FABRIQUES DE COTONNADES
Technique particulière. — Pour diminuer les frais de transport, le coton est dépouillé sur place de la coque qui l'entoure, et il arrive dans les filatures en ballots comprimés et pénétrés de poussières de toute nature. De là la nécessité de deux opérations préliminaires, dites l’une l'ouvrage, qui a pour but de dissocier et de dilater pour ainsi dire la masse cotonneuse, l’autre le battage, qui a pour but de le nettoyer. Vient ensuite le cardage, qui s'exécute dans les conditions indiquées dans la technique générale; le pesquage, qui soumet le coton à des pointes plus longues et moins serrées, à pour résultat particulier d'éliminer de la masse les fibres qui n’atteignent pas une longueur donnée et peut ètre exécuté par des organes annexés aux cardes: l'étirage, qui pour le coton a besoin d’être exécuté succes: sivement de deux manières, sans torsion d'abord, et avec torsion ensuite, et suppose par conséquent le passage par deux ordres de machines; le fage, le vaporisage et le dévidage, qui correspondent ici à la description déjà donnée. | |
Le tissage du coton nécessite une opération supplémentaire qui prend place entre l’ourdissage et le tissage pro-
INDUSTRIES A CLASSEMENT VARIABLE OÙ MIXTE. 557 prement dit, c’est le parage qui a pour but d'imprégner la chaîne d’un empois ou enduit destiné à coucher le duvet qui fait saillie tout autour du fil, à donner à celui-ci plus de résistance et une surface plus polie. L'empois est généralement préparé avec de la fécule de pomme de terre, de la gomme, du sulfate de zme ou de cuivre et de la glycérine dans des chaudières chauffées, soit à feu nu, soit à la vapeur. Enfin, le tissu est soumis à un mouillage à la vapeur, séché sur des essoreuses et métré.
Hygiénologie. — Avant l'emploi des machines à enveloppes hermétiques, les poussières pouvaient jusqu’à un certain point s'étendre un peu en dehors de l’usine. Mais aujourd'hui leur action extérieure se borne à des inconvénients supportables et atténuables, ceux de la fumée et du bruit. Le danger intérieur quoique considérablement amoindri par les perfectionnements modernes n’en est pas moins sérieux. Quatre circonstances nuisent aux ouvriers : les poussières qui ne sont pas encore entièrement supprimées, l'humidité et la chaleur, le mouvement professionnel et les machines.
Les poussières sont ici de trois ordres, terreuses, métalliques et cotonneuses. Ce sont ces dernières qui donnent un certain cachet particulier à leurs effets. Ces filaments, à cause de leur légèreté, s'engagent plus volontiers dans les voies respiratoires avec l'air inspiré. Le mucus les immobilise plus facilement sur certains points de la muqueuse, notamment au niveau des cordes vocales qui, lors de la parole où du chant, viennent offrir comme un écran à la colonne d'air aspirée. Par leur souplesse, leurs aspérités imperceptibles, ces filaments agissent par un chatouillement incessant qui agace les centres nerveux et met en jeu leurs représailles réflexes. De à, une toux quinteuse analogue à celle de la coqueluche. Les poussières terreuses dont le coton est toujours imprégné peuvent, comme d'habitude, engendrer à la longue des bronchites catarrhales. Elles peuvent aussi s'engager dans le tissu pulmonaire et y provoquer une pneumonie interstitielle
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chronique, susceptible d'aboutir à de la sclérose pulmonaire ou à de la pneumonie caséeuse.
Ces accidents sont encore plus à craindre avec les poussières métalliques dont l’incrustation est beaucoup plus assurée et auxquelles sont particulièrement exposés les ouvriers employés à l’aiguisage des cardes.
A part ces derniers, on peut dire que les fileurs et les tisseurs sont infiniment moins exposés à ces accidents pulmonaires, aujourd’hui qu'autrefois. L'observation du passé avait fait admettre à tort l'existence d’une phfisie cotonneuse. L'industrie du coton irrite seulement les voies pulmonaires comme toutes celles qui développent des poussières pénétrantes. En réalité, le coton n’a qu'un eflet spécial surajouté, c'est la toux quinteuse par titillation.
Une affection que la titillation par le coton produit plus souvent et à un plus haut degré que les poussières ordipaires, est l’angine glanduleuse. Il en est de mème du coryza qui revêt un caractère analogue à celui du coryza produit par le foin. Les filaments de coton contribuent avec les autres poussières à déterminer des furoncles en s'engageant dans les glandes sébacées. Ils engendrent plus particulièrement des érythèmes et de l’urticaire, en raison mème de l'excitation des papilles nerveuses par leur chatouillement. Les poussières des filatures de coton déterminent encore fréquemment des conjonctivites et surtout des blépharites. Tous ces accidents se montraient autrefois à un très haut degré et frappaient la grande majorité des vuvriers, Ce qui avait fait regarder cette industrie comme excessivement dangereuse. À ces effets des poussières, venaient se joindre toutes les conséquences d’une grande fatigue musculaire et des attitudes vicieuses.
