‹ Traité d'hygiène industrielleChapitre 10 sur 172 · NAN NS NS SUN A PAS · texte numérisé non relu

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point qu'on à choisi pour s’en débarrasser d’une manière définitive. Industriellement on n’y a gagné qu’un délai pour le transport au loin. On a espéré tout sauvegarder en construisant des fosses étanches, mais prolongées par un simple tuyau étanche aussi, jusqu'au-dessous de la couche imperméable. Les parties solides s'accumulent seules dans la fosse proprement dite; et comme elles s’égouttent continuellement par la conduite inférieure , la plénitude est lon-

gue à s'établir. Quand elle est produite, on vidange et le résidu solide est mis en dépôt en plein champ. Quant aux liquides, ils sont de suite conduits au-dessous de la couche imperméable sans avoir pu contaminer la nappe souterraine et, par conséquent, les puits du voisinage. Ces résultats sont incontestables; mais que d’éventualités ne laissent-ils pas subsister, sans qu’on puisse les prévoir! Il n’est point de couche imperméable qui se prolonge indéfiniment. Il n’en est point qui ne présente de nombreuses lacunes, par lesquelles le liquide vient retrouver une nappe souterraine. On ne fait que se débarrasser d’un ennemi en le rejetant sur les contrées voisines.

Le déversement dans les rivières est certainement ce qu'il y a de plus économique et de plus expéditif. La rivière est en outre regardée comme un conduit d'évacuation naturel qui rend tout innocent en diluant de plus en plus ce qu’elle reçoit et en le transportant rapidement dans l’immensité de la mer. On ne se préoccupe que d’une chose, et encore exceptionnellement, c’est d’empècher le résidu de nuire pendant qu'il se rend de l'usine au cours d’eau, et on croit avoir tout fait en couvrant et en maconnant le canal conducteur.

Aujourd’hui on commence à s’apercevoir que le procédé crée des inconvénients nombreux et sérieux. La dilution immédiate ne se réalise point parce que le courant de la rivière refoule les résidus vers le canal d’amenée et sur les parties voisines des rives. On peut pailler l'inconvénient en conduisant les produits de déversement jusque dans le milieu du courant; mais, outre que c’est coûteux, la diffusion reste encore lente à se produire. Le voisinage de la mer ne constitue même pas une circonstance atténuante, car le reflux est encore bien plus puissant. Si les produits chimiques déversés sont nuisibles par eux-mêmes, c’est non seulement le dépeuplement de la rivière qu'on prépare, mais encore l'hygiène alimentaire de populations entières que l’on compromet, car aujourd’hui que beaucoup de villes captent l’eau des rivières, ce n’est plus seulement la

GÉNÉRALITES SUR L'IYGIENE INDUSTRIELLE, 13 contamination accidentelle de quelques puits, par la fusion de la nappe souterraine avec l'eau de la rivière, que l'on a àredouter.

Même dans le cas de sels inoffensifs, l'inconvénient peut être encore considérable, car il suffit que le degré hydrotimétrique d'une eau soit changé pour qu'elle cesse d'être potable et d'être un milieu convenable pour le: poisson. Il est à remarquer que la mort des poissons ne constitue pas seulement une perte d'argent, de ressources et de convenances; mais que par la putréfaction de leurs cadavres elle crée des foyers d'infection. D'autre part la richesse plus g a en sels que reçoit l’eau peut provoquer des incrustations et des obstructions dans les tuyaux de distribution des villes.

L'arrivée de certains résidus engendre souvent des réactons donnant lieu à des dégagements odorants et pénibles, notamment d'acide PES Quand ils comprennent des détritus org Sa c'est l'infection paludéenne et l’infection putride qu'on alimente où qu’on prépare. Ces détritus concourent aussi au développement de lacide sulfhydrique, en réduisant les sulfates. Enfin, par leur acidité ou leur causticité, ils peuvent nuire à la végétation des rives et mème AMETES les matériaux de construction.

À Lille, par le fait de la pollution des cours d’eaux par les résidus industriels, les eaux potables ont été infectées par un champignon du genre crénothrix.

