FABRIQUES DE DRAPS
Sommaire technique. — Par le fait même de son origine animale, la laine nécessite un traitement préliminaire distinct de celui que nous avons vu appliquer au coton. Elle doit, avant tout, être soumise à un lavage qui se fait sur l’animal vivant lui-mème, ou après le tondagc. Le lavage à dos se fait au mois de juin en frottant vigoureusement l’animal plongé dans un cours d’eau. Le lavage après tondage se fait en tout temps dans de simples baquets.
Après ce lavage à froid viennent le séchage , souvent par simple étalage à l’air, le triage pour assortir les laines suivant leurs qualités. O11 bat ensuite les laines sur des claies pour en faire sortir les poussières et les saletés. On ôte à la main les pailles, les ordures; puis au moyen d’une fourchette en feiy on éparpille et on ouvre la laine.
Poincaré. — Hyg. industr. 36
Vient après le désuintage qui n’esl au fond qu’un lavage à chaud s'effectuant dans des cuviers contenant de l’eau à 45°. Les laines, après dix -huit ou vingt heures, abandonnent à l’eau leur suint. Cette dissolution de suint constitue une espèce de savon capable d’enlever à la laine une partie de la graisse qui l’entache. Dans ce but on porte le bain à 75°, et on y plonge plusieurs fois la laine, à l’aide d’un bâton. On la retire avec une fourche cl on la fait égoutter dans des paniers.
On achève de dépouiller la laine de sa graisse par le dégraissage. Cette opération s’effectuait autrefois partout et s’effectue encore aujourd’hui dans beaucoup d’usines, de la manière suivante : On soumet à plusieurs reprises les laines, dans des chaudières chauffées à 55°, à l’action d’un bain d’urine putréfiée et de cristaux de soude. Entre les mises en bains, elles sont lavées à l’eau froide. Ajoutons du reste que les procédés varient beaucoup suivant les habitudes locales et les provenances des laines. Je me contenterai de donner la liste des nombreuses substances qui ont pu être ou sont encore employées pour le désuintage, ce sont :
L’acide sulfurique.
— nitrique.
— chlorhydrique.
— acétique.
— oxalique.
— chromique.
— picrique.
La potasse.
La soude.
L’amuioniaque.
Le chlore.
Le chlorure de chaux.
— d’étain.
Le nitrate d’alumine.
Le nitrate de cuivre.
de plomb.
L’alun.
Le chromate de potasse.
Le bichromate de potasse.
Le bioxalate de potasse.
L’arsénialc de potasse.
L’arsénite de potasse.
L’alcool.
La benzine .
La térébenthine.
Le fiel de bœuf.
Les terres grasses absorbantes.
Le sulfure de carbone.
Après un nouveau Séchage, la laine est blanchie au soufre et mise en teinture.
C’est alors seulement que peut commencer la série non interrompue des opérations qui transforment la laine en lils, puis en tissu. Ce sont :
INDUSTRIES A CLASSEMENT VARIABLE UU MIXTE
Le hallage cl le louvetage qui ont pour but cle débarrasser la laine de toutes les poussières et impuretés qu’elle porte encore, et de lui rendre l’élasticité que les opérations préliminaires lui ont fait perdre. C’est un travail qui correspond au battage et à l 'ouvrage du coton.
Le graissage, opération spéciale aux filatures de laine qui consiste à lubréfier la laine avec de l’huile végétale, dans le but de neutraliser l’effet des aspérités des poils, et de faciliter le glissement des fibres au filage.
Viennent ensuite, exactement comme pour le coton, le cardage, V-é tirage, le filage, le bobinage, Y ourdissage et le tissage.
Hygiénologie. — La façon dont se fait le lavage à dos en France est réellement déplorable. Il s’exécute en effet dans des mares d’eau, attenant à la ferme, ce qui dégage des effluves paludéennes dangereuses. O11 devrait au moins l’effectuer, comme en Angleterre dans des cours d’eau, en assurant un nettoyage complet fi l’aide de plusieurs ouvriers échelonnés au travers de la rivière et se passant successivement les moutons. Encore y a-t-il pour ces hommes l’inconvénient d’une immersion prolongée. Aussi vaut-il mieux, sous tous les rapports, le lavage après londago.
Il est aussi à considérer que le lavage à dos concourt à développer chez les moutons la cachexie aqueuse qui compromet les ressources alimentaires de la région.
Le nettoyage grossier qui se fait à la ferme, surtout le battage sur la claie, développe des poussières très dangereuses. Les éleveurs devraient être forcés d’employer des machines closes. On prétend même avoir vu le charbon et la pustule maligne être communiqués ainsi. En cas d’écorchures, la chose est parfaitement possible. Il est certain d’autre part, que ce travail occasionne fréquemment des furoncles. Les mêmes inconvénients sont créés parle triage.
. Bell (1) a signalé sous le nom de maladie des trieurs de
I) The Lancet, 1880, p. 871.
laine, dés bronchites chroniques, des plitliisies par inhalations de poussières, des pneumonies septiques et le charbon. Suivant Eddison (1), l’infection charbonneuse peut présenter quatre formes : la fièvre splénique, la pustule maligne, la fièvre splénique avec pustule maligne secondaire, la pustule maligne avec lièvre splénique secondaire. Toutes ces formes seraient engendrées par le Bacillus anthracis.
Malheureusement ici, la main de l’homme reste inévitable, mais on devrait faire passer les laines à l’étuve avant toute opération.
Le désuintage est incontestablement une opération sale et dégoûtante qui expose les ouvriers à des affections prurigineuses et à des inflammations érysipélateuses. Mais il faut le dire, cela tient à ce que les ouvriers trempent leurs mains dans le bain, ce qu’ils pourraient parfaitement éviter en se servant avec soin de hâtons. Des hottes doivent être placées au-dessus des cuves.
Le dégraissage peut faire naître des dangers sérieux d’intoxication, par l’emploi de la plupart des substances inscrites dans le tableau précédent.
Les ouvriers qui, par nécessité ou par négligence, trempent constamment leurs mains dans ces bains irritants, ont l’épiderme des mains épaissi, blanchi et crevassé, de l’insensibilité cutanée et de l’engourdissement musculaire dans les bras et les mains; ils ont fréquemment des furoncles, des érysipèles et des éruptions prurigineuses.
L’emploi des arséniates produit des accidents cutanés particuliers qui se rencontrent, du reste, dans toutes les professions nécessitant la manipulation de l’arsenic. Ce sont de l’érythème siégeant ordinairement au pli de l'aine, à l’aisselle et autour des articulations du coude et du genou ; des vésicules qui, lorsqu’elles sont confluentes, sont considérées comme de l’eczéma et qui, lorsqu elles sont disséminées,, en imposent souvent pour la gale ; des ulcé-