‹ Traité d'hygiène industrielle à l'usage des médecins et des membres des conseils d'hygièneChapitre 74 sur 101 · EXTRACTION DES HUILES ANIMALES · texte numérisé non relu

EXTRACTION DES HUILES ANIMALES

Sommaire technique. — Elles sont île deux ordres, les unes proviennent des abatis d’animaux terrestres et prennent le nom générique à! huiles de pied de bœuf. Les autres sont retirées des poissons et prennent le nom générique à’ huiles de poisson.

Les huiles du premier ordre s’extrayent en faisant bouillir dans de l’eau les abatis jusqu’à ce qu’ils soient parfaitement cuits. On enlève l’huile «qui nage sur l'eau; on la jette à part dans l’eau bouillante; on laisse reposer pendant vingt-quatre heures pour que les substances étrangères les plus grossières se déposent d’elles-mêmes. On soutire l’huile et on la soumet deux ou trois fois au même traitement.

L’huile de poisson s’extrait du lard épais qui existe sous la peau de certains poissons, particulièrement des cétacés et des phoques. On coupe ce lard en morceaux et on le jette dans des chaudières contenant seulement un peu d’eau pour empêcher l’huile d’être brûlée. Par la chaleur, l’huile se sépare des lardons; on la recueille et onia coule sur un châssis à treillage. Onia fait passer dans plusieurs bains d’eau pour la purifier.

Sur les côtes de la Baltique, on fabrique ded’huile animale avec les harengs. On fait bouillir ces animaux dans de l’eau, pendant cinq à six heures, en agitant constamment. Quand les poissons sont réduits en bouillie, on laisse refroidir, on retire l’huile qui vient surnager et on la filtre.

L’huile de foie de morue et de squale, qui appartient au commerce pharmaceutique, s’obtient par la putréfaction préalable des foies entassés dans des tonneaux. On les fait ensuite bouillir dans de l’eau.

Hygiénologie. — Le poisson, même quand il est relativement frais, exhale une odeur nauséabonde. Du reste, par le fait même du changement de milieu et, par la nature des tissus des poissons, il entre rapidement en putréfaction.

Do là dos odeurs malsaines qui se dégagent à torrents au moment de la cuisson. G’cst donc avec raison que la fabrication de l’huile de poisson est toujours rangée dans la première classe. Une pareille industrie doit être constamment maintenue aussi loin que possible des lieux habités. Mais l’administration s’est montrée moins bien inspirée en établissant une distinction pour l’huile de pied de bœuf. Elle accorde la deuxième classe quand les abalis sont employés frais. Mais ce n’est guère que dans les abattoirs qu’on pourrait prétendre opérer dans de pareilles conditions, et encore il est bien reconnu que là même on accumule les matériaux, pour ne les traiter qu’à certains jours. D’ailleurs il est difficile de fixer le moment de la putréfaction même apparente et, au fond, elle commence immédiatement après la mort. En outre, l’extraction donne lieu à des émanations âcres et écœurantes, souvent même à un dégagement d’acroléine. Aussi les réclamations du public font que bienlût ces industries sont obligées de s’éloigner. Il vaudrait mieux que l’éloignement fût d’emblée obligatoire. La réglementation présente en outre une autre lacune. Elle est muette sur le travail des enfants. Il est évident que ce genre d'industrie peut leur nuire à plusieurs titres.

Même avec l’éloignement, il faut veiller à ce que les dépôts de débris d’animaux soient utilisés autant que possible par un roulement actif. — On se contente de les mettre sous des hangars qui par leur large ventilation atténuent les inconvénients des odeurs putrides et des miasmes dans l’intérieur de l’usine, mais au détriment de l'atmosphère générale. Il est certains vents qui colportent ces miasmes à une grande distance. Mieux vaudrait exiger des magasins clos avec cheminée d’appel conduisant les émanations sous les foyers.

On se contente d’exiger de larges hottes au-dessus des chaudières; mais pourquoi ne pas exiger les appareils de coction dont il a été question pour les fonderies de suif? Quant aux eaux résiduaires, on ne doit jamais les faire écouler autrement que par des canaux souterrains et élan-

INDUSTRIES A CLASSEMENT VARIABLE OU MIXTE. o43

clies. Pour éviter l'imprégnation du sol, les ateliers et les cours doivent être dallés. Pour la fabrication de l’huile de foie de morue, il semble qu’il serait facile de désagréger les tissus autrement que par la putréfaction à l’aide d’agents chimiques.

