DIGESTION INTESTINALE
La digestion du lait dans l'intestin est plus complète que la digestion gastrique, car elle est produite par des ferments digestifs plus nombreux et plus puissants.
L'évacuation de l'estomac se fait par jets successifs, mais le chyme stomacal à réaction acide se transforme en chyme à réaction alcaline, en arrivant dans l'intestin. A ce moment il comprend les éléments suivants :
a) De l'eau en petite quantité;
b) Des substances albuminoïdes; à savoir : de la caséine non modifiée, des albumoses et des peptones, de la syntonine;
c) Du lactose;
d) De la graisse non modifiée, se présentant en suspension dans l'eau, ou incorporée dans des petits caillots de caséine;
e) Différents produits, des composés chlorés et ammoniacaux, des acides -gras, des acides monoaminés (leucine, tyrosine), et des gaz C0'\
Chemin faisant, pendant le cours de la traversée intestinale, ces différents produits subissent de multiples transformations, sous l'influence : 1° du suc pancréatique; 2^ de la bile; 3° du suc intestinal.
1° Suc pancréatique. — Le suc pancréatique renferme, chez le nourrisson comme chez l'adulte, trois ferments : la trypsine, une lipase et une amylase.
D'après les recherches d'Albertoni, de Langendorff et de Hammarsten, la trypsine existe dès la naissance. Elle provient elle-même d'un proferment : le trypsinogène que le suc intestinal (entérokinase) transforme en ferment. La trypsine, en agissant sur le lait, donne un coagulum qui n'est pas la véritable paracaséine, mais un produit intermédiaire entre cette substance et la caséine, que l'on a appelé métacaséine.
2^ La lipase (stéapsine), existe également dès la naissance. Grâce à elle, le suc gastrique dédoublelesgraissesneutresen acides graseten glycérine; les acides
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gras mis en liberté, agissent sur les carbonates alcalins du suc pancréatique et du suc intestinal pour former des savons. Cette saponification n'est que partielle; une quantité variable de graisse est décomposée, de sorte que la digestion des matières grasses aboutit à la formation d'un mélange de savons alcalins, d'acides gras libres et de glycérine, dans lequel il reste de la graisse neutre, le tout sous forme d'émulsion. Les lécithines subissent également l'action de la lipase pancréatique; elles sont décomposées en acide phospho-glycérique, choline et acide gras. Enfin les graisses sont émulsionnées en même temps que saponifiées.
3° L'amylase existerait chez le nouveau-né une fois sur neuf (Zweifel), et onze fois sur douze (Moro). Pour Korowin, elle n'apparaît qu'au deuxième et troisième mois, et n'exercerait une action véritable qu'à partir du sixième. Grâce à sa présence, le suc pancréatique transforme l'amidon et le glycogène en dextrine et en maltose (Valentin).
Le pancréas sécréterait encore deux autres ferments : l'un la maltase^ qui dédoublerait la maltose en deux molécules de glycose (Brown, J. Héron); l'autre : la lactose, qui dédoublerait le sucre de lait en glycose et en galactose (Weinland).
Bile. — Dastre a montré que le rôle digestif de la bile tient surtout à ce que ce liquide renforce l'action des ferments pancréatiques. La valeur de l'amylase et celle de la trypsine sont à peu près doublées de ce chef, et celle de la lipase est encore beaucoup plus augmentée.
La bile est déjà sécrétée dès le troisième mois de la vie fœtale.
Chez le nouveau-né, elle est pauvre en cholestérine, en lécithine, en graisses, en sels minéraux à l'exception des sels de fer, en taurocholate de soude, et surtout en glycocholate de soude (Jacubowitsch). La biliverdine et la bilirubine, pigments normaux de la bile, ne sont réduits qu'en partie dans l'intestin du nourrisson, de sorte qu'on y trouve de la bilirubine et de l'hydrobiliburine. La biliverdine se rencontre à l'état pathologique. (Muls.)
Suc intestinal. — Le suc intestinal sécrété par les glandes de Lieberktihn, est un liquide alcalin à pouvoir fermentatif considérable.
