MANUFACTURES DE GLACES
Sommaire technique. — Comme opération prélimiaire, il y a d'abord la préparation des creusets, pour lesquels on emploie de la terre de Champagne. On calcine celle-ci en partie, on la broie sous des meules en fonte, on la mélange dans des pétrins munis d'agitateurs ; on pétrit ensuite aux pieds, on moule, on fait sécher pendant six mois, puis on cuit au four.
I y à en outre la préparation de la pâte, qui s'effectue comme dans les verreries el qui comprend généralement du sable blanc, du sulfate de soude, du charbon, du carbonate de chaux et de l'acide arsénieux.
Ces préliminaires effectués, on procède à la /usion pendant laquelle on est obligé de retirer plusieurs fois les creusels pour les recharger, parce qu'en fondant la pâte
on éprouve un retrait. Vient ensuite l’a/finage, qui a pour but de débarrasser la pâte fondue des bulles de gaz qui la font mousser. Autrefois on affinait toujours en transvasant la pâte avec une poche dans une cuvette placée à côté du creuset. Aujourd’hui on a généralement recours à une ébullition tumultueuse qui volatilise ce qui doit être chassé. La pâte affinée est coulée sur une table de fonte saupoudrée de sable. Des règles circonscrivent l’espace où la coulée doit être maintenue, suivant les dimensions qu'on se propose de donner à la glace. Un ouvrier, appelé ranqeur, écrème d'une main agile et hardie les défauts apparents. On passe au rouleau, et des ouvriers poussent avec des pelles la glace dans la carcaise, où elle va se recuire et se refroidir lentement. Trois jours après on équarrit à l'aide de diamants ou de petites roulettes d'acier trempées au mercure. On pratique le doucissage en a frottant avec du sablede plus en plus fin ; puis le svonnage, en frottant deux glaces l’une contre l’autre, avec interposition d’émeri de plus en plus fin, le polissage, avec du coaltar.
Il reste la mise en lain, qui est parfois exécutée sur place, et d’autres fois dans d’autres usines spécialement affectées à ce genre d'opération. Elle a pour but de couvrir une des faces de la glace d’une couche de mercure qui réfléchisse bien la lumière sans altérer les couleurs propres de l’objet réfléchi. Le mercure ne peut pas être emplové seul à cause de sa grande fluidité. I a besoin d’être fixé par de l’étain. L’étamage s'exécute sur une pierre bien plane et pouvant effectuer un mouvement de bascule sur un axe transversal. On y étend une feuille d’étain, on lisse cette feuille avec des brosses de crin doux afin d’en faire disparaitre le moindre pli; on verse dessus une petite quantité de mercure dont on la frotte avec des rouleaux de lisières de drap; puis on en verse une couche de #4 à 5 nullimètres. On fait arriver par glissement sur cette couche la glace qu'on recouvre d’une pièce de flanelle et de poids. Cette pression favorise son contact avec l’amalgame el aide à l'expulsion du mereure en excès, On facilite
encore cette expulsion en donnant une légère inclinaison à la pierre. On laisse la glace s’égoutter ainsi pendant ving:tquatre heures, puis on la porte sur un égouttoir en bois, où on la laisse pendant huit à quinze jours en l’inclinant de jour en jour, jusqu'à lui donner une position verticale, Hygiénologie. — De même que les verreries, les manufactures de glaces sont considérées comme ne pouvant compromettre le bien-être et la sécurité du voisinage que par la fumée et les causes d'incendie. Comme on emploie à peu près toujours des fours Siemens, réputés fumivores, et comme dans ces conditions l’administration accorde les bénéfices de la troisième classe, il en résulte que le classement dans la deuxième n’est plus qu'une mesure théorique invitant les industriels à employer des fours fumivores. L'hygiène n’a donc en réalité qu'à se préoccuper de l’intérieur. Il est rare aujourd’hui que les diverses opérations ayant pour but de préparer les creusets et fa pâte ne soient point exécutées par des moyens mécaniques, et on n'a plus qu'à exprimer le désir de voir adopter des isolateurs hermétiques pour les moulins, les blutoirs et les pétrins. La fusion ayant besoin d’être surveillée par des ouvriers qui fixent la masse incandescente à travers de petites ouvertures, il est nécessaire de leur imposer le port de lunettes colorées. Il ne faut plus d’aflinage s’effectuant par transvasement à l’aide de poches à main. L'ébullition tumultueuse est préférable, puisqu'avec les fours Siemens les gaz sont entraînés dans la cheminée loin des ouvriers, Il faut aussi stimuler les ingénieurs industriels pour qu'ilé trouvent le moyen de recharger les creusets sans les retirer, et de changer. le mode de fixation des glaces pour le polissage. D'habitude on scelle d’abord la glace sur la table qu'on humecte d’eau et qu'on saupoudre de plâtre. Des ouvriers montent sur la glace et appuient avec leurs pieds, À ce moment il se dégage une buée considérable de poussière de plâtre. Enfin pour le coulage, à ce moment où il faut de l'habileté, de la précision, de la rapidité et de Ja diseipline, il faut que les dispositions prises facilitent la tâche
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des ouvriers et les mettent à l'abri des efforts musculaires et des accidents de brûlures. Pour cela il faut que les creusets puissent ètre saisis et transportés avec de petits chariots à cornes, puis être accrochés à la tenaille d’une forte grue mobile qui les élèvera, les transportera rapidement jusque sur la table où ils videront leur contenu par inchinaison.
