‹ Traité d'hygiène industrielleChapitre 11 sur 172 · LEZ · texte numérisé non relu

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Poincaré. — Hyg. industr.

ses preuves non seulement dans des expériences provoquées, mais encore dans un véritable incendie.

Dangers d'explosions. — Quoique les ouvriers soient les premières victimes, en mème temps que les plus frappées des explosions des chaudières et des dépôts de substances fulminantes, on peut encore faire entrer cette éventualité dans les dangers qui menacent la salubrité publique; car les éclats sont souvent projetés au loin avec violence,

Ils donnent lieu aux lésions traumatiques les plus variées et les plus graves. Ils vont fracturer et broyer tout ce qu'ils frappent. [ls pénètrent dans les chairs et les cavités viscérales. D’autres fois c'estle corps lui-même qui est projeté contre les murs. Le cachet spécial de ces blessures est de s'accompagner de brûlures profondes, étendues et graves.

Pour éviter les explosions de chaudières, les règlements

administratifs prescrivent de munir ces appareils générateurs de soupapes de sürelté donnant automatiquement issue à la vapeur avant qu'elle ait acquis assez de tension pour briser sa prison. Ces soupapes peuvent être chargées directement de poids calculés sur la pression que la chaudière est capable de supporter ; ou bien maintenues par un bras de levier portant à son extrémité un poids qui n’a pas besoin d'être aussi volumineux. Elles peuvent être aussi constituées par des plaques d’alliages de bismuth, de plomb et d’étain, dont le degré de fusibilité est en rapport avec la chaleur qu'on a le droit d'atteindre sans danger. Mais elles donnent beaucoup moins de sécurité et ne devraient plus ètre autorisées.

Comme il est encore plus sûr de ne pas laisser naître le danger que d'y parer lorsqu'il menace, il est ordonné en outre de prendre des mesures contre trois causes qui sont reconnues capables de favoriser les explosions, l’abaissement du niveau de l’eau au-dessous de la surface de chauffe, la production d’incrustations minérales sur la paroi de la chaudière et l'emploi d'eaux corrosives.

Pour l’abaissement du niveau de l’eau au-dessous de la surface de chauffe, il est aisé de comprendre que quand l'eau ne s'empare pas de la plus grande partie du calorique que reçoit la portion de la chaudière léchée directement par les flammes du foyer, celle-ci s’échauffe au point de rougir, et dès lors il suffira que de l’eau arrive ultérieurement à son contact pour qu'elle se vaporise instantanément en exagérant brusquement la tension intérieure. [lest donc nécessaire d’alimenter constamment la chaudière de façon à ce que cette portion ne soit jamais démasquée et pour cela il faut que le chaufleur puisse toujours constater le niveau occupé par Fig. T.

l'eau. C’est pourquoi on exige l’a- | daptation d’un niveau d’eau.Ine faut plus tolérer les anciens niveaux formés de deux tubes avec robinet, l’un au-dessus, l’autre au-dessous du niveau normal, de telle sorte que si le robinet supérieur donne de l’eau, c’est qu'il y a trop de hquide et que si le robinet inférieur donne de la vapeur, cest qu'il n’y en a pas assez ; car il est toujours dangereux de s’en rapporter à la vigilance des ouvriers pour tourner des robinets de temps en temps. Il vaut mieux un tube recourbé en verre, communiquant avec la partie inférieure de la chaudière et dans lequel, par conséquent, l’eau suit les mêmes oscillations que dans le générateur. Un trait très apparent indiquera sur lui-même le niveau de la surface de

chauffe. Ce mode d'indication est préférable à un flotteur consistant en une meule, se déplaçant avec la surface de l'eau et maintenu par une corde à contre-poids sur une poulie, celle-ci faisant mouvoir une aiguille qui darde sur un cadran. Non seulement l'indication frappe moins Îles yeux, mais ces appareils peuvent mal fonctionner. Toutefois, mème avec le veau d'eau précédent, il est important de placer en outre un fotteur d'alarme qui en s’abaissant démasque l’ouverture d’un sifflet et laisse la vapeur produire un bruit strident.

En s’évaporant, l’eau précipite naturellement des sels qui en s’accumulant forment des 2ncrustations crouûteuses sur la paroi de la chaudière. Ces dépôts gènent l'absorption du calorique par l’eau; la paroi est bientôt portée au rouge, et quand une fissure vient à se former dans la croûte, l'eau arrivant au contact d’un point rougi produit tout à coup une grande quantité de vapeur qui fait éclater la chaudière. Il est inutile de chercher à prévenir la formation de ces dépôts par l'addition à l’eau d’amidon ou de pulpe de pomme de terre. C’est tout au plus si ces matières retardent un peu lincrustation. Il faut absolument nettoyer la chaudière d'une manière périodique et à des époques rapprochées.

Il arrive souvent que des usines n'ont absolument à leur disposition que des eaux dites corrosives, c'est-à-dire très riches en sulfates et en chlorures. Ces substances finissent par attaquer le fer de la chaudière, amincissent sa paroi par places et, en diminuant ainsi sa résistance, préparent des explosions. Dans ce cas 1l faut exiger la distillation préalable de ces eaux.

Du reste, en ce qui concerne les chaudières à vapeur, l'hygiène n'a pour ainsi dire plus de vœux à émettre. Une ordonnance royale qui remonte au 22 mai 1843 à tout prévu et tout réglementé jusque dans les-plus petits détails. Non seulement elle rend obligatoires toutes les dispositions qui précèdent; mais nul ne peut en établir sans une demande en autorisation faisant connaître les conditions d'em-

placement, de construction, de destination, de puissance, de fonctionnement et d'alimentation. Elle n’est accordée qu après une enquête favorable dont les ingénieurs des mines ou des ponts et chaussées ont la responsabilité, et qu'après des épreuves des appareils, dans lesquelles la pression est rendue triple de celle qu'ils devront développer dans le travail industriel. En outre, une surveillance continue est exercée par les délégués compétents de l'autorité préfectorale. Comme il faut une sanction à toute surveillance, chaque accident devient l'objet d'une enquête sérieuse et donne lieu à des pénalités déterminées. Sous ce rapport, comme 1l est parfois difficile de faire, après coup, la part des responsabilités, il serait bon de rendre plus général, dans les grandes usines, l'emploi de l'appareil de M. Mann qui enregistre, pour ainsi dire, tous les faits et gestes du personnel et permet, d'après les attributions, de savoir quel est l’ouvrier qui a manqué à son devoir et à quel moment il l'a fait.

