LE SEVRAGE ET L ALIMENTATION DES ENFANTS DANS LA DEUXIEME ANNEE
Dans le public, sevrer un enfant c'est lui retirer le sein pour lui donner d'autres aliments que le lait, devenu insuffisant pour son accroissement régu lier. Les femmes du peuple s'imaginent volontiers que, du moment où leur lait est tari, c'est que le bébé n'a plus besoin de lait, et elles s'évertuent à lui faire accepter toute espèce de mixtures; elles n'ont d'ailleurs que l'embarras du choix, avec l'innombrable variété de farines de conserve, prônées par la publicité. « Mon enfant n'aime pas le lait », vous disent souvent les mères, après qu'elles ont sevré; c'est qu'elles auront négligé de l'habituer au goût du lait de vache, lorsque leur lactation commençait à baisser.
Un principe doit dominer toute la période du sevrage, à savoir que le lait de vache restera la base essentielle de l'alimentation infantile.
Les bouillies, les purées de légumes, les crèmes, doivent être faites au lait, et les plus beaux enfants sont ceux qui ont été nourris au lait pendant longtemps. Quoi de surprenant à cela? Les substances calorigènes et plastiques n'ont-clles pas été préparées par la nature dans le lait de femme ou des animaux sous la forme la plus aisée à chymifier et, par suite, à assimiler? Ce que le tube digestif d'un nourrisson était capable d'utiliser dans la première année, le sera a fortiori dans la deuxième année.
Mais, dit-on, il faut habituer le jeune organisme ù une alimentation plus pauvre en graisse et plus riche en hydrates de carbone : sans doute, mais que cette substitution des hydrates de carbone à la graisse soit très lente; quoi de plus aisé d'ailleurs, puisqu'on a toujours à sa disposition du lait de vache et que cet aliment très commun est à la portée de toutes les bourses?
On ne saurait trop s'élever contre les erreurs propagées à ce sujet ]iar certains médecins étrangers, qui considèrent que le lait peut devenir nuisible à partir du sixièm(î mois.
'( Lorsque les nourrissons ccjnliiiiU'uL à être aliim-ulcs cxclusiNtMiuMil au lait passé le sixième mois, soit au sein, soit au biberon, ils deviennent généralenuMit d'une grosseur maladive et d'une pâleur excessive (d'après Bunge), par suite
de la pénurie en fer, leurs chairs sont flasques, leur humeur devient mauvaise, parfois même le rachitisme se déclare (1). »
Notre expérience sur des milHers d'enfants, aussi bien au sein qu'au biberon, suivis par nous à la Goutte de lait de Belleville nous fait rejeter cette opinion comme inexacte. Si, après six mois, on voit des enfants au sein péricliter, c'est que la lactation de leur mère fléchit et qu'il faut commencer l'allaitement mixte. Celui-ci prolongé jusqu'à neuf ou dix mois exclusivement n'a que des avantages dans l'immense majorité des cas, et d'accord avec Tarnier et les médecins français, nous sommes convaincus que la période du sevrage, c'est-à-dire l'addition de farines ou d'autres substances au lait, ne doit commencer qu'à la période de la dentition, dans les cas habituels, vers huit ou dix mois; chez les enfants dont l'éruption dentaire est très tardive, on pourra commencer l'alimentation mixte avant la sortie des dents.
C'est un usage traditionnel de tenir compte de la saison pour le sevrage. Il est bien certain que tous les nourrissons, même ceux au sein, sont plus sujets aux troubles gastro-intestinaux pendant les chaleurs de l'été. D'autre part, la pullulation des saprophytes dans le lait de vache et ses fermentations sont plus àcraindreparsuitedel'élévationdelatempératureatmosphérique, des orages, etc. On diffè-rera donc d'un ou deux mois, s'il le faut, le sevrage, en tenant compte de ces circonstances.
Il n'est pas désirable que les mères, dans nos climats, allaitent au delà de quatorze ou quinze mois : il en est qui s'obstinent à donner plus longtemps le sein, sous prétexte que leur enfant refuse tous les autres aliments. La croissance est en général médiocre dans ces -allaitements prolongés, quand elle n'est pas retardée. Chez les prématurés ou les débiles, l'allaitement doit être bien plus prolongé.
L'allaitement mixte, auquel bon nombre de mères sont obligées de recourir dès les premiers mois, à cause de l'insuffisance delà sécrétion lactée, est en quelque sorte un premier pas dans la voie du sevrage qui doit consister principalement, nous le répétons, dans la substitution du lait des animaux au lait de la femme dans l'alimentation infantile.
Mais quel sera le premier aliment qu'on donnera au nourrisson, outre le lait?
Ce sera la bouillie de farine de céréales, mais préparée avec du lait.
Cet aliment est, on le sait, employé de temps immémorial dans l'élevage des enfants.
Ambroise Paré, adoptant les idées de Galien, en permet l'usage dix ou douze jours après la naissance. Mauriceau ne l'autorise qu'à deux ou trois mois, Dionis, plus sage encore, qu'à trois ou quatre mois. Ce dernier exige, en outre, que la nourrice donne le sein à l'enfant aussitôt après, afin que le lait délayant la bouillie dans l'estomac, elle en soit plus facilement digérée. Guy Patin se montra toujours ennemi acharné de la bouillie et il en faisait une des causes ordinaires de la variole (2).
