‹ Traité d'hygiène industrielle à l'usage des médecins et des membres des conseils d'hygièneChapitre 78 sur 101 · FABRIQUES DE LINGE · texte numérisé non relu

FABRIQUES DE LINGE

Sommaire technique. — Le fil du linge peut provenir soit du chanvre, soit du lin. Les opérations sont de trois ordres- : les préparations agricoles, la filature et le tissage. Los premières sont tout à fait spéciales à ce genre d’industrie et ont pour but de préparer la matière végétale aux opérations réellement manufacturières. Elles s’exécutent sur le lieu de culture même, par les soins de chaque propriétaire en particulier, la division du travail restant en rapport avec la division de la propriété. De là la désignation d’agricole. Pour le chanvre, elles sont au nombre de trois, le rouissage , le teillage et le broyage. Le rouissage a pour but d’enlever la matière gommo-résineuse qui dans l’étal de nature soude ensemble les fibres de la lige, et do désagréger celle-ci. Il s’effectue en faisant macérer le lin et le chanvre dans une eau courante ou sta

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gnante, pendant un temps qui dépend de la température ambiante, mais qui est toujours long1. Le teillage a pour but de faire tomber les chenevottes ; le broyage de briser les liges et de séparer les parties ligneuses.

Pour le lin, les opérations sont identiques dans leur but, mais, à part le rouissage, elles prennent des noms différents. Ainsi le broyage prend le nom de macquage et le teillage , celui d 'écangage. Toutefois il y a une nouvelle opération complémentaire, le peignage , qui se pratique en effet avec une espèce de peigne.

Los opérations manufacturières s’écartent peu du programme général. Comme les libres de chanvre et de lin sont longues, elles doivent être peignées et non cardées ; toutefois les étoupes ou déchets du peignage qu’on tient naturellement à utiliser ont besoin, elles, du cardage; de telle sorte que dans les filatures les deux opérations se trouvent être exécutées.

Hygiénologie. — Le rouissage crée des dangers considérables pour la salubrité publique. Il surcharge les cours d’eau de matières organiques qui les transforment en nuirais ou foyers de putréfaction végétale, et cela dans un très grand rayon. De là des fièvres intermittentes et la création d’un milieu très favorable à toutes les fermentations pathologiques. Lorsque les eaux renferment beaucoup de sulfates, le danger s’aggrave, parce que les produits du rouissage décomposent ces sulfates et donnent lieu à un dégagement considérable d’acide sulfhydrique. D’après Bouclier (1), le rouissage altère l’eau au point de la rendre nuisible et impropre à la boisson. L’eau de rouissage altère même l’eau pure à laquelle elle est mêlée en faible proportion avec les eaux vives et courantes.

Le danger du rouissage dépend beaucoup du procédé employé, sous l’influence de la routine ou des ressources de la localité. La macération dans de simples mares d’eau stagnantes, comme cela se pratique souvent en France, est

(1) Annales d'hygiène, 1864, 21' série, t. XXII.

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certainement le procédé le plus nuisible. La macération dans des routoirs, c’est-à-dire dans des bassins entourés de murs et disposés de façon que la masse de l’eau se renouvelle lentement au moyen d’un faible courant ayant entrée par un bout et s’échappant par l’autre extrémité, est déjà meilleure. Boucher prétend même que les routoirs n’altèrent en rien l’air.

Le danger diminue beaucoup lorsque Je rouissage se fait dans des cours d’eau, et il diminue d’autant plus que la rivière est plus importante. Il devient presque nul lorsqu’il est fai I à la rosée sur le pré; malheureusement ce procédé ne convient que pour les produits textiles de faible valeur.

La salubrité publique se trouve tellement compromise par le rouissage, que parmi les pratiques agricoles il n’en est aucune qui réclame autant une sage réglementation. Celle-ci n’existe point en réalité. Chaque région, chaque localité même, reste à peu près libre de suivre ses traditions. Aussi est-il du devoir des conseils d’hygiène de renouveler incessamment près de l’administration préfectorale les vœux qui leur semblent nécessaires, ou tout au moins réalisables. Tant que la préparation du chanvre et du lin resteront à la charge de la culture privée et qu’elles ne seront pas entrées complètement dans le domaine do la grande industrie, il faudra par des conseils, des instructions officielles et par des conférences, et même en saisissant Imites les occasions de dresser des procès-verbaux, s’efforcer de répandre l’usage du rouissage par le sercinage en pleins champs.