Pour la mise en dépôt comme pour la consommation des huiles de poisson, il serait utile de trouver un moyen d’épuration capable de leur enlever l’odeur infecte qu’elles conservent toujours. Malheureusement tous les essais des chimistes sont restés sans résultat, et quand on voit dans le commerce des huiles soi-disant épurées, il y a fraude, caron s’est contenté de diminuer l’odeur en les coupant avec des huiles végétales. Il y a sous ce rapport bien des progrès à réaliser.

Les huiles sont assez combustibles et par conséquent augmentent les chances d’incendie. Il ne faut pas oublier surtout qu’elles sont susceptibles d’une inflammation spontanée par suite d’une absorption lente mais considérable d’oxygène. Il y a donc lieu d’imposer les mesures applicables aux substances inflammables.

FABRICATION DE. l’aCIDE PYROLIGNEUX OU DISTILLATION DU BOIS

Sommaire technique. — C’est là une industrie qui procure simultanément différents produits commerciaux. Quand on se contente, comme les charbonniers, de brûler le bois lentement en meule, on ne retire que du charbon de bois et les produits volatils que dégage le bois en combustion lente se perdent dans l’atmosphère. Quand, au contraire, on distille le bois en vase clos, comme on le fait pour la houille dans la fabrication du gaz, non seulement on obtient comme résidu solide une plus grande quantité de charbon, mais les principes volatils peuvent être recueillis par condensation et être utilisés. Les produits dégagés par la distillation sont de deux ordres : 1° des gaz non condensables, mais combustibles pour la plupart; ce sont de l’hydrogène bicarboné, de l’hydrogène protocarboné, de l’oxyde de carbone, de l’hydrogène et de l’acide carbonique; 2° des va-

peurs liquéfiables, qui soûl de l'eau, de l’acide pyroligneux ou acide acétique, du goudron, do la benzine, du toluène, de la créosote, de l’alcool méthylique, des acides formique, butyrique, valérianiquc, caproïque, etc.

Le mélange gazeux est plus riche en hydrogène bicarboné que le gaz d’éclairage. Aussi a-t-on cherché à l’utiliser à la place de ce dernier. En Allemagne, on consomme beaucoup de ce gaz de bois, mais en France on l’utilise comme combustible dans l’usine même, en le ramenant sous les chaudières, et on n’utilise comme produits commerciaux principaux que le charbon et l’acide pyroligneux, et accessoirement, le goudron.

En France, cette distillation s’exécute généralement avec l’appareil suivant :

Fig. 1G7. — Appareil pour la distillation du bois.

Le bois en bûchettes est placé dans la caisse en foule c qui repose clans un fourneau à grille. Le conduit t amène les produits de la

distillation dans le réfrigérant, qui se compose de quatre luyaux horizontaux, réunis par les tuyaux ttl enveloppés de manchons en tôle mmmdans lesquels circule de l’eau froide. Celle-ci est fournie par le réservoir R, arrive par le tube ss dans le manchon inférieur, puis dans les supérieurs par les tubes oo, et s’échappe échauffée par le tube o\ Les liquides condensés tombent par le conduit p dans le réservoir H. Le conduit h mène les produits purement gazeux et inflammables sous le foyer, de telle sorte qu’une fois la distillation en train, il n’y a plus besoin d’autre combustible.

Le goudron tombe au fond du bain acide qui forme la masse principale. On sépare par décantation. Mais la solution brute d’acide est d’un rouge brun et dégage une forte odeur empyreumatique. Pour épurer cet acide pyroligneux, ou le distille d’abord dans un alambic en tôle, ce qui le débarrasse du goudron et de sa couleur brune, mais qui lui laisse encore une odeur désagréable due à l'alcool méthylique et à des carbures légers. On le sature avec de la chaux éteinte, puis par de la craie. Il se forme de l’acétate de chaux qu’on traite par du sulfate de soude. On obtient du sulfate de cliaux qui se dépose et de l’acétate de soude dissous qu’on décante. On fait cristalliser deux fois. Pour décolorer ces cristaux, on procède à ce qu’on appelle la fritte. C’est une torréfaction qui se fait avec les plus grands ménagements dans des chaudières plates, où il faut continuellement agiter la masse avec des ringards pour éviter une action trop forte et trop partielle de la chaleur. Cette torréfaction a pourbutde volatiliser le goudron qui entache les cristaux. Enfin, pour rendre libre l’acide acétique, on traite les cristaux d’acétate de soude par de l’acide sulfurique.

