‹ Traité d'hygiène industrielle à l'usage des médecins et des membres des conseils d'hygièneChapitre 75 sur 101 · FILATURES ET TISSAGES · texte numérisé non relu

FILATURES ET TISSAGES

Les filatures ont pour objectif de disposer en fils la matière première fournie par la nature. Le tissage a pour ob-

jet d’enchevêtrer ces fils de façon à en former une nappe continue, c’est-à-dire une étoffe.

Ces deux genres d’opérations sont en général associés dans une même fabrique et se retrouvent associés dans plusieurs espèces d’industries qui diffèrent entre elles par la nature de la matière première employée et par le genre de produit final.

La matière première peut être les filaments du coton et le produit final, les étoffes dites cotonnades (calicot, madapolam, etc.).

Elle peut consister dans des franges d’épiderme de linon, de chanvre, et le produit final est de la toile proprement dite.

Elle peut être constituée par la laine ou poils de certains animaux et le produit final est du drap ou de la flanelle. Enfin, elle peut être fournie par les cocons de vers à soie, et le produit final est naturellement une étoffe de soie.

De là autant d’usines distinctes, fabriques de drap, de calicot, de toile, de flanelle et de soieries.

Pour ces différentes industries, la plupart des opérations sont, sinon identiques, du moins analogues. Il y a donc lieu d’en formuler la nature dans une technique commune, sauf à signaler ultérieurement les particularités afférentes à chacune d’elles. Il convient en outre d’indiquer préalablement les dangers et les mesures qui leur sont aussi communs.

Technique générale. — Les opérations communes à toutes ces industries appartiennent les unes aux ateliers de filature, les autres aux ateliers de tissage.

Opérations de filature. — Toute filature comprend des opérations préliminaires qui visent le déballage, le nettoyage et le triage de la matière première et qui varient avec la nature de celle-ci. Nous les indiquerons à leurs places respectives.

Une fois préparée, la matière est soumise : 1° au cordage , qui consiste à la travailler avec des surfaces hérissées de pointes pour démêler les fibres, les dénouer, les isoler les

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unes des autres, les redresser et les paralléliser; 2° à Y étirage sans torsion , qui a pour but d’échelonner les fibres naturelles et de les disposer par rubans ou mèches ; 3° à Y étirage avec torsion , qui consolide les rubans etleur donne plus de cohésion ; 4° au filage , qui transforme le ruban en fil par un étirage et une torsion plus complets et plus intenses; o° au vaporisage , qui consiste à soumettre les fils à l’action de la vapeur, pour fixer la torsion et empêcher' les vrilles de se former pendant le dévidage; 6° au dévidcige, qui, en faisant passer le fil d’une broche sur une autre, le finit de plus en plus.

Enfin, dans toute espèce de filature il est une septième opération qui est nécessitée, de temps en temps, par celle du cardage : c’est X aiguisage des cardes, qui a pour but de rendre aux aiguilles le morfil que. le travail leur fait perdre.

Opérations de tissage. — Elles comprennent : 1° le bobinage qui transporte le fil de la broche sur une bobine cylindrique munie de deux plateaux à ses extrémités pour en contenir la plus grande quantité possible; 2° X ourdissage qui réunit un certain nombre de fils parallèlement les uns aux autres en une nappe appelée chaîne ; 3° le tissage proprement dit qui consiste à enchevêtrer, dans les fils longitudinaux de la chaîne, d’autres disposés transversalement et constituant par leur ensemble ce qu'on appelle la trame.

Hygiénologie commune. — Toutes ces opérations développent des poussières dont les unes sont de nature organique et fournies par la dissociation de la matière première elle-même, d’autres de nature salino-terreuse et dues aux impuretés de cette matière, d’autres enfin de nature métallique et provenant des instruments, notamment pendant l’aiguisage des cardes. Ces poussières exposent, comme toujours, aux blépharites, aux angines, aux bronchites et aux pneumonies caséeuses. Toutes aussi imposent aux ouvriers de la fatigue musculaire, ainsi que des attitudes capables de déformer l’appareil locomoteur et de troubler le fonctionnement des viscères. La plupart enfin entraînent les inconvénients des milieux humides et

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chauds. Pour parer à tous ces dangers, il convient de satisfaire le plus possible à deux grandes indications : 1° remplacer la main-d’œuvre par des machines qui, non seulement économisent, suppriment même souvent la dépense musculaire, mais évitent en outre à l’ouvrier un contact trop intime avec les foyers de poussières ; 2° adopter de bonnes méthodes de ventilation.

