CHAPITRE XXIV
LE CONTROLE MÉDICAL DE l'ALLMENTATION INFANTILE LES CONSULTATIONS DE NOURRISSONS ET LES GOUTTES DE LAIT
Sommaire. — Origine des consultations de nourrissons et des Gouttes de lait : milieux différents où naissent ces institutions; les unes visent l'allaitement maternel, les autres l'élevage artificiel. — L'œuvre de la Maternité de Herrgott, à Nancy, en 1890. — La consultation de nourrissons de Budin, à Paris, 1892. — Description de cette première consultation. — Résultats statistiques'. — Abus de la statistique par certains médecins. — Tentative de généralisation des consultations de nourrissons dans les campagnes.
Les Gouttes de lait. — Description de la distribution de lait stérilisé au dispensaire de BellevillerTondé à Paris en 1892. — La Goutte de lait de Fécamp : sa fondation en 1894 ; son fonctionnement. — Les Gouttes de lait considérées comme champs d'observation pour les pédiatres. — La propagation des Gouttes de lait en France et à l'étranger. — Le premier Congrès international des Gouttes de lait à Paris (1905). — Vœux émis par le deuxième Congrès international des Gouttes de lait à Bruxelles (1907).
Les institutions, comme les hommes, viennent à leur heure; il faut un concours de circonstances pour qu'elles apparaissent, pour qu'elles se développent et s'épanouissent. V
Dans les grandes villes, tout au moins, avant la découverte de la stérilisation du lait, l'élevage artificiel des enfants au biberon donnait des résultats si déplorables que personne n'aurait songé à organiser de grandes distributions de lait pour les nourrissons.
Il faut (le proclamer bien haut, ce sont les découvertes pasteuriennes et le progrès accompli dans l'allaitement artificiel par la stérilisation, qui nous ont permis de fonder avec confiance nos premières Gouttes de lait, aussi bien à Paris qu'en province. Mais si ces institutions nouvelles ont été accueillies avec tant de faveur, si elles se sont propagées, multipliées si vite, c'est que l'on a reconnu qu'un des éléments principaux de la dépopulation de la France était l'élévation de notre mortalité infantile venant aggraver l'abaissement de notre natalité. On a bien vu que si l'on ne pouvait agir efficacement pour faire aug-
menter le. nombre de naissances, on pouvait au contraire réduire le nombre des morts dans le premier âge. Tels sont les deux facteurs principaux : l'un d'ordre scientifique, l'autre d'ordre social, qui ont présidé à l'éclosion des Gouttes de lait et favorisé leur essor.
Depuis bien longtemps il existait en France des sociétés philanthropiques pour encourager l'allaitement des femmes pauvres; l'une des plus anciennes est la « Société de l'Allaitement maternel ». La « Société protectrice de l'Enfance », fondée par Marjolin, faisait déjà surveiller les nourrissons par ses médecins affiliés, avant même que la loi de protection du premier âge, dite loi Roussel, n'eût été promulguée en France; elle faisait également distribuer des bons de viande aux mères nourrices.
Mais ce n'est qu'à partir de 1892 que furent organisées les consultations pour nourrissons, dans les maternités (Budin), et les premières grandes distributions de lait stérilisé contrôlées médicalement pour l'alimentation artificielle des bébés dans les dispensaires (Variot).
En 1894, le D^ Léon Dufour, à Fécamp, fonda une œuvre philanthropique spéciale, indépendante des maternités et des dispensaires, et destinée à surveiller l'élevage des bébés, spécialement de ceux^au biberon, et il la désigna sous le nom imagé de Goutte de lait, qui a été généralement adopté pour les institutions similaires.