Ajoutons encore qu'une invention récente, celle qui subsitue aux grandes chaudières des agglomérations ou colonies de petites chaudières cylindriques, a pour résultat non seulement de multiplier la surface de chauffe, mais encore de restreindre les effets des explosions en les rendant toujours partielles.

Les règles pour les dépôts de substances explosibles sont d'abord les mêmes que pour les substances inflammables. En outre, pour quelques-unes d’entre elles, 1l faut en prendre contre les frottements et les chocs. Ces dernières trouveront leur place naturelle dans l'étude spéciale"des fulminates.

On peut considérer comme menaçant à la fois la salubrité publique et la santé des ouvriers, les vapeurs et les poussières variées que dégagent la plupart des usines. Toutefois le danger est beaucoup plus constant et plus considérable pour les ouvriers que pour le public, parce qu'ils sont au foyer même de la production, qu'ils en subissent forcément le premier feu, et cela sans le grand correctif de la diffusion,

Inconvénients des vapeurs et des qaz. — Les vapeurs peuvent nuire, en changeant les conditions hygrométriques et calorifiques du milieu, et pour la plupart en exerçant une action soit corrosive, soit toxique. Le premier mode, qui est le moins redoutable se présente pour les vapeurs essentiellement aqueuses. L'air se trouvant sursaturé ne permet plus à l’exhalation pulmonaire de s'effectuer, puisque celle-ci est toujours simplement complémentaire de ce qui manque à l’air pour ètre à saturation. De là certainement un appoint qui concourt à donner le caractère catarrhal aux bronchites. Il limite de même l’évaporation de la sueur, qui reste à l’état liquide à la surface de la peau et qui, lors du passage de l’ouvrier dans un endroit non saturé, s’évaporera brusquement, en grande quantité, en empruntant du calorique au corps, c’est-à-dire en le refroidissant. D'où un élément de plus pour la production des affections à frigore. Pour les deux sources pulmonaire et cutanée, la diminution de l’exhalation enlève à l’économie son moyen le plus puissant de régularisation du calorique animal. De là l’échauffement général du corps et en particulier de la muqueuse pulmonaire, qui devient ainsi plus apte encore aux processus inflammatoires. Enfin l’accumulation de l’eau dans le corps, qui en est aussi la conséquence, produit l’hydrohémie.

. Quand les vapeurs dégagées ont une réaction acide ou très alcaline, elles irritent, enflamment les téguments et la muqueuse pulmonaire et peuvent mème les corroder. Quand elles sont douées de propriétés toxiques, elles produisent des empoisonnements généraux d'autant plus intenses et rapides que leur extrème division leur permet d'être absorbées facilement et en grande quantité. Les symptômes qui se produisent alors varient avec la nature du poison. Mais la plupart d’entre elles peuvent produire, en raison même de l'intensité de leur mode d'introduction, des accidents connus dans les ateliers sous le nom d’asphyxie et caractérisés par une perte brusque de connaissance qui s’accompagne tantôt de päleur, tantôt de congestion de la tête. II

importe alors d'amener la victime à l’air libre et de pratiquer la respiration artificielle, des frictions et des aspersions d'eau froide.

Mesures contre les vapeurs et les gaz. — Les mesures à diriger contre les vapeurs et les gaz sont : la ventilation générale des ateliers, les hottes, les cheminées d'appel Annie aux foyers de dégagement, les HAAqUes la condensation, les fours spéciaux.

Ventilation générale. — On a reconnu l'utilité d'adapter des moyens de ventilation artificielle aux bâtiments destinés à recevoir des réunions nombreuses d'hommes. A plus forte raison semble-t-il logique de le faire pour les ateliers où l'air est aussi vicié par les miasmes humains et par l'acide carbonique de la respiration, et où le travail industriel dégage en outre des gaz irrespirables ou toxiques. C'est donc là que la Rent té du renouvellement de l'air s'impose de la manière la plus impérieuse, c’est Ià du reste une vérité reconnue par tout le monde. On a cherché à obtenir ce renouvellement par de nombreux moyens directs et accessoires qu'il importe d'apprécier à leur juste valeur.

Le plus simple est certainement l'ouverture des fenêtres. Mais outre qu’il n'est pas praticable en toutes saisons, il a l'inconvénient de diffuser les éléments de viciation dans les couches d'air habitées. La salubrité publique ne doit donc pas le tolérer lorsque le DsRaement est pénible ou danger'eux.

Dans beaucoup d'usines et de fabriques, on compte uniquement sur l’appel que produit toute cage d’escalier, et dans ce but on la termine en haut par une toiture vitrée, munie d’une ouverture de sortie pour la colonne d'air ascendante. Mais pour que l'escalier serve ainsi en même temps de cheminée d'appel, il faut que sa cage constitue une colonne à peu près close sur toutes ses sections. Or si on tient les portes des ateliers fermées, le renouvellement est faible et réduit à ce que permettent les fissures. Si on les tient ouvertes, l'air vicié des étages inférieurs s'engage en grande partie dans les ateliers des étages supérieurs, au

lieu de s'échapper par la toiture. Il s'y précipitera même à torrents dans le premier cas, chaque fois que pour les besoins du service on ouvrira une des portes. On à espéré tournér la difficulté en plaçant en haut les ateliers qui vicient le plus l'atmosphère. Maïs ce n’est là qu'un correctif insuffisant qui, du reste, ne saurait s'appliquer à tous les genres d'industrie.

Le résultat ést déjà plus satisfisantie ét levspart charge, qui servent à transporter les matériaux à tous les étages, si on circonserit l’espace où ils se meuvent par des cloisons s'étendant sur toute la hauteur du bâtiment, présentant seulement, à chaque étage, près du plafond, quelques trous pour la sortie de l'air vicié, et au niveau du plancher une porte qu’on n'ouvrira que pour décharger les matériaux amenés parle plancher mobile. On pourrait aussi, pour activer le tirage, entretenir un ou deux becs de gaz à la partie supérie eure de ce tunnel vertical.