(1) La ration alimentaire de Vcnfant depuis la naissance jusqu'à l'âge de deux ans, par le D^ Heinrich Klose, premier assistant du Prof. Kohts (Strasbourpr). {Congrès international d'hygiène alimentaire.)
(2) Alfred Franklin, La vie privée d'autrefois {L'Enfant, 1896).
J.-J. Rousseau, voulant réhabiliter l'allaitement maternel, a déclamé éloquemment contre la bouillie. Mais ces critiques injustes n'ont pas fait oublier cet aliment, car déjà Désormeaux, d'accord avec Halle, s'exprimait ainsi : « De toutes les farines qui servent à la nourriture de l'homme, la farine de froment est celle qui fournit le meilleur aliment; elle est certainement préférable à la fécule de pommes de terre et autres substances purement féculentes qu'un grand nombre de personnes lui substituent pour faire des bouillies avec le lait (1). Je sais, ajoute-t-il, que beaucoup d'enfants périssent d'indigestions produites par de la bouillie de froment mal préparée ou donnée en trop grande quantité. Mais tout autre aliment mal préparé ou donné en trop grande quantité ne produira-t-il pas d'aussi funestes effets? »
On ne saurait encore mieux dire aujourd'hui. Les premières bouillies au lait doivent être très claires; elles ne doivent qu'épaissir le lait pour qu'il puisse être bu par une tétine à trous un peu larges.
Il suffira pour cela de délayer une cuillerée à.café de farine de froment dans un peu d'eau bouillante et d'éclaircir ensuite avec 150 à 200 grammes de bon lait de vache, de faire bouillir doucement pendant dix minutes environ.
Pour les enfants élevés artificiellement avec du lait surchauffé à 108*^ industriellement et conservé dans des flacons fermés hermétiquement au liège, nous conseillons plus volontiers de se servir de farine d'avoine pour préparer les premières bouillies au lait, car nous cherchons à lutter contre la constipation qui est un inconvénient assez ordinaire de la surchauffe du lait. La farine d'avoine, dont la valeur nutritive est très satisfaisante, a la propriété d'être un peu laxative, peut-être à cause de la quantité notable de graisse qu'elle contient.
Composition centésimale moyenne de farines de céréales (2).
Farines
de froment, de seigle. d'orge. d'avoine. de mais, de sarrasin.
Eau 13,37 13,71 14,83 9,65 14,21 13,51
Substances azotées. . . 10,21 11,57 11,38 13,44 9,65 8,87
Amidons et sucres. . . 74,71 69,61 71,22 67,01 69,55 74,25
Celluloses 0,29 1,59 0,45 1,86 1,46 0,67
Graisses 0,94 2,08 1,53 5,92 3,80 1,56
Cendres 0,48 1,44 0,59 2,12 1,33 1,14
Nous recommandons aussi dans le même lait surchauffé la farine de mais, surtout pour les bébés, après une année.
Dès les premiers temps du sevrage, nous essayons d'habituer les enfants à prendre des purées de pommes de tcjre au lait très claires et un peu sucrées : quelques-uns la rejettent avec obstination, mais la plupart s'en accommod(Mit très bien. C'est un aliment frais, très avantageux pour les nourrissons (jui ont été élevés au lait stérilisé industriellement et homogénéisé. On sait que la
(1) Scvrn(;r, par l)(''«ormeaux. (Dirtionnairr, en 'M) volumes, 1844.)
(2) Extrait do V AUincnlalion, \y.\v Armand (lanticr.
Minimum.
Maximum.
pomme de terre a des propriétés antiscorbiitiques de premier ordre. Il est probable qu'elle préviendrait le scorbut dans ces circonstances.
Les analyses effectuées par M. Balland sur les principales sortes de pommes de terre ont donné les résultats suivants pour 100 parties, à l'état frais (1) :
Moyenne.
Eau 74,98
Matières azotées 2,08
— grasses 0,15
— amylacées et sucrées . . 21,01
Cellulose 0,69
Cendres 1,09
Un des principaux avantages des farines de céréales au point de vue alimentaire, spécialement pour les enfants dont la nutrition est si active, est la richesse de ces farines en substances phosphorées.
Voici un tableau, dû à MM. Schlagdenhauffen et Reeb, donnant en anhydride phosphorique, P-C, la proportion relative du phosphore contenu dans les graines alimentaires naturelles, sous les deux états, minéral et organique.
Blé
Seigle
Orge
Avoine
Sarrasin
Haricots
Pois
Le tapioca au lait légèrement sucré est bien accepté dans les premières bouillies par les bébés, et bien utilisé. Nous savons qu'en France, tout au moins, cet aliment n'est pas en général préparé avec du manioc, mais simplement avec de la fécule de pommes de terre ou avec de l'amidon de riz. La farine de riz doit être employée de préférence pendant les chaleurs de l'été, car il est bien établi que cette farine a des propriétés opposées aux farines un peu laxatives d'avoine, de seigle et de mais. Suivant que les nourrissons ont une tendance à la constipation ou au relâchement, ou recourra alternativement aux diverses farines que nous venons d'énumérer, pour régulariser les fonctions de l'intestin. Comme premiers aliments de sevrage écrasés ou délayés dans le lait, on pourra user de la bouillie de châtaignes et de la purée de carottes; cette dernière laisse d'assez abondants détritus de cellulose après la digestion.
