‹ Traité d'hygiène industrielleChapitre 89 sur 172 · LAVOIRS OÙ BUANDERIES · texte numérisé non relu

LAVOIRS OÙ BUANDERIES

Sommaire technique. — Pour approprier le linge, on commence par le /avage proprement dit, qui consiste à le tremper dans l’eau, à Le battre et à le-frotter. De là 1l passe

Poincaré, — Hyg. industr, 22

au lessivage qui, dans sa forme primitive, consiste à chauffer dans une chaudière de l’eau avec des cendres ou de la potasse et à verser cette lessive dans une cuve où le linge est -mpilé et qui présente à sa partie inférieure une petite ouverture. Le liquide filtre à travers le linge et s'écoule au fur et à mesure par cette ouverture. Le séchage s'effectue ensuite, soit à l’air libre, soit dans une étuve à air chaud ou à circulation de vapeur.

Hygiénologie. — Sous cette forme primitive, les lavoirs créent des inconvénients sérieux pour la salubrité publique et surtout pour les femmes qui y sont généralement employées. Beaucoup de ces établissements sont relativement éloignés de la rivière et les eaux résiduaires sont obligées de gagner celle-ci par un canal qui, le plus souvent, reste à ciel ouvert. Or, ces eaux savonneuses, déjà nauséabondes par-elles-mêèmes, le deviennent d'autant plus qu’elles ont enlevé au linge des matières fécales, des matières grasses et des particules azotées en voie de putréfaction. Mais ce qui fait surtout de ces eaux un foyer mobile d'infection pathologique, c’est que le linge des malades les charge continuellement des microbes ou des miasmes spéeifiques de la fièvre typhoïde, de la rougeole, de la variole, etc. C’est ainsi qu'une buanderie peut jouer un rôle considérable dans la production et l'extension des épidémies. En présence de pareilles conditions, c’est déjà quelque chose de défendre l'accumulation des eaux de lavage dans les lavoirs; de n’autoriser ces établissements que quand ils ont assez d’eau pour renouveler souvent leurs bassins, d'exiger des canaux de déversement couverts, ma-. çonnés et cimentés sur tout leur trajet. Personnellement, je n'ai aucune confiance dans l’addition d’acide phénique qui ne tue nullement les microbes et qui ne donne, souvent à grands frais, que la satisfaction morale de remplacer une odeur désagréable par une autre qui est presque aussi désagréable. Mais il me semble que quand une ville touche à une rivière, on devrait imposer à ces établissements de se fixer sur le cours même et en aval de la ville, afin que les

impuretés soient au moins diluées le plus rapidement possible et qu’elles n’aient point à traverser des quartiers habités, même dans un canal souterrain.

Les eaux d’alimentation de la Rochelle ont été infectées par les infiltrations des eaux résiduaires de buanderies dans le sol traversé par les sources de la ville. Ce fait a été pour M. Drouineau l’occasion de demander instamment devant la Société de médecine publique (1) la revision de notre législation industrielle. On doit reconnaitre avec lui qu’elle laisse considérablement à désirer.

Les ouvrières des buanderies ont naturellement à souffrir les premières de ces causes d'infection et de contagion. Je. les ai vues fréquemment suivre de quelques jours les premières victimes des épidémies de fièvre typhoïde et de variole. On a recommandé, pour les linges de provenance suspecte, de les plonger avant toute manipulation dans l’eau phéniquée. Ma conviction n’est pas faite à ce sujet, je viens de le dire. J'aimerais encore mieux le passage à l’étuve là où la chose sera possible, ou un traitement immédiat par un jet de vapeur.

Heureusement, il est plus facile de remédier aux autres conséquences professionnelles. D'une manière générale, ce qui nuit le plus aux laveuses, c’est qu’elles sont continuellement humectées d’eau froide sur la presque totalité de leur corps. Leurs mains et leurs avant-bras y restent constamment plongés. Le battage les éclabousse de tous côtés; et elles restent à genoux sur des planches huntides. Cela a lieu souvent en pleine rivière, par les plus grands froids, sans abri réel. De là une espèce de cyanose des mains et des avant-bras, leur engourdissement et leur insensibilité, de l’entérite catarrhale, de la néphrite albumineuse, des angines et même un enrouement chronique, des bronchites catarrhales avec emphysème et hypertrophie du cœur. Il y a aussi à tenir compte d’une circonstance qu’on n’a jamais relevée. Ces femmes, pour parer au froid, ont toujours près

(1) Revue d'hygiène 1879, p. 641.

d'elles un couveau rempli de braise dégageant des flots d'oxyde de carbone.

À la longue, la main qui tient le battoir peut être le siège d’une rétraction de l’aponévrose palmaire.Les jambes, dont la circulation est génée par la station et par le froid, deviennent variqueuses et s’ulcèrent.