On a aussi mis à profit l’éclawrage au gaz pour contribuer à la ventilation générale, en surmontant chaque bec d'un tube évasé à sa partie inférieure, conduisant les produits de la combustion à l'extérieur, et emboité dans un tube plus large où l'air de la salle s'engage, s’échauffe et s'échappe en établissant un tirage. Le procédé est des plus recommandables, quand ce ne serait que pour éliminer la part de viciation due à la combustion du gaz. Mais pour la ventilation, 1l n’y a réellement là qu’un ont pendant le travail du soir. |

Il est aussi naturel d'utiliser, pour renouveler l'air des ateliers, le chauffage des salles. Quand il est obtenu avec des fourneaux, comme cela a lieu souvent dans de petits ateliers, 1l faut, suivant le système adopté dans les écoles, les entourer d’une enveloppe métallique créant un espace s’alimentant par une prise d'air extérieur et déversant ainsi dans la salle constamment de l'air chaud. Comme disposition complémentaire, des ouvertures d'évacuation seront ménagées pour l'air vicié. Si le chauffage est obtenu, comme cela a lieu dans beaucoup de grands ateliers, par

GÉNÉRALITES SUR L'HYGIÈNE INDUSTRIELLE, o à

circulation d'eau chaude ou de vapeur, il faut établir + sur les paroïs des bouches d'extraction donnant dans des canaux parcourus par un des tuyaux qui établira un appel en chauffant la colonne d'air du conduit mural,

Comme l'utilisation du chauffage des salles n’est possible qu'en hiver, on a songé à se servir, comme agent d’aspiration, de la cheminée de la machine à vapeur, qui, elle, fonc-

Fig. cs :

lionne en tout temps. Par un système de canalisation bien compris et bien installé, la chaleur de cette cheminée peut aspirer l'air de plusieurs salles: Dans de grandes industries, on a même construit une cheminée d'appel spéciale très élevée et on a naturellement obtenu ainsi un renouvellement plus puissant. Dans les deux cas il est nécessaire, pour se mettre à l’abri du refoulement ou retour de l'air vicié dans les salles par l'effet du vent, de surmonter la cheminée

d'évacuation d’un chapeau mobile en tôle ou en bois qui tourne au gré du vent, de manière à toujours placer son ouverture du côté opposé à la direction du courant atmosphérique.

Enfin on a appliqué à beaucoup d'usines une ventilation mécanique, c'est-à-dire obtenue à l’aide soit d'une roue plane, soit d'une roue à palettes, soit d'hélices, soit d’une pompe à pistons mis en rotation rapide ou en excursion par la machine à vapeur. Les ventilateurs à roues agissent tous, en vertu de la force centrifuge, de facon à re fouler l'air de leur orbite à la circonférence et à raréfier par suite celui de

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lig, 9.

la colonne voisine de leur axe de rotation. Aussi peut-on les faire agir, à volonté, par propulsion ou par aspiration sur la salle à ventiler. Si on met celle-ci en communication avec la partie de la caisse enveloppante qui correspond à la circonférence du ventilateur, pendant qu'une ouverture correspondant au centre communique au contraire avec l'atmosphère libre, 1l aspirera l'air extérieur par cette ouverture centrale pour le lancer dans la salle par louverture périphérique, et on obtiendra la propulsion. Pour obtenir l'aspiration il suffira au contraire de mettre la salle en communication avec le centre de la caisse ventilatrice et l'extérieur avec sa partie excentrique, et l'air intérieur aspiré par le centre sera rejeté au dehors par la périphérie.

Avec les machines à hélices, il suffira de changer le sens de la rotation ; avec les machines à pistons, de changer les conditions d’abaissement et de relèvement des soupapes, On a beaucoup discuté pour savoir ce que l’on devait préférer de la propulsion ou de l'aspiration. Mais j'estime que si la première peut suffire et même présenter des avantages lorsqu'il ne s’agit que des produits de la respiration, l’aspiration constitue le mieux lorsqu'il y a développement de produits industriels nuisibles, parce qu'elle extrait mieux.

Le résultat est encore supérieur quand on combine les deux systèmes et qu'on place à l’une des extrémités de la salle un ventilateur propulseur, et à l’autre un ventilateur aspira-

> teur. Encore il faut que le dé- T veloppement soit gazeux et Che comprenne peu de poussières. CÉ = Car, comme nous le verrons AS pour les industries très pous- LE Fe siéreuses, la ventilation arti- «Es o

ficielle portant sur l’ensemble de la salle est mauvaise.

M. Brabant (1) conseille des ventilateurs dont les ailes sont tangentes à l’origine, redres- Fig. 10. — Hotte de dégagement. sées ensuite dans la direction | du rayon et entourées, à la plus courte distance possible, d’une enveloppe. Pour diminuer les rentrées d'air dans la salle soumise à l'extraction, il indique de rétrécir le plus possible l’ouverture de sortie de la caisse ventilatrice.

Les hottes de dégagement constituent le moyen d'assai-

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(1) Choix d'un ventilateur à zone centrifuge. Bruxelles, 1882.

nissement le plus simple et le plus anciennement recommandé. Consistant en une cheminée d'évacuation à petite section, on peut facilement les multiplier dans un même atelier et en doter chaque foyer de production de gaz et de vapeurs. En la prolongeant jusqu'au-dessus du vase producteur sous une forme évasée qui déborde ce dernier, on lui assure la préhension de tout ce qui en émane. Cest là du reste un système consacré par les mœurs les plus anciennes des laboratoires de chimie. Toutefois elles ne remplissent convenablement leur mission qu’à certaines conditions qui ne sont pas toujours observées. Il faut exiger que dans la partie extérieure la cheminée soit très élevée, non pas seulement pour que la diffusion se fasse dans des couches d'air supérieures aux habitations, mais dans l'intérêt mème des ouvriers, parce qu'alors le tirage est plus puissant. Il faut en outre que la partie inférieure descende aussi près que possible du vase. Malheureusement on est le plus souvent obligé de laisser au contraire un espace considérable pour permettre aux ouvriers de travailler la matière. Aussi y a-t-il lieu de conseiller, lorsque le genre d'opération le permet, l’établissement de hotes vitrées, c'est-à-dire de hottes prolongées par une construction en verre fixée hermétiquement à la fois à la cheminée et à la bâtisse de l’appareil producteur, à travers laquelle l'ouvrier se rend compte de tout ce qui se passe, et munie de portes qu'on ouvre lorsqu'il faut intervenir manuellement. Lorsque cette construction n'est pas possible, et même, en tout cas, lorsque le dégagement est très toxique, il y a lieu d'activer le urage soit en plaçant une couronne de becs de gaz dans la cheminée, soit en faisant déboucher celle-ci dans la cheminée des foyers des chaudières.

