LA LÉGISLATION SI U LE LMT DANS DIVERS PAYS
A la Chaux-de-Fonds (Neuchâtel), le lait qui compte moins de 30 grammes de beurre est considéré comme écrémé et celui qui en contient moins de 25 grammes est considéré comme falsilié (l).
Réglementation de la vente du lait à Buenos- Aires et à New- York.
A Buenos- Aires, ville d'un million d'habitants, dit le D"^ Davel, on consomme 330.000 litres de lait par jour, et presque toute cette grande quantité de lait, tout fraîchement trait, est distribué, deux fois par jour, directement à domicile, par les fermiers ou par leurs intermédiaires, qui, d'après nos lois, sont seuls responsables de la quaUté du lait qu'ils vendent (2).
Des inspections sont organisées constamment pour visiter le lait sur les routes qui conduisent vers les villes, ou dans les gares de chemin de fer; on y prend alors des échantillons qui sont analysés de suite, et, à la moindre modification révélée, on appHque à l'instant même la loi qui ordonne la destruction de tout l'envoi. L'an dernier, on a examiné plus de 500.000 Utres de lait; on en a seulement versé aux égouts 38.000 litres.
Ces mesures, qui à coup sûr sembleront draconiennes dans beaucoup de villes de l'Europe, nous ont donné d'excellents résultats. Buenos-Aires est pourvu de très bon lait, et ses enfants prospèrent admirablement, car ils disposent d'un ahment excellent. La natalité dans notre capitale est de 33,5 pour LOOO, et nous comptons une population de 160.000 enfants âgés de moins de 5 ans; et même ayant des étés un peu longs, la mortalité des enfants âgés de moins de 5 ans est minime : elle atteint seulement 3,5 p. 100!
Il me semble qu'à la vue d'aussi excellents résultats, nous ne devons pas hésiter à sacrifier l'avarice de certains commerçants peu scrupuleux, en faveur de nos enfants, de la santé et de la vigueur desquels l'avenir de notre patrie dépend.
Les Argentins ne sont pas les seuls à avoir adopté des mesures efficaces pour réprimer la fraude du lait; je dirai même plus, nous sommes très bien accompagnés.
Les Américains du Nord, et particuhèrement ceux qui habitent certaines zones, n'ont pas, comme nous, à la portée de leurs mains, de grands prés pour le pâturage, ils doivent donc se fournir du lait dans des contrées éloignées, ce qui les oblige à le faire voyager en chemin de fer; pendant les hivers très froids, c'était tolérable, mais pendant l'été les faits changeaient et la situation causée par la grande mortalité des enfants devenait tragique. Dans certaines villes, et surtout à New- York, la mortalité prenait de grandes proportions et atteignait l'énorme chiffre de 226,9 par 1.000.
Mais fort heureusement pour l'humanité, le peuple américain, doué d'un bon sens pratique, ne s'arrête pas dans les moyens quand il veut obtenir une honnête fin ; agissant adroitement, il a résolu son problème.
Le Df Dépasse, qui a eu l'obligeance de me donner quelques détails, a publié un travail renfermant l'ensemble des mesures adoptées à New- York et les résultats obtenus.
A New- York, de même que chez nous, le commerce du lait n'est pas libre; comme à Buenos-Aires, il faut remplir un grand nombre de formalités pour s'établir marchand de lait; non seulement par rapport à l'installation même, mais aussi sur la forme et la matière première des récipients, sur la température et les conditions spéciales d'aération et de ventilation de la boutique, sur le frigorifique pour la conservation du lait; et même la manière de vendre est réglementée, c'est-à-dire que l'on ne peut tirer du lait d'un récipient sans avoir auparavant remué toute la masse du liquide, afin qu'elle ait une même composition partout, etc. Nous exigeons aussi du marchand et de ses employés un certificat officiel de bonne santé; l'inspection est très rigoureuse et on élimine celui dont la santé est compromise.
Les Américains du Nord ont établi des sanctions pénales très sévères pour tous les fraudeurs; elles sont de 250 jusqu'à 2.500 francs, et ce qui est encore mieux, ils peuvent supprimer le droit de vente dès la première amende; ce qui signifie la ruine certaine du marchand peu scrupuleux, pour ne pas l'appeler criminel : et il faut avoir vécu quelque temps
(1) Rapport au II" Confîrè.s des Gouttes de lait, par Mme la doctoresse Champenda'.
(2) Considérations sur la législation répressive des fraudes du lait. Rapport au I"^"" Congrès international des Goultes de lait, par le D' Davel, délégué du Gouvernement Argentin.
aux États-Unis pour apprécier la rapidité et la sévérité avec laquelle ils appliquent ces lois aux malfaiteurs.
On peut donc dire que Buenos- Aires, de même que New- York, ont une législation particulière pour la vente du lait; et surtout, ce qui est mieux encore, elles ont des juges spéciaux pour l'appliquer : on peut même les appeler des juges idéals, car ils basent leurs jugements sur des analyses scientifiques.
A Buenos-Aires, lorsque le marchand n'est pas satisfait de l'arrêt prononcé, on doit alors prendre un nouvel échantillon de ce lait, qui sera analysé cette fois par l'officine chimique nationale; si on confirme de nouveau la fraude, le marchand est condamné à une amende de 100 francs en plus de la destruction de son lait; si par hasard on ne confirme pas la première analyse, on donne au marchand une indemnité pour le lait retenu. Jusqu'à l'heure actuelle un pareil cas ne s'est jamais produit, ce qui prouve la droiture avec laquelle on procède.
A New- York, les résultats de cette sévérité contre les fraudeurs du lait ne se sont point fait attendre non plus. Cette loi fut effective en 1892 ; la mortahté chez les enfants de 0 à 5 ans était à cette époque de 226,9 par 1.000. Dès les débuts, ce lugubre chiffre marqua une sensible diminution qui n'a cessé de s'accentuer jusqu'à nos jours! Au bout de 5 ans d'existence de cette loi, la mortalité atteignait seulement 186,4 par 1.000, ce qui donne une diminution de 40 par 1.000! Heureux exemple de ce que peut donner la volonté humaine bien dirigée! (1).
Ces exemples de la législation dans diverses nations suffisent à montrer que nous avons beaucoup à faire en France pour perfectionner nos lois et nos règlements relatifs au lait et qu'il est bien désirable que le Parlement français, mieux éclairé, édicté des prescriptions sévèrement appliquées en vue de garantir la pureté du lait depuis sa production jusqu'à son arrivée au consommateur, c'est-à-dire au jeune enfant que nous avons spécialement en vue.
La situation est telle actuellement que nous devons renoncer à autoriser le lait cru dans l'élevage des nourrissons.
(1) Le D' Robert Simon, dans une récente communication à l'Académie de médecine (1909), sur la mortalité infantile à New-York, signale la création, sous le contrôle de laboratoires municipaux, d'un certificat de lait, délivré chaque jour et révocable de même, et accordé seulement sous cinq conditions : le lait proviendra de vaches tuberculinées; il ne contiendra pas plus de 30.000 bactéries par centimètre cube {à Paris, on compte ,'> millions de bactéries par centimètre cube après 24 heures) ; il sera vendu, au plus tard, 36 heures après la traite, en flacons scellés et conservés dans la glace; ces flacons seront remplis et scellés à la ferme et non à New-York; ils porteront le nom de la ferme, la date et l'heure de la traite la plus éloignée.
Le public est, naturellement, engagé à ne consommer qu'un lait ainsi «garanti >.