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PAR LE LAIT

La transmissibilité de la tuberculose à l'enfant :

1° Par la mère après la naissance, la nourrice ou l'éleveuse; 2° Par le lait des animaux.

Il est absolument exceptionnel que l'on rencontre dans le lait de femme le bacille tuberculeux; sans doute la mammite tuberculeuse existe, mais alors les caractères cliniques sont assez évidents pour qu'on ne mette pas l'onfant au sein.

C'est une règle absolue que la mère ne doit pas allaiter si elle présente des lésions tuberculeuses et particulièrement dans les poumons; l'allaitement, qui est une fonction si normale pour la femme bien portante, devient une cause de fatigue et même d'épuisement lorsque la tuberculose a commencé d'évoluer et, plus encore que la grossesse, elle contribuerait à en accélérer l'évolution; — d'ailleurs, pour peu que les lésions tuberculeuses soient avancées, la sécrétion lactée est en général peu abondante, le lait est clair et d'une valeur nutritive douteuse, alors même qu'il ne contient pas de germes morbides.

La mère tuberculeuse qui voudra continuer à soigner son enfant en l'élevant artificiellement, devra être avertie par le médecin du danger de la contagion de cette maladie, surtout dans le premier âge, et elle sera invitée à prendre des précautions contre la transmission possible de la tuberculose, contre la contagion familiale en d'autres termes.

Lorsqu'on choisira une nourrice mercenaire pour un enfant, la tuberculose sera recherchée avec le plus grand soin dans les organes, car il est bien établi qu'on peut trouver le bacille dans le lait, sans que les mamelles soient en appa-

rence malades (1). M. Moussu, a observé fréquemment des faits du même ordre chez la vache. Mais, à part la lactation, on comprend sans peine combien il serait périlleux de confier un nourrisson à une femme atteinte de tuberculose ouverte, vivant constamment avec l'enfant, dans la même chambre, le maniant, le portant à bras, etc.

Les chances de contamination ne seraient guère moins grandes avec une nourrice sèche à donucile ou une éleveuse au dehors. La femme à laquelle on confiera un enfant devra être saine, car le nourrisson représente en quelque sorte un terrain vierge particulièrement apte à la réceptivité pour tous les germes morbides. Les travaux de Behring et ceux plus récents de Vallée en France nous ont montré combien le tube digestif de l'enfant et des jeunes animaux était fragile, et se laissait facilement traverser par les bacilles tuberculeux qui pénètrent dans l'appareil lymphatique du mésentère et du médiastin et de là dans tout l'organisme.

La transmission par le lait des bovidés. — De très nombreux et récents travaux prouvent la grande fréquence de la tuberculose bovine et la présence des bacilles tuberculeux dans le lait, en dehors de toute lésion locale apparente du côté des mamelles.

Cette dernière localisation de la tuberculose est d'ailleurs rare. D'après les statistiques de M. Martel, elle ne dépasse pas 5 à 6 % pour un ensemble de 100 bêtes tuberculeuses. Cette statistique est d'accord avec celle de Nocard, en France, celle de Bang, à Copenhague; elle se rapproche des statistiques anglaises, 2 à 3 %, et allemandes, 3 à 4 %. MM. Moussu et Delmer (2) ont publié des renseignements très concluants sur la fréquence de l'élimination des bacilles I de la tuberculose par les mamelles saines en apparence comparée à la fréquence des mammites tuberculeuses bien caractérisées cliniquement.

On croyait jadis que le danger résultant de l'ingestion des laits provenant de femelles tuberculeuses dont les mamelles avaient conservé les apparences de l'état normal était nul, puisque la lésion tuberculeuse ouverte semblait indispensable à l'infection du lait.

Cette croyance était une erreur dangereuse dans la pratique. *!

