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ET DU LAIT STÉRILISÉ

Behring et ses collaborateurs, imbus de l'idée, a priori, que le lait stérilisé prédisposait au rachitisme, à l'atrophie, ont prétendu que le lait cru prémunissait contre ces maladies.

Ils ont noté, après avoir nourri 20 génisses au lait cru et 20 au lait stérilisé, que les premières avaient augmenté de poids normalement, alors que les dernières avaient souffert au point d'être devenues définitivement impropres pour l'élevage. Or, la question ne saurait être résolue ainsi, parce qu'elle est mal posée. Veut-on prouver que les génisses qui ont tété librement leur mère s'accroissent mieux que celles qui ont été élevées artificiellement. Rien de mieux et là-dessus tout le monde est d'accord pour reconnaître que l'on imite toujours très mal la nature. Quant à conclure que la chaleur seule fait perdre au lait ses vertus nutritives, les expériences de Behring ne l'autorisent point. Pour cela, il eût fallu que le facteur « allaitement artificiel » ne vînt pas se superposer au facteur « stérilisation » que l'on voulait étudier.

P. Lassablière a réalisé des expériences dans lesquelles l'importance de chacun de ces facteurs est nettement mise en relief.

EXPERIENCES SUR LA VALEUR ALIMENTAIRE DU LAIT CRU PAR RAPPORT AU LAIT STÉRILISÉ

Deux jeunes chevreaux âgés de trois jours et isolés de leur mère ont été pesés tous les jours.

L'un (Cyrano) recevait le lait de sa mère, préalablement trait, et stérilisé aussitôt après à 110^ dans un autoclave sous pression.

L'autre (Blanchette) recevait le lait de la même traite, mais non stérilisé. Pour cela, la chèvre était traite trois fois par jour et la quantité de lait trait était partagée en deux parties égales, l'une qu'on stérilisait, l'autre qu'on laissait intacte. L'une et l'autre étaient données dans un biberon à chaque animal.

Plus tard, soit quinze jours après cette première expérience, on remplaça le lait de la mère par du lait de vache cru dont on fit deux parts également : l'une stérilisée, l'autre restant non stérilisée.

L'allaitement artificiel (lait de vache) fut poursuivi pendant deux semaines, mais pendant tout le temps du sevrage le lait fourni était du lait du vache stérihsé pour Cyrano, non stérilisé pour Blanchette.

Comparativement, une chevrette fut élevée naturellement, c'est-à-dire au pis de sa mère. Lassablière a conclu de ses expériences :

l*"^ Lorsque l'animal tète sa mère à volonté, sa croissance est toujours supérieure. Cela n'avait pas besoin de démonstration et était évident a priori, mais il est intéressant de constater cette supériorité de la nature même chez des animaux dont la croissance marche rapidement;

20 La stérilisation du lait maternel n'a pas paru altérer sa valeur nutritive,

puisque l'animal qui l'a reçu avait un accroissement quotidien en poids supérieur (150 gr.) à celui qui recevait le lait maternel cru (142 gr.).

Les résultats ont été d'ailleurs semblables avec le lait de vache cru ou stérilisé.

Ces expériences viennent donc contredire celles de Behring.

Bien d'autres expérimentateurs ont observé que le lait stérilisé était parfaitement digéré et très bien assimilé, comme en témoignait l'accroissement en poids. C'est ainsi que M. Weber, vétérinaire des plus distingués, membre de l'Académie de médecine, a montré que les veaux nourris au lait stérilisé augmentaient aussi rapidement que les veaux nourris au lait frais. Il s'agit pourtant là du lait qui leur est primitivement destiné par la nature et les modifications que lui fait subir la chaleur n'enlèvent rien de ses qualités nutritives à cet aliment.

M. Duclaux fit des expériences semblables sur des cobayes : ceux nourris au lait stérilisé augmentaient de poids dans les mêmes proportions que ceux nourris au lait non stérilisé.

M. Rodet, expérimentant sur de jeunes chiens, obtint des résultats identiques.

Enfin, M. Wasilief, de Saint-Pétersbourg, fit également les mêmes observations sur des jeunes gens qu'il mit en expérience, alimentant les uns au lait frais, les autres au lait stérilisé exclusivement.

