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DISTILLERIES DE MATIÈRES GOUDRONNEUSES

Sommaire technique. — Sous ce titre nous comprendrons les usines où s'effectuent les opérations industrielles ayant pour but d'isoler le goudron et d’en extraire les divers produits qui entrent dans sa composition. Ces derniers sont diverses huiles minérales, la NA LU la créosote, l'acide phénique, la benzine.

Le goudron peut avoir des provenances essentiellement

(1) Comptes rendus, 1878.

différentes. Il peut provenir : 1° de certaines essences végétales, notamment du pin; 1l est dit alors goudron végétal; 2° des os calcinés, c’est le goudron animal; 3° de la houille, c'est le goudron de houle. C’est plus généralement ce dernier qui est employé à la fabrication de ces divers produits de distillation. Comme il fait partie des détritus qu'engendre la fabrication du gaz et du coke, il arrive souvent que cette distillation constitue une industrie annexe des usines à gaz. Mais il existe aussi des distilleries spéciales qui ne font qu'exploiter en grand les résidus de condensation fournis par ces établissements. Isolées ou non, ces distilleries n’en constituent pas moins, au point de vue de l'hygiène, une branche d'industrie tout à fait spéciale.

L'opération initiale a pour but ue retirer le goudron des résidus de condensation des usines à gaz. Dans ce but, ceux-ci sont placés dans des cornues chauffées extérieurement. Ces récipients ne présentent qu'une seule ouverture "à laquelle est adapté un tuyau horizontal d’un grand diamètre, enveloppé de toiles que l’on humecte constamment d'eau froide, et contenant en outre, suivant son axe, un petit tuyau où circule aussi de l’eau froide. Grâce à cette réfrigération, qui opère à la fois en dehors et en dedans, les parties condensables qui sont avant tout constituées par du goudron, s'accumulent dans le segment déclive, tandis que les gaz continuent leur route. Comme ceux-ci sont très combustibles, on cherche naturellement à les utiliser pour chauffer les cornues. Tantôt on les ramène directement sous elles ; tantôt on les emmagasine dans un gazomètre d’où on les dirige, suivant les besoins, dans le foyer qui chauffe les cornues.

Là se termine la première opération dite la dstllation, qui se trouve fournir d'une part le combusüble qui lui est nécessaire et d'autre part un produit industriel appelé goudron brut.

Ce dernier renferme, en dehors du goudron proprement dit, de l’eau AN ORRe et diverses impuretés. De là la

nécessité de le soumettre à une opération dite la séparation.

Pour la séparation, le goudron brut est chauflé à 100° avec de la vapeur. On le laisse ensuite reposer pendant douze heures. Il se forme trois couches distinctes; l'une inférieure consistant presque exclusivement en eau ammoniacale ; une moyenne constituée par du goudron trouble, de consistance butyreuse et souillée de poussières de charbon, de cendres, ete., une supérieure formée de goudron presque pur. On le sépare par simple décantation. Les eaux ammoniacales qui restent au fond de la cuve sont généralement vendues aux fabriques de soude. Quant au goudron obtenu, il peut avoir deux destinations : ou bien il est livré tel quel au commerce pour divers usages, particulièrement pour servir d'enduit protecteur et conservateur ; ou bien il sert à l'extraction de divers produits industriels qu'il renferme, et qu'on peut désigner sous le nom générique de produits de distillation du goudron. n

D'une manière générale, la distillation du goudron fournit un résidu et deux catégories d'huiles, distinguées en huiles légères et huiles lourdes, suivant le degré de température nécessaire pour les dégager du goudron.

RER SKK

Fig. 155. — Appareil pour la distillation du goudron de houille.

La cornue À est munie dans le haut d’un trou d'homme fermant à la manière des autoclaves. De sa partie antérieure s'élève un tuyau B aboutissant à un serpentin en tôle C plongé dans un refrigérant. De

l’autre extrémité part un tube robinet D, dans lequel le tube E amène le goudron du réservoir E. Enfin le tube à robinet G sert à vider la cornue après l'opération.

La distillation du goudron se fait dans l'appareil de la figure 155. Tant que la température de la masse reste audessous de 100°, il ne se dégage que du sulfhydrate d’am moniaque qu'on laisse s'échapper, comme ne pouvant pas être utilisé. Entre 100° et 200° se dégage le mélange des huiles légères dans lequel figure la créosote et l'acide carbolique. À 200 degrés il se produit des soubresauts violents dans les cornues, dus à l’eau d’hydratation de l’acide carbolique et de la créosote. À partir de ce moment, les produits qui continuent à distiller sont les Auwzles lourdes qui renferment beaucoup de paraffine. Ce principe est au contraire presque nul dans les huiles légères, de sorte qu'il est probable que c’est lui qui retarde la distillation, avant tout.