Un des premiers, Bang a signalé la présence de bacilles dans le lait de vaches tuberculeuses dont les mamelles ne présentaient aucun signe morbide, et sur un ensemble de 63 bêtes tuberculeuses, 9 fois le lait s'est montré virulent, soit une proportion de 14,29 %. Plus tard, Gerhmann et Evans ont publié en 1900 une statistique dans laquelle le lait des vaches tuberculeuses, sans mammite apparente, se serait montré virulent dans la proportion de 36,6 %. La statistique de Mlle Rabinovisch est encore plus élevée, 66 %.

Il est aujourd'hui démontré, dit M. Moussu, que ces laits virulents sont doués d'un pouvoir pathogène certain, surtout vis-à-vis des jeunes animaux non sevrés qui ingèrent journellement ime grande quantité de lait. Dans la plupart des expériences, la virulence du luit a été déceku}, soit par la constatation du bacille spécifique, à la suite d'examens bactériologiques répétés, soit à la

(1) Roffcr et Garnier, Société de Biologie, 1900.

(2) Moussu et Delmer, Hygiène de l'ctable. {U" Congrès de laiterie, 1905.) .

suite d'injections sous-cutanées ou intra-péritonéales d'une quantité déterminée du lait recueilli purement et préalablement soumis ou non à la centrifugation.

Nous croyon> utile de relater, sur cette grave question, les expériences de -M. Moussu faites au laboratoire de pathologie bovine de l'École d'Alfort et qui sont très concluantes :

« Cinq jeunes veaux, aussitôt après leur naissance, sont placés dans un local sain et soumis à l'épreuve de la tuberculine dès l'âge de huit jours : réaction négative (1). Ces cinq sujets furent alimentés avec le lait de quatre vaches laitières qui, à deux reprises différentes, avaient donné une réaction positive à la tuberculine, mais ne présentaient aucun signe clinique appréciable et dont les mamelles étaient indemnes en apparence.

« Après trois mois d'alimentation avec le lait de ces femelles tuberculeuses, deux parmi les cinq veaux ont donné une réaction positive à la tuberculine, les trois autres sont restés indemnes après une alimentation prolongée pendant six mois. Trois parmi les mères nourrices furent sacrifiées; à l'autopsie, on constata des lésions discrètes de tuberculose, les mamelles étaient absolument indemnes.

« Ces recherches établissent avec évidence que toute femelle bovine en puissance de tuberculose, même sans aucun signe appréciable et ayant simplement donné une réaction positive à la tuberculine, peut éliminer des bacilles spécifiques décelables à l'examen bactériologique, capables de tuberculiser des animaux d'expériences par digestion ou inoculation du lait sécrété.

« Ces constatations présentent une importance capitale au point de vue de l'hygiène générale, et, la transmissihilité de la tuberculose bovine à l'homme étant admise^ elles démontrent à quels dangers se trouvent exposés les personnes et surtout les enfants qui consomment journellement, souvent pendant longtemps, le lait cru sécrété par de telles femelles laitières. >■>

Il est bien établi d'ailleurs que la tuberculose bovine peut se propager à l'homme et Koch reste à peu près le seul défenseur de son opinion de la nontransmissibilité de la tuberculose bovine à l'espèce humaine. Les travaux d'Arloing, de Nocard en France, de Fubinger et de Jensen, de Behring en Allemagne, etc.. ont établi que les bacilles de l'homme pouvaient être inoculés avec succès aux bovidés et inversement; il ne s'agit donc pas de germes difTérents,- mais de simples variétés d'un même germe morbide. D'après les observations de Huguenin à l'Institut pathologique de Genève et d'après d'autres observateurs dignes de foi, on doit admettre que la tuberculose intestinale dans \ le premier âge chez l'homme est beaucoup plus commune qu'aux âges ultérieurs de la vie.

