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FABRIQUES DE NOIR ANIMAL

Sommaire technique. — Le noir animal se prépare avec des os d'animaux qu’on carbonise par une calcination incomplète. On peut employer deux procédés de caleination essentiellement différents au point de vue de l’hygiène.

Dans l’un, le plus primitif, les os sont calcinés dans des fours et les produits volatils, ainsi que les gaz, ne sont utilisés que comme combustibles. Dans le second, la calcination se fait par distillation dans des cornues, et les produits volatils sont recueillis et utilisés comme produits chimiques. COR

Ce dernier procédé constitue incontestablement un grand progrès industriel, puisqu'il tire le meilleur parti de tout. Aussi le premier n’est plus guère employé que dans Îles raffineries, où l’on n’a qu'un but, se procurer la quantité de noir animal nécessaire à la clarification du sucre produit.

La calcination simple se fait dans des pots réfractaires qu'on empile dans un four. La décomposition des matières grasses donne naissance à des produits gazeux qui s’enflamment, et qui concourent à fournir du calorique pour la calcination :

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Pour la calcination par distillation, on se sert d’un appareil représenté par la figure 163.

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Fig. 163. Appareil pour la distillation des os.

A, cylindre ou cornue chargée d'os. L'extrémilé postérieure de chaque cylindre est terminée par une tubulure qui conduit les produits de distillation dans le récipient B, où se liquéfient les vapeurs les plus condensables. De ce récipient les produits gazeux se rendent dans des tuyaux condenseurs entourés d'eau froide.

Les deux méthodes comportent des opérations communes. Les os doivent d’abord être concassés, pour rendre leur introduction plus facile et mieux assurer l’action du feu. Îl faut ensuite les débarrasser de la plus grande partie de la graisse qui les entoure et les imprègne, et qui en isolant les matières albuminoïdes, rendraient leur calcination plus lente. À cet effet on les soumet à une décoction prolongée dans des chaudières pleines d’eau. La graisse rompt les cellules adipeuses et vient surnager. On peut la recueillir et lemployer à tous les usages des graisses grossières. | |

Dans les deux cas aussi, lorsque la calcination est ter-

minée, il faut procéder au défournement, et refroidir les os incandescents dans des étoufloirs. Les os sont enfin portés au moulin pour être broyés, réduits en poudre et être blutés. -

Dans les usines spéciales qui emploient toutes aujourd'hui la distillation, les produits de la condensation sont diversement utilisés pour la fabrication de goudron animal, d'huiles de goudron, de sels ammoniacaux, d'engrais, etc. De là des opérations variées et compliquées.

Dans les raffineries, toutes ces opérations consécutives sont supprimées, puisqu'elles n'y auraient pas leur raison d’être, et puisque l'emploi de la calcination simple n’en fournit pas les éléments. Mais on y pratique une opération très importante au point de vue de l'hygiène, c’est la revev/ication du nor animal. Le noir animal ne peut-servir qu'une seule fois à la purification du sucre, et pour éviter une fabrication trop coûteuse, on cherche à ramener dans son état primitif celui qui a déjà servi. Pour cela on le met en tas et on le laisse fermenter pendant une vingtaine de jours. Cette fermentation a pour résultat de transformer le sucre dont s’est chargé le charbon d'abord en alcool et ensuite en vinaigre. L'acide acétique ainsi formé a l'avantage de dissoudre le carbonate de chaux qui entache aussi le charbon. On lave ensuite à grande eau pour entrainer ces matières étrangères solubles.

En se servant d’eau tiède, on peut se dispenser de prolongerautantla fermentation etréduire sa durée à huit jours. Comme le vinaigre ne suffit pas pour dissoudre tout le carbonaie de chaux, surtout quand on a clarifié des sucres indigènes, il est bon de faire un second lavage avec de l'acide chlorhydrique très étendu. Enfin on calcine pour détruire toutes les matières organiques. On se sert d’un fourneau surmonté d'un espace oùle noir se sèche d’abord, puis on le fait descendre dans deux conduits que le foyer chauffe directement, et la poudre retombe d'elle-même dans des étouffoirs. Grâce à tout ce système qui reste clos, on sent moins les émanelions.

Hygiénologie. — Le danger extérieur le plus apparent, celui dont le public, qui ne juge que par ses sens, se plaint exclusivement, ce sont les odeurs infectes que ces usines répandent autour d'elles, et qui, sous l'influence de certains vents, sont souvent portées très loin. Elles sont dues à la fois à des amoncellements dans les cours et sous des hangars, d'os couverts encore de parties molles en putréfaction, et aux gaz et vapeurs qui se dégagent des fours etdes cheminées. Au point de vue purement sensoriel, 11 n'y a pas là seulement un désagrément considérable pour les voisins. Il en résulte souvent pour eux des nausées, une perte d’appétit, des dyspepsies, et une détérioration de l’économie par alimentation insuffisante. Plusieurs des principes volatils dégagés, notamment l’ammoniaque, sont doués de propriétés irritantes. De là aussi parfois de la toux, du larmoiement. Mais le danger le plus sérieux est encore celui qui se cache. Cest l’action pathogène des miasmes. [y a là tout au moins un milieu putrescible favorable à la pullulation de microbes spécifiques. Les eaux de lavage e peuvent \ venir contaminer, au même litre, les cours d’eau.