Si la distillation est poussée jusqu'à son dernier terme, le résidu arrive à n'être plus qu’une masse charbonneuse. Mais au moment où on l’arrète généralement, il reste dans les cornues une masse noire, consistante, mais encore gluante qu’on appelle braz-sec. |

Les huiles qui ont été recueillies les premières, c’est-àdire les légères, ne peuvent être livrées au commerce pour servir à l'éclairage ou autres usages, qu'après avoir été soumises à une reclfication par divérs traitements successifs qui ont un grand intérêt hygiénique. Elles doivent d'abord être brassées alternativement avec de l'acide sulfurique et avec de la soude. Ce brassage a besoin d’être très énergique, parce que cet acide et cet alcali ne se dissolvent pas dans les huiles de goudron et que pour assurer leur action, il faut au moins obtenir un mélange très intime. Ces deux réactifs concourent à faire disparaitre l'odeur et la couleur naturelles de l'huile brute. En outre, l'acide sulfurique, en particulier, la débarrasse des principes basiques, tandis que de son côté la soude a l’avantage d’éliminer les acides et la créosote. Pendant ce traitement, il

se dégage dans l'atelier une grande quantité d'acide sulfureux.

Par le repos, il se forme trois couches, l’une inférieure, qui n’est autre que la solution alcaline ayant abandonné l'huile; une moyenne constituée par de la solution alcaline contenant de la créosote et des acides du goudron; enfin une supérieure qui est constituée par une huile alcaline, fluide, peu colorée et d’un goût peu désagréable.

On décante cette dernière, on la mélange avec de l'acide sulfurique, ce qui donne lieu à un nouveau dégagement d'acide sulfureux, en mème temps qu'il se dépose un corps résineux. Par le repos, l'acide sulfurique se sépare et se porte à la partie inférieure entraînant avec elle la résine, l’ammoniaque et les bases organiques. Il surnage une ‘couche épaisse d’une huile rouge. On la décante; on la lave à l’eau à plusieurs reprises, puis on soumet à nouvelle distillation dite rechfication, et on a ainsi obtenu l'huile connue dans le commerce sous le nom d’Aule minérale.

La couche moyenne est généralement utilisée aussi pour l'extraction de la créosote et du phénol. Pour cela on sature la soude du bain qui la renferme par de l'acide sulfurique. Comme le sulfate de soude formé est très soluble dans l’eau, il est entièrement entrainé par celle-ci dans lescouches inférieures, tandis que la créosote, devenue plus légère après cette élimination, vient surnager. On la décante et on la distille pour l’épurer. Sa vaporisation est précédée de celle de l’huile légère qu’elle renferme encore et qu'on peut ainsi séparer. °

Les huiles lourdes, celles qui, dans la distillation du goudron, ne se dégagent qu'au delà de la température de 200°, servent à la fabrication de la parafline, et fournissent secondairement une certaine quantité d'huile légère ou photogène n'ayant pas encore obéi aux premières phases de la distillation. Elles sont placées dans des récipients en plomb ou en fonte, avec 10 p. 100 de solution alcaline et portées à une température de 100°. Autrement dit, elles sont lessivées à chaud, tandis que les huiles légères le sont

à froid. Comme pour ces dernières, le lessivage a pour résultat d'enlever la créosote, l'acide phénique et l'hydrogène sulfuré. Ces substances gagnent le fond avec cette solution et les parties huileuses surnagent. On les décante et par le refroidissement il se forme des cristaux d’un éclat nacré qui ne sont autres que la paraffine. On la débarrasse de l'huile qui l’imprègne, soit en la soumettant à une presse hydraulique, successivement à froid et à chaud; soit à l’aide de turbines agissant par rotation, soit en faisant le vide dessous des tamis sur lesquels on la dépose.

Quant au résidu de la distillation du goudron ou brai-sec, il est généralement employé à la fabrication des agglomérés dont nous nous occuperons spécialement.

L’acide phénique s'obtient soit en traitant directement le goudron par un lait de chaux et en décomposant le phénate calcique par un acide, soit en distillant les huiles lourdes entre 150° et 200° et traitant le produit distillé successivement par un alcali et un acide, soit à l'aide des acides sulfo- CONJULUÉS.

Fig. 156. — Appareil Mansfield pour la benzine.

Il comprend une chaudière A qui est chargée de l'huile épurée. Les vapeurs se rendent par le col C dans le vase B qui est en métal de forme ovoïde, et plongé dans le vase D qui est rempli d’eau froide. De là elles gagnent le serpentin qui plonge dans un bain d’eau froide constamment renouvelée. Le toluène qui se trouve dans l'huile étant

plus condensable que la benzine se condense dans le vase B et retombe chaque fois dans la chaudière À, La benzine seule va jusqu'au serpentin.

La benzine s'obtient par une distillation ménagée de l'huile légère de houille dite dans le commerce naplhte n° 0. On la met en contact avec 5 à 10 p. 100 d'acide sulfurique à 66° en l’agitant vivement. On décante une huile et on la lave avec de l'eau pure, puis avec une lessive alcaline faible. Enfin on rectifie par une distillation exécutée dans l'appareil Mansfield.

