FILATURES ET TISSAGES
Les filatures ont pour objectif de disposer en fils la matière première fournie par la nature, Le lissage a pour ob-
jet d’enchevètrer ces fils de façon à en former une nappe continue, c’est-à-dire une étoffe.
Ces deux genres d'opérations sont en général associés dans une mème fabrique et se retrouvent associés dans plusieurs espèces d'industries qui diffèrent entre elles par la nature de la matière première employée et par le genre de produit final.
La matière première peut être les filaments du coton et le produit final, les étoffes dites cofonnades (calicot, madapolam, etc.).
Elle peut consister dans des franges d’épiderme de linon, de chanvre, et le produit final est de la totle proprement dite.
Elle peut être constituée par la laine ou poils de certains animaux et le produit final est du drap ou de la flanelle. Enfin, elle peut être fournie par les cocons de vers à soie, et le produit final est naturellement une éfoffe de sore.
De là autant d'usines distinctes, fabriques de drap, de calicot, de toile, de flanelle et de soieries.
Pour ces différentes industries, la plupart des opérations sont, sinon identiques, du moins analogues. Il y a donc lieu d'en formuler la nature dans une technique commune, sauf à signaler ultérieurement les particularités afférentes à chacune d'elles. Il convient en outre d'indiquer préalablement les dangers et les mesures qui leur sont aussi communs.
Technique générale. — Les opérations communes à toutes ces industries appartiennent les unes aux ateliers de filature, les autres aux ateliers de tissage.
Opérations de filature. — Toute filature comprend, des opérations préliminaires qui visent le déballage, le nettoyage et le triage de la matière première et qui varient avec la nature de celle-ci. Nous les indiquerons à leurs places respectives.
Une fois préparée, la matière est soumise : 1° au cardage, qui consiste à la travailler avec des surfaces hérissées de pointes pour démèler les fibres, les dénouer, les isoler les
unes des autres, les redresser et les paralléliser; 2° à l’éxrage sans torsion, qui a pour but d’échelonner les fibres naturelles et de les disposer par rubans ou mèches ; 3° à l’éserage avec torsion, qui consolide les rubans etleur donne plus de cohésion ; 4° au f/age, qui transforme le ruban en fil par un étirage el une torsion plus complets et plus intenses; 5° au vaporisage, qui consiste à soumettre les fils à l’action de la vapeur, pour fixer la torsion et empècher les vrilles de se former pendant le dévidage; 6° au dévidage, qui, en faisant passer le fil d’une broche sur une autre, le finit de plus en plus.
Enfin, dans toute espèce de filature il est une septième opération qui est nécessitée, de temps en temps, par celle du cardage : c'est l'aiguisage des cardes, qui a pour but de rendre aux aiguilles le morfil que le travail leur fait perdre.
Opérations de tissage. — Elles comprennent : 1° le bobinage qui transporte le fil de la broche sur une bobine cylindrique munie de deux plateaux à ses extrémités pour en contenir la plus grande quantité possible ; 2° l’ourdissage qui réunit un certain nombre de fils parallèlement les uns aux autres en une nappe appelée chaîne ; 3° le #ssage proprement dit qui consiste à enchevètrer, dans les fils longitudinaux de la chaîne, d’autres disposés transversalement et constituant par leur ensemble ce qu'on appelle la #rame.
Hygiénologie commune. — loutes ces opérations développent des poussières dont les unes sont de nature organique et fournies par la dissociation de la matière première elle-même, d'autres de nature salino-térreuse et dues aux impuretés de cette matière, d'autres enfin de nature métallique et provenant des instruments, notamment pendant l'aiguisage des cardes. Ces poussières exposent, comme toujours, aux blépharites, aux angines, aux bronchites et aux pneumonies caséeuses. Toutes aussi imposent aux ouvriers de la fatigue musculaire, ainsi que des attitudes capables de déformer l'appareil locomoteur et de troubler le fonctionnement des viscères. La plupart enfin entraînent les inconvénients des milieux humides et
chauds. Pour parer à tous ces dangers, il convient de salisfaire le plus possible à deux grandes indications 1° remplacer la main-d'œuvre par des machines qui, non seulement économisent, suppriment même souvent la dépense musculaire, mais évitent en outre à l’ouvrier un contact trop intime avec les foyers de poussières ; 2° adopter de bonnes méthodes de ventilation.
