‹ Traité d'hygiène industrielleChapitre 142 sur 172 · FABRIQUES DE DRAPS · texte numérisé non relu

FABRIQUES DE DRAPS

Sommaire technique. — Par le fait même de son origine animale, la laine nécessite un traitement préliminaire distinct de celui que nous avons vu appliquer au coton, Elle doit, avant tout, être soumise à un /avage qui se fait sur l'animal vivant lui-même, ou après le tondage. Le /avage à dos se fait au mois de juin en frottant vigoureusement l'animal plongé dans un cours d’eau. Le lavage après tondage se fait en tout temps dans de simples baquets,

Après ce lavage à froid viennent le séchage, souvent par simple étalage à l'air, le rage pour assortür les laines suivant leurs qualités. On bat ensuite les laines sur des claies pour en faire sortir les poussières et les-saletés: On ôte à la main les pailles, les ordures; puis au moyen d'une fourchette en fer, on éparpille et on ouvre la laine.

Poincaré, — Hyg. industr 36

Vient après le désuintage qui n'est au fond qu'un lavage à chaud s'effectuant dans des cuviers contenant de l’eau à 45°. Les laines, après dix-huit ou vingt heures, abandonnent à l’eau leur suint. Cette dissolution de suint constitue une espèce de savon capable d'enlever à la laine une partie de la graisse qui l'entache. Dans ce but on porte le bain à 75°, et on y plonge plusieurs fois la laine, à l’aide d’un bâton. On la retire avec une fourche et on la fait égoutter dans des paniers.

On achève de dépouiller la laine de sa graisse par le degraissage. Gette opération s'effectuait autrefois partout et s'effectue encore aujourd'hui dans beaucoup d'usines, de la manière suivante : On soumet à plusieurs reprises les laines, dans des chaudières chauffées à 55°, à l’action d'un bain d'urine putréfiée et de eristaux de soude. Entre les mises en bains, elles sont lavées à l'eau froide. Ajoutons du reste que les procédés varient beaucoup suivant les habitudes locales et les provenances des laines. Je me contenterai de donner la liste des nombreuses substances qui ont pu être ou sont encore employées pour le désuintage,

ce sont :

L'acide sulfurique. Le nitrate de cuivre.

— nitrique. — de plomb.

— chlorhydrique. L’alun.

— acélique. Le chromate de potasse.

— oxalique. Le bichromate de potasse.

— chromique. Le bioxalate de potasse.

— picrique. L'arséniate de potasse.

La potasse. L'arsénite de potasse.

La soude. L'alcool.

L'ammoniaque. La benzine.

Le chlore. La térébenthine.

Le chlorure de chaux. Le fiel de bœuf.

— d'étain. Les terres grasses absorbantes.

Le nitrate d'alumine. Le sulfure de carbone.

Après un nouveau séchage, la laine est blanchie au soufre et mise en feënture. |

C'est alors seulement que peut commencer la série non interrompue des opérations qui transforment la laine en fils, puis en tissu. Ce sont :

Le battage et le louvetage qui ont pour but de débarrasser la laine de toutes les poussières et impuretés qu'elle porte encore, et de lui rendre l’élasticité que les opérations Le Jui ont fait perdre. C’est un travail qui cor-

respond au battage et à l'ouvrage du coton.

Le graissage, opération spéciale aux filatures de laine qui consiste à lubréfier la laine avec de l'huile végétale, dans le but de neutraliser l'effet des aspérités des poils, et de faciliter le glissement des fibres au filage.

Viennent ensuite, exactement comme pour le coton, le cardage, V'étirage, le filage, le bobinage, Vourdissage et le tissage.

Hygiénologie. — La facon dont sé fait le lavage à dos en France est réellement déplorable. Il s'exécute en effet dans des mares d’eau, attenant à la ferme, ce qui dégage des effluves paludéennes dangereuses. On devrait au moins l’effectuer, comme en Angleterre dans des cours d'eau, en assurant un nettoyage complet à l’aide de plusieurs ouvriers échelonnés au travers de la rivière et se passant successivement les moutons. Encore y al pour ces hommes l'inconvénient d’une immersion prolongée. Aussi vaut-il mieux, sous tous les rapports, le lavage après tondage.

Il est aussi à considérer que le lavage à dos concourt à développer chez les moutons la cachexie aqueuse qui compromet les ressources alimentaires de la région.

Le nettoyage grossier qui se fait à la ferme, surtout le battage sur la claie, développe des poussièrés très dangereuses. Les éleveurs devraient-être forcés d'employer des machines closes. On prétend mème avoir vu le charbon et la pustule maligne être communiqués ainsi. En cas d’écorchures, la chose est parfaitement possible. Il est certain d'autre part, que ce travail occasionne fréquemment des furonceles. Les mêmes inconvénients sont créés par le triage.

Bell (4) a signalé sous le nom de maladie des trieurs de

(1) The Lancet, 1880, p. 874.

laine, des bronchites chroniques, des phthisies par Inhalations de poussières, des pneumonies septiques et le charbon. Suivant Eddison (1), l'infection charbonneuse peut présenter quatre formes : la fièvre splénique, la pustule maligne, la fièvre splénique avec pustule maligne secondaire, la pustule maligne avec fièvre splénique secondaire. Toutes ces formes seraient engendrées par le Bacullus anthracis.