Hygiénologie. — Cette longue série d'opérations qui sont solidaires les unes des autres et qui, par conséquent, sont toujours exécutées dans la mème usine, donnent lieu à des dégagements qui peuvent nuire à la fois aux voisins et à l'hygiène des ouvriers. Si on les rejette le plus largement possible dans lPatmosphère, ies ouvriers sont d'autant soulagés, mais ce sont les voisins qui ont à souffrir. Si au contraire, pour satisfaire aux plaintes de ces derniers, on diminue leur déversement extérieur, ce sont les ouvriers qui voient leurs conditions hygiéniques aggravées. Mais les préoccupations que ce genre d'industrie pouvait Imposer aux conseils d'hygiène ont singulièrement diminué depuis la découverte de nombreux gisements de pétrole, moyen d'éclairage qui tend de plus en plus à se subtituer à l'huile minérale extraite de la houille.

Elles exhalent d'abord des odeurs tout à fait insupporlables qui écœurent et troublent souvent les fonctions digestives. Elles se font sentir surtout au motment où lon décharge les cornues et où l’on éteint le brai en l'arrosant d'eau.

À l'odeur viennent s'ajouter des effets toxiques et 1rritants. Car parmi les vapeurs et les gaz exhalés, 1l se trouve de l’ammoniaque, du sulfhydrate d’ammoniaque, de l'acide sulfhydrique, de la eréosote, de l'acide carbolique et de l'acide sulfureux. De là tendance aux conjonctivites, au COryZa, aux angines, aux bronchites spasmodiques, aux dyspepsies, à la diarrhée, à la courbature, à la céphalalgie,

à des alternatives d’excitation et de prostration. Les ouvriers sont naturellement plus exposés à ces effets. En outre le maniement des bains de soude et d'acide sulfhydrique détermine chez eux des crevasses très douloureuses et de l’engourdissement des mains.

Le danger le plus considérable est encore celui des 1incendies, en raison de la présence d'énormes quantités de matières excessivement combustibles, qu'on est obligé de porter à des températures élevées.

A côté de ces effets d'ensemble, il y a à tenir compte des effets imputables en particulier à quelques-uns des produits obtenus.

Le contact répété de la paraffine sur les téguments des ouvriers parait pouvoir déterminer un cancer analogue à celui des ramoneurs. Le fait a été rencontré chez trois ouvriers par Wolkmann (1), et chez deux par Bell (2). Les mêmes auteurs, ainsi qu'Ogston, ont signalé aussi, mais d'une manière plus fréquente, la production d’érupüons et d'ulcérations sur la peau. Les uns ont des boutons qui s'accompagnent de vives démangeaisons, c’est ce que les ouvriers appellent la gale du goudron; d'autres ont du psoriasis et mème une véritable ichthyose.

__ La créosote produit des effets qui ont été déjà signalés à à la page 249.

Quant à l'acide phénique, 1l expose d’abord les ouvriers maculés à de véritables brülures du troisième degré. En outre par sa vaporisation, il détermine un malaise qui peut être la reproduction excessivement réduite de l’intoxicaion par ingestion accidentelle ou volontaire. Celle-ci engendre chez l'homme des nausées, des vomissements, du stertor, des battements de cœur tumultueux, de la prostraon, de la stupeur, du délire, des syncopes, de la stéatose du foie, de la congestion et des infarctus du poumon.

Enfin la benzine, d'après Chevallier, engendre une

(1) Berlin. klin. Wochens., 1874 n° 18, 4 mars. (2) Edimburg medic. Journ., p. 135 août 1876. (3) Edimburg medic. Journ.; décembre 1871.

INDUSTRIES À CLASSEMENT VARIABLE OÙ MIXTE. 433 ivresse accompagnée de malaise, de céphalalgie et de verüges. Sur les téguments, elle détermine des fourmillements avec sensation de froid, de sécheresse et de crispa- Uon. Perrin attribue ce résultat à l'enlèvement de la matière sébacée par ce dissolvant. En tous cas la répétition journalière de cette immersion finit par produire un tremblement des extrémités supérieures.

Le décret du 31 décembre 1866 a pensé devoir se montrer moins sévère pour les petites exploitations annexées aux usines à gaz que pour les usines spéciales de distillation. Celles-ei ont été placées dans la première classe, et on a accordé aux premières le bénéfice de la deuxième classe. Sans doute les inconvénients des émanations extérieures augmentent un peu avec l'importance des opérations. Mais une usine peu active qui serait mal organisée est plus à craindre, sous ce rapport, qu'une grande usine bien ouüllée et bien close. D'ailleurs dans les ateliers, c'est-à-dire dans un espace restreint, l'air se trouve assez vicié pour nuire aux ouvriers, mème avec un faible roulement de matières.

Les causes de danger étant en grande partie les mèmes pour les ouvriers et pour la salubrité publique, ce sont aussi les mêmes mesures que commandent l'intérêt général et l’intérèt professionnel. | - Pour diminuer les chances d'incendie, les tonneaux d'huile ne doivent plus ètre emmagasinés dans des bâtiments ou sous des hangars. Ils doivent être enterrés, à une certaine distance l’un de l'autre, dans une Zone de terre meuble, et retirés isolément au fur et à mesure des besoins.

Il est.un autre mode d’emmagasinement peut-être plus coûteux, mais préférable parce qu'il permet d'opérer sans danger les #ansvasements nécessités par le débit commercial. C'est celui que nous avons déjà indiqué pour le pétrole (Voir page 115).