Sous ce rapport on peut dire que le but est en grande partie atteint et qu'ici l'hygiéniste n’a plus qu'à constater les bienfaits de la mécanique industrielle et à acquérir une connaissance superficielle des machines qu'il doit approuver.
Longtemps le cardage s’est opéré simplement à la main à l’aide de deux plaques en bois garnies de pointes, dont l’une était fixée et l’autre maniée par l’ouvrier à l’aide d'une poignée, Aujourd'hui ce procédé primitif n’est plus employé que par les matelassières. Dans toutes les filatures, le cardage est devenu une opération exclusivement mécanique. On a construit à cet effet des machines, dites
cardes, plus ou moins perfectionnées au point de vue de la | commodité et du ren-
UT dement industriel,
Chapeau tourner (RE Æ Nous n'avons pas ici Î ÉD Chapeau fixes c
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criptifs et surtout à établir la comparaison entre les divers
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mécanismes imagi- Déiourreur nés. Nous devons seu-
lement indiquer par un schéma les organes essentiels que doit présenter toute espèce de carde, Ils consistent en : 4° un grand tambour offrant un diamètre de 1 mètre, exécutant 120 à 130 tours par minute; il est armé de pointes ; 2° un cylindre beaucoup plus petit tournant en sens inverse, armé aussi de pointes et dont l'office est de
Fig. 189, — Schéma de carde,
INDUSTRIES À CLASSEMENT VARIABLE OÙ MIXTE. 593 désagréger, c'est le briseur ; 3° d’une barre fixe armée de pointes, c'est le chapeau; 4° d'un cylindre plus petit que le briseur, ne faisant que 10 tours par minute, c'est le travail leur ; 5° d'un cylindre plus petit encore, exécutant 300 tours, c'est le nettoyeur; 6° d'un cylindre pre Eu plus grand, opposé au briseur, et n’exécutant que 12 tours, c’est le peigneur; 7° d'un cylindre petit ne faisant qu'un tour en quatre-vingts minutes, c'est le chapeau tournant; 8 d'un cylindre petit appelé débourreur; 9 enfin de deux autres cylindres appelés intermédiaires. >
Grâce aux différences de diamètre, de situation, de vitesse, de sens de la rotation, et de disposition des pointes, ces organes remplissent assez bien les divers rôles indiqués par leurs désignations, et le résultat total répond parfaitement au but cherché. Sous le rapport industriel, e’est déjà un immense progrès, mais sous le rapport hygiénique, la carde mécanique réduite à ses parties propres laisse encore à désirer, car elle ne fait que supprimer le travail manuel etne plus nécessiter que l’ouvrier reste ia tète penchée sur le foyer mème du dégagement des poussières. Mais elle n'empêche pas celles-ci de venir se répandre en grande quantité dans l'atmosphère de l'atelier. Il est donc indispensable de leur adapter le système d'enveloppe hermétique avec ventilation partielle dont il a été question dans les généralités (page 38). C'est surtout pour le cardage que ce grand principe d'hygiène industrielle devient indispensable.
L'hygiène voudrait certainement que ces détritus fussent noyés par de l’eau, avant que l’ouvrier y péhètre pour en extraire les matériaux qui s’y sont accumulés. Mais comme les industriels n’adoptent généralement cette disposition coûteuse que pour pouvoir utiliser des parcelles de matière première, autrefois perdues, ils se contentent d’arrèter les machines quelques heures avant l'entrée de l’ouvrier. Une bonne innovation est l’adaptation de débourreuses Dennery aux cardeuses. Ces machines soulèvent les chapeaux à carde, passent au-dessus, en arrachent la bourre, la roulent et l’entrainent au dehors,
L'étirage sans torsion est toujours obtenu mécaniquement à l’aide de deux paires de cylindres. Chaque paire comprend deux cylindres superposés dont l’inférieur est cannelé et le supérieur garni de drap; ce dernier tourne deux fois plus vite que le premier. C’est en définitive un laminage qui allonge le ruban, en vertu de l'inégalité de vitesse des deux paires.