Sous ce rapport on peut dire que le but est on grande partie atteint et qu’ici l’hygiéniste n’a plus qu’à constater les bienfaits do la mécanique industrielle et à acquérir une connaissance superficielle des machines qu’il doit approuver.

Longtemps le cardage s’est opéré simplement à la main à l’aide de deux plaques en bois garnies de pointes, dont l’une était fixée et l’autre maniée par l’ouvrier à l’aide d’une poignée. Aujourd’hui ce procédé primitif n’est plus employé que par les matelassières. Dans toutes les filatures, le cardage est devenu une opération exclusivement mécanique. On a construit à cet effet des machines, dites cardes, plus ou moins perfectionnées au point de vue de la

commodité et du rendement industriel.

Nous n’avons pas ici à entrer dans de grands détails descriptifs et surtout à établir la comparaison entre les divers mécanismes imaginés. Nous devons seulement indiquer par un schéma les organes essentiels que doit présenter toute espèce de carde. Ils consistent en : 1° un grand tambour offrant un diamètre de 1 mètre, exécutant 120 à 130 tours par minute; il est armé de pointes; 2° un cylindre beaucoup plus petit tournant en sens inverse, armé aussi de pointes et dont l’office est de

désagréger, c’ost le briseur; 3° d’une barre fixe armée cle pointes, c’est le chapeau; 4° d’un cylindre plus petit que le briseur, ne faisant que 10 tours par minute, c’est le travailleur; 3° d’un cylindre plus petit encore, exécutant 300 tours, c’est le nettoyeur; 6° d’un cylindre beaucoup plus grand, opposé au briseur, et n’exécutant que 12 tours, c est le p rigueur ; 7° d'un cylindre petit ne faisant qu’un tour en quatre-vingts minutes, c’est le chapeau tournant ; 8° d’un cylindre petit appelé dèbourreur; 9° enfin de deux autres cylindres appelés intermédiaires .

Grâce aux différences de diamètre, de situation, de vitesse, de sens de la rotation, et de disposition des pointes, ces organes remplissent assez bien les divers rôles indiqués par leurs désignations, et le résultat total répond parfaitement au but cherché. Sous le rapport industriel, c’est déjà un hnmense progrès, mais sous le rapport hygiénique, la carde mécanique réduite à ses parties propres laisse encore à désirer, car elle ne fait que supprimer le travail manuel et ne plus nécessiter que l’ouvrier reste la tète penchée sur le foyer même du dégagement des poussières. Mais elle n’empêche pas celles-ci de venir se répandre en grande quantité dans l’atmosphère de l’atelier. Il est donc indispensable de leur adapter le système d’enveloppe hermétique avec ventilation partielle dont il a été question dans les généralités (page 38). C’est surtout pour le cardage que ce grand principe d’hygiène industrielle devient indispensable.

L’hvgiène voudrait certainement que ces détritus fussent noyés par de l’eau, avant que l’ouvrier y pénètre pour en extraire les matériaux qui s’y sont accumulés. Mais comme les industriels n'adoptent généralement cette disposition coûteuse que pour pouvoir utiliser des parcelles de matière première, autrefois perdues, ils se contentent d’arrêter les machines quelques heures avant l’entrée de l’ouvrier. Une bonne innovation est l’adaptation de dèbourrcuses Dentier;/ aux cardeuses. Ces machines soulèvent les chapeaux à carde, passent au-dessus, en arrachent la bourre, la roulent; et l’entraînent au dehors,

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L étirage sans torsion est toujours obtenu mécaniquement à l’aide de deux paires de cylindres. Chaque paire comprend deux cylindres superposés dont l’inférieur est cannelé cl le supérieur garni de drap; ce dernier tourne deux fois plus vite que le premier. C’est en définitive un laminage qui allonge le ruban, en vertu de l’inégalité de vitesse des deux paires.

Le filage est devenu aussi partout une affaire mécanique. Comme parties essentielles, le métier à filer comprend trois paires de cylindres lamineurs qui achèvent d’étirer et de consolider les rubans. 11 les livre à un banc de broches inclinées qui sont animées d’un mouvement de rotation. Ce banc de broches est placé sur des roues emboîtant des rails, ce qui lui permet de s’approcher et de s’éloigner alternativement des cylindres livreurs, afin que les fils soient constamment tendus. Les cylindres livrent d’une manière intermittente. Pendant qu'ils livrent, le banc s’éloigne, pendant leur repos le banc se rapproche.