Nous ne saurions conseiller, pour le sevrage, de faire un usage méthodique des mixtures ou des farines de conserve, dont les marques sont très variées, suivant les divers pays et dont la fabrication, plus ou moins ancienne, a pu nuire, à leur valeur alibile.
(1) Armand Gautier, loc cil.
Cendres 0/0.
Minéral.
Oijjauiquc.
Total.
Les farines de conserve.
Tous les médecins qui s'occupentderalimentationdesjeunesenfantsconnaissent les accidents causés par l'usage des farines de conserve, soit qu'on les donne prématurément avant l'époque de la dentition, soit qu'on les substitue entièrement au lait au moment du sevrage. En Angleterre, où l'on emploie beaucoup ces aliments fabriqués, au lieu du lait, pour élever les bébés, on a noté que le scorbut infantile était assez habituellement la conséquence de leur ingestion Rappelons que dans la plupart des premières observations de scorbut publiées par Sir Thomas Barlow qui a individualisé ce type morbide, il est spécifié que les enfants étaient nourris avec Mellins's Food, Nestlé Food, condensed Swiss- Milk, etc.
C'était ainsi dans le fait observé par nous avec M. André Thomas, chez une petite fille élevée à Paris, à l'anglaise, avec Allenbury's milk food. (Voir p. 506.)
Le rôle scorbutigène de ces farines de conserve est donc parfaitement établi par les pédiatres; d'ailleurs, la maladie de Barlow, si rare dans notre pays, est plutôt répandue en Amérique, en Angleterre et dans tous les pays où l'on fait un grand usage des farines de conserve. Mais il y a plus, nous avons constaté bien souvent que ces farines données avant ou après le sevrage, à l'exclusion du lait, suivant les instructions dangereuses propagées par les fabricants, produisaient des altérations rachitiques dans le squelette, gonflement des épiphyses radiales, chapelet costal, retard de la marche, etc. La farine lactée spécialement, qui est vantée par la publicité comme le meilleur succédané du lait de femme, est rapidement rachitisante, au même titre que la panade et probablement plus encore que cette dernière. On m'objectera sans doute que bien des enfants prennent de la farine lactée et ne sont pas rachitiques. Cela est vrai, s'ils n'en prennent que peu et si, en même temps, ils continuent d'absorber du lait comme aliment prédominant pendant le sevrage; mais si l'on donne de la farine lactée, dès les quatre ou cinq premiers mois, le rachitisme s'ensuit presque fatalement.
J'ai vérifié le]^fait bien souvent à la Goutte de lait de Belleville, avec mes collaborateurs les D" Lazard et Paul Roger.
Mais je crois devoir insister sur les inconvénients et même sur les dangers des farines de conserve d'un type spécial (1), extrêmement répandues en France; je veux parler des farines alimentaires dans lesquelles on a incorporé une quantité plus ou moins grande de cacao ou de chocolat.
Le cacao est un condiment extrêmement apprécié parles enfants; aussi petits qu'ils soient, ils aiment l'arôme et le goût de cette substance, et quand ils ont commencé de prendre des farines au cacao, il est souvent difficile de leur faire accepter d'autres aliments. En cédant à leurs caprices et à leurs préférences gustatives, on arrive souvent à leur faire absorber deux et quelquefois même trois bouillies à la phosphatine, à la racahoutine, etc., qui sont des farines au cacao.
Les mauvais effets de cette alimentation trop uniforme ne tardent pas à se
(1) Communication à la Société médicale des Hôpitaux, 18 janvier 1907. InconvéninUs cl dangers de Vcinplni hahilnid cl prolongé des farines de conserve et spécialement des farines au cacao dans V alimentation infantile.
produire. D'abord les fonctions intestinales qui avaient été libres, tant que l'enfant prenait du lait, sont lentes et difficiles, l'appétit diminue, l'enfant devient nerveux et ses nuits sont agitées.
Plus tard la constipation se montre extrêmement opiniâtre; il faut des suppositoires ou des lavements pour provoquer les selles; l'appétit étant ralenti, l'enfant réclame constamment les bouillies à la farine au cacao et repousse les autres aliments; il pâlit, prend un teint gris, jaune; à la base du cœur on entend un bruit anémique.
La nervosité augmente, l'enfant est grognon et difficile. Cependant il est faible, peu remuant, n'aime pas à marcher et à se promener, demande qu'on le porte. Il a tendance à s'amaigrir et surtout il n'augmente ni de poids, ni de taille quand on surveille attentivement sa croissance comme j'ai l'habitude de le faire avec le pédiomètre. On note donc un certain degré d'hypotrophie temporaire qui ne tardera pas à céder si on rectifie le régime alimentaire et surtout si on supprime les farines au cacao.
Depuis plusieurs années, je me suis efforcé de fixer les caractères cliniques de l'intoxication chronique des jeunes enfants alimentés avec les farines au cacao — et je ne doute pas que j'y sois parvenu puisque bien souvent, dans mon cabinet, quand on m'amène pour la première fois des enfants de dix-huit mois à trois ans, j'ai fait le diagnostic de la nature des accidents d'après leur seul aspect, avant d'avoir interrogé les mères.