Le filage est devenu aussi partout une affaire mécanique. Comme parties essentielles, le métier à filer comprend trois paires de cylindres lamineurs qui achèvent d’étirer et de consolider les rubans. Il les livre à un banc de broches inclinées qui sont animées d’un mouvement de rotation. Ce banc de broches est placé sur des roues emboîïtant des rails, ce qui lui permet de s'approcher et de s'éloigner alternativement des cylindres livreurs, afin que les fils soient constamment tendus. Les cylindres livrent d’une manière intermittente. Pendant qu'ils livrent, le banc s'éloigne, pendant leur repos le banc se rapproche.
Cette machine laisse toutefois subsister certains inconvénients et en crée même. Les fileurs sont, en effet, constamment debout, et prennent en général l'habitude, sans nécessité appréciable cependant, d'appuyer fortement la plante du pied. De là un épaississement de l’épiderme plantaire et une vive hyperesthésie de cette région; parfois même ils ont un phlegmon du talon. Ils ont à chaque instant à exécuter certains mouvements avec le membre abdominal droit, qui y engendrent à la longue des douleurs museulaires, particulièrement dans les muscles jumeaux, et des névralgies des nerfs sciatique et crural. L'enfant qui ordinairement est chargé de repousser le banc de broches vers la partie immobile de la machine, est exposé à des arthrites du genou; mais aujourd'hui on obtient mécaniquement le retour du banc de broche.
Le vaporisage peut aussi s'effectuer sans mettre en cause l'hygiène des ouvriers. Il suffit de faire arriver la vapeur dans une étuve en tôle, séparée en plusieurs compartiments par des diaphragmes percés de trous sur les-
quels on place des boites en fer-blanc contenant les bobines.
L'aiguisage s'obtient partout maintenant en soumettant les organes des cardes à un cylindre en émeri mis en mouvément par la vapeur comme toutes les autres machines, Il est facile de munir aussi ces aiguiseurs d’une enveloppe avec une ventilation qui a besoin d’être d'autant plus puissante qu'aux poussières du tissu viennent s ajouter des poussières d'acier et d’émeri.
L'ourdissage mécanique s'obtient avec une machine comprenant un ràtelier sur lequel on accroche trois cents ou cinq cents bobines, un tambour horizontal mù par la transmission qui entraine par friction un rouleau sur lequel les fils s'enroulent en nappe; enlin un peigne ou râteau placé entre le râtelier et le tambour pour maintenir les fils à la distance voulue l’un de l’autre. DUT
Quant au tissage proprement dit, il est inutile de décrire ici l’admirable invention de Jacquard. Faisons seulement remarquer que dans les grandes fabriques de tissage la mise en mouvement des principaux organes devient facilement l’œuvre de la vapeur et qu’on voit ainsi disparaitre la grande fatigue et les déformations, conséquences inévitables du maniement des métiers de tisserand en chambre. Malheureusement l'intervention de la vapeur ne fait qu’atténuer les inconvénients du tissage en supprimant l'impulsion à donner aux parties principales du métier. Mais le tisseur n’en doit pas moins rester penché sur ce dernier, et subir sur le creux épigastrique une pression et mème des chocs qui le prédisposent aux crampes d’estomac, aux gastralgies et à une perturbation des fonctions digestives, ainsi qu'à une gène de respiration.
Il est une autre cause d’accident due au lancement de la navette qui, parfois, abandonne le métier et va frapper au loin un ouvrier voisin. Le danger peut toutefois être en partie conjuré par l'établissement d'un bouclier en treillage.
On a parlé (1) d'intoxication saturnine due à la pous-
(1) Schuler, Sanitary Record, 15 juillet 1885.
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sière répandue par les poids en plomb du métier. Mais le fait se rencontre peu ou pas dans les filatures modernes, où l'emploi du plomb entre peu dans la construction du métier.
Enfin, sans en préciser les conséquences, on blâme toutefois avec raison l'habitude qu'ont les ouvriers de sucer les fils en vidant par aspiration la navette des filaments qu'elle retient.
A la suite de ces considérations générales, il convient d'examiner à part les divers espèces de filatures et de tissage, parce que chacune d'elles présente des particularités assez importantes, {ant au point de vue technique qu’au point de vue hygiénique.