Cette machine laisse toutefois subsister certains inconvénients et en crée même. Les fileurs sont, en effet, constamment debout, et prennent en général l’habitude, sans nécessité appréciable cependant, d’appuyer fortement la plante du pied. De là un épaississement de l’épiderme plantaire et une vive hyperesthésie de cette région; parfois même ils ont un phlegmon du talon. Ils ont à chaque instant à exécuter certains mouvements avec le membre abdominal droit, qui y engendrent à la longue des douleurs musculaires, particulièrement dans les muscles jumeaux, et des névralgies des nerfs sciatique et crural. L’enfant qui ordinairement est chargé de repousser le banc de broches vers la partie immobile de la machine, est exposé à des arthrites du genou; mais aujourd’hui on obtient mécaniquement le retour du banc de broche.

Le vaporisage peut aussi s’effectuer sans mettre en cause l’hygiène des ouvriers. Il suffit de faire arriver la vapeur dans une étuve en tôle, séparée en plusieurs compartiments par des diaphragmes percés de trous sur les-

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quels on place des boites en fer-blanc contenant les bobines.

L'aiguisage s’obtient partout maintenant en soumettant les organes tics cardes à un cylindre en émeri mis en mouvement par la vapeur comme toutes les autres machines. Il est facile de munir aussi ces aiguiseurs d’une enveloppe avec une ventilation qui a besoin d’être d’autant plus puissante qu’aux poussières du tissu viennent s’ajouter des poussières d’acier et tl’émeri.

L’ourdissage mécanique s’obtient avec une machine comprenant un râtelier sur lequel on accroche trois cents ou cinq cents bobines, un tambour horizontal mù par la transmission qui entraîne par friction un rouleau sur lequel les fils s’enroulent en nappe; enfin un peigne ou râteau placé entre le râtelier et le tambour pour maintenir les fils à la distance voulue l’un de l’autre.

Quant au tissage proprement dit, il est inutile de décrire ici l’admirable invention de Jacquard. Faisons seulement remarquer que dans les grandes fabriques de tissage la mise en mouvement des principaux organes devient facilement l’œuvre de la vapeur et qu'on voit ainsi disparaître la grande fatigue et les déformations, conséquences inévitables du maniement des métiers de tisserand en chambre. Malheureusement l’intervention de la vapeur ne fait qu’atténuer les inconvénients du tissage en supprimant l’impulsion à donner aux parties principales du métier. Mais le tisseur n'en doit pas moins rester penché sur ce dernier, et subir sur le creux épigastrique une pression et même des chocs qui le prédisposent aux crampes d’estomac, aux gastralgies et à une perturbation des fonctions digestives, ainsi qu’à une gène de respiration.

Il est une autre cause d’accident due au lancement de la navette qui, parfois, abandonne le métier et va frapper au loin un ouvrier voisin. Le danger peut toutefois être en partie conjuré par l’établissement d’un bouclier en treillage.

On a parlé (1) d’intoxication saturnine due à la pous-

(l) Schulor, Sanitary Record , 15 juillet 1885.

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sière répandue parles poids on plomb du métier. Mais le fait se renconlre peu ou pas dans les filatures modernes, où l’emploi du plomb entre peu dans la construction du métier.

Enfin, sans en préciser les conséquences, on blâme toutefois avec raison l'habitude qu’ont les ouvriers de sucer les fils en vidant par aspiration la navette des filaments qu’elle retient.

A la suite de ces considérations générales, il convient d’examiner à part les divers espèces de filatures et de tissage, parce que chacune d’elles présente des particularités assez importantes, tant au point de vue technique qu’au point de vue hygiénique.

FABRIQUES DE COTONXADES.

Technique particulière. — Pour diminuer les frais de transport, le coton est dépouillé sur place de la coque qui l’entoure, et il arrive dans les filatures en ballots comprimés et pénétrés de poussières de toute nature. De là la nécessité de deux opérations préliminaires, dites l'une

Y ouvrage, qui a pour but de dissocier et do dilater pour ainsi dire la masse cotonneuse, l’autre le battage, qui a pour but de le nettoyer. Vient ensuite le cardage, qui s’exécute dans les conditions indiquées dans la technique générale ; le peignage, qui soumet le coton à des pointes plus longues et moins serrées, a pour résultat particulier d’éliminer de la masse les fibres qui n’atteignent pas une longueur donnée et peut être exécuté par des organes annexés aux cardes;

Y étirage, qui pour le coton a besoin d’être exécuté successivement de deux manières, sans torsion d’abord, et avec torsion ensuite, et suppose par conséquent le passage par deux ordres de machines ; le filage, le vaporisage et le dévidage, qui correspondent ici à la description déjà donnée.