Quand je demande aux mères : comment nourrissez-vous votre enfant? elles répondent presque invariablement dans ces circonstances : « Tous les matins il prend sa phosphatine et souvent même il prend sa phosphatine matin et soir. » Il s'agit d'ailleurs généralement d'enfants appartenant à la classe riche ou aisée, car ces farines au cacao sont assez coûteuses. Mais les parents moins fortunés, ne voulant pas priver leurs enfants des avantages présumés de ces farines au cacao, les fabriquent eux-mêmes d'après des recettes qu'on se passe de main en main.
Voici une formule qui m'a été communiquée par une dame de ma clientèle, qui m'amena au mois de mars 1906 son enfant âgé de trois ans et demi qui présentait tout le cortège symptomatique que j'ai tracé plus haut de l'intoxication par les farines de cacao.
Cacao 250 gr.
Fécule de pommes de terre 250 —
Fleur de riz 250 —
Sucre en poudre 500 —
Phosphate de chaux 15 —
Un petit flacon d'essence de vanille.
On mêle intimement et on conserve dans des boîtes en fer-blanc.
J'ai soigné un certain nombre d'enfants et en particulier des enfants de pharmaciens, nourris avec ces aliments artificiels, fabriqués en famille, dans lesquels on incorpore une dose élevée de cacao, au point que la coloration de la farine est un peu brune.
Dans la clientèle de la ville, avec plusieurs de mes confrères et notamment avec le D^" Hischmann, j'ai vu en consultation des enfants considérés comme
atteints d'entérite, avec une constipation très forte, sujets même à des accès fébriles et qui étaient nourris presque exclusivement avec des phosphatines, c'est-à-dire avec des farines au cacao. Il est probable que dans le cadre étiologique des entérites avec constipation des enfants riches^ si bien tracé en 1899 par M. Hutinel dans la Semaine médicale, il y a une très grande part à faire aux farines de conserve.
Mais, il y a plus, je puis fournir la preuve indirecte, par les effets de la substitution d'un régime alimentaire à un autre, que les accidents étaient bien causés par l'usage habituel et prolongé des farines de conserve.
Ce n'est pas du jour au lendemain que l'on parvient à réparer les effets de cette intoxication alimentaire, mais généralement dans le premier mois, l'enfant qui avait depuis longtemps une stagnation de poids et qui ne grandissait pas, augmente de 1 kilogramme à 1 kilog. 500.
Les fonctions intestinales se régularisent assez vite et la constipation cesse. Dans le deuxième mois les couleurs commencent à revenir aux joues, le sang devient plus riche, le caractère est plus gai, l'enfant est moins nerveux; il reprend le goût pour les exercices et les jeux de son âge; son sommeil est meilleur. Il faut ordinairement trois ou quatre mois pour que l'enfant regagne le poids qui lui manquait et pour que son état redevienne à peu près normal.
Voilà le régime et le traitement que j'institue en pareil cas :
1° Suppression des farines au cacao;
20 Un litre de bon lait stérilisé ou bouilli, pur ou en potages;
3° A midi une bouillie de pommes de terre au lait avec deux à trois cuillerées à soupe de jus de viande de bœuf crue, suivant l'âge.
Si l'enfant atteint deux ans, je conseille en outre le matin et le soir une bouillie au lait avec des farines d'avoine, de maïs, ou d'orge fraîchement moulues.
Je prescris la magnésie anglaise à intervalles pour activer les fonctions intestinales; une faible dose d'arrhénal, ou de sirop d'iodure de fer, suivant les circonstances. Le citrate de soude avec de la gentiane comme eupeptique, des bains stimulants, promenades au grand air, etc.
Il n'est pas toujours facile, dans les premiers jours, d'imposer ce régime alimentaire et ce traitement aux jeunes enfants habitués aux farines au cacao. Ils refusent obstinément tout autre aliment que celui qui flatte tellement leur palais et cela pendant vingt-quatre heures, quarante-huit heures et plus. Il faut beaucoup de fermeté aux mères pour faire appliquer les prescriptions médicales.
Je dois ajouter que le pronostic habituel de cette intoxication alimentaire m'a paru rarement très grave : les troubles du tube digestif et de la nutrition cèdent assez vite au régime nouveau et au traitement quand ils sont bien exactement suivis.
Quelquefois les enfants délicats ou de souche suspecte conservent une anémie très rebelle avec débilité générale et un certain degré d'hypotrophie constaté au pédiomètre. Les changements d'air à la montagne ou à la mer donnent alors des résultats très favorables.
Il me reste maintenant à rechercher la cause réelle et le mécanisme physiologique de cette intoxication par les farines au cacao dont je crois avoir tracé les caractères cliniques d'une manière fidèle.
Mon éminent maître le Prof. Armand Gautier, auquel je faisais part de mes idées sur ce sujet, me suggéra que le cacao contient une quantité tout à fait anormale d'acide oxalique et que cette substance est loin d'être inoffensive, surtout si l'on considère l'extrême susceptibilité des enfants pour les substances médicamenteuses ou toxiques. Les rapports entre l'acide oxalique et l'oxyde de carbone, qui est un produit de son dédoublement, sont bien connus, et quoiqu'on n'ait pas retrouvé les raies du spectre oxycarboné dans le sang des animaux intoxiqués avec l'acide oxalique, tous les expérimentateurs admettent cependant qu'à dose massive il produit une altération profonde des hématies.
