CHAPITRE PREMIER
Le cachet de ce livre, ce qui, mème, lur donne sa raison d'ètre après le traité de M. Napias, est sa spécialité; c'està-dire que son unique but est de présenter, sous une forme condensée, une monographie hygiénologique de chaque industrie. Il doit être, en un mot, à son aîné ce que la Pathologie spéciale est à la Pathologie générale. Toutefois, ces études particulières ont besoin d’un préambule général, parce que beaucoup d'usines ont, dans leur mécanisme, leurs dangers et leur réglementation, des traits communs dont la description ne saurait être reproduite plusieurs fois sans perte de temps et sans monotonie. Mais il importe que ces généralités soient présentées avec une excessive sobriété, parce que ce hivre doit ètre la continuaon de celui de M. Napias et non en être un inutile écho.
Dans cette étude générale, nous diviserons les dangers ct les inconvénients en trois classes :
l° Ceux qui intéressent exclusivement la salubrité publique ;
Porxcané. — Hyg. industr. {
2° Ceux qui compromettent à la fois la salubrité publique et l'hygiène des ouvriers;
3° Ceux qui compr noté seulement l'hygiène des Ouvriers .
Dangers n intéressant que la salubrité publique. — L'industrie ne menace la salubrité publique, d’une manière exclusive, que par deux conditions à peu près générales, la fumée et les résidus.
Inconvénients de la fumée et-mesures à prendre contre elle. — Il semble au premier abord que la fumée industrielle soit pour l'atmosphère générale ce que la goutte d’eau peut être pour l'océan. Mais on reconnaît qu'il n'y a pas là une quantité tout à fait négligeable, si l’on songe que l'industrie prend partout un développement de plus en plus considérable, que les usines tendent à se grouper dans certains points où elles trouvent à la fois des moyens de transport, des débouchés plus faciles et des ressources de recrutement pour le personnel ouvrier; que, quand le temps est couvert, la fumée, au lieu de s'élever pour se disperser au loin, stagne dans les couches inférieures, que le vent peut la rabattre et la concentrer vers un point très circonserit.
Dans les villes industrielles, la fumée des cheminées devient une véritable calamité publique. La radiation solaire se trouve amoindrie, au point que les photographes sont obligés d'aller s'établir dans la banlieue. L'action chimique bienfaisante que la lumière solaire exerce sur la nutrition devient donc insuffisante. C’est à une condition fâcheuse qui concourt pour une certaine part, avec tant d’autres causes, à l’étiolement des populations. L'air peut ètre partout chargé de particules de charbon qui irritent les voies pulmonaires et la conjonctive; qui, se déposant d'une manière souvent apparente sur les personnes et les objets, compromettent ainsi la propreté des vêtements, des logements et des matières alimentaires. L'irritation mécanique par les particules de charbon est compliquée d’une irritation chimique par les huiles légères et empyreuma-
tiques de la houille, avec production d’odeurs souvent désagréables. Il y a encore à tenir un certain compte de l'influence fàcheuse de l’oxyde de carbone et de l'acide carbonique. Enfin beaucoup de fabricants, afin d’assainir leurs ateliers, prennent diverses dispositions pour conduire dans la cheminée les émanations nuisibles de leur 1industrie. |
Il y a donc en réalité une somme d’inconvénients devant lesquels l'hygiène n’a pas le droit de rester inactive. La réglementation officielle impose seulement une élévation déterminée à donner à la cheminée. Ceux qui ont pour mission de sauvegarder la salubrité publique doivent se montrer aujourd'hui plus exigeants et insister pour que'ies industriels adoptent pour leurs foyers les dispositions dites de fumivorité. On y arrive, du reste, assez facilement parce que les inventeurs de ces dispositions ont eu pour but de brüler les parcelles de charbon intact que la fumée entraîne avec elle et de réaliser ainsi une économie de combustible. En réalité l'économie annuelle se chiffre par des sommes presque négligeables, et il n’y a là au fond qu’un intérêt de salubrité publique, ayant la bonne fortune d’être patronné par des promesses d'avantages commerciaux.
Les systèmes de fumivorité proposés sont nombreux, mais tous reposent sur le même principe, qui est de chercher à brüler tout jusqu'au dernier terme de combustion, par l'abondance de l'air, le mélange intime du comburant et du combustible et en éloignant du foyer toutes les causes de refroidissement. | |
Ilimporte que l’'hygiéniste connaisse les principaux d’entre eux afin qu'il puisse appuyer ses conseils par des indications précises. Dans la pratique il y a lieu de tenir compte des circonstances et de n’indiquer qu'aux usines en voie d'installation les systèmes qui nécessitent des constructions spéciales et de se contenter pour les usines préexistantes des procédés pouvant s'adapter aux anciens foyers.
Parmi les méthodesnécessitantdes constructions spéciales et applicables aux usines en voie de création, la disposition
k +. TRAITÉE D'HYGIÈNE INDUSTRIELLE.
la plus simple et le plus facilement acceptée est celle des ‘grilles à gradins. La grille du foyer, au lieu d’être simplement horizontale ou concave, est formée de barreaux iarges et disposés en gradins, suivant un plan imclimé qui est calculé de telle façon que le combustible descend de lui-même et méthodiquement, au fur et à mesure que les premières portions sont réduites en cendres. Le chauffeur y gagne de n'avoir qu'à charger de temps en