Hygiénologie. — La carbonisation du bois en meule donne évidemment à l’atmosphère le maximum de fumée de gaz et de produits volatils empyreumaliques ou acides. Mais ces inconvénients importent peu pour la salubrité publique, parce que forcément cette opération s’etîeclue dans le voisinage des bois et loin de toute habitation et parce que les produits de la combustion sont immédiatement et largement diffusés flans une atmosphère compléteraient libre r

Avec la distillation, il semble que les inconvénients de- Poincahé. — Hyg. iuduslr. 3b

vraient être en partie conjurés, puisque les produits odorants et irritants sont condensés, recueillis et utilisés. 11 n en est rien; malgré les soins apportés à la construction des appareils et aux opérations, il règne toujours dans 1 intérieur de 1 usine une odeur désagréable qui irrite la gorge, les bronches, les conjonctives, qui agace même le système nerveux et qui résulte des fuites inévitables d’alcool métbylique, de créosote, de goudron, d’acide acétique, etc. A certains moments et sous certains vents, ces effets franchissent même les murs de l’usine. Pour l’extérieur, c’est la cheminée qui cause les inconvénients les plus constants, car elle donne, malgré tout, issue à une fumée épaisse et odorante. Le classement de 1866 a cru pouvoir établir une distinction bien inutile. 11 ne maintient la distillation du bois dans la deuxième classe que si les gaz ne sont pas brûlés, et il accorde la troisième, quand les gaz sont brûlés. Aucun distillateur ne consentirait aujourd’hui à perdre cette masse gazeuse si combustible et si éclairante. Tous l’amènent sous le foyer quand ils n’en font point commerce comme gaz d’éclairage. .Malheureusement, cette combustion n’empêche pas la fumée de la cheminée d’être épaisse et encore chargée de principes empyreumatiques. Quant aux odeurs qui se dégagent des récipients “et appareils, c’est surtout dans la rectification et au moment delà fritte que le fait se produit d’une manière notable. Aussi, le règlement impose-t-il la deuxième classe à la rectification; mais c’est encore là une décision bien irréfléchie. L’industriel qui distille du bois purifie aussi son acide pyroligneux, et il ne sort de l’usine que dans un état commercial. Il serait mieux de ne pas admettre de distinctions qui conduiraient forcément à des tolérances fâcheuses et de placer toujours l’industrie dans son ensemble, qu’on brûle les gaz ou non, dans une seule et même classe ; la deuxième et même la première ne serait pas un abus. Il faudrait peut-être plus de soins dans le lutage des appareils, faire les décantations et surtout la fritte sous des hottes aboutissant à la cheminée d’appel.

Si?

AM1DONNURIES.

Sommaire technique. — Le but à atteindre étant de séparer l’amidon du gluten qui l’accompagne dans la farine, on a eu recours à la fermentation putride qui détruit la matière azotée en la rendant soluble, et qui respecte la matière amylacée. On fait donc macérer la farine dans l’eau pendant près d’un mois. Pour hâter la putréfaction, on y ajoute un peu des macérations précédentes qui jouent le rôle de ferment. Quand la fermentation est accomplie, l’amidon s’est précipité et les eaux-mères se trouvent renfermer de l’acétate d’ammoniaque, du phosphate de chaux, de la dextrine, des matières azotées et du gluten devenus solubles, del’acide sulfhydrique, des acides carbonique, acétique et lactique. La couche d’amidon est recueillie après décantation ; on la lave et on la tamise plusieurs fois; on la laisse égoutter dans des caisses percées de trous ou dans des paniers. Il reste une masse appelée pain qu’on sèche d’abord à l’air libre, puis à l’étuve. Sous l’inlluence de la dessiccation, le pain se fendille spontanément en aiguilles qui sont livrées telles quelles au commerce. D’autres fois les pains sont broyés et blutés pour être vendus en poudre. Très souvent on emploie dessous au lieu de farine; alors, après la macération, il faut lixivier le résidu solide sur un tamis. L’eau versée entraîne l’amidon et les parcelles de son restent sur le tamis. Celles-ci sont utilisées pour l’alimentation des animaux.