Les ouvriers sont naturellement exposés à tous les dangers qui précèdent beaucoup plus que les voisins. Pour eux, 1l y a en outre danger d'infection septique par inoculation, lorsqu'ils se piquent avec les os ou se blessent avec les couperets ayant divisé ceux-ci. Aussi ont-ils souvent des panaris, des lymphites, des engorgements ganglionnaires. Leurs fièvres présentent un caractère plus grave. On comprend aussi qu'ils soient exposés au charbon. D'autre part la division des os, lorsqu'elle se fait avec des couperets à la main, donne lieu à des ampoules, des callosités et des efforts PTE Enfin les chauffeurs sont naturellement exposés aux inconvénients des hautes températures avec des courants d’air froid.

L'odeur est naturellement beaucoup plus intense et s'étend daus un bien plus grand rayon, lorsque la caleination est simple, que lorsqu’ elle se faitavec distillation. Aussi

l'application exclusive de ce dernier procédé serait-elle déjà un véritable moyen d'assainissement. Mais on n’est en droit ni d'empêcher les raffineries de préparer elles-mêmes le noir dont elles ont besoin, ni de les forcer à utiliser par des opérations compliquées leurs émanations à la fabricaüon de produits chimiques dont elles n'ont que faire. On peut du moins les engager et mème les obliger à assurer la combustion complète de tous ces produits volatils, et de s’en servir comme générateurs de calorique ou de lumière. Plusieurs voies peuvent ètre suivies pour atteindre ce but.

Darcet a conseillé le premier de conduire ces vapeurs dans une chambre recevant par des ouvertures convenablement ménagées une grande quantité d'air afin d'activer la combustion. Les gaz ainsi enflammés seraient amenés sous les chaudières à dégraissage. L'idée était bonne en principe, mais portait avec elle des causes d’insuccès sur le terrain pratique. Car les gaz ne peuvent brûler parfaitement, qu'autant qu'ils ont été préalablement débarrassés des huiles qui les imprègnent. IT est donc indispensable, avant de les faire bruler, de leur faire traverser des condensateurs. Pour cela on peut interposer sur leur passage deux outrois bains d’eau, mais le dépouillement esthien plus complet si l'on se sert de condensateurs analogues à ceux des usines à gaz, c'est-à-dire des colonnes de coke, dans lesquelles de l'eau descend pendant que les gaz montent. Il est vrai qu'il se produit ainsi des eaux ammoniacales encombrantes, qui ne peuvent servir qu'à la fabrication du chlorhydrate d’ammoniaque. Mais si les raffineries ne veulent pas les utiliser elles-mêmes, elles peuvent les livrer à des fabriques de produits chimiques. Quant au gaz ainsi dépouillé, il peut ètre employé soit au chauffage des fours ou des chaudières, soit à l'éclairage de l'usine après avoir été emmagasiné dans un gazomètre.

Dans toutes les usines, même dans celles où la distillation est appliquée dé la manière la plus parfaite, il se dégage au moment du défournement des bouffées odorantes

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très pénibles pour les ouvriers et pour les voisins. Pour éviter cela, il serait bon d'imposer aux usines en voie de création l'emploi de l'appareil Brisson (fig. 164).

Un fourneau À en maçonnerie est surplombé de chaque côté par une construction M dans laquelle se trouve disposée verticalement une rangée de cornues B en

S € terre réfractaire, d’une capa- DS = cité moyenne de 2 hectoli- 1 | | IR = | tres.Elles sontséparées entre # lÈ= ut I RE } L elles par un espace libre qui DNS (( ÈS pit Prat EINESIXQ 22 | permet aux flammes de la

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Fig. 164. — Appareil Brisson. point de dégagement. Quand

la calcination est terminée,

il suffit de presser sur le bras de levier E; l’opercule inférieur D bascule

et le produit tombe de lui-même et rapidement dans les étouffoirs que

l'on place en dessous. Cet appareil fournit une économie de combustible qui couvre bien vite les frais d'installation.

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Une disposition analogue est employée fréquemment en Angleterre. Elle n’en diffère qu’en ce que les cornues sont à plusieurs compartiments dont le supérieur est seul chauffé par la flamme ; on fait tomber le charbon successivement et à une grande distance dans les compartiments inférieurs et il se refroidit peu à peu, avant d'arriver à l'extérieur. | |

Comme les eaux de lavage sont susceptibles de fumer la terre, elles doivent être utilisées par irrigation, au lieu d’ètre déversées dans les cours d’eau. |

Enfin des couperets mécaniques doivent être substitués à la main de l’homme.

L'administration a jugé équitable d'établir une distinction entre les fabriques où les gaz sont brülés et celles où ils ne le sont pas. Elle accorde aux premières le bénéfice de la seconde classe, mais elle ne s’est peut-être pas montrée

assez sévère en n'interdisant aux enfants que le travail du broyage.

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