Dans le même but, on doit, pour la distillation, faire adopter la disposition réalisée dans l'usine de Courchelettes (Pas-de-Calais). Les cornues seront disposées dans une

PoINcaRÉ. — Hyg. industr. 28

galerie spéciale, complètement séparée et distincte de celle des appareils de condensation et de celle donnant accès aux foyers, c'est-à-dire qu'on construira trois galeries parallèles, ne communiquant pas entre elles, et séparées par des murs épais. La galerie moyenne sera destinée aux alambies qui seront enfermés jusqu'à mi-hauteur, dans un massif de maçonnerie se fusionnant avec le mur de séparation. Le foyer de chacune d'elles, situé en dessous dans le massif et le mur, n'aura d'ouverture que dans la galerie située en arrière et en contre-bas. De cette facon le service du chauffage se fera en dehors de la salle de distillation, et on ne risquera plus d’enflammer le contenu des cornues par le maniement du combustible incandescent. D'autre part, les tuyaux de dégagement partant des cornues iront, en traversant le mur opposé, gagner la troisième galerie où seront établis des appareils de condensation. De cette facon, si le contenu des cornues vient à s’enflammer, il n'ira pas, en se déversant, communiquer l'incendie aux huiles déjà condensées ou en voie de condensation, En outre les deux extrémités de la galerie moyenne, seront munies de portes pouvant la fermer hermétiquement. Dans le cas où une cornue viendrait à éclater et à répandre son contenu enflammé dans la galerie, on s'empresserait de fermer les deux portes, et bientôt l'air venant à manquer, l'incendie s’éteindrait de lui-même. On pourrait compléter ce système de précautions en disposant un tube permettant de lancer à volonté, dans la galerie, un jet puissant de vapeur d'eau qui contribuerait à rendre l'air incomburant.

On pourrait aussi conseiller un autre système plus efficace encore, mais qu'on ne saurait imposer à cause de la forte dépense qu'il entraîne. C’est la substitution au chauffage à feu nu du chauflage à la vapeur, la vapeur étant dirigée non seulement sur la surface externe des cornues, mais encore dans le contenu lui-même. Malheureusement la vapeur ne suffit pas seule pour donner une bonne distillation, 1l lui faut encore le concours du vide, et pour cela

INDUSTRIES A CLASSEMENT VARIABLE OÙ MIXTE, 435 il faut établir une pompe pneumatique agissant sur toutes les cornues.

Quel que soit le procédé adopté, les galeries ne doivent ètre éclairées que par des becs enchàssés dans les murs et isolés par une vitre épaisse.

L'inconvénient des odeurs désagréables qui se produisent au moment du déchargement des cornues, et de l’extinction des résidus, peut être considérablement diminué par deux procédés. Ou bien on extrait le brai avec une pompe qu'on introduit dans un orifice ménagé à cet effet, et fermant à vis, ou bien on adapte des cornues verticales, se déchargeant par la partie inférieure dans un souterrain muni d’une ouverture conduisant les vapeurs dans une cheminée spéciale.

Pour les gaz nuisibles qui distillent avant les huiles ou en mème temps qu'elles, on se contente, dans beaucoup d'usines, d'en débarrasser les ouvriers au détriment de l’extérieur, en les déversant dans l'atmosphère par un tube s'élevant au-dessus du toit, après leur avoir fait, toutefois, traverser plusieurs caisses d’eau où 1ls abandonnent une portion de leurs parties condensables. Cela ne suffit pas. Il faut, malgré cette condensation préalable, les amener dans un foyer en combustion. En outre, 1l faut de bons appareils distillatoires et des serpentins bien alimentés d’eau froide.

B. — Industries à classement mixte dans lesquelles le travail des enfants est conditionnel.

VERRERIES ET CRISTALLERIES.

Sommaire technique. — La matière première qui peut offrir quelques variantes suivant les ressources et les habitudes des localités, est en général un mélange de silice, de pierre calcaire, de carbonate de potasse, de sulfate de soude, de charbon de bois, de verre pilé provenant des

cassures des fabrications antérieures, auquel on ajoute une certaine quantité d'acide arsénieux destiné à faciliter la fonte. Toutes ces substances ont besoin d’être soumises au broyage sous des meules, puis au blutage. Une fois tamisées, elles sont mélangées entre elles, puis réftées, c'est-àdire calcinées. Cette incinération doit précéder la fusion pour chasser l’eau d’interposition, et commencer la combinaison des diverses substances réunies.

La fusion de la matière première s'effectue dans de grands creusets, placés chacun dans un four où on entretient un foyer intense, et qui présente une large ouverture toujours béante, pour permettre d'y puiser à chaque instant de la matière en fusion, qui n’est autre chose que du verre liquide. Ce sont généralement des enfants qui sont chargés d'aller plonger, dans la masse, de longues cannes de fer qui en sortent portant à leur extrémité une boule de la pâte encore en feu, et d'apporter cette provision à l’ouvrier adulte qui doit la façonner.