Ses propriétés digestives sont dues à plusieurs enzymes :
h'érepsine (Conheim), est un ferment protéolytique qui ne décompose pas les albuminoïdes naturels, excepté la caséine, mais seulement les albumoses et les peptones. Son action s'ajoute à celle de la pepsine et de la trypsine pour pousser la désintégration des matières protéiques jusqu'au stade des produits abiurétiques. (Salaskin, Fox.)
h'entérokinase, découverte par Pawlow dans le suc intestinal, transforme, nous l'avons vu, le zymogène en trypsine ou ferment actif.
L'origine de l'entérokinase fait encore l'objet des discussions. D'après Délezenne, elle serait produite par les leucocytes de la muqueuse; pour Falloise, ce sont les cellules de villosités intestinales qui la produisent.
Le suc intestinal renferme encore (Portier) une lactase qui dédouble le lactose en galactose et dextrose, sous l'influence de la bile (Frouin et Portier) ; une invertine (Cl. Bernard), qui dédouble le saccharose en glycose et lévulose; une maltase; une mucilase (Roger); une lipase (Boldireiï).
Enfin la sécrétine, qui développe et renforce l'action du suc pancréatique, existe déjà dans l'intestin des nouveau-nés. (Camus, Hallion et Lequeux.)
De toutes les transformations intestinales au cours de la digestion du lait, la plus importante est celle de la caséine qui n'a été que modifiée dans l'estomac. Sous l'action de la trypsine, rendue active par l'entérokinase, la caséine coagulée '
est liquéfiée et transformée, d'après Rhéine, en hémicorps et en anticorps, c'est- ^. à-dire en antialbumoses et en antipeptones, d'une part, résistant à la digestion ^U trypsique et résorbés tels quels, et en hémialbumoses et hémipeptones, subissant ■ une décomposition ultérieure en corps cristallisés. (Muls.) En résumé, la digestion trypsique donne naissance aux corps suivants : des corps non cristallisés : albumoses et peptones, de l'ammoniaque, des acides diaminés, des acides monoaminés.
On voit donc que l'action de la trypsine, quoique comparable à celle de la pçpsine, est beaucoup plus puissante.
Enfin, chez l'enfant nourri au sein, la transformation de la caséine est beaucoup plus rapide que chez l'enfant nourri au lait de vache.
Le lactose, dont une très faible partie seulement a été absorbée dans l'estomac, se transforme dans l'intestin, sous l'influence de la lactase, en galactose et en dextrose, corps directement absorbables. Une petite partie subit la fermentation lactique sous l'influence des microbes intestinaux.
Le beurre subit dans l'intestin deux séries de transformations : il est émulsionné en partie et dédoublé en acides gras et en glycérine. Les acides gras sont transformés à leur tour en savons.
Une partie de la graisse émulsionnée est absorbée par les lymphatiques chylifères des villosités; quant au beurre saponifié, il traverse l'épithélium intestinal et passe dans le sang.
Toutes ces transformations s'opèrent plus rapidement chez le nourrisson nourri au sein, que chez celui qui est nourri au lait de vache. Le lait de femme est presque totalement digéré dans le duodénum, et son absorption s'opère (surtout pour les matières albuminoïdes)dans la partie supérieure de l'intestin grêle. Aussi la putréfaction intestinale est-elle pour ainsi dire nulle chez le nouveau-né nourri au sein.
Les phénomènes de putréfaction atteignent leur maximum danslegros int(>stin; ils sont très atténués également dans la digestion du lait de femme. (Muls.)
La durée de la digestion intestinale est variable suivant que l'enfant est nourri au sein ( six heures), ou au biberon (six à huit heures). (Marfan.) Chahuet a recherché, sous l'inspiration d'IIutinel et de Nobécourt, comment s'opérait le passage de quelques centigrammes de carmin ingéré avec le lait chez les nourrissons au sein âgés de 9 à 30 jours; le carmin apparaissait dans les selles, ou moyenne deux heures et demie après l'ingestion et s'éliminait pendant huit heures; chez un enfant de 2 ans, nourri au lait stérilisé, le carmin est apparu au bout de quatre heures et s'est éliminé pendant neuf heures.