De trois à douze mois, dans la première année de la vie on rencontre 13,5 cas de tuberculose intestinale primitive sur 100 cas de tuberculose, tandis que de dix à quinze ans on n'en trouve plus que 4,9 % et de seize à vingt et un ans 1,1 %. Il est bien difficile de ne pas mettre en cause le lait dans cette fréquence extrême de la tuberculose intestinale du premier âge. Telle est l'opinion du

(1) Les qualités du lait des vaches tuberculeuses, par G. Moussu. (Comptes rendus de la Société de Bioogie, février 1905.)

fameux Behring qui cherche à démontrer l'invulnérabilité de l'épithélium intestinal qui forme une véritable barrière aux microbes chez l'adulte (1). Mais pendant les premiers mois de la vie les cellules épithéliales de la muqueuse intestinale n'offrent pas aux microbes la même imperméabilité que chez l'adulte. Behring fait ingérer des bacilles tuberculeux à des animaux âgés de quelques jours et ces petits animaux deviennent tuberculeux, comme le démontre l'examen de leurs organes à l'autopsie. Chez l'animal adulte l'ingestion de ces bacilles tuberculeux ne provoque l'éclosion d'aucune lésion; les bacilles sont éliminés avec les matières fécales. Behring conclut avec raison de ses expériences que le petit enfant est très sensible à la contagion intestinale par le lait.

Les statistiques de l'hygiéniste anglais Thorne confirment cette doctrine. Tandis que la mortalité tuberculeuse générale a diminué de 47 % en Angleterre, la mortalité par tuberculose intestinale chez l'enfant augmente de 27 %, parce que l'allaitement artificiel s'est développé de plus en plus, les femmes mères s'employant dans l'industrie et ne pouvant plus allaiter leurs enfants.

Les travaux récents des vétérinaires français ont tout à fait mis hors de doute la fréquence de la pénétration des bacilles tuberculeux par les voies digestives chez les jeunes animaux et viennent appuyer les vues si intéressantes de Behring.

Dans un travail sur la tuberculose du veau de boucherie publié dans le numéro du 15 octobre 1901 de la Revue générale de Médecine vétérinaire du Prof. Leclainche, Césari, vétérinaire inspecteur à l'abattoir général de la Villette, déclare que, au point de vue des localisations, « la tuberculose du veau se distingue par la prédominance des altérations ganglionnaires et par la fréquence des lésions abdominales. Il est encore à remarquer, dit-il aussi, que les lésions tuberculeuses se montrent presque exclusivement sur les veaux de première qualité. Ces animaux reçoivent une alimentation lactée très abondante, qu'ils soient élevés au biberon ou au baquet, ils ingèrent toujours un mélange de laits de provenances diverses, et ce que l'on sait de l'infectiosité de ces laits explique la fréquence relativement grande de la tuberculose chez ces animaux ))•

Aussi, l'autour de ce travail ne craint-il pas de rapporter tous les cas de tuberculose du veau qu'il a observés, à une contamination par les voies digestives.

Mais c'est surtout à M. le Prof. Vallée (d'All'ort) qu'on doit toute une série de recherches démonstratives sur ce sujet, qu'il a publiées dans les Bulletins de la Société de Biologie 1905 et au Congrès international de la tuberculose de cette même année. Non seulement M. Vallée a prouvé, par ses expériences parfaitement conduites, que les bacilles tuberculeux pénétraient par les voies digestives chez les jeunes animaux, mais il a montré le premier que chez les veaux infectés par les voies digestives, on pouvait rencontrer des lésions profondes des ganglions péri-hronchiques et médiastinaux sans qu'il y ait lésions du foie ni de la rate et même sans qu'on aperçoive de lésions intestinales ni mésentériques. /m. Vallée a donc établi que la localisation thoracique de la t uberculose, si habi- / tuelle à tous les âges de la vie, pouvait avoir coniuio point de départ l'intestin.

(1) Onor^^fs Darcmboi'f,', l.a Inuistnlssiljilitc de la (uherculose par le lait des animaux. (Chronique SCienlifiqiK; du J"iirnal des Débats, l'JO'i.)

PROPAGATION PAPi LE LAIT DES iMALADIES INFECTIEUSES 297

« Ayant constaté, dit M. Vallée, chez des jeunes sujets infectés par la voie digestive l'extrême gravité des lésions des ganglions bronchiques et médiastinaux, tandis qu'en certains cas les lésions mésentériques ou intestinales sont insignifiantes, j'ai recherché quel est le mode d'infection qui réalise le plus sûrement ces lésions des ganglions bronchiques.