Telles ne sont pas évidemment les conditions dans l'intoxication lente et chronique déterminée par les farines au cacao; mais l'absorption prolongée de l'acide oxalique à faibles doses peut être un des facteurs, de l'anémie si habituelle en pareil cas.
Quoi qu'il en soit, voici, relevée dans le livre de L' Alimentation de M.Armand Gautier, la composition chimique de l'amande du cacaoyer privée de ses déchets :
Eau 4,5 à 8 0/0
Matières grasses 40 à 51
Principes colorants rouges, tannin 2 à 3
Théobromine (1) 1 à 3
Matières amylacées 3 à 4
Matières albumineuses 11 à 15
Cendres 3 à 4
On trouve dans le cacao une trace d'asparagine, un peu de bitartrate de potasse et beaucoup d'oxalate de chaux. D'après Esbach, il en contient 4 gr. 50 par kilogramme.
Dans son tableau sur la teneur des aliments usuels en acide oxalique par kilog., M. Gautier relève que le cacao est le plus riche de tous. Il contient 4 gr. 50, tandis que l'oseille n'en contient que 2,74 à 3,63 et les épinards 1,91 à 3,17, le thé noir 3,75, le poivre 3,25, la rhubarbe 2,4 % tandis que la plupart de nos légumes, pommes de terre par exemple, n'en contiennent que 0,05, la carotte 0,03, la tomate 0,05, etc. (1).
M. Gautier fait d'ailleurs remarquer que le chocolat dans lequel le cacao entre pour une bonne part est un aliment agréable, il est vrai, mais difficile à digérer à cause de l'abondance de ses graisses et que sa richesse en acide oxalique l'interdit aux arthritiques, aux goutteux, etc. Ajoutons que le chocolat a la propriété bien connue de constiper ceux qui en usent habituellement comme aliment. Il ne faut donc pas s'étonner de voir la constipation surgir chez les jeunes enfants comme une des premières conséquences de l'alimentation avec les farines au cacao.
(1) M. Fernet a très justement fait remarquer, lors de notre communication sur ce sujet à la Société des Hôpitaux, que la teneur élevée du cacao en théobromine (2 % en moyenne) pouvait intervenir dans la production des troubles nerveux faisant partie du tableau symptomatique de l'intoxication par les farines au cacao chez les enfants dont on connaît la susceptibilité spéciale pour les excitants : café, alcool, etc. De plus, la théobromine appartient à la série purique, et, par son dédoublement, produit tantôt de l'acide urique, tantôt de l'acide oxalique, suivant les organismes. Quoi qu'il en soit, il est bon que l'on sache que le cacao contient en moyenne 20 0/00 de théobromine et 4,5 0/00 d'acide oxalique. C'est un aliment nervin unique en son genre, et il est surprenant qu'on ait pu en faire un usage aussi immodéré dans le premier âge.
Comme conclusion de cet exposé je crois pouvoir avancer que le cacao, substance riche en graisses, en acide oxalique et en théobromine, a pris une place excessive dans l'alimentation de l'enfance, alors qu'il n'aurait dû être employé que comme un condiment réservé pour des circonstances rares.
Les principaux accidents résultant de l'emploi prolongé et habituel des farines au cacao sont : la constipation opiniâtre, la diminution de l'appétit, la nervosité, l'anémie, l'amaigrissement et un certain degré d'hypotrophie à la longue.
Deux cas d'intoxication alimentaire grave par les farines de conserve
chez des nourrissons.
Dans certaines circonstances, peut-être chez des enfants prédisposés, on peut voir surgir des accidents de la plus haute gravité dus à l'ingestion excessive et prolongée d'aliments artificiellement fabriqués.
En octobre 1907, j'ai eu l'occasion d'observer à Fontenay-sous-Bois, avec mon excellent confrère, le D' Jacquot, un petit garçon âgé de 4 ans environ, qui était atteint de vomissements à peu près incoercibles. Il était sujet, disait la mère, à la constipation et à l'entérite; d'ailleurs, il revenait de faire avec sa famille une cure à Châtel-Guyon. Pendant la cure une poussée aiguë d'entérite aurait eu lieu; l'enfant avait été mis à la diète d'abord, puis on avait recommencé de lui donner du racahout à l'eau, car on redoutait beaucoup l'usage du lait pour son tube digestif. D'ailleurs, depuis longtemps, le racahout était l'aliment préféré par cet enfant. Depuis le retour de Châtel-Guyon, c'est-à-dire depuis plus d'un mois, l'alimentation ne consistait que dans du racahout à l'eau donné trois à quatre fois par jour; l'enfant, très volontaire, refusait toute autre chose.
Durant ce temps, l'enfant s'était beaucoup amaigri; il était extrêmement nerveux et maussade; il était pâle, il avait assez souvent des vomissements inexpliqués. L'un de mes jeunes collègues des hôpitaux d'enfants fut appelé en consultation pour donner son avis sur le cas.
En présence de cet amaigrissement avec pâleur et vomissements assez fréquents et irritabilité nerveuse, on pensa à un début de bacillose méningée et on agita même la question d'une ponction lombaire, d'après ce que me rapporta le D' Jacquot.