Dans la plupart des verreries on emploie des fours qui servent à la fois à la dessiccation des creusets neufs, à la fritte et à la fusion. |

ji LE 1) 7

Les creusels se dessèchent dans le compartiment A. La fritte se fait dans le compartiment B. Le four M est circulaire. N sont des arches sous lesquelles s’opèrent la dessiccation et la frite. Le mélange à fondre est dans les creusets III. G est le foyer.

Le façonnage varie naturellement avec la forme et la des-

tination que doivent avoir les objets. L'opération fondamentale consiste dans le soulage. C'est une insufflation d'air expiré dans la petite masse vitrifiée, ce qui y fait naître une cavité qu'on peut développer presque indéfiniment en amineissant de plus en plus la paroi de verre. L'insufflation se fait avec la longue canne creuse en fer. Cette canne est un peu dilatée aux extrémités, et entourée partiellement d'un cylindre de bois qui permet de la manier sans se brüler. Non seulement l’ouvrier souffle de tous ses poumons, mais pour que la masse se répartisse bien, et qu'elle ne se déforme pas sous l'influence de la pesanteur, il doit 1 imprimer en même temps à la masse un mouvement de rotation incessant. Avec une habileté des plus remarquables, 1 modèle la pièce en imprimant des mouvements variés à la canne, en mettant à profit l’action de la pesanteur, de la force centifruge et de certaines pressions, en retranchant certains points de la masse, ou en y ajoutant de nouveaux fragments de verre en fusion. Beaucoup d'objets plus ou moins ornementés, mais non de premier choix, sont aujourd’hui moulés. Mais ce moulage à presque toujours besoin d’être précédé d’un commencement de soufflage, et même souvent l’ouvrier continue de souffler pendant que l’objet est plongé dans le moule. Dans le commerce, on estime beaucoup plus les pièces de verre dont l’ornementation extérieure a été obtenue non par le moulage, mais par la /aille. On réalise celle-ci par l'usure pour la production des facettes et des grandes lignes, et par le buwrinage pour les dessins et les chiffres. Dans l'usure simple qui doit être parachevée par un polissage général, on se sert de meules verticales en fer, en pierre ou en bois, mues soit par une machine à vapeur, soit simplement par le pied de l’ouvrier qui presse sur une pédale. Un filet d’eau tombe incessamment sur chaque meule. La même pièce est d'abord dégrossie à l’aide de sable répandu sur la meule. Elle est ensuite doucie successivement sur une meule en grès, puis sur une meule en bois. On répand d’abord sur chacune de ces deux meules

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de la boue de sable ayant déjà servi dans le premier temps de l'opération, ensuite de la poudre d’émeri de plus en plus fine. Pour le polissage, la pièce est passée sur une roue en bois enduite de potée d’étain, et enfin sur une roue de liège ou sur une roue de bois garnie de laine saupoudrée de colcotar ou peroxyde de fer.

Le burinage est effectué par des ouvriers artistes, dont le travail est le même que celui de toute espèce de gravure. La pièce repose sur une tablette rotative qu'on ne met guère en mouvement que pour le tracé des filets.

Dans quelques verreries on grave une partie des pièces à l'acide fluorhydrique, en masquant par du papier ou une pâte, les points qui ne doivent pas être attaqués.

La fabrication des verres de montre nécessite une division circulaire qui place jusqu’à un certain point les ouvriers dans les conditions créées par la taille. On souffle d’abord le verre en sphère énorme et à parois très minces. On casse en segments de sphère sur lesquels une rouecompas trace rapidement des sillons circulaires qui cèdent facilement sous la pression des doigts, et chaque segment se trouve ainsi divisé en plusieurs verres de montre.

Le verre mousseline résulte de son côté de procédés particuliers. Les dessins sont obtenus, non plus par gravure, ni par l’acide fluorhydrique, mais à l’aide d’un émail très riche en plomb, qui est plus fusible que le verre. Dans un premier procédé, l'émail est appliqué avec de la gomme sur toute la surface de l’objet. On fait sécher, puis on dispose un papier découpé dont les vides représentent soit le dessin, soit le fond. On frotte avec une brosse qui enlève l'émail au niveau des vides, et on a ainsi, à volonté, soitun dessin opaque sur fond transparent, soit un dessin transparent sur un fond opaque.

Dans un second procédé, on applique sur l’objet une substance visqueuse. On applique un papier qui par ses découpures représente le dessin, puis on introduit dans un tambour où une manivelle projette de la poussière-émail, qui ne se fixe que là où le papier manque. Quel que soit le

procédé, il faut soumettre l’objet à la chaleur dans un four pour fondre l'émail.

On doit aussi faire rentrer dans le même genre de travail la verification des étiquettes en émail. L'émail blanc, réduit en poudre très fine, est broyé à l’aide d’une molette sur une glace avec de l’eau légèrement gommée, et on étend la pâte au moyen d'un pinceau.