« Vingt veaux indemnes de tuberculose ont été mis en expérience dans ce but : douze ont été infectés par des pulvérisations virulentes dans le naso-pharynx; deux par inoculation intra-trachéale; les autres par les voies digestives ou par l'inoculation directe dans un ganglion du mésentère ou dans un rameau de la veine mésaraïque.

« De tous ces modes d'infection, la pénétration du bacille au niveau de l'intestin est celui qui réalise le plus vite et le plus sûrement la tuberculisation des ganglions annexes du poumon. La pénétration du bacille tuberculeux au niveau de l'intestin peut s'effectuer sans qu'il se produise des lésions apparentes appréciables de la muqueuse intestinale ou des ganglions mésentériques. Le bacille tuberculeux peut franchir les voies lymphatiques sans y laisser de traces apparentes de son passage.

« L'on n'est plus autorisé à considérer que, chez l'homme, la tuberculose d'origine intestinale et alimentaire est une rareté, et les récentes constatations sur la virulence du lait des vaches tuberculeuses établissent la nécessité d'une étroite surveillance sanitaire de la production du lait.

« Des expériences d'alimentation du chimpanzé avec des laits de vaches bacillifères permettraient d'apprécier, chez cette espèce si voisine de l'homme, le danger pour celui-ci de l'ingestion des laits virulents et de vérifier le mode de formation des lésions bronchiques (1). î)

Ces belles expériences de M. Vallée ont été confirmées ultérieurement par M. Calmette de Lille.

Tout cet ensemble de faits a déterminé les A^étérinaires français à réclamer l'obligation de soumettre à l'épreuve de la tuberculine les vaches laitières dont le lait est destiné à l'alimentation des enfants.

Sur ce point, MM. Leclainche, Martel, Moussu sont entièrement d'accord .

Voici en quels termes M. Moussu réclame en 1905 une réglementation que nous attendons encore, puisque récemm.ent, comme nous l'avons dit (voir le chapitre précédent, article de la législation du lait) en 1908, le Parlement vient de rejeter la proposition faite par M. Cazennuve de faire contrôler à Vétable mcme la production du lait par les vétérinaires départementaux :

« Nous croyons, dit M. Moussu, qu'il est de la plus haute importance déréglementer l'industrie laitière; et, en nous plaçant au double point de vue de l'hygiène générale et de la police sanitaire des animaux, voici les conclusions qui nous paraissent devoir être formulées :

« 1^ Toute bête laitière tuberculeuse peut, à un moment donné, sécréter un lait chargé de germes spécifiques capables de transmettre la tuberculose par inoculation ou même simplement par ingestion;

(1) Congrès international de la tuberculose, séance du 3 octobre 1905.

« 2° Les femelles bovines appartenant aux établissements de laiterie et destinées à la production du lait, devraient être pourvues d'un certificat de santé délivré par un vétérinaire sanitaire après examen complet et tuberculination ;

« 3° Toute femelle laitière tuberculeuse, même sans aucun signe clinique appréciable donnant simplement une réaction nette et positive de la tuberculine, devrait être éliminée de l'industrie laitière, ou le lait provenant de cette vache ne devrait être livré à la consommation qu'après avoir été préalablement stérilisé ;

« 4° Tous les sous-produits commerciaux de laiterie provenant d'animaux tuberculeux, tels que le lait écrémé, le petit-lait, etc., devraient être stérilisés avant d'être livrés au commerce;

« 5" Tout établissement de laiterie devrait être l'objet de visites sanitaires fréquentes dans le but d'éliminer les sujets malades (1). »

Destruction du bacille tuberculeux par V ëfmllition du lait et la surchauffe. — Si nous n'avons pas encore en France de réglementation efficace pour empêcher la mise en vente de laits pollués par les bacilles tuberculeux, la stérilisation par la chaleur nous offre heureusem.ent un moyen excellent de détruire ces germes morbides.

La composition du lait tuberculeux, par M. Monvoisin (2).

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