Quand on ne se sentira pas en mesure d’interdire le rouissage en eau stagnante, il faudra exiger le renouvellement fréquent de cette eau. Mais il faudra organiser à ce sujet une surveillance rigoureuse, car les cultivateurs seront toujours enclins à enfreindre la prescription, vu que l’opération est d’autant plus rapide que l’eau est plus corrompue. D’ailleurs ils peuvent presque toujours se retrancher derrière la difficulté dose procurer de l'eau, de sorte que la

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suppression du procédé doit être le véritable objectif des hygiénistes. Même pour le rouissage en eau courante, il faudra profiter de toutes les plaintes des riverains et des pêcheurs pour arriver à le rendre difficile et onéreux, et à faire adopter partout le sereinagc. On a proposé, comme moyen d’atténuation, d’érusser la plante avant de l’immerger, c’est-à-dire de la dépouiller de ses feuilles. La putréfaction est alors, en effet, beaucoup moindre. Mais il y aurait là une main-d'œuvre qu’on ne saurait imposer à l'agriculture déjà en souffrance. Somme toute, le rouissage en plein champ reste donc la seule solution pratique dans la culture privée. Mais mieux vaut encore en arrivera borner le rôle do celle-ci à la récolte et rattacher à l’industrie ellemême les opérations préliminaires à la filature. Là on se trouvera mieux armé pour imposer les mesures nécessaires. Là, seulement aussi, des perfectionnements plus ou moins onéreux peuvent être réalisés.

Plusieurs usines ont déjà fait de louables efforts dans ce sens. Si le dernier mot n’est pas encore trouvé, il faut du moins encourager les industriels et les engager à imiter ce qui a été déjà fait. On avaiL d’abord espéré pouvoir débarrasser la plante de scs parties adhésives par un simple lavage à l’eau de chaux ou de soude. Mais il a été reconnu que ces lessives alcalines altéraient les propriétés naturelles des fibres. Cette voie chimique doit donc être abandonnée complètement.

Un procédé assez heureux consiste à faire la macération dans de l’eau chaude. Le résultat cherché ne demande plus qu’une dizaine de jours, au lieu de trois mois. En outre il se produit alors une fermentation acide sans odeur fétide ni émanations nuisibles. Enfin, comme on peut utiliser la vapeur des machines, il n’y a qu'une première mise de fonds pour la construction des bassins. Mais il ne faut pas. que la température soit trop élevée, car si l opération devient plus rapide encore, les fibres perdent de leur résistance.

11 est un procédé plus radical, qui supprime le rouis-

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sage cl qui le remplace par une simple dessiccation, mais qui n’est applicable qu’au chanvre destiné à la fabrication des cordes et des toiles grossières,. Les plantes sont maintenues droites pour que les courants d’air les parcourent plus facilement, dans une étuve où la température est tour à tour élevée et abaissée. Ainsi préparés par des variations du calorique, les tissus se prêtent parfaitement au teillage ou broyage mécanique, mais les substances adhésives restent.

L ue méthode éclectique, encore à l’étude, parait pouvoir tout concilier et s’appliquer à toutes les qualités de toile. Les opérations seraient renversées. Le but du teillage précéderait celui du rouissage. Les tiges seraient de suite broyées en passant entre des séries de cylindres à cannelures de plus en plus fines. Une autre machine opérerait ensuite un raclage. Ainsi divisé, le tissu pourrait être débarrassé de ses parties adhésives par une simple immersion dans une lessive faiblement alcaline qui serait incapable d’altérer les fibres.

Les opérations agricoles d'ordre mécanique demandent aussi à être modifiées ; car elles sont fatigantes et répandent des poussières irritantes, d'où la série habituelle d’affections :

blépharites, conjonctivites, coryza, bronchites avec toux spasmodique , bronchorrbées et pneumonies interstitielles.

Danslcs campagnes, le teillage elle broyage se font à l’aide de deux instruments grossiers qui sont connus de tout le monde. Il serait à désirer que ces deux opérations fussent pratiquées dans les filatures elles-mêmes, où l’on

Te/lleuse

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peut faire la dépense d’une machine qui les réalise simultanément et presque sans main-d’œuvre. C’est la broyeuse teilleme de Sitger , qui comprend une tablette sur laquelle ou dépose le chanvre ou le lin, doux cylindres cannelés en fonte dits broyeurs, qui brisent les liges, et deux cylindres à lames de fer, dits teilleurs qui raclent les fibres. La machine devrait en outre être enfermée sous enveloppe.

