LES BOUILLONS DE LÉGUMES, L'EAU DE RIZ ET LA DIÈTE HYDRIQUE
faisons donner en outre des lavements matin et soir avec une poire en caoutchouc cliargée d'eau de riz. Depuis longtemps nous avons renoncé à faire pénétrer profondément des sondes en gomme dans l'S iliaque et dans le côlon; la muqueuse de ces régions est très vascularisée au cours des entérites graves, et le contact des sondes pourrait être offensif.
Sauf le cas où les enfants vomissent et où nous administrons par cuillerées à soupe la solution de citrate de soude à 5 p. 300, nous ne prescrivons aucun médicament, surtout aucune préparation opiacée. La plupart des gastro-entérites doivent être considérées comme des toxi-infections d'origine alimentaire, et il est préférable de laisser les évacuations intestinales s'effectuer librement que de paralyser par l'opium les contractions du tube digestif. La meilleure manière d'éviter la résorption des poisons intestinaux est de laisser libre cours à la diarrhée.
Il est bien probable que l'action sédative de l'eau de riz sur la muqueuse digestive est due à l'amidon cuit qu'elle contient; mais son efficacité dans les gastro-entérites, connue de temps immémorial, est absolument incontestable.
Nous prolongeons l'usage exclusif de l'eau de riz pendant vingt-quatre ou quarante-huit heures, suivant la gravité du cas et suivant l'apparence des selles; puis nous commençons par faire ajouter prudemment à l'eau de riz un tiers de lait stérilisé, puis la moitié, les deux tiers, et nous revenons ainsi graduellement à l'alimentation antérieure (1). Cette pratique extrêmement simple nous a réussi dans l'immense majorité des cas, et, durant l'été, à la Goutte de lait de Belleville, notre mortalité par diarrhée estivale n'a pas atteint 2 % ces dernières années, suivant les statistiques relevées par nous et par le D^ Paul Roger sur des centaines de nourrissons, dont un bon nombre cependant nous ont été apportés en état d'atrophie, à la suite de gastro-entérite chronique.
La diète hydrique. — La reprise de V alimentation dans les gastro-entérites.
Étant donnée la quantité extrêmement faible de principes fixes dans l'eau de riz, son emploi exclusif pendant un jour ou deux, au cours des gastroentérites, équivaut à peu près à la diète hydrique proprement dite. Celle-ci consiste à ne donner à l'enfant que de l'eau pure bouillie ou stérilisée pour éviter d'introduire dans le tube digestif aucune substance fermentescible.
Dans les formes très graves de gastro-entérites, cette diète rigoureuse peutêtre nécessaire, mais elle est très difficile à faire accepter par les mères pour peu qu'on la prolonge : c'est là ce qui a fait la fortune des bouillons de légumes compliqués que l'on a .substitués, à tort selon nous, à l'eau de riz qui remplit les mêmes indications et qui a fait ses preuves de tout temps et en tous pays.
Bon gré mal gré, il faut que nous tenions compte de l'état d'esprit du public dans les questions d'hygiène, et nous avons beaucoup de peine à lui faire
(1) Nous réservons les injections sous-cutanées de sérum artificiel ou do plasma de Quinton pour les cas graves de choléra infantile.
admettre que l'eau pure puisse être une médication suffisante pour une maladie grave du tube digestif. L'eau de riz a l'avantage de paraître une boisson alimentaire, et il était vraiment bien inutile de compliquer la décoction du riz par l'addition de morceaux de carotte ou de navet pesés à 1 gramme près. Nous sommes obligés dans la pratique de faire des concessions aux habitudes et aux préjugés populaires, et bon nombre d'infusions, de décoctions de plantes n'agissent guère autrement que i)ar l'eau chaude.
Beaucoup de médecins, à la suite des accidents de gastro-entérite, maintiennent les enfants à la diète durant une semaine ou plus et croient les sustenter suffisamment en leur faisant absorber des bouillons de légumes dont la valeur alimentaire est presque nulle, comme nous l'avons vu plus haut : dans l'immense majorité des cas il ne nous a pas semblé nécessaire de prolonger la privation absolue de lait au delà de deux ou trois jours, lorsque les nourrissons sont allaités au lait surchauffé ou homogénéisé.
On ajoute d'abord un tiers de lait à l'eau de riz, puis la moitié le lendemain, les deux tiers le troisième jour, etc., en tenant compte de l'aspect et surtout de la fréquence des déjections. Dans l'allaitement au sein, on réduira le temps des tétées et on remplacera une tétée sur deux par une prise d'eau de riz. La crainte des fermentations intestinales ne doit pas aller jusqu'à faire inanitier les enfants.
C'est une erreur grave de croire qu'on doive attendre que les selles aient repris un aspect normal avant qu'on rende du lait au nourrisson. Il faut que Ton sache que les déjections de l'enfant qui est privé de lait et qui ne prend que du bouillon de légumes sont plus ou moins brunes, parfois verdâtres, et même glai-reuses. Ce sont les caractères habituels des déjections dans l'inanition (1).
Nous croyons devoir mettre en garde les médecins contre l'emploi intempestif et trop prolongé des bouillons de légumes, que l'on considère à tort comme nutritifs et que l'on substitue au lait dans l'alimentation infantile. Voici un fait très probant dans cette direction :
Accidents graves provoqués par la privation de lait et V usage prolongé de bouillon de légumes salé chez un nourrisson eczémateux, llypotrophie. Anasarque et ascite. Purpura. Tétanie. Guérison rapide par le retour à V a imentation lactée (2).
Le 22 novembre 1908, on m'amenail dans mon cabinel un nourrisson dudépai'lenuMitde la Côte-d'Or, âgé de quinze mois environ, atteint d'un eczéma pour lequel il était en traitement.
Les parents sont jeunes et bien portants.
C'était un preminr-né, il pesait ,'{ kg. 750 on venant au monde et fut nourri au soin par sa mère. La grand'mère maternelle, qui est un pou obèso, et la mère ollo-mème auraient souffert d'une gourme tenace dans leur première enfance.
C'est à six mois que l'eczéma commença de so manifester au visage : un médecin conseilla alors de substituer le lait de vache à rallaitomont au soin. Mais l'oczéma persista et Tonfant se dév(!lo[if)ait assez bien néanmoins. On alla |)ron(lro à Lyon l'avis d'un spécialiste (jui ordonna le lait d'ânesse (it l'eau de Vichy, mais toujours sans succès contre l'éruption.
(1) Voir le cliaf)ilr(! SumUmcntcitioit cl Innnilion, j). UUft.
(2) (loiniiiiiriic.it ion \\ la Socii'li' iinnlicalc des llùpil.iu\, jiar M. (1. X'ariot (."> février l'JO'J).