Je fus appelé dix jours après environ.
L'amaigrissement et la faiblesse étaient tels, que l'enfant ne quittait plus son lit; les vomissements étaient devenus à peu près incoercibles : apyrexie complète, l'alimentation consistait exclusivement dans de petites tasses de racahout délayé dans l'eau. La constipation qui était opiniâtre était combattue par des lavements émollients.
D'accord avec le médecin traitant, nous décidâmes de supprimer complètement le racahout de l'alimentation et de le remplacer par de petites prises de lait Lepelletier glacé et additionné d'une cuillerée à soupe de la solution suivante pour une tasse :
Eau distillée 250 gr.
Citrate de soude 5 —
Sirop simple 50 —
Dès que la tolérance de l'estomac serait rétablie, de donner à l'enfant un peu de purée de pommes de terre au lait, puis de la bouillie de farine d'avoine fraîche au lait et du jus d'orange matin et soir.
Enfin, dans quelques jours, si les fonctions gastro-intestinales le permettaient, d'ajouter trois à quatre cuillerées à soupe de jus de viande dans la purée de pommes de terre.
Nous conseillâmes aussi de tenir l'intestin libre avec de la magnésie anglaise une cuillère ii r.afé administrée le malin à jeun.
J'étais fort perplexe, je l'avoue, sur le diagnostic dans ce cas, et je pensais que, si le changement de régime alimentaire échouait, si les accidents persistaient, l'hypothèse de la méningite tuberculeuse deviendrait bien vraisemblable, suivant l'opinion émise antérieurement par mon collègue des hôpitaux. Je priai donc mon confrère le D^ Jacquot de me tenir au courant do ce qui allait se passer et, après une semaine, il voulait bien m'écrire que les troubles gastro-intestinaux étaient très atténués, que l'enfant supportait et utilisait le lait homogénéisé et qu'il y avait déjà une grande amélioration dans son état. Dans le courant de l'hiver, trois mois environ après ces accidents si graves, à Fontenay-sous-Bois, les parents de l'enfant, qui étaient rentrés à Paris, me firent un jour la surprise de me le ramener dans mon cabinet; il était en assez bon état, il avait repris du poids et des forces. Il était guéri de son intoxication alimentaire. (Le chocolat entre pour une grande part dans le racahout.)
Au mois de février 1909, je fus appelé par le D^ Paul Bourgouin auprès d'un des petits malades de sa clientèle, âgé de quinze mois. Cet enfant, né de parents bien portants, premier né, avait été élevé exclusivement au sein par sa mère, et son développement avait été satisfaisant; il avait fait ses premiers pas à treize mois. Le sein de la mère commençant à tarir, elle donna après treize mois une ou deux bouillies de farine lactée préparées à l'eau; puis elle perdit tout à fait son lait et elle entreprit le sevrage en donnant tous les jours trois à quatre bouillies de farine lactée toujours à l'eau; l'enfant, disait la mère, avait refusé d'autre lait que le sien et elle n'avait pas insisté pensant que la farine lactée était suffisante.
Après cinq semaines de cette alimentation exclusive à la farine lactée, brusquement substituée à un allaitement régulier au sein, l'enfant devenu très nerveux, refusait de marcher et fut pris, à plusieurs reprises, de crises avec perte de connaissance.
Après un bruit stridoreux très fort, les yeux se convulsaient, la figure devenait livide, les mouvements respiratoires s'arrêtaient et l'enfant tombait en résolution, laissant échapper ses urines. Ces crises effrayantes, pour lesquelles fut appelé le D'' Bourgouin, se reproduisaient deux ou trois fois dans la journée. Il s'agissait manifestement d'accidents de spasme de la glotte.
Lorsque je vis l'enfant, il était nerveux et grognon ; son teint était pâle ; il avait beaucoup maigri depuis le sevrage. « Mon enfant était beau bébé tant que je lui ai donné le sein, il n'est plus le même », disait la mère.
Je constatai des vestiges de rachitisme assez marqués aux épiphyses radiales et costales.
D'après les renseignements fournis par la mère, je pensai à des accidents d'intoxication alimentaire en rapport avec la brusque substitution de la farine lactée à l'allaitement au sein et surtout avec la privation de lait depuis près de deux mois.
D'accord avec mon confrère le D"^ Bourgouin, je supprimai entièrement la farine lactée ou toute autre farine de conserve.
Je conseillai de purger doucement l'enfant deux jours de suite avec le sirop suivant :
Eau 150 gr.
Folioles de séné 10 —
faire infuser, puis macérer 24 heures, filtrer et ajouter sucre 180 %.
1" Une cuillerée à dessert de ce sirop chaque matin;
2° De le laisser à la diète à l'eau de riz pendant vingt-quatre heures ;
3" D'administrer le lavement suivant deux fois dans la journée, après un lavement détersif :
Eau 150 grammes.
K. Br 1 —
Hydrate de chloral 0 gr. 60;
4" Dès le lendemain de donner des prises de lait homogénéisé additionné de la solution de citrate de soude toutes les trois à quatre heures ;
5" De contihuer l'alimentation lactée dominante en l'additionnant progressivement delà purée de pommes de terre au lait et la farine d'avoine, enfin'de préparer toutes les bouillies au lait.