On à mème, ce qu’on ne peut qu'approuver, construit une cheminée d'évacuation spéciale, où viennent aboutir tous les tuyaux de dégagement des hottes de l'usine et dans laquelle le ürage est rendu puissant par un foyer particulier.

Un procédé peut-être plus riche de promesses que de résultats effectifs consiste dans la combustion des vapeurs

GÉNÉRALITÉS SUR L'HYGIÈNE INDUSTRIELLE. 29 el gaz qui se dégagent des chaudières. Le système le plus simple et le moins coûteux est celui de Ballard. Un couvercle force les buées à s'engager dans un tuyau qui les amène sous la grille du foyer, et ce n’est qu'après avoir été soumises à son action comburante qu'elles peuvent s’engager dans la cheminée d'évacuation de la cheminée.

Cet appareil ne fonctionne pas très bien. Aussi faut-il,

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NN en” NN 5 K NN <— H nr 7 / 1] F sh] ; S 22 EN HU \ JL j TR dr CEE CFA NP ES À UT QEASUER LR EE, 2,58 SSL te A N PEf $ ; NS NN Nord | | Fig. 11.

A, chaudière, — F, couvercle. — H, cheminée d'évacuation. — G, carneau amenant les

vapeurs dans le foyer C.

pour rendre la méthode efficace, faire arriver les buées dans un autre foyer destiné exclusivement à leur combustion. Dans l'industrie métallurgique, pour obtenir la fusion des métaux, avec ou sansoxydation, on a généralement recours à des fours spéciaux qui, tout en répondant avant tout à des exigences industrielles, offrent néanmoins un intérêt hygiénique, parce qu'ils isolent plus où moins les ouvriers des vapeurs métalliques. Parmi ces fours, celui quiremplit le mieux ce but préservateur est le four dit à réverbère, dont l'hygiéniste doit par conséquent connaître l'organisation.

30 TRAITÉ D'HYGIÈNE INDUSTRIELLE. | Dans un même massif de maconnerie se trouvent, d’une part, un foyer appelé la chauffe, où s'effectue la combustion du combustible, d'autre part un compartiment plus élevé et situé à côté, appelé /aboratorre, où s'opère la fusion. Ce dernier présente une paroi inférieure, ou so/e, plus ou moins excavée et une paroi supérieure en forme de voûte. Il communique par un couloir avec la chambre du foyer et il présente des ouvertures de carneaux qui conduisent les vapeurs du laboratoire et les gaz du foyer vers une cheminée d'évacuation. Entre le foyer et le laboratoire se trouve une élévation, l'autel, contre lequel on rassemble Îles produits qui ont déjà subi l’action suffisante du feu. Avec cette disposition, la matière n’est pas en contact avec le brasier lui-même, elle est seulement léchée à sa surface par les gaz enflammés qui s’échappent du foyer, et elle est surtout chauffée par la réverbération de la chaleur de la voüte. Au point de vue industriel, les fours à réverbère ont l'avantage d'utiliser la chaleur mieux que tous les autres et de permettre d'atteindre des températures très élevées. Au point de vue hygiénique, ils entraînent les buées dans la cheminée sans en laisser s'échapper vers l'atelier; 1ls préserventles ouvriers beaucoup mieux que les hottes.

Quant aux autres fours, comme ils visent surtout des buts industriels, nous devons nous contenter de les signaler ici, d'autant plus que quelques-uns trouveront mieux leur place dans l'étude particulière des industries qui sont obligées d'y recourir. Tels sont les fours, dits à cuve, dans lesquels le combustible et les corps à traiter sont chargés par couches alternatives : ils utilisent aussi très bien Le combusüble, parce qu'il n’y à de perte que par le rayonnement; les fours rectanqulaires à quatre grilles avec une seule cheminée centrale : ils peuvent faciliter le travail et le rendre plus économique dans certaines industries, notamment dans les verrerles ; les fours de galère, où la chauffe, dans une position centrale, échauffe deux laboratoires placés de chaque côté ; les jours à récupération, qui utilisent la portion de calorique que les gaz, ayant déjà chauffé le laboratoire,

GÉNÉRALITÉS SUR L'HYGIÈNE INDUSTRIELLE. 31 possèdent encore dans la cheminée d'évacuation et qu'ils vont perdre dans l’atmosphère. Ils comprennent deux systèmes qui tous deux emploient du gaz hydrogène comme

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LE ER A a, cendrier, — à, foyer. — €, voûte en briques réfractaires. -— d, sole en mêmes briques. e, autel, — f, porte du foyer. — 4, porte latérale au niveau de la sole. — i, autre porte du côté opposé du foyer, — 7? 7, naissance des deux embranchements de la cheminée #. — 1, rouleau mobile pour faciliter le mouvement des ringards. — », cadre en tôle pour recevoir le produit extrait, — », registre de [a cheminée,

combustible ; le système Ponsard, dans lequel les produits de la combustion, avant de se rendre dans l'atmosphère, traversent des briques entrelacées qui, étant creuses, laissent passer l'air destiné à la combustion du gaz; le système

Siemens qui- chauffe, avec la chaleur perdue, à la fois l'air comburant et le gaz combustible en renversant simplement la direction du courant gazeux. De chaque côté du four à réverbère se trouvent deux empilages de briques qui, à tour de rôle, servent une fois à chauffer l'air, et une fois le gaz hydrogène : ainsi de suite alternativement, c’est-à-dire qu'on fait arriver l'air tantôt d’un côté, tantôt de l'autre, pendant que le gaz arrive par le côté opposé.

On à songé de bonne heure à profiter de la solubilité de certains gaz et vapeurs dans Peau pour s'opposer à leur diffusion dans l'atmosphère en les forçant à se condenser dans ce Hquide à leur sortie des appareils producteurs. Cette condensation peut être réalisée à l’aide de dispositions différentes qui varient avec le genre d'industrie et les conceptions des ingénieurs. Les principaux types trouveront une place plus appropriée dans l’étude particulière des industries. Nous dévons ici nous contenter de poser les principes généraux sur lesquels repose cette méthode d'assainissement.

