PRÉFACE. VII
qu'ils sont chargés de faire, rester complètement privés de documents d'ordre pathologique, surtout s'ils veulent étendre leur sollicitude à l'hygiène des ouvriers. Il ne faut pas compter pouvoir être renseigné sur place au sujet des troubles morbides éprouvés\ par les ouvriers. Les patrons et les contremaîtres sont naturellement portés à faire le silence sur cette question. Ils en arrivent même à se persuader que leur industrie est toujours à peu près innocente. Quant aux ouvriers, ils sont dans l’industrie ce qu'ils sont partout. La crainte d’être mal notés près des maitres et plus encore des plaisanteries de leurs camarades, développe en eux un: sot respect humain qui les empêche d’avouer leurs malaises. Ils en arrivent même à des actes de forfanterie. Il est donc indispensable que la commission d'enquête arrive sur piase avec une Connaissance parfaite de la clinique particulière à chaque industrie.
D'autre part, comment pouvoir apprécier les inconvénients d'une industrie dont on ne connaît pas la théorie et d'une usine dont on ignore le mode de fonctionnement ?.
Pour juger de l'influénce qu'une usine peut exercer sur la salubrité publique et surtout pour indiquer les conditions capables d'atténuer ce que cette influence peut avoir de fâcheux, il faut absolument que le rapporteur tienne compte des difficultés et des besoins industriels, qu’il ait des notions exactes sur la théorie des opérations, sur la structure et le mécanisme des appareils et des machines. Il y a plus, il faut qu'il soit au courant des perfectionnements mis déjà en pratique ailleurs, ou mêmé simplement proposés. En un mot, il faut qu'il ait une certaine éducation industrielle.
Sans initiation préalable, le délégué des conseils d'hygiène manque tout à fait d'autorité. Il est recu avec courtoisie, mais il n'a au fond aucun prestige aux yeux des ouvriers et des patrons. Aussi l'industriel en est-il venu à ne voir dans ces enquêtes qu'une simple formalité, dont il lui est toujours facile d'éluder les conséquences. L'enquête des ingénieurs en: ce qui concerne les machines à vapeur reste seule sérieuse et. fructueuse, tout justement parce que l'industriel reconnait que ces hommes spéciaux parlent avec pleine connaissance du sujet.
Le délégué sait sans doute toujours assez de chimie et de physique pour s'initier aux faits principaux du fonctionnement de l'usine quil est en train d'étudier en vue d’un rapport. Mais encore est-il obligé de demander des renseignements, qui ne lui sont pas toujours donnés avec une impartialité parfaite. En outre, il est obligé de se livrer à un travail long et pénible dont les éléments se trouventnoyés dans des publications trop techniques et trop détaillées.