduire, presque en totalité, à l’état de véritable charbon, c’est-à-dire à la débarrasser de ces éléments à effets désagréables, par une combustion préalable moins lente que celle qui dans la nature a amené le tissu végétal à l’état de tourbe, mais moins complète et moins active que celle qui doit l’utiliser comme combustible, ou pour mieux dire, par une véritable distillation; cette carbonisation s’effectue soit en meules , ou tas qu’on allume après avoir mis un revêtement de mousse et de terre laissant seulement quelques points découverts pour l’échappement de la fumée ; soit dans des fours maçonnés surmontés d'une cheminée, soit enfin dans des cylindres en tôle dans lesquels on fait arriver de la vapeur surchauffée dans des tuyaux portés au rouge et arrivant avec une pression de quatre atmosphères.

En Belgique, en Hollande, en Allemagne et même dans le Nord de la France, on pousse la combustion jusqu’à l’incinération et on utilise les cendres comme engrais poulies fourrages artificiels. O11 se sert d’une grille de fer sous laquelle on place du bois qu’on enflamme; on recouvre la grille de tourbes sèches et par dessus on met des tourbes humides.

Hygiénologie. — Le danger principal, tant pour la salubrité publique que pour les ouvriers, consistant dans les émanations paludéennes, il importe d’abréger la durée des opérations par l’emploi de machines, d’autant plus que celles-ci diminuent la main-d’œuvre, et par suite les causes de fatigues, ainsi que le nombre des ouvriers exposés aux miasmes. Dans ce but il ne faut plus permettre l’exploitation de la tourbe qu’à la grande industrie, c’est-à-dire à des compagnies ou des industriels assez puissants pour être outillés convenablement.

Le champ d’extraction sera d’abord sillonné de tranchées profondes pour le dessécher. Ces canaux doivent être creusés par des charrues mises en mouvement par une locomobilr. Ce moteur mettra ensuite en action des char-

rues qui détacheront la couche de tourbe. Celle-ci ne sera plus desséchée par l’exposition de l’air, mais par la chaleur artificielle dans des fours spéciaux, dont il existe déjà une assez grande variété, mais dont le plus perfectionné permet d’amener la tourbe dans des chariots glissant sur des rails dans une chambre chauffée par la circulation de gaz enflammés, qu’on peut même emprunter à des hauts fourneaux, s’il en existe dans le voisinage.

Quand la tourbe sera arrivée au degré de dessiccation voulu, elle sera découpée mécaniquement en petits morceaux. Les morceaux seront ensuite fusionnés en pâte et laminés en passant entre deux cylindres compresseurs; puis la bande obtenue sera découpée en briquettes en passant sous des scies circulaires. Un complément de dessiccation sera enfin donné dans l’étuve.

Par cet emploi de machines qui diminuent la durée de l’opération et le nombre de bras nécessaires, on se trouvera donner satisfaction à la fois aux indications motivées et par le danger d'intoxication paludéenne et par celui de l’excès de fatigue, à l’hygiène ouvrière et à l’hygiène publique. Toutefois il reste une mesure complémentaire à prendre, pour ne pas laisser les vides résultant de l’exploitation des • tourbières, devenir des surfaces marécageuses infectes, c’est de remblayer au fur et à mesure les entailles qui ont atteint les limites inférieures de la couche de tourbe.

L’État n’a pas eu évidemment à classer les tourbières, pas plus que les mines, puisqu’elles se trouvent là où la nature les a formées. Le classement ne pouvait porter directement que sur la carbonisation de la tourbe, dont le siège peut être choisi ou déplacé et qui dégage une fumée nuisible. On a placé avec raison dans la première classe la carbonisation en meules, et dans la deuxième la carbonisation en four ou en vase clos. Mais il y a lieu de demander ou que les gaz de dégagement soient ramenés dans le foyer, comme cela se pratique dans les environs de Paris, ou que ces produits de distillation soient amenés dans un récipient de condensation.