1° Lorsque le gaz à condenser n'est pas très soluble dans l’eau, on n'arrive à l'y retenir que sous l'influence d’une forte pression. On fait naître celle-ci en forçant le gaz à traverser une masse d’eau épaisserenfermée dans une caisse résistante et en ne lui laissant pour s'échapper, après cette lraversée, qu'un orifice restreint. C’est là la condensation par dissolution forcée. On peut aussi recourir à ce système, mème quand le gaz est très soluble, lorsque, dans un but d'utilisation commerciale, on veut obtenir une solution très concentrée qui, du reste, a lavantage d’être moins encombrante. Mais au point de vue de l'hygiène, cette méthode est souvent défectueuse, parce que la filtration à travers l’eau se faisant avec difficulté, la tension s'élève dans les tuyaux d’amenée et dans les appareils producteurs et fait naître facilement des fuites.

2° Lorsque le gaz a beaucoup d'affinité pour l'eau, le concours de la pression n’est plus nécessaire, et il suffit de mettre les deux agents en présence, en ayant soin seule-

ment de multiplier les surfaces de contact. C'est là la condensation par dissolution libre. Cette mulüplication de surface peut être obtenue de deux manières : 4, par la division extrème du liquide dissolvant, en le faisant tomber en pluie dans le courant gazeux. C'est la condensation par pulvérisation; b, par Île réno hvid incessant des surfaces en rendant l'eau courante. C'est la condensation par cireulation. #k |

3° Lorsque le produit de dégagement n'est gazeux ou volatil qu'à une température éleébs la condensation par sple refrordissement est préférable.

Toutefois, si la condensation peut rendre d'immenses services à la salubrité publique et à lhygiène intérieure en prévenant la diffusion des vapeurs nuisibles, 1l ne faut pas perdre de vue qu’elle lisse des dissolutions encombrantes qu'il serait la plupart du temps dangereux de verser sur le sol ou dans les rivières et que, par ellemème, elle ne fait que transformer ou reculer le danger. Aussi ne faut-1l s'engager dans cette voie qu'avec l'espoir, sinon la certitude de pouvoir user ces produits, soit NEA A EU TEINTE par une utilisation commerciale :

ou industrielle, soit par une neutralisation complète et efficace.

Enfin lorsqu'il s'agit de séjourner dans un milieu gazeux irrespirable, on doit munir les ouvriers de l'appareil Gw/obert. Un sac fixé au dos est préalablement gonflé d'air à l'aide d'un soufflet. Deux tuyaux de caoutchouc, partant lun de l'extrémité supérieure, l'autre de l'extrémité inférieure, viennent aboutir à une embouchure fixée sur la bouche. Le premier amène dans le sac Pair expiré, le se-

PoINcaRÉ, -— Hve, industr. 3

cond sert à aspirer l'air inspiré. Dans ces conditions l’ouvrier respire dans l'atmosphère du sac comme il le ferait dans l'atmosphère confinée d’une chambre.

Dangers des poussières. — Les poussières, considérées en général, peuvent avoir deux modes d'action distincts : une action mécanique qui relève de leur état physique même et une action toxique qui relève de leurs propriétés chimiques et physiologiques. Le premier mode appartient à toutes les poussières sans exception; le second est le triste privilège de quelques-unes et varie avec la nature de chacune d'elles.

En raison de leur finesse et de leur légèreté, les poussières trouvent dans l'air un véhicule puissant, pénétrant et universel. Elles englobent l'individu dans un nuage épais qui le poursuit partout. Elles s’insinuent partout par les: solutions de continuité et les bâillements les plus insignifiants des vêtements, par tous les orifices naturels du corps humain jusque dans les profondeurs des organes les plus éloignés, et même dans les cavités des glandes les plus m1croscopiques. Elles adhèrent là où le hasard les a fait arriver fixées par le moindre repli et le moindre accident de surface, d'autant plus que partout elles rencontrent une certaine humidité. En raison de leurs minces proportions, de leur forme et parfois de leur résistance, elles finissent, après un certain temps d’adhérence, par s’infiltrer dans l'intimité des tissus eux-mêmes. Elles sont plus particulièrement entraînées par le torrent lymphatique et déposées dans les ganglions.

Les voies pulmonaires sont naturellement les plus menacées, en raison de l’active circulation d'air dont elles sont le siège. En adhérant à la muqueuse du pharynx, elles y causent une 1rritation, une titillation qui, par action réflexe, provoque une toux spasmodique et un sentiment de strangulation. Elles déterminent unehypersécrétion des glandes, qui dans l'harmonie des phénomènes physiologiques doit favoriser leur expulsion. L'irritation se renouvelant sans cesse aboutit à la production d'une angine granuleuse chro-

nique. Dans les bronches elles développent et entretiennent, par leur contact, un processus inflammatoire à forme catarrhale, qui peut obstruer quelques vésicules par prolifération de l’épithélium et qui amène à la longue de l’emphysème par un mécanisme facile à saisir. Quand elles se sont engagées dans la trame conjonctive des vésicules ellesmèmes, elles déterminent une prolifération nucléaire qui, suivant les circonstances, peut aboutir à une sclérose ou à une pneumonie caséeuse. On estime que les poussières minérales sont seules aptes à pénétrer ainsi. Mais en réalité les poussières végétales s’incrustent aussi, exceptionnellement, voilà tout. En outre elles sont détruites la plupart du temps avant d’avoir pu déterminer autour d’elles une prolifération grave. |

Sur la peau, les poussières forment avec les sécrétions des enduits qui occasionnent des démangeaisons, de l’érythème et rendent le terrain favorable au M uen des spores de cryptogames que charrie l'atmosphère. En pénétrant dans les glandes sébacées, elles les obstruent, les irritent et RARE de l'acné.

Du côté des yeux, elles déterminent des orgelets, des blépharites ciliaires et des conjonctivites.

Du côté des voies digestives, les résultats sont beaucoup plus insidieux et ne sont pas toujours rapportés à leur véritable cause. Il est probable que beaucoup de dyspepsies et de catarrhes stomacaux reconnaissent cette origine.