Cet ensemble de faits démonstratifs est bien suffisant pour montrer le mal fondé des critiques dirigées contre le lait stérilisé quant à sa digestibilité et à son assimilation. On trouvera ailleurs la réfutation des idées émises par certains auteurs qui ont contesté à tort la valeur alibile du lait stérilisé (p. 489).

Nous envisageons ici les seuls résultats cliniques fournis par le lait cru en particulier. Seule l'observation directe sur les nourrissons pourrait imposer la conviction, mais nous manquons encore de documents positifs et précis sur ce sujet.

Voici les conclusions formulées par M. Triboulet, médecin de l'hôpital Trousseau, au Congrès des Gouttes de lait de Bruxelles en 1907 (1) : « En attendant de recevoir un démenti, sous forme de statistiques probantes, si je m'en tiens à mon expérience personnelle, je déclare :

« 1° N'avoir pas vu d'observations d'enfants élevés ))cndant la première armée, par exemple, au seul lait cru (ânesse, chèvre ou vache);

« 2° Avoir constaté presque toujours des résultats fâcheux (gastro-entérite, insuffisance de développement et athrepsie, souvent), quand le lait cru a été employé avant l'âge de deux mois. Avoir vu bien des accidents du genre des précédents, plus ou moins atténués, mais des résultats d'ordinaire médiocres, avec l'emploi de ce lait avant l'âge de quatre mois;

« 30 Avoir recueilli dans les campagnes des résultats assez satisfaisants, à partir de l'âge de quatre mois (en dehors de la période d'été) et d'autant meilleurs que l'usage du lait cru est commencé chez les nourrissons plus âgés; mais avoir reconnu que, dans les villes, l'usage du lait cru ne convient guère avant le sixième mois;

(t) Rapport Sur le lait cru dans V allaite ment artificiel, por lo D' Triboulet. Il" Congrès international des Gouttes de lait, 1907.

« 4<^ Avoir vu de bons résultats derallaitement mixte, dès le deuxième mois et très bons dès le quatrième;

« 5° Avoir constaté dans les campagnesla possibilité de donner le lait pur, et dans les villes, avoir toujours mieux réussi en coupant légèrement le lait d'un cinquième d'eau bouillie et en conseillant de donner des doses de lait d'un quart environ plus faibles qu'avec le lait stérilisé.

« Toutes ces considérations concernent l'enfant sain, »

Pour les cas pathologiques, il n'y a guère que le lait d'ânesse dont les indications soient bien fixées et ce lait peut être donné cru avec avantage, à des enfants débiles, à défaut de lait de femme : la faiblesse des organes digestifs s'adapte bien à ce liquide pauvre en graisse et en caséine.

Quant au lait de vache cru, on pourra le conseiller (recueilli par traite aseptique) chez des nourrissons qui ont des arrêts de croissance inexpliqués avec les laits stérilisés. On l'a donné aussi aux nourrissons eczémateux, mais avec des résultats fort douteux : on le donne dans le scorbut infantile; mais nous avons vu des cas de cette maladie guérir très bien aussi en substituant le lait bouilli ou simplement surchauffé aux laits modifiés qui causent habituellement le scorbut.

Lorsque vers quatre ou cinq mois un enfant allaité artificiellement avec un lait stérilisé ne paraît pas s'accroître normalement, on pourra tenter de lui faire prendre pendant un mois ou deux du lait de vache cru et aseptique.

En somme, nous devons avoir le lait de vache cru à notre disposition dans la gamme des laits que nous manions pour l'allaitement artificiel; mais son emploi est bien plus restreint qu'on ne le croirait a priori^ et nous manquons d'un ensemble de faits vraiment probants pour bien fixer ses indications. — Il est difficile, surtout dans les villes, de se procurer du bon lait vraiment aseptique; le prix en est relativement élevé, ce qui ne peut surprendre, vu l'extrême difficulté de le récolter. Peut-être est-ce la raison pour laquelle les études cliniques sur ce sujet n'avancent que lentement? Il faut bien reconnaître que nous sommes encore très mal renseignés sur la valeur nutritive du lait cru.

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