Le déversement dans les rivières a donc de nombreux et graves inconvénients. Il est urgent d'y parer. Il existe bien une décision ministérielle du 24 juillet 4875 destinée à empêcher la contamination des cours d’eau, mais elle est restée à peu près platonique, en raison même de la tolérance que F'État se voit obligé d'accorder aux municipalités. I se trouve d'autant plus lié que ‘le versement des immondices dans les rivières est’ beaucoup plus dangereux que celui des eaux industrielles. Il est bien difficile, en effet, d'empêcher une ville de se débarrasser de ce qui linfecte par le moven qui a paru jusqu'ici le moins mauvais. Com-

ment ensuite empêcher un industriel de déverser ses détritus dans un cours d'eau très rapproché, quand, en ville, on lui permet l'accès dans les égouts qui vont aux rivières, De temps en temps, cependant, on voit apparaitre des plaintes formulées par des pècheurs qui veulent se venger sur line dustrie de leurs insuceès. Une enquête particulière est faite et, quelles que soient les conclusions, bientôt tout recommence comme auparavant. 1 y à là une difficulté pratique telle qu'en Angleterre, où on à cherché depuis quelques années à appliquer la loi avec rigueur et où on à créé des inspecteurs spéciaux, la contamination de la Tamise est à peine amoindrie.

On a indiqué et suivi un grand nombre de procédés d'atténuation :

La décantation, qui consiste à faire préalablement s6journer les résidus dans des bassins de dépôt, de façon qu'ils ne se déversent dans la rivière qu'après s'être dé barrassés de la plus grande partie des malières tenues en suspension et précipitables. Il est facile de proportionner le débit de sortie au débit d'entrée pour obtenir un séjour déterminé. Le moyen est très rationnel, mais insuffisant ; car l’eau mère reste encore riche en matières étrangères, De plus la pluie, en lixiviant le dépôt, peut ultérieurement en conduire une portion à la rivière el aux puits voisins, par voie souterraine.

La filtration peut aussi rendre quelques services relatifs, en forçant les résidus à traverser plusieurs couches filtrantes, avant de se déverser dans la rivière,

On lui évite ainsi des fragments minéraux ou organiques ; on la rend moins bourbeuse et même moins marécageuse, On la respecte davantage en elle-mème ; mais parfois on accumule des matières encombrantes qui peuvent ètre dangereuses et dont l'incinération peut devenir nécessaire, quoique coûteuse. Il y aurait certainement lieu de l’imposer plus souvent qu'on ne le fait. On pourrait du reste faciliter la chose et la rendre moins ontreuse, en associant la erémation industrielle, non pas à la crémation humaine, ce qui

blesserait bien des susceplibilités, mais à la crémation des débris et des cadavres d'animaux, laquelle a en outre l'avanlage de pouvoir être adoptée facilement et sans retard.

Un procédé de beaucoup supérieur à tous les précédents est l'évaporation en chaudières suivie de l'incinération du résidu solide, Aci la rivière n’est plus mise en cause sous aucun rapport, [n'y a plus ni liquides ni dépôts rendus solides; tout est amené au dernier terme de réduction. La salubrité publique n'est plus que faiblement touchée par les vapeurs et les gaz de la concentration et de lincinéra- Lion, Malheureusement ce traitement entraine des frais considérables, ce qui fait qu'en France on hésite à limposer, En Angleterre, au contraire, 1l est généralement appliqué pour tous les résidus dont les dangers ne peuvent pas ètre conjurés autrement, |

L'érigation peut rendre des services considérables pour les liquides fortement chargés de matières organiques. En les faisant se répandre méthodiquement dans les champs par un bon système de petits fossés de distribution, on aclive singulièrement loxydation et a nitrification des malières azotées, et on hâte par conséquent le moment où elles seront devenues inoffensives,

Le sol est en effet une éponge qui multiplie à linfimi les surfaces de contact de Pair et de ces matières, La filtration de l'eau dans ses vacuoles aspire même Fair, en y produisaut des alternatives de vide et de: plénitude, en mème temps qu'elle y entretient Phumidité nécessaire à tout travail de fermentation, Enfin certaines expériences tendent à prouver que lhumus agit lui-même à la manière d’un ferment, c'est-à-dire qu'il provoque la fermentation des malières étrangères par un véritable entrainement. Ajouons qu'on donne, en même temps, une certaine satisfac- Lion: à l'intérêt agricole, puisque c'est par leur nitrilication que les engrais alimentent les végétaux.