Malheureusement: ici, la main de l'homme reste imévitable, mais on devrait faire passer les laines à l’étuve avant toute opération.

Le désuintage est incontestablement une opération sale et dégoûütante qui expose Les ouvriers à des affections prurigineuses et à des inflammations érysipélateuses. Mais 1l faut le dire, cela tient à ce que les ouvriers trempent leurs mains dans le bain, ce qu'ils pourraient parfaitement éviter en se servant avec soin de bâtons. Des hottes doivent ètre placées au-dessus des cuves.

Le dégraissage peut faire naître des dangers sérieux d'intoxication, par l'emploi de la plupart des substances inscrites dans le tableau précédent.

Les ouvriers qui, par nécessité ou par négligence, trempent constamment leurs mains dans ces bains irritants, ont l'épiderme des mains épaissi, blanchi et crevassé, de l’insensibilité cutanée et de l’engourdissement musculaire dans les bras et les mains; ils ont fréquemment des furoncles, des érysipèles et des éruptions prurigineuses.

L'emploi des arséniates produit des accidents cutanés particuliers qui se rencontrent, du reste, dans toutes les professions nécessitant la manipulation de l'arsenie. Ce sont de l'érythème siégeant ordinairement au pli de laine, à l'aisselle et autour des articulations du coude et du genou ; des vésicules qui, lorsqu'elles sont confluentes, sont considérées comme de Peczéma et qui, lorsqu'elles sont disséminées, en imposent souvent pour la gale; des ulcé-

1) Annales d'hygiène, 1881, p. 279.

INDUSTRIES A CLASSEMENT VARIABLE OÙ MIXTE. 565 rations des extrémités des doigts et des orteils qui sont souvent prises pour des rhagades; des papules qui siègent surtout au cou el au visage, donnent lieu à de vives démangealsons, et engendrent des ulcérations lorsqu'on les écorche; enfin des pustules se terminant par des croûtes sous lesquelles il se creuse des ulcérations alternativement découvertes ou masquées par des croûtes de nouvelle formation. Ces ulcérations ont une grande analogie avec les ulcères syphilitiques. Elles sont irrégulières, taillées à pic, et reposant sur une base indurée, Les seuls signes différentiels, e’est que l’induration n'a pas la résistance élastique qu'elle présente dans le cas de syphilis et que la maüère sécrétée a un aspect melliforme.

Il est aussi à noter que ces substances corrosives alealines ou acides ne pourraient être déversées en nature dans les cours d’eau qu'en les dépeuplant, qu'en attaquant les matières métalliques et pierreuses, ainsi que Îles linges qu'elles rencontreraient sur leur passage.

De son côté, l'emploi de l'urine putréfiée est à la fois désagréable et malsain.

L'opération devrait se faire exclusivement avec un bain de soude additionné de savon.

Après toutes ces immersions, la laine a besoin d’être séchée, ce qui répand dans le séchoir des vapeurs malsaines et parfois nauséabondes. On devrait adopter partout le mode de séchage indiqué par Freycinet (1). Une immense caisse a pour couvercle une claie sur laquelle la laine est étendue. Un ventilateur agissant sur l’intérieur de la caisse entraine les vapeurs, pendant qu’un courant d’air chaud arrive d'en haut sur la claie.

Le soufrage peut nuire par l'acide sulfureux, et la teinture expose tout au moins aux inconvénients de Phumidité. Mais aujourd’hui les filatures proprement dites se sont débarrassées de ces deux dernières opérations, et même, pour la plupart, de toutes les opérations préliminaires en les con-

(1) Traité d'assainissement industriel, 159.

fiant aux usines de blanchiment et d'apprèts, de telle sorte qu’elles reçoivent les laines lavées, triées, désuintées, dégraissées, blanchies et teintes. Les dangers du soufrage et de la teinture, ainsi que ceux des autres traitements ont changé seulement de théâtre. Nous nous occuperons du soufrage et de la teinture dans l'étude de ces industries annexes.

Les opérations, proprement dites, de filature et de tissage de la laine ont sur celles du coton l’avantage de développer moins de poussières en raison de l'huile dont on enduit les poils. Par contré ces poussières sont plus souvent formées de matières animales putrescibles. Ici encore ce qui peut le mieux assainir les ateliers, c’est l'emploi de machines, et surtout de machines à ventilation partielle. C'est là du reste une condition que l'intérèêt industriel Iui-mème a faitadopter à peu près partout, sauf la ventilation.

Le battage et le louvetage se font actuellement avec des machines analogues à celle de la figure 191.

Le même genre de machine sert pour les deux opérations seulement, pour le battage les dents sont moins serrées et le mouvement est moins rapide.

Le cardage s'opère à l’aide de machines qui, pour les grands traits de leur mécanisme, sont analogues aux cardes du coton. Elles n’en diffèrent que par la disposition de leurs cylindres et par la nature de leurs armures, qui sont pour quelques-uns des lames d'acier au lieu de pointes.

Le peignage qui en particulier est appliqué aux laines longues pour la fabrication des flanelles et autres étoffes moelleuses, s’est longtemps effectué exclusivement à la

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