INDUSTRIES A CLASSEMENT VARIABLE OU MIXTE

DES SELS AMMONIACAUX ET DE l’aMMONIAQUË.

Sommaire technique. — Les matières premières qui peuvent servir à la production de l’ammoniaque sont : 1° la houille; 2° les os, la corne et autres tissus animaux; 3° l’ urine. Il en résulte que l’industrie de l’ammoniaque n a point d’existence spéciale et indépendante, du moins en ce qui concerne la fabrication des eaux ammoniacales brutes. Sous ce rapport elle devient forcément comme une fonction annexe et secondaire d’industries différentes, telles que les usines à gaz, les fabriques de noir animal ainsi que celles de prussiate et l’exploitation des vidanges. Les liqueurs ammoniacales de ces trois provenances ont besoin naturellement de divers traitements pour être épurées et pour procurer de l'ammoniaque et les sels ammoniacaux du commerce. Tantôt ces traitements sont exécutés dans l’usine où l’eau ammoniacale a pris naissance, tantôt l'industrie capitale préfère ne pas utiliser elle-même ce produit secondaire pour elle, et le cède à d’autres industriels qui font leur but principal de la fabrication des sels ammoniacaux.

Production d’ammoniaque dans les usines à gaz. — L'ammoniaque se trouve en assez grande proportion dans la masse gazeuse que dégage la distillation de la houille dans les cornues. Cette ammoniaque est retenue en partie par l’eau des laveurs qui servent à l’épuration physique du gaz, et par le mélange de Laming qui sert à son épuration chimique. Dans l’eau des laveurs l’ammoniaque est accompagnée de plusieurs autres produits, notamment par des matières goudronneuses. La séparation s’effectue par distillation. C’est en Angleterre qu’on utilise le plus complètement les richesses ammoniacales provenant de l’épuration du gaz. Tantôt on ajoute à l’eau même qui va parcourir les laveurs de l’acide sulfurique qui, par affinité, dépouille mieux le gaz de l’ammoniaque qui l’accompagne et engendre de suite du sulfate d’ammoniaque. Tantôt on fait

passer le gaz à travers les résidus de la préparation du chlore, de façon à attirer et à fixer l’ammoniaque sous forme de chlorhydrate. Le mélange de Lamingy est aussi mis à profit. Par son sulfate de chaux, ce mélange retient l’ammoniaque du gaz qui le traverse, sous forme de sulfate d’ammoniaque . Mais pendant la revivification de ce mélange, la chaleur qui se développe répand dans l’air l’ammoniaque primitivement fixée, et la perte industrielle se complique d’une mauvaise condition hygiénique poulies ouvriers. En Angleterre on recueille ces émanations et on fixe l’ammoniaque en les faisant arriver dans l’acide sulfurique étendu.

En France, on se contente d’exploiter les eaux de lavage. On commence, pour diminuer les frais de transport, par concentrer les eaux ammoniacales par une distillation analogue à celle employée pour la rectification de l’alcool. Trois chaudières closes sont mises en communication entre elles par des tuyaux de dégagement cintrés. Toutes trois contiennent les mêmes eaux ammoniacales. Mais les vapeurs de la première, passant à travers le liquide de la seconde, en sortentplus chargées d’ammoniaque ; et la vapeur qui sort de la troisième l’est encore davantage. Autrement dit, par ce procédé les vapeurs ammoniacales des trois chaudières se trouvent être concentrées dans un même espace. Le tube de sortie de la dernière chaudière conduit ces vapeurs réunies dans les serpentins de deux réfrigérateurs placés l’un au-dessus de l’autre. Elles arrivent condensées dans un récipient final contenant, soit de l’acide sulfurique, soit de l’acide chlorhydrique. On a ainsi une dissolution assez concentrée soit de sulfate, soit de chlorhydrate d’ammoniaque. C’est cette dissolution lente qu’on expédie aux usines spéciales.