Les laveuses ont aussi souvent des furoncles dus aux matières étrangères qui s’introduisent dans les glandes sébacées. Elles ont aussi des panaris provoqués par des piqüres d’épingles laissées dans le linge sale.

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Fig. 128. — Cuve à circulation. |

Au centre est une chaudière en fonte A. De chaque côté deux cuviers BC. Cuviers et chaudières doivent être exactement de même hauteur. La chaudière est réunie aux deux cuviers par des tuyaux supérieurs ce, et par des tuyaux inférieurs df. La lessive en chauffant va vers les cuviers par les tuyaux supérieurs. Elle se refroidit en traversant le linge, et fait, par les tubes inférieurs, retour à la partie inférieure de la chaudière, C’est le mécanisme du siphon.

Qu'il y'ait encore des laveuses dans les petites localités, c’est inévitable. Du reste, elles font rarement un travail continuel. Mais dans aucune localité importante on ne devrait plus laisser cette industrie aussi libre. Il devrait y

avoir centralisation obligatoire de la buanderie de toute la cité dans un ou deux établissements tenus de substituer les moyens mécaniques à la main-d'œuvre. Ainsi le lavage sera exécuté à l’aide du laveur mécanique (voir Généralités, page 50 et figure 24). |

La torsion du linge qui asperge d’eau les laveuses, qui leur détermine des synovites du poignet et qui exige des efforts contribuant largement à la production de l’emphysème et de l’hypertrophie du cœur, doit être remplacée par un dégorgeage mécanique à l’aide des cylindres compresseurs représentés aux Généralités, page 56, figure 32. Le dégorgement sera complété par la mise en hydro-extracteur (voir Généralités, page 54, figure 30).

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AA’, chaudières Niessiver à double fond: BB, tuyaux de prise de vapeur; êe tuyaux de communication, conduisant la lessive d’unechaudière dans l’autre ; EE, tuyau d’ascension pour renvoyer la lessive dans leréservoir K; FF, tuyaux de purge ; GG, tuyaux de purge de vapeur dans le réservoir; HH, robinets indiquant le niveau d’eau; L, tuyaux de

communication du réservoir aux cuves; M, robinet indiquant le niveau dans le réservoir.

Dans les buanderies ordinaires, on fait, d’une part. chauffer la lessive, c’est-à-dire les cendres et l’eau, dans

une chaudière àä"feu nu et ouverte. La plupart du temps elle n’est même pas placée sous.une hotte. De là les buées qui remplissent l'atelier. Dans cette atmosphère chaude et suffocante, les femmes puisent avec des pelles la lessive et la versent peu à peu sur le cuvier où le linge est entassé, la lessive s’écoulant par le bas au fur et à mesure après avoir traversé la pile de linge. Leurs mains, leurs vêtements sont maculés par le liquide alcalin quiramollit l’épiderme, produit des gerçures et des crevasses. Elles ont mème souvent des douleurs névralgiques des bras qui deviennent surtout intenses pendant la nuit. Cette méthode primitive ; doit être abandon-

née. Avecles grands établissements, on pourra toujours recourir à un des appareils suivants.

Le plus simple est la cuve à circulation (fig. 128).

Si l’industrie est considérable, on a intérêt à adopter le lessivage à haute pression (fig. 129).

Le linge est entassé .dans deux chaudières qui commu-

| niquent entre elles

Fig. 130. — Séchoir à air chaud. et qui s’envoient ré-

ciproquement et al-

ternativement le bain alcalin, au moyen d’un jet de vapeur.

Pour le séchage définitif après lavage, lessivage et rin-

cage, 1l doit, pour le linge, être obtenu dans un séchoir à air chaud représenté par la figure 130.

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FÉCULERIES.

Sommaire technique. — Les pommes de terre ont besoin d’être d’abord mises en #empage dans des cuves ou bassins d’eau, pour détremper par macération la terre dure qui les entoure. Elles passent de là au /avage dans un cylinûre à claire-voie qui plonge, en partie et d’une manière inclinée, dans un réservoir d’eau, et qui par sa rotation fait ‘rotter les tubercules les uns contre les autres. Le répage est ensuite effectué par un cylindre armé de lames de dents de scie qui est constamment débarrassé de la pulpe adhérente par la chute d’un filet d’eau. Un mécanisme de chaînes sans fin transporte automatiquement la pulpe du ràâpage au amisage et la fait passer par une série de tamis de plus en plus serrés et recevant des jets d’eau continus. Du récipient placé en-dessous de la colonne de tamis, l’eau chargée de fécule est enlevée par une danaïde dans une cuve où est pratiqué le dessablage, qui consiste à agiter le hquide et à profiter de ce que le sable se dépose plus vite que la fécule, pour décanter celle-ci avec l’eau superposée à la couche de sable. Par un repos prolongé, cette eau laisse déposer la fécule tenue en suspension. On râcle la surface de ce dépôt qui est grisätre. C’est là ce qu'on appelle l’épuration. La fécule épurée est placée dans des bachots suspendus, pour l’égouttage, qui est complété par le renversement de la pâte sur des plateaux de plâtre destinés à absorber l’eau qui n’a pas obéi à la pesanteur. La dessiccation est achevée par un double séchage, l'un à Pair libre, l’autre à l’étuve. Enfin viennent l’écrasage, exécuté par des cylindres broyeurs, le blutage et l’'emmagasinage.