Le tissage du coton nécessite une opération supplémentaire qui prend place entre l’ourdissage et le tissage pro-

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promont clit, c’est le parage qui a pour but d’imprégner la chaîne d’un empois ou enduit destiné à coucher le duvet qui fait saillie tout autour du fil, à donner à celui-ci plus de résistance et une surface plus polie. L’empois est généralement préparé avec de la fécule de pomme de terre, de la gomme, du sulfate de zinc ou de cuivre et de la glycérine dans des chaudières chauffées, soit à feu nu, soit à la vapeur. Enfin, le tissu est soumis à un mouillage à la vapeur, séché sur des essoreuses et métré.

Hygiénologie. — Avant l’emploi dos machines à enveloppes hermétiques, les poussières pouvaient jusqu’à un certain point s’étendre un peu en dehors de l’usine. Mais aujourd’hui leur action extérieure se borne à des inconvénients supportables et atténuables, ceux de la fumée et du bruit. Le danger intérieur quoique considérablement amoindri par les perfectionnements modernes n’en est pas moins sérieux. Quatre circonstances nuisent aux ouvriers : les poussières qui ne sont pas encore entièrement supprimées, l’humidité et la chaleur, le mouvement professionnel et les machines.

Les poussières sont ici de trois ordres, terreuses, métalliques et cotonneuses. Ce sont ces dernières qui donnent un certain cachet particulier à leurs effets. Ces filaments, à cause de leur légèreté, s’engagent plus volontiers dans les voies respiratoires avec l’air inspiré. Le mucus les immobilise plus facilement sur certains points de la muqueuse, notamment au niveau des cordes vocales qui, lors de la parole ou du chant, viennent offrir comme un écran à la colonne d’air aspirée. Par leur souplesse, leurs aspérités imperceptibles, ces filaments agissent par un chatouillement incessant qui agace les centres nerveux et met en jeu leurs représailles réflexes. De là, une toux quinteuse analogue à celle de la coqueluche. Les poussières terreuses dont le coton est toujours imprégné peuvent, connue d’habitude, engendrer à la longue des bronchites catarrhales. Elles peuvent aussi s’engager dans le tissu pulmonaire et y provoquer une pneumonie interstitielle

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chronique, susceptible d’aboutir à de la sclérose pulmonaire ou à de la pneumonie caséeuse.

(les accidents sont encore plus à craindre avec les poussières métalliques dont l’incrustation est beaucoup plus assurée et auxquelles sont particulièrement exposés les ouvriers employés à l’aiguisage des cardes.

A part ces derniers, on peut dire que les (ileurs et les tisseurs sont infiniment moins exposés à ces accidents pulmonaires, aujourd’hui qu’autrefois. L’observation du passé avait fait admettre à tort l’existence d'une phtisie cotonneuse. L’industrie du coton irrite seulement les voies pulmonaires comme toutes celles qui développent des poussières pénétrantes. En réalité, le coton n’a qu’un cflèt spécial surajouté, c’est la toux quinteuse par titillation.

Une affection que la titillation par le coton produit plus souvent et à un plus haut degré que les poussières ordinaires, est l’angine glanduleuse. Il en est de jmème du coryza qui revêt un caractère analogue à celui du coryza produit par le foin. Les filaments de coton contribuent avec les autres poussières à déterminer des furoncles en s’engageant dans les glandes sébacées. Us engendrent plus particulièrement des érythèmes et de l’urticaire, en raison même de l’excitation des papilles nerveuses par leur chatouillement. Les poussières des filatures de coton déterminent encore fréquemment des conjonctivites et surtout des blépharites. Tous ces accidents se montraient autrefois à un très haut degré et frappaient la grande majorité des ouvriers, ce qui avait fait regarder cette industrie comme excessivement dangereuse. A ces effets des poussières, venaient se joindre toutes les conséquences d’une grande fatigue musculaire et des attitudes vicieuses.

Heureusement, aujourd’hui, le travail dans les filatures se trouve considérablement assaini, grâce à l’emploi presque général de machines et de procédés que nous devons signaler succinctement ici, pour en faire ressortir les avantages hygiéniques et pour être à même fie pousser dans la voie du progrès quelques pelils industriels retardataires.