Production cl’ ammoniaque dans les fabriques de noir animal et de prussicites. — Dans ces deux espèces de fabriques, la calcination des matières animales donne lieu à un dégagement de matières goudronneuses et ammoniacales si la calcination se fait en vases clos, de manière -à con-

INDUSTRIES A CLASSEMENT VARIABLE OU MIXTE

tleriser dans un récipient ces émanations, on obtient un liquide noirâtre, connu autrefois sous le nom de corne de cerf \ formé principalement de carbonate d’ammoniaque qui peut trouver les mêmes emplois consécutifs que les eaux ammoniacales des usines à gaz.

Production cl' ammoniaque dans les établissements de vidanges. — Dans les bassins où on fait déposer les matières fécales, il se forme bientôt, à la surface des parties solides, une couche de liquide appelée eaux vannes , qui est constituée avant tout par la séparation spontanée des urines. L’urée de ces eaux vannes abandonnées à elles-mêmes pendant deux ou trois semaines se transforme spontanément en carbonate d’ammoniaque, et dès lors le liquide peut servir à la production des sels ammoniacaux.

On exploite rarement les résidus ammoniacaux que peuvent fournir les fabriques de noir animal et de prussiate de potasse. Les véritables sources de l’industrie ammoniacale sont les eaux d’épuration du gaz et les eaux vannes des engrais. Peu d’usines à gaz exploitent elles-mêmes les eaux ammoniacales. La plupart ne font que les concentrer et elles les livrent, telles quelles, soit aux fabriques de soude qui se servent du procédé Solway, soit aux établissements qui fabriquent des produits chimiques avec les vidanges. Ce sont donc ces derniers qui représentent les industries spéciales de produits ammoniacaux, et pour eux les envois des usines à gaz ne constituent qu’un apport secondaire. Pour ces raisons, l’industrie ammoniacale doit être considérée comme étant, avant tout, un dérivé de celle des engrais.

Comme opérations propres à ces usines, il y a d’abord la préparation des eaux ammoniacales, à l’aide des vidanges, qui consiste en la mise en dépôt dans des réservoirs, pour que la séparation des matières solides et des eaux vannes ainsi que la fermentation de' celles-ci s’effectuent, et dans la concentration de la liqueur ainsi obtenue. C’est en opérant ensuite sur ces eaux ammoniacales brutes, ainsi que sur celles qui proviennent des usines à gaz, qu’on prépare les divers produits ammoniacaux du commerce. Sui-

i)36 TRAITÉ D’IIYGIÈNE INDUSTRIELLE.

vant les circonstances, on prépare le chlorhydrate d'ammoniaque, soit en concentrant simplement dans des chaudières en fonte rectangulaires les eaux de lavage des gaz qui arrivent avec addition préalable d’acide chlorhydrique, soit en traitant par cet acide les eaux ammoniacales qui ne renferment encore que du carbonate d’ammoniaque, et concentrant ensuite comme précédemment. Les liqueurs concentrées sont coulées dans des réservoirs de cristallisation. Les cristaux recueillis sont grillés sur des plaques de fonte, afin de chasser diverses substances étrangères plus volatiles que le sel ammoniac. Après ce grillage, les cristaux sont encore purifiés par sublimation. Celle-ci se fait soit dans des chaudières hémisphériques en fonte, soit dans des vases en grès. Sous l’influence de la chaleur, le chlorhydrate se volatilise et vient se condenser sur la face interne du couvercle et sur les parois curvilignes de la partie supérieure du vase.

Le sulfate d’ ammoniaque se prépare soit en concentrant les eaux de lavage du gaz qui ont déjà reçu de l’acide sulfurique, soit en traitant par du sulfate de chaux les eaux vannes et les eaux de lavage qui, en vertu de leur origine même, renferment du carbonate d’ammoniaque. La liqueur est ensuite évaporée à siccité. Le résidu est grillé légèrement, redissous dans l’eau et abandonné à la cristallisation.