A ces effets mécaniques, les poussières toxiques joignent souvent l'inconvénient de produire une action locale beaucoup plus sérieuse, d'ordre chimique, tenant à une acidité ou à une Rte puissantes, amenant une vive inflammation et parfois la mortification du tissu cutané. Mais l’action générale est de beaucoup la plus grave; car elle aboutit fatalement à un empoisonnementcachectique, la plupart du temps irrémédiable, compromettant mème la descendance.

L'absorption des poussières industrielles, c'est-à-dire leur pénétration dans le torrent sanguin, peut en eflet s'effectuer sur tous les points à la fois, car celles qui sont

36 TRAITÉE D'HYGIÈNE INDUSTRIELLE. | insolubles trouvent toujours des agents de dissolution dans les liquides de la bouche et des bronches. Dans les glandes sébacées elles forment avec la matière sébacée des combinaisons qui cèdent à l'endosmose. En outre les poussières que l’ouvrier, qui n’est pas d’une propreté excessive, peul colporter avec lui sur ses mains et ses vêtements, se mêlent toujours plus ou moins à ses aliments. Les membres de sa famille se trouvent mème compromis par lt.

Les symptômes provoqués par cette absorption varient évidemment avec la nature de la poussière toxique. Maus 1 y a toujours pour tous les empoisonnements industriels un certain cachet commun qui résulte de leur mode de production, c'est-à-dire de ce que lintroduction se fait pour ainsi dire à dose filée, qu’elle se renouvelle tous les jours, et de ce que le poison s’accumule peu à peu dans léconomie, Ces caractères communs consistent : en une chloroanémie avec une teinte cachectique, un grand affaiblissement, de la dyspepsie, de lanhélation, des palpitations, des troubles de la menstruation, une plus grande fréquence des avortements, des mort-nés ou des morts en bas âge.

Mesures contre les poussières. — Il semble, au premier abord, très difficile de concihier 1e1 lintérèt publie avec celui des ouvriers, car ceux-e1 ne peuvent se débarrasser des nuages de poussières qui les entourent, qu'en cherchant à les chasser dans: l'atmosphère libre, tandis que, pour sauvegarder le nuileu publie, il est au contraire naturel de chercher à maintenir les poussières eonfinées dans l'établissement qui les produit. Chose digne de remarque, les Conseils. d'hygiène, dont l'objectif principal, sinon unique, paraît être l’intérèt publie, se sont presque toujours préoceupés, au cas particulier, d’assainir l’intérieur au détriment de l'extérieur. Tous les rapports relatifs aux industries développant des poussières font figurer dans leurs conclusions cette condition stéréotypée : Bien ventiler les ateliers ; eUles efforts des hommes spéciaux ont toujours tendu à rendre cette ventilation de plus en plus efficace.

L'aération naturelle, se faisant simplement par de nome

LA

breuses et larges fenêtres maintenues ouvertes, peut parfois suffire pour entrainer des fluides, gaz ou vapeurs ; mais elle a été reconnue tout à fait insuffisante pour les poussières qui, en raison de leur état solide, obéissent moins à la diffusion. [l en a été de même pour la ventilation résultant d'une cireulation d'air chaud, bonne tout au plus pour de simples lieux de réunion. On a admis, sans jamais en imposer l'application toutefois, la supériorité d'une venlHilation mécanique, qui possède en effet une bien plus grande puissance. Puis on a agité la question de savoir s'il valait mieux se servir de ventilateurs agissant par propulsion, ou de ventilateurs agissant par aspiration. C'est pour ces derniers que la majorité s’est prononcée, parce qu'ils ont paru mieux entraîner les poussières. On à mème pu, surtout avec eux, trouver moyen de donner en même temps satisfaction à la salubrité extérieure, en faisant affluer les poussières dans une chambre où on peut ensuite les recueillir pour les utiliser ou les noyer pour les fixer. Dans ce dernier but, on a aussi imaginé d'élever de grandes cheminées d'appel où les poussières venaient se consumer dans un foyer puissant. |

Mais avec tous ces dispositifs, l’'ouvrier n’est nullement délivré. Si la ventilation adoptée rejette dans l'atmosphère des cours ou des rues la poussière enlevée, celle-ci rentre bientôt en partie par les portes et les fenêtres. Si on la retient prisonnière dans une chambre spéciale, on laisse subsister avant un inconvénient qui complique aussi le cas précédent. C’est que l'agitation que les ventilateurs provoquent dans l’atmosphère des ateliers soulève continuellement la poussière retombée sur le plancher. Disons plus, c'est que les ventilations portant sur toute une salle font encore plus tournoyer la poussière qu'elles ne l’entrainent. Aujourd'hui il n'y a pas à hésiter. Il faut poser en principe que la ventilation jénérale, quelle qu'elle soit, doit être abandonnée et être toujours remplacée par ce que j'appellerai la ventilation partielle où mieux particulière, c'est-àdire /mitée et spéciale à chaque machine, à chaque appa-

reil développant de la poussière. Cela s'obtient en enfermant chacun de ces engins dans une enveloppe hermétique qui crée autour de lui une petite atmosphère restant tout à fait indépendante de la grande atmosphère de l'atelier et par conséquent indépendante du milieu où l’ouvrier se meut et respire. Dans ces conditions, il est mème beaucoup plus facile de sauvegarder l’extérieur en concentrant les poussières dans une chambre. Il est facile aussi de faire aboutir les tuyaux d'aspiration des milieux enveloppants de toutes les machines vers une seule et même chambre.

Les dispositifs doivent naturellement varier avec Îles

Carsse hermétique

Fig. 14. — Ventilation particulière,

conditions des locaux et des machines. Mais pour le moment nous devons nous contenter de poser le grand principe de la ventilation limitée que rendra plus saisissable le schéma ci-dessus.

Plus tard nous l’adapterons successivement aux diverses circonstances dans l'étude des industries en particulier.

Que l'extraction des poussières se fasse par une ventilation générale ou par des ventilations partielles, il est nécessaire de les forcer à se déposer avant que la colonne d'air qui les entraîne ne soit livrée à l'atmosphère extérieure. Trois méthodes ont été imaginées en vue de ce résultat : :

1° La méthode des chambres de dépit, qui obligent l'air à stagner avant la sortie à l'extérieur et laissent ainsi à la pesanteur le temps de précipiter les poussières.