Los fileurs de chanvre présentent particulièrement certains accidents dus à la mauvaise habitude qu’ils ont de se servir de la salive pour mouiller et façonner le fil. C’est une inflammation spéciale de la langue et même de toute la bouche. L’irritation qui en résulte est d’autant plus grande que la filasse de chanvre est toujours imprégnée de matières âcres et irritantes. La substitution des machines au filage individuel a toutefois atténué énormément cet inconvénient.

Leloir (1) a signalé chez les fileurs de chanvre et de lin un eczéma qui occupe surtout la région palmaire, mais qui peut envahir toute la main ; tantôt cette dermite est vésiculeuse, tantôt vésiculo-pustuleuse ; tantôtlichénoïde et sèche. Quelquefois l’affection se produit aux pieds chez les ouvriers qui marchent pieds nus dans l’atelier. Elle est surtout produite par l’immersion des mains dans l’eau où on a humecté le chanvre, et elle se manifeste surtout dans les usines où cette eau n’est pas suffisamment renouvelée.

Dans les filatures de lin on observe assez fréquemment des plaies dues aux peignes. D’après Guermonprez (2), les pointes des pcigneuses peuvent agir à la manière des instruments tranchants et contondants. D’autres fois elles déterminent des plaies par ratissage. La plupart du temps, il reste dans la blessure des fragments de pointes qu’on peut facilement extraire, soit sur le moment, soit après la période inflammatoire. L’amputation ne peut être mise en question que quand les os et les articulations sont fortement intéressés.

q) Annules de demtologic et syphiliographie, mars 1885.

(?) Annales d’hygiène, 3e série, 1. XII, n° 2, p. 133,

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La figure 193 donne une idée de la machine peigncuse adoptée, et fait comprendre combien elle est dangereuse. 11 faut évidemment arriver à l’enfermer.

Le filage du lin exige une humectation active. La projection des bobines est très nourrie ; les ateliers sont saturés de vapeurs chaudes et nauséabondes. C’est là que git avant tout le danger intérieur, le danger extérieur provenant du rouissage et du teillage.

11 est facile d’atténuer les inconvénients de la projection, en disposant devant chaque rangée de bobines une devanture mobile en bois ou en tôle, et en munissant les ouvrières d'un tablier imperméable, ou water- Fig. 193. — peigueuse pour le lin.

proof. Malheureusement, dans A, presse maintenant le faisceau de

, , .1 • <■ • fibres. — B, toiles sans fin armées de

la plu p ai l des usines fiancaiscs, pejgU0(i agissant sur le faisceau de fibres.

on néelift'C de recourir à ces — C, cylindres débarrassant les peignes de 0 # 0 la bourre.

précautions, cependant si simples. 11 importe donc d’imposer cette condition ; quant aux inconvénients beaucoup plus sérieux de la saturation de l’atmosphère des ateliers par de la vapeur chaude, il n’y a pas à songer à les atténuer par une ventilation générale, car ce milieu humide et chaud est indispensable à la bonne qualité des fils produits. Il est toutefois deux procédés capables de donner satisfaction à la fois à l’hygiène et à l’industrie.

Le premier consiste à faire arriver par la partie supérieure; de l’atelier de l’air chaud qui rabat la vapeur et la maintient au niveau des bobines et au-de^uu " de la partie supérieure du corps des ouvrières.

Le second consiste à remplacer le milieu humide constant par une détrompe, préalable et rapide, à l’eau froide, sous l’influence d’une pression élevée. A cel effet, les

bobines sont introduites dans un cylindre vertical, appelé compresseur, qui est en communication avec une pompe hydraulique. A l’aide de cette pompe, on donne d’abord une pression de 5 atmosphères. On la ramène ensuite à zéro pour la porter enfin à 8 atmosphères. Cette opération ne dure pas plus d'un quart d’heure et rend le fil parfaitement filablc à l’air sec.

Toutefois, comme beaucoup d’industriels prétendent (pie le résultat est inférieur à celui obtenu dans les ateliers humides, on ne peut imposer que le correctif représente par le premier procédé.

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