J'ai appris depuis notre consultation avec le D'" Bourgouin que les accidents de spasme de la glotte avaient cédé dès le surlendemain et que l'élevage de l'enfant se faisait normalement depuis la suppression de la farine lactée.
Que l'on donne de temps à autre aux enfants des bouillies faites avec ces farines, dont la sapidité les allèche, comme on leur accorderait une friandise, rien de mieux, mais qu'on ne les emploie pas régulièrement dans l'alimentation infantile. On peut pallier une partie de leurs inconvénients en les délayant dans beaucoup de lait. Mais il est quelques-unes de ces mixtures dites lactées qu'on recommande de préparer sans lait, dans les réclames commerciales.
Il y aurait un grave danger à prendre à la lettre les conseils donnés par les fabricants qui vantent leurs produits comme les meilleurs succédanés du lait de femme pour le sevrage. Si l'on prépare les bouillies à l'eau comme ils le prescrivent dans leurs prospectus, des troubles plus ou moins sérieux s'ensuivent assez vite et on voit surgir les manifestations du rachitisme ou d'autres accidents.
Chez les enfants ainsi alimentés aux farines de conserve dont on surveille la croissance dans les Gouttes de lait, on voit naître, pour ainsi dire, les nodosités rachitiques et les tuméfactions épiphysaires, six semaines à deux mois après qu'ils ont été privés de lait. Les lésions rachitiques vont progressant et peuvent devenir fort graves si l'on continue ce régime défectueux. La marche est retardée.
Un très grand nombre d'enfants allaités par leur mère, très normaux jusqu'au sevrage, deviennent rachitiques et hypotrophiques faute de recevoir du lait de vache lorsque 4e sein leur est retiré. Nous ne saurions trop insister sur ce point.
La privation de lait à l'époque du sevrage n'est pas seulement dangereuse si l'on manie les mixtures et les farines de conserve; elle l'est aussi avec toutes les autres bouillies farineuses préparées à l'eau ou au bouillon de légumes, qui n'est d'ailleurs qu'une décoction saline très faible, comme M. Chevalier l'a prouvé par des analyses rigoureuses. (Voir p. 483.)
Les troubles dystrophigues produits par l'usage prématuré et régulier
de la panade.
Dans la population pauvre, la panade a toutes les préférences, parce qu'elle ne coûte presque rien. Quelques croûtes de pain, un peu d'eau pour les faire bouillir et voilà de quoi nourrir un enfant toute une journée.
Ceux qui sont un peu plus fortunés recourent aux farines lactées.
Quoi qu'il en soit, panades ou farines lactées sont des mixtures rachitisantes au premier chef, quand elles sont données prématurément, avant l'éruption des dents, c'est-à-dire avant l'âge de 8 à 10 mois. Le lait est le seul aliment adapté à la capacité digestive des nourrissons, jusqu'à cette époque : on ne saurait trop le répéter.
Dans les ménages ouvriers, les bébés qui mangent à table de la soupe, c'est-à-dire du pain trempé, avec leurs parents, sont dans les mêmes conditions
LA DENTITION ET LE SEVRAGE bîZ
que ceux qui prennent de la panade; ceux aussi qui nous reviennent de nourrice, hypotrophiques et rachitiques, ont reçu, au lieu de lait, des bouillies épaisses de farine de froment à l'eau.
En somme, le jeune enfant n'est apte à chymifier et à utiliser pliysiologiquement que les principes constituants du lait; et les matières amylacées subissent dans son tube digestif des modifications encore indéterminées, d'où résulte la formation de substances qui exercent une action toxique élective sur le squelette.
Le moment n'est pas éloigné, où l'on reproduira expérimentalement peut-être, le processus du rachitisme à l'aide des produits intestinaux des enfants qui reçoivent prématurément une alimentation amylacée. Le rachitisme est, en effet, une dystrophie osseuse bien spéciale qui est fréquemment associée à rhypotrophie et aux insuffisances de développement, mais qui peut en être aussi parfaitement distincte, comme nous l'avons établi.
Je crois devoir relater avec détails, comme preuve à l'appui, l'histoire d'une famille d'enfants rachitiques élevés à la panade,
A l'hôpital des Enfants- Malades, j'ai pu observer, en 1905, une famille de cinq enfants rachitiques, et j'ai obtenu de leur mère des renseignements très circonstanciés sur leur alimentation initiale (1).
Le père de ces enfants serait un toUsseur, mais la mère est très bien portante; ni l'un ni l'autre ne présentent de déformations rachitiques. Ils ont eu 9 enfants dont 3 seraient morts de méningite, l'un à 3 ans 1/2, un autre à 14 mois, le dernier à 5 mois.
Sur les 6 enfants vivants, 5 présentent des lésions ou, tout au moins, des vestiges manifestes de rachitisme.
L'aînée seule, Yvonne G..., qui est une fille de 13 ans, est tout à fait indemne.
Sa taille est 1 m. 36.
Son poids de 30 kg. 900.
Elle a été élevée par la mère à la campagne, pendant trois mois au sein, puis au biberon avec du lait de vache bouilli; jusqu'à l'âge de un an, elle n'a reçu que du lait qu'on se procurait aisément; l'enfant aurait marché à 9 mois. Elle n'a pas reçu de bouillie ni de panade avant l'âge de un an. Cette fillette ne figure pas dans la photographie. Tous les autres enfants ont été élevés à Paris.