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Dans les filatures proprement dites, le coton des ballots était autrefois d’abord dissocié à l’aide des doigts, à la manière de la laine des matelas, et ensuite battu vigoureusement à l’aide de baguettes. C'était certainement le travail qui exposait le plus aux poussières et qui en tout cas donnait le maximum de poussières minérales, c’est-à-dire les plus pénétrantes.

Il doit se faire toujours à l’aide du batteur de Dobson ou d’un équivalent. Cette machine agit sur le coton de deux manières à la fois : en le frappant à l aide d un volant ou batte, et en aspirant à travers une toile métallique la poussière et les corps étrangers légers qui le salissent. Si on

Fig. 100. — Batteur Dobsou pour le battage du cotou.

s’en tient à l’indication schématique des organes essentiels de cette machine massive et compliquée, on peut dire qu’elle consiste en une toile sans fin sur laquelle le coton est déposé cl charrié; de deux cylindres cannelés qui saisissent entre eux le coton présenté par la toile et le lancent dans une cavité où tourne un volant qui vient le frapper de ses ailes, cavité qui en outre présente à sa partie inférieure une grille par laquelle s’échappent les poussières lourdes détachées par le battage; d'une seconde cavité qui est réunie à la précédente par un couloir, de deux tambours en toile métallique au centre desquels se produit une énergique aspiration et qui fonctionnent dans la seconde cavité. Celle aspiration tout en faisant progresser le coton entre

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les deux tambours le dépouille de ses poussières légères qui, traversant la toile métallique, sont entraînées au dehors. L’hygiène exige que cette poussière soit emmagasinée dans un espace clos, ce que la disposition de cette machine rend très facile, du reste. Il suffit d’encadrer la batteuse-ouvreuse dans une enveloppe hermétique, mais il ne faut pas se contenter comme cela a lieu dans bien des filatures de laisser la poussière se déposer sur le plancher de cette enveloppe et de la retirer pendant le repos de la machine. La cavité doit communiquer par un tuyau avec une cave de dépôt. Le volant joue même alors le rôle de ventilateur d’expulsion pour l’atmosphère circonscrite de la machine.

Par ces batteuses mécaniques ou réalise à la fois l’économie d’une plus grande production presque sans maind’œuvre, une sauvegarde contre le danger des poussières et enfin la suppression de ces callosités, de ces ampoules, de ces rétractions de l’aponévrose palmaire, de ces vives douleurs musculaires des bras qu’on observait si fréquemment au temps du battage à la main. Toutefois il faut reconnaître que, sous le rapport du traumatisme, les machines à battre sont excessivement dangereuses. On doit les isoler le plus possible des ouvriers, et adopter des dispositions pour empêcher l’ouverture des couvercles pendant la marche, ou la mise en train inopinée au moment du nettoyage.

Le cardage, l’étirage et le filage se trouvent notablement assainis par les appareils correspondants que nous avons décrits dans la technique commune. Il est toutefois une circonstance particulière pour le coton qui a besoin d’être humecté pendant les deux dernières opérations. Il en résulte que pendant leur rotation les bobines projettent une véritable pluie sur les ouvriers. Il est facile d’atténuer les inconvénients de cette pluie, en garnissant chaque rangée d’un tablier en bois qui se relève et s abaisse alternativement.

Pour l’encollage et le séchage, il ne faut plus autoriser lé simple courant d’air chaud lancé du dehors au dedans h

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travers les lils, car non seulement l'atmosphère générale de l’atelier se trouve trop chaude, mais en outre elle se trouve chargée des émanations putrides et septiques de la colle. 11 faut exiger l’usage de tambours chauffés à la vapeur a deux atmosphères de pression, sur lequel s’enroulent les chaînes de coton. En outre ces tambours, ainsi que les baquets de trempage doivent être placés sous une hotte communiquant avec une cheminée. Enfin, dans le même dispositif, l’application du parage est faite par des cylindres armés de brosses. Le métrage qui se faisait autrefois a la main était certainement très fatigant. Aujourd’hui il peut être réalisé par des mesureurs mécaniques qui donnent en outre plus de célérité et de rigueur.

11 est une condition générale des ateliers qui malheureusement est inévitable. Pour que le rendement soit meilleur et pour éviter les ruptures, il faut que l’atmosphère des ateliers soit maintenue à une température élevée et à un fort degré de saturation aqueuse. Il en résulte pour l’ensemble des ouvriers une cause de grand malaise, de l'anémie et divers troubles des voies digestives.

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