Le cristal diffère du verre par la composition de sa pâte. Pour l'obtenir, on mélange du sable, du minium et de la potasse hydratée. Comme malgré tous les soins et malgré un traitement par l'acide chlorhydrique, cette pâte se trouve toujours renfermer un peu de fer qui donne au cristal une teinte verdâtre, on est obligé de lui donner une teinte complémentaire en ajoutant de l’oxyde de nickel ou de l’oxyde dé manganèse. Toutes ces matières finement pulvérisées sont ensuite mélangées intimement, Quand on veut obtenir des cristaux colorés, il faut ajouter, pour le cristal opalin, de l'acide arsénieux; pour le cristal vert, du chrome; pour le bleu verdâtre, de l’oxyde noir de cuivre; pour le rougeâtre, du nickel; pour le bleu, du cobalt; pour le violet, du manganèse; pour le gris, du platine ; pour le jaune, de l’urane; pour le rose, de l'or.

On introduit le mélange dans des pots réfractaires qui sont eux-mêmes rangés dans des fours.

Le travail du cristal se fait comme celui du verre, tantôt par sou/flage, tantôt par moulage. La décoration du cristal comprend la taille à la roue, qui produit des facettes par usure et la gravure aux acides. ,

Hygiénologie. — Les dangers sont de trois ordres : {1° ceux qui résultent des rayons caloriliques et lumineux des foyers; 2° ceux qui résultent du développement des poussières et des vapeurs; 3° ceux qui résultent de lopération du soufflage.

1° La chaleur des foyers détermine des sueurs profuses qui épuisent et anémient les ouvriers. De là aussi une soif très vive et ingestion de grandes quantités de bois sons, qui troublent l'appareil digestif et par suite la nutri-

tion. En outre, cette soif intense finit par conduire aux habitudes alcooliques et à toutes leurs conséquences. D'autre part, on est obligé d'établir à l’aide de jours nombreux une ventilation d'air froid très violente ; sans cela, il y aurait à chaque instant des asphxyies par la chaleur. Il en résulte que, non seulement certaines parties du corps sont soumises à une chaleur très vive pendant que d’autres sont exposées à un froid intense, mais que la transpiration est évaporée en masse, d’où production de froid sur les parties sous-jacentes. L'ensemble de ces conditions détermine souvent des refroidissements, c'est-àdire des maladies «a frigore, telles que bronchites, pneumonies, pleurésies, angines, lumbagos, ete. Ilse produit aussi fréquemment des néphrites albumineuses. Mais pour elles, l’étiologie est peut-être complexe, car il y a aussi à tenir compte de l’action des vapeurs plombiques. |

La lumière des foyers produit des rétino-choroïdites, des conjonctivites, de la presbytie et même des cataractes. Il fut un temps où on expliquait la presbytie par l’évaporation des humeurs de l'œil et par l’affaissement consécutif des courbures. Mais en réalité, elle provient de ce que l'impression trop intense subie par la rétine détermine une contraction réflexe spasmodique de l'iris et du muscle accommodateur, contraction qui finit par épuiser cet appareil moteur. C’est aussi à la pression à laquelle cette contraction soumet le cristallin qu'il faut attribuer la production de la cataracte.

Tous les ouvriers souffleurs, qui travaillent à proximité des fours, sont exposés à ces effets de la chaleur et de la lumière. Mais ce sont certainement les chauffeurs et les servants qui en souffrent le plus. Une chose étonne, c'est qu'il ne se produise pas plus souvent des brülures au milieu de ce va-et-vient, dans un espace très restreint, d'enfants et d'ouvriers qui se croisent dans tous les sens, portant de longues cannes chargées de verre rougi par la fusion.

2 Les opérations qui exposent à l’action des poussières

sont : le broyage, le blutage et le mélange des matières premières, le tmllage et le polissage, et enfin la préparation du verre mousseline.

Les vapeurs sont produites par la fusion et le maniement du verre fondu. Leur dégagement est particulièrement dangereux au moment du nettoyage et de la démolition des fours.

Les poussières exercent deux sortes d’ actions, une action mécanique et une action toxique.

L'action purement mécanique appartient à la silice, à la pierre calcaire, au verre pilé, au charbon de bois, au sable, au peroxyde de fer, employés dans le polissage, aux parcelles qui se détachent des diverses espèces de meules. L'action toxique appartient aux poussières de plomb et d'arsenie. Car on peut négliger l’action chimique ou irritante du carbonate de potasse et du sulfate de soude.

Les vapeurs exercent sous une forme plus pénétrante l’action toxique du plomb et de l’arsenic. Enfin il y a à tenir compte, sur une beaucoup plus petite échelle, de laction spéciale de l'acide fluorhydrique.

On peut attribuer aux poussières inertes la fréquence des blépharites, des furoncles et de la phthisie caséeuse. On compte dans les verreries quarante phthisies professionnelles, sur mille ouvriers. Les productions caséeuses se rencontrent surtout dans le poumon droit, parce que la bronche droite donne mieux accès aux poussières. On doit encore leur attribuer la production d’une gingivite particulière, avec acidité de la salive, chute des dés et haleine bottes

L'intoxication saturnine se manifeste d’ anti plus souvent que dans le cas de gingivite, l'acidité de la salive dissout le sel de plomb et favorise son absorption. On la voit se traduire dans cette industrie, non seulement par le liseré de Burton, les coliques, mais encore par la goutte. C'est dans la fabrication du verre mousseline qu’elle est le plus à craindre.