Dès leur fondation, les consultations de nourrissons et les Gouttes de lait eurent à Paris, tout au moins, une orientation et un fonctionnement différents : les premières, annexées aux maternités prenant l'enfant dès sa naissance, eurent commè^'dbjectif'prmcrpal de stimuler et de contrôler l'allaitement maternel. Les accoucheurs qui les dirigeaient ne s'occupaient qu'accessoirement de Tallaitement artificiel. Peu familiarisés avec les complexus morbides qui sont le cortège ordinaire de l'élevage au biberon mal conduit, ils se bornèrent à manier le lait stérilisé pour compléter la ration au sein, lorsqu'elle devenait insuffisante ou pour quelques rares bébés tout à fait normaux. Budin et ceux qui l'imitèrent, peut-être par crainte de ne pas obtenir des statistiques très favorables avec l'élevage artificiel, n'acceptèrent jamais qu'un nombre infime de bébés au biberon (six pour cent) dans leurs consultations.
Cependant nous savons bien que dans la population pauvre ou nécessiteuse la proportion des bébés élevés artificiellement est beaucoup plus élevée à Paris. ~~^ "
Ce sont ces derniers qui forment en grande partie la gQpuIation infantile des Gouttes de lait, où ils sont accueillis aus.si bien que ceux nourris heureusement au sein de leur mère, ou ceux pour' h^squels l'allaitement maternel est insuffisant.
Il faut ajouter qu'un grand nombi'e des (>nfants élevés artificiellement sont apportés à la Goutte de lait dans un él;it d'atrophif» plus ou moins avancé, qu(! I(!ur vie est en danger, et que le rôle du pédiad'c est capital poui- diriger l'alimentation dans ces conditions inoi'bidcs.
Ainsi la grande; question du conlrôh» de rallaitiMuent nialcMuel et artificiel a bien été envisagée; par les médecins fi'an<;ais sous ses deux points de vue fondamentaux. Grâce aux champs d'observation nouveaux qu'ils se sont créés,
ils ont donné une vigoureuse impulsion aux études sur l'hygiène alimentaire du premier âge, et ont fourni ainsi des armes nouvelles pour la lutte contre la mortalité infantile.
Des rivalités ont surgi entre ces organismes hygiéniques nouveaux; mais les discussions passionnées même, qui ont eu lieu, ont servi à mettre bien en lumière l'utilité et le rôle réciproque des Gouttes de lait visant plus spécialement l'élevage artificiel et des consultations de nourrissons contrôlant et propageant surtout l'allaitement maternel.
De telles divergences entre hommes animés d'idées également élevées ne peuvent que servir au progrès scientifique.
Les consultations de nourrissons, telles qu'elles ont été conçues par Budin et telles que les accoucheurs les ont fait fonctionner dans les maternités, ne pouvaient être acclimatées que dans les grands centres de population. Les Gouttes de lait étaient des organismes hygiéniques plus souples, mieux adaptés aux besoins populaires dans les petites villes, et se sont propagées rapidement non seulement en France, mais encore à l'étranger.
C'est au mois de juin 1892 que Pierre Budin organisa, à l'hôpital de la Charité, à Paris, la première consultation de nourrissons, comme annexe de la maternité qu'il dirigeaiïl ' "
Déjà, une ébauche de contrôle des enfants du premier âge par un accoucheur français avait précédé la création de Budin.
Dès 1890, le prôîesseûr Herrgott fonda à Nancy une œuvre dite « de la Maternité )\ qui avait surtout pour but l'encouragement de rallaitenioiit maternel. Les femmes qui ont accouché à la Maternité reviennent un mois après leur sortie. On pèse leur enfant, on compare son poids avec celui qu'il avait quatre semaines auparavant, et on donne une gratification variable suivant l'augmentation obtenue et la manière dont les enfants sont soignés et suivant le nombre des enfants que les femmes ont déjà. Une femme qui n'a qu'un enfant et dont le mari est bien portant aura une gratification moindre que celle qui aura été abandonnée par le père de son enfant, car cette dernière a eu plus de difficultés à surmonter pour arriver au but désiré.