Dans l’industrie on n’extrait pas directement le carbonate d’ammoniaque des eaux ammoniacales où il se trouve cependant naturellement, parce qu’on l’obtiendrait entaché de matières goudronneuses dont il serait difficile et onéreux de le débarrasser. Généralement, c’est avec le chlorhydrate d'ammoniaque qu’on le prépare. Pour cela on distille ce sel sur de la craie. Par double décomposition il se produit du chlorure de calcium qui reste dans les cornues et du carbonate d’ammoniaque qui se volai ilise et va se condenser dans un réfrigérant ou dans des chambres.

Autrefois Y ammoniaque était obtenue en décomposant par de la chaux caustique un sel ammoniacal cristallisé. Aujourd’hui on prépar celle substance en distillant les

INDUSTRIES A CLASSEMENT VARIABLE OU MIXTE

eaux ammoniacales sur de la chaux parfaitement éteinte.

Hygiénologie. — Ces usines nuisent surtout par la raison que, pour les eaux ammoniacales provenant des vidanges, elles doivent procéder à leur préparation ab ovo , c’est-à-dire recevoir les vidanges, les faire séjourner dans des bassins de décantation pour permettre à la séparation des eaux vannes de s’effectuer. Ces bassins répandent au loin, non seulement de l’hydrogène sulfure, mais de l’indol, du scatol, des alcools sulfurés, des cyanures et des isocyanures de la série grasse dont l’odeur est bien plus désagréable encore. Les deux dernières substances ont en outre un effet toxique des plus puissants. Enfin le danger le plus considérable est surtout dans les germes morbides que ces dépôts peuvent verser à profusion dans l’air et dans le sol. C’est le milieu le plus favorable à la pullulation des germes. C’est le véhicule attitré de la plupart des microbes spécifiques. Il est donc indispensable qu’on ajoute immédiatement aux matières des désinfectants, tels que des sels métalliques ou des cendres de Picardie. Les bassins doivent être en maçonnerie parfaitement étanche et cimentée, ou mieux encore en tôle, revêtus d’un couvercle et surmontés d’une cheminée d’appel. On a indiqué de disposer dans ces cheminées des plateaux garnis de charbon imprégné de sulfate de fer ou d’acide sulfurique, afin d’absorber et décomposer le gaz. Mais le résultat est loin d’être satisfaisant. On a aussi pris des dispositifs ramenant les gaz dans les foyers des générateurs. Mais Girard fait observer avec raison que les cheminées de ces générateurs sont généralement très élevées et douées d’un trop fort tirage, de sorte que les gaz putrides sont entraînés trop vite pour pouvoir être brûlés et sont même lancés sous forme d’une vapeur globulaire qui, comme les brouillards, ne se prête pas à la diffusion et est souvent transportée au loin par les vents. 11 préférerait que ces vapeurs fussent lancées par un ventilateur dans un foyer spécial mieux aménagé pour leur combustion. Le procédé proposé par Pabst serait certainement supérieur encore. Il consisterait à faire

passer les émanations des bassins dans une colonne de coke arrosé d’eau froide qui retiendrait l’eau et les produits ammoniacaux. De là, elles traverseraient une seconde colonne avec cascades d’acide sulfurique nitreux, et enfin une troisième contenant de l’acide sulfurique et du sulfate de fer. Tous les principes chimiques et miasmatiques nuisibles seraient ainsi retenus. Du reste, il y aurait peut-être lieu de supprimer la décantation et par suite les dépôts, en distillant d’emblée la masse des vidanges pour l’extraction de l’ammoniaque.