Heureusement, aujourd’hui, le travail dans les filatures se trouve considérablement assaini, grâce à l'emploi presque général de machines et de procédés que nous devons signaler suceinctement 101, pour en faire ressortir les avantages hygiéniques et pour être à même de pousser dans la voie du progrès quelques petits industriels retardataires.-
Dans les filatures proprement dites, le coton des ballots était autrefois d’abord dissocié à l’aide des doigts, à la manière de la laine des matelas, et ensuite battu vigoureusement à l’aide de baguettes. C'était certainement le travail qui exposait le plus aux poussières et qui en tout cas donnait le maximum de poussières minérales, c'est-à-dire les plus pénétrantes
Il doit se Fire e toujours à l’aide du batteur de Dobson ou d’un équivalent. Cette machine agit sur le cotôn de deux manières à la fois :'en Le frappant à l’aide d’un volant ou .batte, et en aspirant à travers une toile métallique la poussière et les corps étrangers légers qui le salissent. Si on
Saisseurs. PT
j Tambour A 56e meut aspirateur
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9 Cylindres canneleurs
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Fig. 190. — Batteur Dobson pour le battage du coton.
s’en tient à l'indication schématique des organes essentiels de cette machine massive et compliquée, on peut dire qu’elle consiste en une Loile sans fin sur laquelle le coton est déposé et charrié; de deux cylindres cannelés qui saisissent entre eux le coton présenté par la toile et le lancent dans une cavité où tourne un volant qui vient le frapper de ses ailes, cavité qui en outre présente à sa partie inférieure une grille par laquelle s’échappent les poussières lourdes détachées par le battage; d’une seconde cavité qui est réunie à la précédente par un couloir, de deux tambours en toile métallique au centre desquels se produit une énergique aspiration et qui fonctionnent dans la seconde cavité. Cette aspiration tout en faisant progresser le coton entre
les deux tambours le dépouille de ses poussières légères qui, traversant la toile métallique, sont entraînées au dehors. L'hygiène exige que cette poussière soit emmagasinée dans un espace clos, ce que la disposition de cette machine rend très facile, du reste. IT suffit d’encadrer la batteuse-ouvreuse dans une enveloppe hermétique, mais il ne faut pas se contenter comme cela a lieu dans bien des filatures de laisser la poussière se déposer sur le plancher de cette enveloppe et de la retirer pendant le repos de la machine. La cavité doit communiquer par un tuyau avec une cave de dépôt. Le volant joue mème alors le rôle de ventilateur d'expulsion pour l’atmosphère circonserite de Ia machine.
Par ces batteuses mécaniques on réalise à la fois l’économie d'une plus grande production presque sans maind'œuvre, une sauvegarde contre le danger des poussières et enfin -la suppression de ces callosités, de ces ampoules, de ces rétractions de l’aponévrose palmaire, de ces vives douleurs musculaires des bras qu'on observait si fréquemment au temps du battage à la main. Toutefois il faut reconnaître que, sous le rapport du traumatisme, les machines à battre sont excessivement dangereuses. On doit les isoler le plus possible des ouvriers, et adopter des dispositions pour empêcher l'ouverture des couvercles pendant la marche, ou la mise en train inopinée au moment du nettoyage.
Le cardage, l'étirage et le filage se touvent notablement assainis par les appareils correspondants que nous avons décrits dans la technique commune. Il est toutefois une circonstance particulière pour le coton qui à besoin d’être humecté pendant les deux dernières opérations. Il en résulte que pendant leur rotation les bobines projettent une véritable pluie sur les ouvriers. Il est facile d’atténuer les inconvénieuts de cette pluie, en garnissant chaque rangée d'un tablier en bois qui se relève et s’abaisse alternativement. | | |
Pour l’encollage et le séchage, ilné faut plus autorisor le simple courant d'air chaud lancé du dehors au dedans à
INDUSTRIES À CLASSEMENT VARIABLE [OU MIXTE. J6! travers les fils, car non seulément l'atmosphère générale de l'atelier se trouve trop chaude, mais én'outre elle se trouve chargée des émanations putrides et septiques de la colle. Il faut exiger l'usage dé tambours chauffés à la vapeur à deux Me de préssion, sur lequel s'enroulent les chaines de coton. En outre ces tambours, ainsi que les baquets de trempage doivent être placés sous une hotte communiquant avec une cheminée. Enfin, dans le même dispositif, l'application du parage est faite par des cylindres armés de brosses. Le métrage qui se faisait autrefois à la Main était certainement très fatigant. Aujourd'hui il peut ètre réalisé par des mesureurs mécaniques qui donnent en outre plus de célérité et de rigueur.
ILest une condition générale des ateliers qui malheureusement est inévitable. Pour que le rendement soit meilleur et pour éviter les ruptures, il faut que l'atmosphère des ateliers soit maintenue à une température élevée et à un fort degré de saturation aqueuse. Il en résulte pour l'ensemble des ouvriers une cause de grand malaise, de l'anémie et divers troubles des voies digestives.