La neutralisation des liquides acides par des bases, el des liquides alcalins par des acides, La première est surtout mise en pratique et on la réalise tantôt par l'addition d'un

lait de chaux, tantôt en faisant filtrer la liqueur acide à travers un monceau de pierres calcaires, tantôt en y plongeant des rognures de zine, de fer ou de cuivre. On rencontre beaucoup moins souvent l’occasion de iettrSker des détritus alcalins,° et cette neutralisation donne ordinairement lieu à des échanges commerciaux entre des industries différentes, c'est-à-dire que les résidus alca- Jins de l'une servent à neutraliser les résidus acides d’une aulre. |

La dénaturation, dont la neutralisation n'est, pour ainsi dire, qu'un cas particulier, à pour but de transformer chimiquement un composé é nuisible en un autre composé plus innocent. Le principe génér: al n'a encore trouvé que de rares applications.

L'utilisation, qui suppose souvent la dénaturation préalable et qui a pour but de rendre les détritus propres à un usage quelconque. C'est un mode d'écoulement qui à le triple avantage d'éviter l'encombrement, de sauvegarder la salubrité publique et de rendre des services aux Fobétite de la vie sociale.

L'idéal de l'hygiène industrielle se trouve vertainement dans ce dernier procédé, et c'est dans ce sens qu'il convient de diriger les efforts des savants et des industriels, d'autant plus que le profit commercial qui en est la conséquence, en stimulant les intéressés, serait une garantie pour l'observation de lhygiène. ‘Tant que les industries n'auront pas trouvé de solution de ce genre, il faut insister pour l'adoption de la concentration avec ineimération. Le produit industriel fera défaut. Il y aura mème perte notable, mas l'hygiène sera encore satisfaite.

Dangers intéressant à la fois la salubrité publique et l'hygiène des ouvriers. — Ce sont les dangers d'incendie, les dangers d'explosion, les dégagements de vapeurs et de gaz, la production de poussières.

Dangers d'incendie. — D'une manière générale, on peut dire que les usines ‘sont plus exposées que les autres bâtiments à prendre feu, en raison de la multiplicité et de l'in-

GÉNÉRALITÉS SUR L'HYGIÈNE INDUSTRIELLE. 17 tensité des foyers, en raison surtout des substances inflammables qui y sont souvent maniées. Par suite elles créent pour les habitations voisines un danger d'incendie toujours imminent. L'isolement par enceinte et surtout par un chemin de ronde est donc la première mesure dictée par la prévoyance. C’est à tort qu’en France on ne se montre nullement exigeant sous ce rapport. Vu le retard qu’éprouvent toujours mème les premiers secours, on doit exiger la présence continuelle d’une pompe à incendie, dans l’intérèt privé comme dans l'intérêt général. Si on n'a pas sur place une surabondance d’eau disponible, on doit, comme dans beaucoup d'établissements de l'État, échelonner le long des bâtiments des réservoirs toujours remplis d’eau.

Quand une usine doit avoir en dépôt ou fabriquer des substances inflammables, en outre des mesures précédentes, on doit prescrire de placer l'ouverture des foyers et des cendriers en dehors des ateliers &e distillation, d’avoir constammêënt sous la main du sable fin pour ensevelir instantanément les récipients enflammés, de n'’éclairer les ateliers qu'à l’aide de lampes de sûreté ou de lampes placées derrière des verres dormants, enfin de construire les ateliers et les magasins en matériaux incombustibles.

Mais toutes ces précautions consacrées par les règlements me semblent devoir devenir bientôt inutiles en présence des essais faits récemment avec l’extincteur Grinnells (1). De distance en distance, sont établies dans les ateliers, à raison de 100 pour 900 mètres carrés, des bouches recevant de l’eau, soit des conduites ‘de la ville, soit d’un réservoir supérieur, fermées par un obturateur que maintient un levier avec un alliage fusible ou une ficelle facilement rompue par le feu lui-mème. Ce dernier procédé paraît préférable, parce que le point de fusion des alliages se modifie spontanément avec le temps. On peut aussi faire fonctionner en mème temps, et par le mème mécanisme, des avertisseurs. Eh tous cas l’extincteur Grinnells à déjà fait

(1) Blaise, Revue d'hygiène, 1885, p. 397.

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