L’intoxication arsenicale ne produit des accidents aigus

qu'exceptionnellement, lors de la démolition des fours. En général, elle se traduit par un certain degré de cachexie, exulcérations aux mains, au cou et au front, des éruptions vésiculeuses ou pustuleuses. Quant aux eczémas, aux érythèmes, aux éruptions lichénoïdes qu'on rencontre très souvent, ils proviennent à la fois de cette action toxique, de la chaleur, des transpirations, de l’action électro-chimique de la lumière et de l’action irritante des poussières.

3° Le soufflage peut engendrer des congestions pulmonaires, des affections organiques du cœur et surtout de l'emphysème, par un mécanisme facile à comprendre. La canne, par son contact souvent rugueux et par le mouvement de rotation qu’on est obligé de lui imprimer, déchire les lèvres, les enflamme. De là irritation chronique avec turgescence du derme muqueux, callosités et gerçures fréquentes aux commissures. Mais, comme pour les grandes pièces, plusieurs ouvriers sont obligés de se remplacer successivement dans le soufflage, le danger le plus considérable est encore la transmission de la syphilis de l’un à l’autre. Dans les verreries, on observe fréquemment des plaques muqueuses et des chancres pustuleux de la bouche.

Les verreries n’intéressent la salubrité publique que par la fumée des fours. Aussi ne sont-elles rangées dans la deuxième classe que quand les fours ne sont point fumivores, et les prescriptions sont exclusivement d'ordre intérieur.

Comme dans la plupart des usines, les soins de propreté, l'usage de vêtements d’atelier et la défense de prendre des repas dans l’intérieur de la fabrique sont des mesures indispensables. On a conseillé en particulier aux ouvriers qui travaillent autour des fours de porter des ceintures de flanelle. Il vaudrait mieux faire adopter une chemise de flanelle, qui, contrairement à ce que l’on croit généralement, tiendrait moins chaud, en isolant mieux du foyer et qui ne laisserait la sueur s’évaporer que lentement. Dans beaucoup de verreries, on fournit aux ouvriers des

tisanes variées pour les empècher de boire de l’eau pure. Cela ne diminue en rien les transpirations ni la fatigue des voies digestives. Mais 1l y a lieu d'encourager cette habitude, parce qu'elle détourne un peu des consommations alcooliques. ;

Des améliorations beaucoup plus importantes à obtenir consisteront dans l'emploi de machines à enveloppes hermétiques pour le broyage, le blutage et le mélange des matières premières; d’enveloppes partielles avec ventilation spéciale pour les diverses roues servant au taillage et au polissage; de hottes vitrées pour le maniement de l'acide fluorhydrique et les opérations préliminaires du verre mousseline. Il faut en outre ne laisser nettoyer et réparer les fours qu'après un refroidissement prolongé. Il y aurait peut-être même lieu d'y diriger un jet de vapeur d’eau.

On s’est beaucoup préoccupé de la transmission de la syphilis par le soufflage. On a donné à chaque ouvrier un embout personnel qui doit être adapté à la canne avant de souffler. Mais c’est [à une de ces précautions auxquelles la classe ouvrière se prête peu. Il est de beaucoup préférable d'arriver à substituer le soufflage mécanique au soufflage par poumon d'homme. On évitera ainsi non seulement la contagion, mais encore les conséquences des efforts pulmonaires. On se servit d’abord dans ce but de la pompe robinet, qui était manœuvrée avec les mains; mais elle ne trouva pas le moindre succès dans la pratique. Vint ensuite le soufflet Bontemps, qui Tlançait l'air au moyen d’un tuyau flexible jusque dans la canne du verrier. Grâce à la flexibilité du tuyau, l’ouvrier pouvait donner à son outil tous les mouvements nécessaires pour le faconnage. Mais la pression donnée par le soufflet n’était point régulière, et de plus il fallait lé concours de deux ouvriers, l’un donnant le vent, l’autre façconnant l'objet. Il faut donc conseiller l’ingénieuse disposition réalisée par MM. Appert dans leur verrerie de Clichy, qui satisfait à toutes les exigences de l'art du verrier et qui cons-

titue un des grands progrès de l'hygiène industrielle (4).

Une pompe mise en jeu par le moteur à vapeur de Pusine emmagasine de l'air, sous la pression de trois atmosphères, dans une série de réservoirs, en tôle rivée, rangés en batterie dans le haut de la halle de travail. Des tuyaux de plomb de 26 millimètres de diamètre distribuent Pair à chacun des ouvriers souffleurs qui, en faisant jouer des soupapes, le débitent à leur gré. Comme cette pression

Fig. 158. — Machine Appert.

n'est nécessaire que pour le soufflage des pièces de grandes dimensions et qu'elle serait trop forte pour permettre la confection de petits objets, dans ce dernier cas l’ouvrier détend l’air jusqu’à un cinquième d’atmosphère à l’aide du réqulateur de Pinisch, qu'il interpose entre le tuyau de débit et le verre; ce régulateur, qui est celui employé pour l'éclairage au gaz des wagons, rend sous une pression plus faible l'air qu'il a reçu à une haute pression.