Hygiénologie. — Comme le blé est beaucoup plus riche en matière azotée que la pomme de terre, et comme, par suite, sa putréfaction peut donner lieu à des odeurs pénibles et à des miasmes dangereux, les amidonneries sont rapportées à la première ou à la deuxième classes, suivant que l’amidon de blé est préparé par fermentation

ou par simple séparation du gluten. Les féculeries, elles, au contraire, appartiennent toujours de droit à la troisième classe, non seulement en raison de la composition chimique de la pulpe de pomme de terre, mais parce qu’elles sont supposées extraire la fécule par des moyens purement mécaniques. C’est trop fermer les yeux sur la fièvre d’innovations qui caractérise l’industrie moderne. Volker est l'inventeur d’un procédé qu’il ne faut pas tolérer dans les lieux habités, qui consiste à dégager la fécule par la mise en pourriture des pommes de terre et dont l'emploi pourrait bien se multiplier, parce qu’il procure un meilleur rendement. Les tubercules sont découpés en tranches, mis en tas et abandonnés à la putréfaction pendant huit jours à une température de 30 à 42°. La trame celluleuse se trouve alors assez désagrégée pour rendre facile l’énucléation de la fécule. |

Mais, même avec une extraction purement mécanique, les féculeries sont loin d’être innocentes pour la salubrité publique, parce que les eaux de lixiviation et de macération éprouvent au dehors cette putréfection qu'on a évitée dans l’intérieur de l'usine. Au contact de certains éléments du sol, les détritus végétaux qu’elles charrient dégagent de l'acide sulfhydrique. On se contente de défendre le déversement dans des puisards, l'écoulement à ciel ouvert, et d'exiger le transport souterrain vers les égouts et les cours d’eau par des canaux bien construits. Du reste, sous ce rapport, les centres de population offrent de plus grandes facilités pour une canalisation souterraine.

Il est sous ce rapport une condition heureuse : c’est que, pour le rendement, l'industriel a intérêt à pratiquer l’extracton dans le délai le plus rapproché de la récolte, ce qui fait que les féculeries fonctionnent surtout pendant l'hiver. Les inconvénients d’une putréfaction accidentelle sont, par le fait, moins à craindre. Dans le même but, si on est obligé de rentrer les pommes de terre par la pluie, ül importe de ne pas aggraver la situation en laissant les ouvriers remplir de boue avec leurs sabots le silo où

s'effectue le dépôt. Ils doivent toujours laisser leurs chaussures à la porte. Pour éviter la fermentation, il faut aussi fermer et calfeutrer les fenêtres, et remuer la masse de temps en temps.

Quant aux ouvriers, ils se trouvent nécessairement exposés à l'humidité et à des poussières et, par suite, à des douleurs rhumatismales, de la diarrhée, des blépharites, des conjonctivites, des angines glanduleuses. Mais, vu la mollesse et la rapidité de saccharification des poussières, ils présentent rarement de la phtisie ou même des altératons quelconques du tissu pulmonaire. En tout cas ils se . plaignent tous de sécheresse de la bouche et du gosier, et ils expectorent des crachats gommeux. Ils ont fréquem-, ment une éruption herpétigineuse, particulièrement à la commissure des lèvres et sur le pavillon de l'oreille, les spores de champignons trouvant un terrain très nutritif dans cette fécule transformée en pâte par la sueur.

Pour éviter tous ces inconvénients, il convient de diminuer le plus possible la main-d'œuvre et de bien diriger le travail, au point de vue des conditions d’exécution.

Pour les déplacements de la matière en exploitation, la main d'œuvre se trouve déjà diminuée par les dispositions que nous avons indiquées dans le sommaire, c’est-à-dire par le transport du râpage au tamisage à l’aide de chaînes sans fin, par l'élévation à l’aide d’une pompe du liquide de la cuve de tamisage dans la cuve de dessablage. Mais il est encore à désirer qu’on emploie un dragueur transportant les pommes de terre du silo dans le lavêur et même que le déchargement des sacs dans le silo ne se fasse plus à dos d'homme.

Pour mieux nettoyer les pommes de terre, on a souvent l'habitude de les plonger dans de l’eau avant qu'elles ne soient emportées par le dragueur sur lequelles ouvriers sont obligés de les jeter, après les avoir retirées du bain préalable avec des pelles. Il vaut mieux avoir deux laveurs qui, en répétant mécaniquement la mème action de l’eau, assurent un nettoyage suffisant.

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