Hygiénologie. — Ce qui peut rendre réellement dangereuses les amidonneries, c’est l’emploi de la fermentation pour désagréger la trame celluleuse qui emprisonne l’amidon. Non seulement le mélange d’acétate d’ammoniaque, d’acides sulfhydrique, acétique, lactique et butyrique, donne une résultante d’eflluves nauséabondes, écœurantes, excessivement pénibles à supporter; mais les eaux résiduaires vont créer sur tout leur parcours des foyers fébrigènes, plus dangereux encore que ceux qu’engendre le rouissage

o'*8 TRAITÉ D’HYGIÈNE INDUSTRIELLE.

du chanvre. 11 y avait là un motif plus que suffisant pour faire placer les amitlonneries dans la première classe. Le rôle des hygiénistes est donc aujourd’hui d’y faire renoncer et de généraliser l’emploi des procédés plus modernes dits par extraction mécanique. Les industriels ne peuvent qu’y gagner au point do vue du rendement et même des facilités d’exploitation, car avec cette modification opératoire lesamidonneries sont admises dans la deuxième classe.

Pour réaliser cette extraction mécanique, il suffit d’hydrater le blé, de le broyer ensuite entre des cylindres,

Fig. 18S. — Ainidonuière Martin.

puis sous des meules verticales en pierre dure, tournant dans une auge circulaire, garnie à la partie inférieure d’un tamis en toile métallique que traverse l’amidon entraîné par un courant d’eau continu. Quand on opère, non plus sur le grain, mais sur la farine du froment, on fait d’abord avec celle-ci une pâte semblable à celle du pain, mais sans addition do levain et de sel. On soumet ensuite cette pâte à Y amidonnière de Martin , représentée par la figure 188.

Un tuyau verse des filets d’eau sur un cylindre cannelé qui malaxe la pâte contre des tamis métalliques ou de soie. Le gluten reste sur ces derniers et l’eau entraîne l’amidou dans l’auge.

INDUSTRIES A CLASSEMENT VARIABLE OU MIXTE

Avec ce procédé les amidonnerics ne sont pas tout à fait innocentes pour la salubrité publique. Car il faut toujours rejeter les eaux de décantation de l’amidon qui renferment encore une assez forte proportion de matières organiques, et leur déversement dans les cours d’eau à ciel ouvert reproduit les mêmes inconvénients sur une moindre échelle, voilà tout. Aussi faut-il chercher à les utiliser, soit pour l’agriculture par irrigation des champs, soit pour la nourriture des animaux. Dans ce dernier cas, on est naturellement obligé d’emmagasiner ces eaux dans des citernes. Il importe que celles-ci soient étanches et surmontées de cheminées d’aérage. Le contenu doit être extrait à l’aide de pompes et transporté dans les diverses étables, plus particulièrement pendant la nuit et en vases clos. Il ne faut aussi permettre ce genre d’utilisation que pour une clientèle extérieure et ne jamais l’utiliser sur place par l’annexion de vastes porcheries qui multiplieraient dans un même point l’intensité du foyer d’infection. En vue des eaux de nettoyage des ateliers, il convient d’exiger le pavage ou le bitumage des cours et des locaux, afin de ne pas transformer le sol en un fumier permanent. Toutes ces obligations s’imposent d’une manière plus absolue encore pour les usines où on a recours à la fermentation.

Il est enfin une condition fâcheuse qui toutefois est plus intérieure qu’extérieure, c’est celle des poussières qui sont surtout abondantes dans les séchoirs et dans les lieux où on concasse les pains obtenus. On doit demander, sous ce rapport, une large aération des étuves avant d’y laisser péné trer les ouvriers ; mais on ne peut qu’applaudir à l’applica tion du système de la ventilation partielle dans les points où s’opère le concassage.

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