Gaston G..., âgé de 11 ans 1/2, est né à terme, a été nourri exclusivement au biberon jusqu'à 6 mois. A partir de cette époque, la mère donne tous les jours, à midi, une bonne assiettée de panade; jusqu'à 4 ou 5 heures, l'enfant ne demandait plus rien; il recevait du lait pour les autres repas. Ce mode d'alimentation a été continué régulièrement.
Ses dents ont percé tard et il n'a marché qu'à 2 ans 12. Sa mère a remarqué qu'il a eu de bonne heure les jambes tordues et les poignets gonflés. Nous l'envoyons faire un séjour de trois mois au sanatorium maritime de l'île d'Oléron. On voit aisément sur la photographie que les deux jambes sont très arquées, surtout la gauche, à cause de l'incurvation des tibias. Il n'y a plus de déformations apparentes aux poignets ni au thorax.
Poids : 23 kg. 100.
Taille : 1 m. 17.
(1) J'ai déjà fait reproduire, en 1897, la photographie de trois frères dans le Journal de Clinique et de Thérapeutique infantiles, atteints tous trois des mêmes déformations rachitiques. Ils avaient été élevés par la même nourrice. Leur histoire est relatée dans les Bulletins de la Société des Hôpitaux, 1897.
Yvon G..., âgé de 10 ans, a été nourri de la même manière que Gaston; tous les jours, une bonne panade à partir de 6 mois. La mère fait mijoter pendant dix minutes sur le gaz des croûtes de pain dans un peu d'eau et y ajoute du beurre. Il n'a marché qu'à 2 ans; ses jambes ont toujours été incurvées; elles le sont cependant un peu moins que celles de Gaston. Le ventre est un peu gros, pas d'autre déformation rachitique. Nous l'avons aussi envoyé à l'île d'Oléron, d'où il revient très amélioré, dit la mère.
Poids : 22 kg. 500.
Taille : 1 m. 15.
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Fie. 85. — Une famille d'enfants rachitiques ayant reçu prématurément de la panade à Teau (1).
Armande G..., âgée de 8 ans, a été élevée à peu près comme ses deux frères aînés, Yvon et Gaston; cependant, elle présente des vestiges de rachitisme beaucoup moins apparents. Les jambes sont légèrement arquées, la gauche surtout. Il y a encore un chapelet costal bien marqué : le ventre est normal cependant.
Poids : 16 kg. 200.
Taille : 1 m. 07.
Marcel G..., 3 ans 1/2, revient de l'île d'Oléron comme ses frères. Nourri comme eux, il avait les jambes également tordues, mais l'incurvation aurait diminué après la cure maritime. On voit néanmoins sur la photographie que la jambe gauciie est notablement incurvée et que l'épiphyse du poignet droit est tuméfiée; les nodosités costales persistent, le ventre est un peu gros, le tronc est fortement développé.
Poids : 13 kg.
Taille : 0 m. 87.
(1) Ce cliché est extrait de la Clinique injantilc, 1000.
Lucie G..., 2 ans 1/2, nourrie comme les aînés par la mère. Elle a reçu le sein pendant les trois premiers mois, puis, pendant trois autres mois exclusivement, du lait de vache bouilli. A partir de six mois, une panade tous les jours et du lait pour les autres repas. Elle a eu ses premières dents à 14 mois; c'est à peine si elle commence à se tenir sur les jambes pour faire ses premiers pas. Les tibias présentent le même mode d'incurvation que pour les aînés; les épiphyses sont très notablement tuméfiées; le chapelet costal est très marqué.
L'enquête que nous avons faite sur le mode d'élevage de cette famille d'enfants rachitiques par la mère, nous a démontré que la faute uniforme commise dans l'alimentation, a consisté dans la substitution prématurée de la panade à l'usage du lait.
Cette observation clinique a donc la valeur d'une véritable expérimentation ; les cinq enfants qui ont reçu de la panade dès l'âge de 6 mois, ont eu des troubles de l'ossification. L'aînée, qui a pris du lait exclusivement jusqu'à un an, a, au contraire, un squelette normal. C'est le témoin. J'ai retrouvé en 1909, aux Enfants-Assistés, une autre famille de cinq enfants rachitiques tous élevés à la panade.
Expériences sur la valeur nutritive de la panade chez les chiens.
Avec M. Lassablière, nous avons cherché à reproduire des troubles analogues chez des jeunes animaux et à démontrer ainsi expérimentalement les inconvénients de la panade comme aliment du premier âge (1). C'est ainsi que quatre jeunes chiens d'une même portée ont été nourris : l'un (chien I), servant de témoin, avec de la bouiUie très claire faite avec de la farine de froment délayée dans du lait sucré, les autres (chiens II, III, IV) exclusivement avec de la panade, c'est-à-dire du pain trempé et bouilli dans de l'eau. L'expérience a été commencée le 25 décembre 1907 et a été terminée le 21 avril 1908.
Le tableau suivant donne le poids et la taille des animaux seulement à différents moments de l'expérience : en particulier, chaque fois que l'un des animaux est mort.
La taille a été mesurée depuis la naissance de la queue à la protubérance occipitale externe.