En dix ans, du l^r janvier 1890 au 31 décembre 1900, on a pu distribuer 25,382 francs de primes, ce qui a permis de secourir 2,052 femmes.
De même que Marjolin, le fondateui de iâ SQçiété protectrice de l'Enfance de Paris, qui faisait distribuer des bons de viande et des layettes aux femmes qui nourrissaient au sein, M. Herrgott se proposait comme but essentiel, de stimulej^l'all^itemp.nt maternel. Budin alla plus loin et organisa le contrôla systématique des nourrissons nés dans la Maternité, et continué après la sortie des femmes. Il les faisait revenir à intervalles réguliers pour inspecter leur enfant et leur donner des conseils; il commence enfin à distribuer une petite quantité de lait stérilisé, surtout pour l'allaitement mixte. Budin, en sa quahté d'accoucheur, reste sur le terrain de l'allaitement
maternel, et dans sa première communication sur ce sujet à l'Académie de Médedecine en 1893, il limite nettement son champ d'activité à l'hygiène des enfants élevés au sein.
« Il est permis de se demander, dit-il, si on ne pourrait pas organiser en ville des consultations pour les nourrissons. Les enfants y seraient pesés chaque semaine, l'allaitement au sein y serait surveillé, dirigé et complété, s'il était nécessaire, par l'usage du lait stérilisé. Puisque des secours d'allaitement sont donnés aux femmes pauvres, puisque les enfants sont soignés gratuitement, il serait facile d'avoir sur elles une action réellement efficace. Peut-être parviendrait-on à diminuer la mortalité si considérable encore des enfants du premier âge. »
Dans la description que Budin donne de sa consultation de nourrissons de la Charité, en 1900, on voit que sa préoccupation dominante reste toujours l'allaitement au sein. Il sélectionne soigneusement les enfants qu'il admet et'il n'accepte qu'un nombre infime d'enfants élevés exclusivement au biberon. Il en fut de même plus tard lorsqu'il prit la direction de la clinique JTarnier.
Voici, empruntée textuellement à son livre Le Wourrisson, la description de la consultation telle qu'il en comprenait le fonctionnement :
'( Chaque semaine, les femmes qui sont accouchées dans notre service et qui élèvent chez elles leur enfant, nous l'apportent le vendredi matin. Cet enfant est examiné et pesé. Sur un registre spécial, nous inscrivons son poids et les renseignements qui le concernent; nous pouvons, de la sorte, établir facilement sa courbe. C'est l'allaitement au sein que nous encourageons de toutes nos forces et nous utilisons tout le lait que la mère est capable de fournir; nous avons vu quelques femmes qui, médiocres au début, devenaient plus tard d'excellentes nourrices.
« Dans le cas où l'allaitement au sein est manifestement insuffisant, nous prescrivons une quantité variable de lait stérilisé que la mère vient ou envoie chercher chaque matin. Parfois même, la femme n'ayant pas de lait du tout, ou, après en avoir eu, n'en ayant plus, son enfant ne boit que du lait stérilisé.
« Nous remettons à la mère une fiche en carton sur laquelle nous inscrivons le numéro du registre, la date de la naissance de l'enfant, son poids hebdomadaire, le mode d'allaitement auquel il est soumis et la quantité de lait qui doit lui être distribuée chaque jour. Lorsque nous le jugeons nécessaire, l'enfant nous est ramené dans le cours de la semaine.