Quant à la fabrication des sels ammoniacaux proprement dits, l’action nuisible relève exclusivement du dégagement de vapeurs ammoniacales qui donnent lieu à une odeur âcre et irritante, et qui peuvent même enflammer les muqueuses oculaire, pituitaire et bronchique. D’une manière générale, il faut que tous les appareils et récipients soient métalliques et hermétiquement clos. Les vases en fonte sont particulièrement indiqués parce qu’ils peuvent être réunis sans le concours d’un lut toujours peu fidèle, on devrait même se servir exclusivement de l’appareil Mallet qui permet d’obtenir à volonté tous les sels ammoniacaux et qui est d’autant plus facilement accepté qu’il constitue un progrès industriel.

A et B deux chaudières étagées sur un fourneau ordinaire. L’inférieure A repose seule sur le foyer. La supérieure B n’est chauffée que par la chaleur perdue et par les vapeurs premières. Le tuyau courbe c les meL en communication pour la transmission de la vapeur. Un autre tube de communication à robinet d les réunit en bas et permet de faire passer les liquides de B en A. On introduit dans les chaudières d’abord les eaux ammoniacales, puis un lait de chaux. Il en résulte la mise en liberté de l’ammoniaque et la formation de carbonate de chaux, de sulfure, de cyanure, de sulfo-cyanure et de chlorure de calcium, qui restent dans l’eau. Les eaux ammoniacales arrivent par le tuyau à robinet h du réfrigérant D complètement clos et recevant de l’eau du réservoir E par le tube à entonnoir g. Le lait de chaux est introduit par l’ouverture e; aa' sont des agitateurs nianœuvrés de temps en temps par un ouvrier. Le trou d’homme b sert au nettoyage des vases. Le gaz ammoniac qui soi t de la chaudière A vient barboter dans la chaudière B et se réunir à celui qui se dégage

INDUSTRIES A CLASSEMENT VARIABLE OU MIXTE

de celte dernière. De là il passe dans le laveur e, arrive dans le serpentin D, puis dans celui du réfrigérant FU, arrive dans le vase G. Une pompe H le conduit avec l’eau condensée dans le laveur C,

Quant au gaz non condensé, il s’échappe du vase G et passe dans un appareil de Wolf. Le flacon H contient de l’huile d’olives qui retient les carbures d’hydrogène. Le flacon I renferme de la lessive de soude qui retient les matières odorantes.

Le flacon K ne contient que de l’eau pure. De ce flacon laveur le gaz passe dans un grand cylindre-en plomb I, contenant de l’eau ou des acides suivant qu’on veut obtenir de l'ammoniaque liquide ou un sel ammoniacal; ce cylindre est refroidi par un courant d’eau continu.

11 porte un tube à entonnoir i pour FintroducLion de l’eau ou des acides et un autre tube qui conduit l’excès de gaz dans le flacon M contenant de l’eau.

Si on veut du chlorhydrate d’ammoniaque, on l’obtient avec l’appareil Mallet en mettant de l’acide chlorhydrique dans le cylindre L. On évapore et il cristallise, mais on lui donne, après, la forme hémisphérique par sublimation dans des vases divisés en deux compartiments par un diaphragme incomplet. La condensation s’opère dans le compartiment

Fig. 18G. — Appareil pour la fabrication du sel ammoniac en pains.

supérieur. On place une série de ces pots sur une voûte qui les protège contre l’action trop directe du feu. Le foyer communique avec un canal qui conduit les produits de la combustion sous des chaudières d’évaporation. La flamme ne peut venir lécher la partie inférieure des vases que par les trous dont la voûte est percée. La partie supérieure est préservée de la flamme par une plaque de fonte percée de trous d’où émerge cette partie supérieure.

Les eaux résiduaires des industries exploitant les eauxvannes contaminent notablement les rivières. Dupré(l) a constaté que, même après épuration par la chaleur et la chaux, elles renferment encore des germes, et qu en tout cas elles constituent un champ favorable à leur pullulation.

(I) Annales d’hygiène, t. XIV, 3e série, p. 2-47,

INDUSTRIES A CLASSEMENT VARIAfiLE OU MIXTE.

Page 1