‹ Traité d'hygiène industrielleChapitre 3 sur 172 · VI PRÉFACE · texte numérisé non relu

VI PRÉFACE

torale, qui n'est accordée ou refusée qu'après une enquête de commodo et incommodo, confiée aux soins des municipalités, et après avis motivé des conseils d'hygiène. Sans doute le préfet a toujours le droit de statuer en toute liberté, mais il est bien rare qu'il ne se range pas aux conclusions du conseil dont il respecte la compétence.

La législation n'impose toutefois aux conseils d'hygiène qu'une seule mission, qui est de sauvegarder la sécurité et la salubrité publique. Elle ne leur crée aucune préoccupation en ce qui concerne l'hygiène des ouvriers. Rigoureusement ils peuvent donc se désintéresser d'un grand nombre de questions relevant de l'hygiène industrielle conçue dans sa plus large acception. Mais ils assumeraient une bien grande responsabilité morale, ils seraient même coupables, vis-à-vis de la société, s'ils ne profitaient pas, pour améliorer la situation des travailleurs, du droit qui leur est laissé d'introduire dans les conclusions de leurs rapports des conditions de détail capables d'attemdre ce but. Il y a là pour eux non seulement une question d'humanité et de devoir de conscience, mais une question sociale et même politique.

Les aspirations de la classe ouvrière, qui sont devenues aujourd'hui des exigences impérieuses, sont nées sous l'influence de différentes causes, parmi lesquelles les souffrances professionnelles pèsent autant ou plus que celles de la misère.

Les misères physiologique et pathologique sont les plus mau-. vaises conseillères des masses ouvrières, d'autant plus que trop souvent elles vont chercher l'oubli de leur souffrance dans la consommation si pernicieuse de l’absinthe et de l’eau-de-vie de grains. Elles n'y trouvent qu'une nouvelle cause de dégradation morale, d'impulsions criminelles et de tendances aMbiohi ques ou révolutionnaires.

Si la mission officielle des conseils d'hygiène les renferme dans la question un peu trop patricienne de la tranquillité des voisins, ils en ont une officieuse, peut-être plus élevée, qui est de sauvegarder la société en préservant la classe ouvrière des causes de déchéance. C’est d’ailleurs faire œuvre de sécurité publique et œuvre de bonne économie politique.

Pour que la connaissance de l'hygiène industrielle devienne, entre les mains du médecin et du membre des conseils d'hygiène, une arme réellement efficace, il faut que l’un et l’autre possèdent à la fois des données cliniques et des données de technique industrielle. I n’est nullement besoin d’insister sur la nécessité des premières pour le praticien, puisqu'il doit toujours connaitre à fond l'appareil symptomatique qu'il est appelé à combattre. De leur côté, les conseils d'hygiène ne sauraient dans les enquêtes

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