« Au lieu d'abandonner à elles-mêmes des mères désireuses de bien faire, mais ignorantes et pauvres, il nous semble préférable de les surveiller, de les diriger, de les aider. « Cette con- « sultation, a écrit un de nos élèves, devient une véritable école des mères, car si l'on soigne « les bébés, on conseille aussi les mamans, leur donnant une ligne de conduite pour le pré- « sent et l'avenir. »
« Nous ne devons pas dissimuler cependant que notre tâche n'est pas toujours facile; l'obéissance n'est guère le fait des femmes du peuple acessibles aux conseils plus ou moins bizarres qui leur sont donnés par leur entourage. Nous avons vu, par exemple, une mère trouvant que la quantité de lait fournie par nous n'était pas suffisante, aller en aclieter par les grandes chaleurs sous une porte cochère : une diarrhée assez forte en fut la conséquence. Aussi préférons-nous ne surveiller que des personnes sorties de notre service, habituées déjà à nous écouter et qui, ayant vu inscrire chaque jour le poids de leur enfant, comprennent rinii)ortance des pesées. Si un nourrisson est smilTianl, nous {h>man(hins (pfcii nous prévienne : nous sommes tenus au courant de son étal l'I du traitement (|u"il suit, nous envoyons |)rfn(lre de ses nouvelles, et nous pouvons savoir ce qu'il devient, en attendant le moment où il jxMitia revenir à la consultation.
Il Jm consultation de nourrissons, créée h la Charité en 1892, y a été conservée. Nous en avons organisé une autre à la Maternité (|ui est continuée jiar le D'Porak. Celle que, en mars
LES CONSULTATIONS DE NOURRISSONS 5i9
1898, nous avons installée à la (.Unique Tarnier comprenait, le 8 juin dernier, soixantedix-neuf enfants.
« Parmi eux 48 étaient nourris au sein 48
« 14, nourris au sein d'abord, étaient à l'allaitement mixte, leurs mères n'ayant pas assez de lait; 4 avaient été mis, dès le début, à l'allaitement mixte.
« 9 qui avaient été élevés au sein ou à l'allaitement mixte recevaient à cette date l'allaitement artificiel, ou étaient sevrés, car nous conservons les enfants jusqu'à l'âge de 2 ans.
« Cela fait un total de 27 enfants pour lesquels on avait utilisé tout le lait que leur mère avait été capable de fournir 27
« Enfln, 4 enfants avaient reçu d'emblée l'allaitement artificiel 4
Total 79
« Il s'agissait, pour ces quatre derniers, de bébés qui, nés chez nous, avaient d'abord été confiés à des nourrices mercenaires; les mères, les trouvant en très mauvais état, les avaient repris, et nous les avaient amenés. Il est très rare que nous soyons obligés de mettre d'emblée les enfants à l'allaitement artificiel.
« Au commencement de juin,
« 60 % des enfants de notre consultation étaient allaités au sein ;
« 34 % avaient pris dans le sein de leur mère tout ce qu'il était capable de produire;
« 6 % avaient été mis à l'allaitement artificiel, par suite des conditions dans lesquelles ils avaient été amenés.
« Donc, à notre consultation, nous encourageons surtout l'allaitement au sein; nous la dirigeons de notre mieux par une surveillance continue et par des conseils donnés aux mères; celles qui nourrissent exclusivement au sein sont bientôt autorisées, lorsque l'enfant va bien, à ne le présenter que tous les quinze jours; les autres doivent venir exactement chaque semaine. »
Plus loin, Budin ajoute :
« Depuis que nous avons commencé notre consultation, c'est-à-dire depuis 1892, jusqu'au commencement de juin 1899, en ne comptant que les enfants que nous avons surveillés pendant un an au moins et deux années au plus, nous en avons suivi 435.
« 238 ont été nourris exclusivement au sein ;
« 197 ont~eu l'allartement mixte ou l'appareil artificiel.
« Sur 435 enfants, 32 ont succombé, ce qui fait une mortalité générale de 7,3 %. Voici les causes de mort :
« Broncho-pneumonies (dont 5 consécutives à la rougeole et une à la coqueluche) . . 10
a Tuberculose pulmonaire 1
« Méningite 7
« Adénite cervicale suppurée 1
« Péritonite subaiguë 1
« Convulsions sans autre désignation du médecin traitant, maladie courte n'ayant
duré que quelques heures, diagnostic incertain 5
« Diphtérie 1
« Syphihs congénitale 3
« Variole, dont une variole hémorragique 2
« Choléra infantile 1
Total 32
« Dans ce dernier cas, il s'agit d'un enfant S..., inscrit sous le n° 881. Il était nourri au sem. Sa mère, l'ayant mis dans une crèche de la ville où il recevait du mauvais lait, il eut à plusieurs reprises de la diarrhée. Malgré notre défense, la mère le reconduisit à la crèche; il y passa la journée du 24 avril 1897, y reçut du lait, fut pris du choléra infantile et mourut le 25 avril, le lendemain.