C’est incontestablement l'absorption des vapeurs mercurielles dans l'atelier d’étamage qui constitue le grand danger professionnel des manufactures de glaces. On a indiqué à ce sujet un certain nombre de mesures palliatives qui sont tellement connues qu'il suffira de les énumérer pour
Fig. 159.
À, voiture à fourche ; B, poulie mobile en tous sens; C, rouleau niveleur; D, règle limitant la courbée.
en rappeler la valeur. Ce sont : 1° interdire absolument le travail des enfants dont l’âge donne trop de prise aux intoxications ; 2° ne faire travailler les ouvriers qu'un petit nombre d'heures et faire suspendre le travail à tout ouvrier ayant un commencement de salivation; 3° donner de grandes proportions aux ateliers et en tenir toutes les fenètres ouvertes ; 4° défendre de chercher à extraire le mercure et l'étam des balayures; 5° frotter le mercure sur l'étain à l’aide de rouleaux de drap fixés à l'extrémité de bâtons de 1",20 de longueur; 6° fermer avec un couvereleentonnoir les seaux qui doivent recueillir le mercure d'égouttage; T° ne jamais battre à la main les toiles placées au-dessus de ces seaux pour purifier le mercure qui s’y
rend, mais opérer le nettoyage à l’aide d’un agitateur dans un vase clos.
En outre de ces prescriptions classiques, Meyer a recommandé de neutraliser les effets des vapeurs mercurielles en répandant tous les soirs sur le sol de l'atelier un demilitre d’ammoniaque qui se trouvera saturer l'atmosphère pour la journée du lendemain.
Mais l'hygiène doit appeler de tous ses vœux l’application d’une mesure beaucoup plus radicale, c’est celle de l'argenture des glaces, c’est-à-dire la substitution de l'argent au mercure. Parmi les procédés proposés pour réduire sur la glace du nitrate d'argent, le plus favorable paraît être celui de Petit-Jean. Il consiste à dissoudre l’azotate dans de l’'ammoniaque, à filtrer cette solution, à y ajouter de l'eau distillée- et de l'acide tartrique, qui peut être remplacé par de l'essence de cassis ou de girofle; à répandre ce mélange sur la glace reposant sur une table chauffée par un courant de vapeur ou par une circulation d’eau chaude ; à sécher et à enduire la couche d'argent réduit soit avec de l'huile au minium, soit avec un vernis bitumineux, soit avec du cuivre galvanique. Comme on reproche à ces glaces d'offrir une blancheur un peu pâle ou jaunûtre, on peut, suivant le conseil de Lenoir, laver l’argenture avec une dissolution de cyanure double de mercure et de potassium. On a des résultats industriels parfaits. IL est vrai qu'on fait alors intervenir de nouveau un sel mercuriel; mais les effets toxiques sont tout à fait nuls, en présence de ceux que produit le mereure métallique.
Une dernière remarque : l'administration qui, par crainte de la fumée, range les ateliers de fusion dans la deuxième classe, accorde toujours la troisième aux ateliers d’étamage. C’est peu justifié, car le danger ne menace pas seulement les ouvriers. Les vapeurs de mercure ont un grand pouvoir de diffusion, et la nécessité de tenir les fenôtres ouvertes leur fait franchir les limites de l'usine.” D'autre part, les balayures et les eaux de lavage sont loin d'être innocentes pour la voie publique.
L'interdiction ne porte que sur l'opération de létamage.