MODE DE TRANSMISSION DES PRINCIPALES MALADIES CONTAGIEUSES
A l'enfant par le LAIT
On trouve toujours dans le lait, quelle qu'en soit la provenance, des microbes nombreux; mais leur quantité varie beaucoup suivant le mode de récolte, le mode de conservation et le temps qui s'est écoulé depuis la traite, ainsi que nous l'avons déjà spécifié plus haut.
Le mode de récolte est à cet égard très important. Si la mulsion est pratiquée suivant les règles de l'asepsie, le lait ne contiendra que le petit nombre de saprophytes, staphylocoques blancs surtout, qui normalement vivent dans les canaux galoctophores; encore faut-il savoir que les premiers jets de lait en entraînent le plus grand nombre et que le reste est presque aseptique. Mais les microbes saprophytes, quand ils sont en petite quantité, ne rendent pas le lait absolument im[»ropre à la consommation. Ils sont en général dépourvus d'action pathogène, et ne peuvent guère déterminer d'accidents que si, devenus nombreux, ils ont eu le temps d'élaborer des produits solubles (toxines).
Il en est tout autrement des microbes pathogènes qui peuvent accidentellement se développer à côté des saprophytes : dans ce cas on comprend que le lait puisse devenir le véhicule de certaines maladies infectieuses.
Le mécanisme de la transmission de ces maladies est d'ailleurs variable.
Tantôt le lait a été souillé au moment même de la traite, si par exemple l'animal était atteint d'une maladie contagieuse, comme nous l'avons déjà vu pour les vaches tuberculeuses; tantôt il l'a été, non pas du fait de la traite ellemême, mais de celui des opérations ultérieures : les microbes pathogènes qui y sont ensemencés viennent alors du récipient dans lequel on le recueille, ou de la peau des personnes qui le manipulent, ou de la chute des poussières, mais plus souvent encore de l'eau employée à un coupage frauduleux.
(1) Miquel, Annales de Micrographie, 1890.
Transmission des maladies des femelles laitières. — L'infection du lait des animaux malades se fait le plus souvent dans la glande même, comme cela s'observe dans les septicémies et les mammites : elle provient plus rarement du revêtement cutané de l'animal et l'infection est alors contemporaine de la traite.
Fièvre aphteuse. — La fièvre aphteuse (cocotte), grave chez les bovidés, peut être transmise à l'espèce humaine. Elle donne lieu alors à une stomatite caractérisée par de la fièvre et une éruption de grosses vésicules qui ont pour siège d'élection la face dorsale de la langue.
La contagion par le lait a été maintes fois prouvée, par des épidémies observées dans des agglomérations d'enfants.
Nocard a démontré que la contamination du lait se fait au moment de la traite et qu'elle n'a lieu que si des ulcérations siègent sur les trayons.
Péripneumonie. — On sait aujourd'hui que le microbe de la péripneumonie, maladie contagieuse des bêtes à cornes, est dilïérent du pneumocoque, et qu'il n'y a pas d'assimilation à établir entre la pneumonie de l'homme et la péripneumonie. Il n'en reste pas moins établi, comme l'ont montré Dupré et Lécuyer, que des pneumonies infectieuses des jeunes enfants ont paru imputables à l'ingestion de lait de vaches malades. Aussi faut-il considérer ces laits comme impropres à l'alimentation infantile.
Microbes pyogènes. — On trouve constamment des streptocoques et des staphylocoques blancs provenant des canaux galactophores, dans les laits de consommation courante. Les staphylocoques surtout y trouvent un milieu très favorable à leur développement et y deviennent très rapidement nombreux.
FiG. 52. — Microbe de la mamrnile coiita<îieuse. Slrcptocorcus agalactix contagiosx. A, Microbes libres dans le lait. — B, Cullure.
Ces bactéries sont souvent dépourvues de virulence : mais il n'en est pas toujours ainsi.
En effet, il se peut qu'au lieu de. provenir des variétés saprophytiquos qui habitent les canaux galactophores, ils a])partiennent à des variétés pathogènes, telles qu'on en rencontre dans les mammites suppurées des animaux.
On a d'ailleurs plus souvent l'occasion d'observer l'infection par les microbes pyogènes virulents dans les laits de femmes que dans les laits d'animaux.
Il y a longtemps (\\\v. Rouchut a signalé le danger des laits piinil(>iits pour
les nourrissons. Aussi l'inflammation des mamelles doit-elle toujours être considérée comme rendant le lait nuisible en dehors même des mammites spéciales à certains animaux (Mammite contagieuse de la vache, mammite gangreneuse de la brebis).
Damourette (1) a bien étudié les accidents qui peuvent résulter de l'ingestion par le nourrisson d'un lait ainsi contaminé.
Il signale :
1° Des accidents gastro-intestinaux légers ou graves;
2° Des accidents d'inoculation aux muqueuses des voies digestives et de la peau;
3° Enfin des accidents pyosepticémiques.
Autres maladies transmissihles des animaux à l'homme. — La plupart des auteurs admettent que la bactérie charbonneuse passe aisément dans le lait des femelles qui en sont atteintes. Cette notion étant acquise, on comprend quel peut être le danger de pareils laits, bien que les auteurs ne citent pas d'exemple de contagion de ce genre.
La rage pourrait se transmettre par un mécanisme analogue. De nombreuses expériences l'ont prouvé expérimentalement, aussi s'explique-t-on qu'en Allemagne et en Italie, la vente du lait des femelles rabiques soit interdite. Rappelons enfin pour mémoire la possibilité de la transmission par le lait du coiv-pox, du typhus contagieux des craches, et d'une maladie des bovidés observée en Amérique [Milk-Sickness (2)] qui chez l'honime présente un haut caractère de gravité.