(1) Revue d'hygiène, 1884, p. 469. Béraud.

Au tuyau de plomb ou au régulateur fait suite un tuyau de caoutchouc, qui lui-même aboutit à la canne, et qui par sa flexibilité permet à l’ouvrier d'exécuter lous les mouvements nécessaires à l'opération.

Comme, suivant la nature des objets, le soufflage doit se faire dans des directions différentes, MM. Appert ont imaginé quatre appareils permettant de souffler dans les quatre directions voulues.

= Pourles articles de gobeletterie, la canne a besoin d’être maintenue horizontalement : l’'ouvrier est assis sur un banc muni, à ses deux extrémités, de deux guides parallèles et horizontaux sur lesquels la canne roule latéralement, sans quitter l’horizontalité. Un chariot roulant suit en outre la canne dans ses mouvements d’ avant en arrière el d’arrière en avant. |

Pour Îles bouteilles, les verres d'éclairage et autres objets qui nécessitent la combinaison du moulage et du soufflage, ce dernier a besoin d’être fait verticalement. On donne cette direction à la canne à l’aide d'un appareil dit à col de cygne.

Pour les boules et les ustensiles de chimie, la canne doit être verticale, mais l'air doit arriver de bas en haut. Une autre machine dite à sou/fler en l'air, réalise cette condition.

Enfin pour le soufflage des manchons de verre à vitre, il faut la combinaison de toutes ces directions. On y arrive en enroulant le tube de caoutchouc sur une roue qui peut tourner non seulement autour de son centre, mais encore autour d’un axe vertical représenté par une tige verticale qui sert à le suspendre.

Il est une question plus générale et d’une haute importance hygiénique. Les verreries ne sauraient chômer un seul instant, sans éprouver de grandes pertes qui ruineraient immédiatement l'industrie. Les fours, une fois allumés, doivent chauffer tant qu'ils n'ont pas besom d’être réparés, De là aussi la nécessité de la continuité du travail des hommes, continuité d'autant plus dangereuse qu'il

s'agit souvent d'enfants de dix à douze ans et d’occupations qui altèrent la santé par les transpirations, la chaleur, le soufflage, etc. Aussi des industriels philanthropes ont-ils cherché les moyens de donner aux ouvriers des temps de repos journaliers et même un jour complet de repos par semaine, L'organisation d'escouades serait un moyen simple, mais impraticable, si on veut que l’ouvrier gagne suffisamment sa vie. Le véritable nœud de Ja question consiste à pouvoir suspendre le travail pour lout le monde pendant un jour par semaine. Cela est encore possible pour les cristalleries, parce que le cristal est facilement fusible et qu'on peut à volonté l’accumuler dans les creusets pour les moments de grand travail ou en restreindre la producion en vue d'un chômage. Mais pour le verre il parait impossible d'obtenir plus d’une demi-journée par semaine. On peut jusqu'à un certain point presser la fonte du samedi ainsi que le façonnage du verre pendant la nuit suivante pour terminer les opérations le dimanche à onze heures. Et encore 1l ne faut pas se dissimuler qu'il en résulte une perte notable pour le fabricant, et même une détérioration du matériel et des matériaux. Il ne faut pas songer non plus au age à four mort, qui consiste à entretenir un petit feu pendant le jour de repos, afin d'éviter un refroidissement complet des fours. On a calculé que ce feu économique dépense encore par an pour 2,000 francs de charbon. | |

En 1872 (1), une commission du conseil de salubrité publique a pensé devoir formuler des prescriptions particulières pour la fabrication du verre mousseline. Il faut interdire le procédé qui consiste à délayer dans de la gommie l'émail pulvérisé, à badigeonner la totalité du verre avec le vernis, puis à enlever celui-ci, après dessiccation, avec une brosse à travers les vides en dessin d’une plaque en cuivre. L'ouvrier est ainsi dans un nuage épais de poussières plombiques. Il faut n’admettre que les procédés dans

(1) Annales d'hygiène, 2° série, t. XXX VIT, p. 227.

lesquels il n'y pas à enlever le vernis et qui ne forcent celui-ci à s'appliquer que là où il doit rester, et encore il laut défendre l'usage de l'appareil à ailes el ne permettre que celui de l'appareil à soufflet.

Le premier consiste, en effet, en une caisse dans laquelle l'ouvrier soulève la poussière d'émail à l’aide d’une manivelle qui met en mouvement des ailes intérieures, mais où il ne doit introduire les verres, masqués préalablement par du tulle dans les points où l’émail ne doit pas se déposer, que lorsque les nuages ont déjà été soulevés el avant qu'ils ne retombent, Or, à ce moment, il reçoit lui-même une partie du nuage,

Dans le second, la poussière est lancée par un soufflet, el cela après l'introduction des verres dans la caisse. Toulefois on ne doit procéder à une nouvelle introduction qu'après avoir laissé aux premières poussières le temps de se déposer,

Lo travail des enfants est interdit là où se dégagent des poussières, là où on emploie des matières toxiques, et surtout dans le polissage.

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