2° La méthode dite par changement de direction du courant, dans laquelle la marche de l'air n’est plus ralentie, mais seulement brisée et réfléchie. Dans la forme la plus simple, la colonne d’air lancée par le ventilateur arrive horizontalement se heurter: contre la paroi opposée d'une caisse, et est forcée ensuite de prendre une direction ascendante pour s'échapper par une ouverture pratiquée à la paroi supérieure, la seule issue qui lui soit offerte. L'air seul obéit à ce changement de direction, tandis que le choc subi rabat la poussière à la manière d’un éventail.

3° La méthode dite par attraction moléculaire, qui est basée sur ce fait d'observation que la poussière tente en suspension dans une couche d'air voisine d’une surface solide est attirée par celle-ci et s’y dépose, au lieu de contünuer à suivre le courant. Partant de là, on fait traverser à la colonne d'air extraite une caisse où sont étagées un grand nombre de tablettes très rapprochées, de façon à multiplier les surfaces de contact dans un petit espace et à diviser la masse aérienne en tranches toutes rapprochées d’une surface solide.

Le système des enveloppes hermétiques n’est pas possible lorsqu'il ne s’agit plus de machines n’exigeant que très exceptionnellement l'intervention de l’homme, et surtout lorsqu'il s’agit d'un travail qui est complètement de main-d'œuvre et que louvrier doit exécuter sur une table ou un établi: mais on peut encore ici obtenir une ventilation relativement particulière et puissante, en élevant sur l'établi, comme pour les opérations ‘qui dégagent des vapeurs, une cage vitrée présentant une ou plusieurs portes permettant à l'ouvrier d'introduire ses bras et de façonner l'objet. Elle doit seulement être munie d’un tuyau d’aspiration au lieu d’un simple tuyau de dégagement. On peut même, pour certains travaux poussiéreux qui exigent que les ouvriers aient les mouvements complètement libres,

établir simplement une aspiration locale s'exerçant à tra-

vers les ouvertures d’un établi à jours. Du reste 1e1 encore

il y a bien des manières de broder sur cette donnée générale, suivant les circonstances.

On peut encore regarder comme ayant une valeur générale, lé système des cloches appliqué aux pulvérisations nécessitant de temps en temps une main-d'œuvre qui rend impossible une enveloppe hermétique. Au-dessus de la meule se trouve suspendue une eloche qu'on fait descendre pour le moment de la pulvérisation mécanique, dont les bords s'engagent dans une rainure, etqu’on ne relève que lorsque la chose est tout à fait indispensable, et aprèsiavoir laissé à la poussière développée le temps de se déposer.

Il est toutefois bien des industries dont il ne paraît pas encore possible d'adapter le mécanisme à ces dispositifs. [Il vaudra mieux alors se contenter d'établir une ventilation générale, mais non mécanique, afin de ne pas provoquer le tourbillonnement des poussières. [Il est: nécessaire aussi, même là où la ventilation limitée est réalisée, d'abattre les poussières par des arrosages, et de les enlever par des balayages périodiques.

Là où 1l se produit des poussières toxiques, il est encore plus indispensable qu'ailleurs d'exiger ce qui devrait du reste exister dans toutes les industries, à savoir :

4° L'emploi de vétements de travail restant à l'usine dans un vestiaire distinct, qu'on revêtirait après s'être dépouillé dans un autre vestiaire de ses vêtements de ville. La plupart du temps, les ouvriers se contentent de passer sur leur costume habituel des blouses et des pantalons de travail, et encore c'est plutôt dans un but d'économie et de propreté que dans un but hygiénique. Cela ne suffit certai-

Fig. 15. — Établi ventilé.

GÉNÉRALITÉS SUR L'HYGIÈNE INDUSTRIELLE, 4i nement pas pour les poussières dangereuses. Non seulement 1l faut des vêtements spéciaux, mais ces vêtements doivent être confectionnés de facon à ne bâiller nulle part et à être bien clos de tous côtés. Dans ce but, il est plus prudent de fermer par constriction les manches à l’aide de bracelets aux poignets, et les jambes à l’aide de jarretières.

Fig. 16. — Masque de Päris.

2 L'établissement de /avabos pour les ouvriers avec obligation de s’en servir, au moins avant de quitter l’ateher, et d’une sa/le de bain où les ouvriers seront forcés de se rendre périodiquement.

Enfin lorsqu'il est impossible d’entrainer complètement les poussières très toxiques, ou lorsqu'on est obligé de transvaser ou de manipuler momentanément la matière en dehors de l'appareil isolateur, il est utile d'employer des

masques et de chercher à vaincre sous ce rapport la répuonance des ouvriers français. Les masques à opposer aux poussières peuvent consister soit en une toile métallique à mailles d'une finesse extrème, soit en une éponge serrée entre deux toiles métalliques, soit en une espèce d’entonnoir en gutta-percha dont il suffit de tremper les bords dans l'eau chaude pour qu'ils adhèrent aux téguments de la face, en se moulant d'eux-mêmes sur toutes ses sinuosités, et qui se prolonge par un long tuyau aboutissant à un sac de flanelle humecté d'eau, ou un petit réservoir en zinc percé de trous et contenant du coton (masque de Paris), soit en un appareil connu sous le nom d'absorbant hydraulique de Poirel, et dont la caractéristique C est la présence d’un petit réser- AN E voir d'eau dans lequel l'air est obligé de se laver avant d'arriver à la bouche.

Le premier de ces masques se recommande par sa simplicité et le peu de gène qu'il crée, mais il n'est pas toujours efficace quand la poudre maniée est excessivement fine. Le second, en raison des nombreuses anfractuosités de l'éponge, retient les poussières à peu près complètement, mais il nécessite un savonnage journalier et il cause une véritable angoisse par la gène qu'il apporte à la respiration et par la chaleur qu'il accumule sous lui. Le troisième échappe à ces deux inconvénients et l'air inspiré, étant forcément tamisé en traversant le sac de flanelle humectée ou le coton, arrive à peu près pur, mais il apporte une certaine gène dans les mouvements d'ensemble par sa longueur etson poids relatif, Le masque Poirel n'a absolument qu'une seule défectuosité, c’est d'être un peu massif et un peu lourd pour la face. Mais 1l ne gène en rien les mouvements du corps, l'air inspiré se dépouille parfaitement en traversant le réservoir

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Fig. 15. — Masque Poirel.

d'eau et une soupape placée à la partie supérieure de l'appareil laissant l'air expiré s'échapper librement, la respiration s'exécute dans des conditions presque physiologiques. C’est donc celui qu'il faut recommander. On a aussi proposé contre les poussières l’appareil Galibert. Mais :l mérite beaucoup plus que tous les autres le reproche d’être encombrant. On comprend qu'on se résigne à s’en affubler pour pénétrer ou séjourner dans une atmosphère surchargée d'acide carbonique, mais quand il s'agit de poussières, le simple sac de flanelle qui ne fait que tamiser l'air sans lui servir de réservoir, qui par suite n’a pas besoin d’être volumineux, remplit le même but sans causer d'aussi grands embarras.

