‹ Traité d'hygiène industrielleChapitre 30 sur 172 · RE · texte numérisé non relu

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La figure 59 donne une idée de l’ensemble de tout le système de fabrication, idée que doit posséder tout hygiéniste. Comme aujourd'hui ce système est d’un emploi général, sa représentation doit trouver sa place plutôt dans le sommaire technique que dans les mesures hygiéniques.

A À est un double foyer établi dans la même maçonnerie. Dans chacun d'eux, brûle sur une sole du soufre d’où résulte de l’acide sulfureux qui est conduit par les gros tuyaux BB dans le premier compartiment C. Au-dessus du soufre enflammé est une chaudière d’eau chauffée par lui et fournissant de la vapeur qui est distribuée par le tuyau c,d dans les diverses chambres. Dans le compartiment C, dit premier tambour, sont étagées des tablettes de plomb inclinées. Sur la première tablette, on fait tomber un courant continu d’un acide sulfurique concentré, fortement chargé de produits nitreux, acide qui est renfermé dans le vase À. Il transforme déjà, en tombant en cascade, une partie de l'acide sulfureux en acide sulfurique. Poussées par l’arrivée incessante de nouvelles quantités d’acide sulfureux, les vapeurs et gaz du premier tambour arrivent dans le second tambour C’ où le tuyau H lance un jet de vapeur. Il se produit de l’acide sulfurique quis’accumule sur le plancher où un tuyau de plomb amène déjà l’acide condensé dans le premier tambour. Les gaz et vapeurs passent dans le troisième tambour, D. Dans celui-ci sont deux petites étagères de porcelaine, EE, sur lesquelles tombe en cascade de l'acide azotique fourni par le vase en grès I, placé en dehors de la chambre. L'’acide azotique est décomposé. Il se forme de l'acide sulfurique très chargé dé produits nitreux. Il tombe sur le sol et coule par le tuyau F dans le deuxième tambour où l'acide sulfureux le débarrasse d’une partie de ses produits nitreux. Les gaz, continuant leur route, passent dans une quatrième chambre, dite grande chambre, où ils séjournent longtemps et où s'opère surtout la réaction entre les gaz sulfureux, nitreux et oxygène. La vapeur amenée par les tuyaux HH H fait tourbillonner le mélange et favorise la réaction. Son niveau inférieur fait que l'acide sulfurique formé dans les autres chambres vient peu à peu s’y accumuler. Au sortir de la grande chambre, les gaz traversent deux tambours N, dits tambours en queue, qui servent de réfrigérants et dans lesquels sont disposées des tablettes qui arrêtentel condensent les vapeurs. Ils arrivent enfin dans le tambour R, qui a pour but de retenir l'acide nitreux. Il est rempli de gros fragments de coke sur lequel'cascade de haut en bas de l’acide sulfurique concentré provenant du réservoir 0. Les gaz qui remontent en sens inverse de ce courant d'acide abandonnent à celui-ci leurs vapeurs nitreuses, puis ne renfermant presque plus que de l'azote et de l'oxygène, ils s'é-

chappent au dehors par le tuyau V. C'est là ce qu’on appelle le condensateur de Gay-Lussac. Quant à l'acide sulfurique qui s’est chargé de vapeurs nitreuses, c’est lui qui va être déversé dans le premier tambour. On le fait remonter dans le vase gh. A cet effet il arrive par le tuyau b dans le réservoir & dont le haut reçoit un branchement du tuyau de vapeur avec robinet. Quand on ouvre ce robinet, la pression fait monter le liquide par le tuyau ef dans le récipient gh. :

L’acide sulfurique formé s’accumule dans la cuvette des planches, particulièrement dans celle de la grande chambre d’où il peut être extrait, mais il se dépose aussi peu à peu dans les chambres une boue qui doit être enlevée de temps en temps. Elle est due à la fois à la poussière des fours et à l’action de l'acide sur le plomb et les divers métaux qui entachent toujours ce dernier. Elle est d’un brun rougeûtre et contient du soufre, du sélénium, de l’arsenic, du plomb, de l’étain, du zinc, du mercure, du fer, du cuivre et du thallium.

Lorsque la quantité de vapeur d’eau amenée dans les chambres est insuffisante, non seulement la solution aqueuse d'acide sulfurique est plus concentrée, mais il se dépose sur les parois des cristaux qui sont dits : crestaux des chambres de plomb et qui sont formés par une combinaison d'acide sulfurique et de vapeurs nitreuses.

L’acide sulfurique ainsi obtenu est appelé acide des chambres, il est mélangé à une foule de substances étrangères, entre autres de l’acide nitrique, l’acide nitreux provenant surtout de la dissolution consécutive des cristaux de chambre, des composés de sélénium, de chlore, d’arsenic, de fer, de plomb, de thallium, de mercure, d’alumine, de chaux, de soude et des matières organiques. De là la nécessité d’une purification. On peut se débarrasser des acides nitrique et nitreux en traitant l’acide des chambres par l'acide oxalique ou par le sulfate d’ammoniaque. On se débarrasse de l’arsenic qui pourrait avoir des inconvénients d'autant plus sérieux que l’acide sulfurique est employé dans la confection de certains aliments en France, à l’aide du sulfure de baryum qui précipite du sulfure d'arsenie, et en Allemagne à l’aide de l'hydrogène sulfuré.

Une fois purifié, l'acide des chambres doit encore, avant d'être livré au commerce, être soumis à la concentration: Celle-ci s'opère par évaporation dans trois ou cinq chaudières en plomb, disposées en cascade. Des siphons font passer le liquide de l’une dans l’autre. La concentration se complète, soit dans des cornues en verre, soit dans un vase en platine.

AA sont des bassins en plomb peu profonds servant à amener une première concentration, et placées sur un fourneau commun. B est une cucurbite en platine où la concentration se complète, G est un

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Fig. 60. — Concentration de l'acide sulfurique.

siphon en platine pour soutirer l'acide de la cucurbite. Il refroidit son contenu en traversant le réfrigérant D.

L'acide sulfurique fumant, dit acide de Nordhausen, s'obtient d’une tout autre façon. Quoique sa fabrication n'entre point dans l’industrie française, je crois devoir indiquer en quelques mots les grands traits de sa production. Des pyrites de fer sont calcinées à l'abri de l'air, puis soumises à l'oxydation lente de l'atmosphère pendant plusieurs années. Il se forme ainsi du sulfate de fer qui se transforme lui-même partiellement en sulfate de peroxyde de fer. On lessive, et la solution obtenue est soumise à la concentration; il se dépose du sulfate de protoxyde, ou couperose verte, qui est l'objet principal de la fabrication. L'eau mère restante renferme le sulfate de peroxyde ; on calcine le résidu et on le distille, L'acide

sulfurique fumant se dégage et il reste dans la cornue de l’oxyde rouge de fer ou colcothar. La figure 61 représente le fourneau de galère employé en Saxe pour la calcination.

À A cornues en terre élagées, BB récipients en terre inclinés et rattachés aux cornues.

Hygiénologie. — Les dangers que crée cette industrie proviennent : 1° du maniement et du contact des acides sulfurique et nitrique ; 2° des vapeurs sulfureuses

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