Dangers compromettant seulement l'hygiène des ouvriers.— Parmiles dangers concernant les ouvriers seuls, 1l faut compter : le travail manuel, les accidents de machines, la maculation par les liquides toxiques, la chaleur et la lumière des foyers, les mauvaises conditions physiologiques générales.

Inconvénients du travail manuel. — Us sont nombreux, mais simples et connus, de sorte que leur exposition peut se passer de développements et se borner à une simple énumération. Ce sont :

Les durillons ;

Les ampoules :

Les abcès sous-épidermiques:

Les phlegmons;

Le bourrelet calleux ;

Le bourrelet papillaire ;

La dermite de la paume de la main:

La rétraction de l’aponévrose palmaire ;

Les bourses séreuses accidentelles :

La synovite des gaines tendineuses du poignet:

Les blessures par instruments contondants, tranchants ou piquants ; |

Les déformations du squelette;

Les fractures:

Ln =

La rétraction permanente de certains muscles;

Les rétractions articulaires ;

Les subluxations des doigts :

Les ruptures musculaires et tendineuses ;

Les hernies musculaires ;

La fatigue musculaire :

L’atrophie musculaire progressive ;

Les spasmes et crampes musculaires

Les varices:

Les ulcères des jambes.

On peut à l’aide de coussins protecteurs pallier les effets de quelques compressions locales. Mais pour diminuer la fréquence des accidents généraux et tr aumatiques, dus au travail manuel, le meilleur, je dirais même l'unique moyen, est de substituer le plus possible les machines à la main de l'homme. La société tout entière ne peut qu'y gagner, L'industriel y trouvera toujours son intérêt, et c’est là une garantie pour que, sous ce rapport, l'élan de lindustrie moderne ne se ralentissé jamais. Le consommateur et le bien-être général y gagnent de leur côté puisque les objets de consommation se trouvent fabriqués en plus grande quantité et à meilleur marché. On a bien prétendu que la classe ouvrière y perdait son gagne-pain, parce que l'emploi des machines restreint considérablement le personnel nécessaire. Mais1l lui reste une autre ressource vers laquelle son retour contribuera à rétablir l'équilibre de l’économie politique. Car la véritable cause des souffrances de l'agriculture ne se trouve pas dans les circonstances invoquées par les feuilles publiques dans un but souvent intéressé, mais dans Je manque de bras et la surélévation des salaires. C’est l'industrie qui, dans son essor trop grand, les a accaparés avec toutes ses tentations, à tous les degrés. C'est elle qui a tué l'agriculture, et ce sont les machines qui pourront sauver cette dernière. Il y a toutefois un revers à la médaille. Les machines produisent, ainsi que nous le verrons plus loin, des accidents traumatiques beaucoup plus terribles que ceux engendrés par le travail manuel, Maïs on peut faire observer

GÉNERALITÉS SUR L'HYGIÈNE INDUSTRIELLE. 45 il, comme dans la comparaison des chemins de fer avec les diligences, que les victimes sont, somme toute, moins nom-. breuses, et que s’il y a plus de mutilés, ce n'est plus la masse entière dont la santé se perd de jour en jour.

L'hygiéniste ne doit pas se contenter de poser le ui de l'emploi des machines. [la besoin de posséder certaines notions de mécanique pour que ses conseils soient donnés en connaissance de cause. Le nombre des espèces de machines industrielles est déjà immense, et tous les jours apportent de nouvelles créations. Ce serait entreprendre une che impossible que de vouloir en donner un apercu général, mème dans un livre exclusivement technique. Nous, nous devons heureusement nous en tenir à lindication sommaire des types principaux qui réalisent un véritable progrès hygiénique. Parmi ceux-ci il en est qui répondent à des besoins communs à presque toutes les industries et qui par suite appartiennent de droit à des prolégomènes. Ces prolégomènes porteront sur les moteurs qui peuvent remplacer la force musculaire et sur les principales opérations manuelles que ces moteurs peuvent réaliser. Ils seront très restreints et très élémentaires, étant destinés sculement à rappeler ou à faire connaître ce que l’hygiéniste ne doit pas ignorer sur ce sujet.

Moteurs. — Les machines industrielles peuvent déjà rendre moins considérable l'effort musculaire à produire en multipliant sa puissance initiale à l’aide de rouages faisant bras de levier. Mais l'intérèt industriel comme l'intérêt hygiénique demandent que l’action musculaire soit remplacée par un moteur physique et non biologique. Suivant les ressources locales etles exigences de l’industrie, 1lfaut recourir soit à la vapeur, soit aux cours d’eau. Les #»oteurs à vapeur sont tellement devenus, aujourd'hui, monnaie courante qu'il serait oiseux ici de faire plus que les énoncer. Quant aux moteurs hydrauliques, s sont d'un usage moins répandu, etil ne sera peut-être pas inutile de raviver les souvenirs de quelques hygiénistes en reproduisant ici les principaux traits de leur mécanisme.

Dans l’industrie moderne, on capte rarement la force de l'eau mouvante à l’aide de roues verticales ou moulins. I y a tout intérèt à le faire à l’aide de roues horizontales ou turbines, parce qu'on peut faire varier leur vitesse dans des limites assez étendues, parce que restant plongées dans Peau et fonctionnant même quand elles sont très rapprochées du lit, leur travail n’est arrêté ni par les basses eaux, n1 par les débordements, parce qu'utilisant la presque totalité de la force de l’eau, elles n’ont pas besoin d’une grande chute

Arbre de transmission

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