« On pourrait presque dire que ce fait a toute la valeur d'une expérience, car, en dehors de lui, aucun de nos enfants n'a succombé à la diarrhée ou au choléra infantile (1). »
Nous avons cru devoir reproduire intégralement ce texte, qui montre bien l'esprit dans lequel furent créées les consultations de nourrissons dans les maternités.
D'ailleurs Budin s'est chargé de définir le but de l'institution qu'il a créée : « Les Consultations de nourrissons, dit-il formellement, ne doivent pas être des écoles d'allaitement artificiel », et il ajoute « car nous ne connaissons pas les moyens d'élever les enfants artificiellement sans leur faire courir de grands risques (2) »,
D'après tout ce qui précède, on comprendra comment les accoucheurs de Paris, Budin et ceux qui ont suivi son exemple, MM. Porak, Boissard, etc., recrutent le grand nombre d'enfants au sein qui prédominent dans leur consultation.
Les mères, reconnaissantes des bons soins qu'elles ont reçus dans les salles, acceptent volontiers la discipline de l'hôpital et l'autorité du chef de service. Elles consentent donc à rapporter chaque semaine leur enfant à la consultation, pour qu'il soit inspecté, pesé, alors même qu'elles nourrissent entièrement au sein et que l'enfant vient bien.
Mais il faut encore, pour que ces mères nourrices puissent venir passer une matinée par semaine en attendant leur tour pour l'inspection individuelle, il faut, dis-je, que ces mères aient une certaine liberté, qu'elles ne soient pas obligées de garder les autres enfants à la maison, de vaquer aux soins du ménage, etc, il ne faut pas, en un mot, qu'elles soient des malheureuses.
Les statistiques officielles nous apprennent qu'à Paris, sur 57.000 naissances annuelles, environ 34.181 enfants naissent aux frais de l'Assistance publique. Il y a eu, en 1899, 16.294 accouchements dans les maternités; 5.960 chez les sages-femmes agréées; le nombre des femmes accouchées par les bureaux de bienfaisance a été de 11.927.
On m'accordera bien, je pense, que cette proportion considérable d'accouchements aux frais de l'Assistance publique, en rapport avec le développement extraordinaire des services publics d'obstétrique à Paris, ne correspond pas au nombre réel des indigents et des nécessiteux.
Les maternités installées avec un confort, un luxe même excessif, attirent certainement une clientèle de femmes qui ne sont pas dans le besoin, qui savent qu'elles seront bien accouchées et gratuitement. Il est présumable qu'un certain nombre des mères nourrices qui vont suivre assidûment la consultation de nourrissons appartiennent à cette catégorie.
La consultation de nourrissons est née dans un milieu spécial et elle ne pouvait que difficihunent être transportée ailhMirs avec cette prédominance considérable de bébés élevés par leur mère.
Il est donc naturel que les consultations do nourrissons installées à l'instigation d(! Ruflin ot do Paul Strauss dans les bureaux de bienfaisance et dans
(1) Le Nourrhuon, par Pierre Budin, Paris, 1000.
(2) Manuel pratique d' accouche ment et d'allaitement, par Budin et Demelin.
les maisons de secours à Paris, pour les enfants qui reçoivent l'assistance gratuite, soient devenues de véritables Gouttes de lait.
Les bébés élevés artificiellement y sont les plus nombreux, la distribution du lait stérilisé y a pris une bien plus grande importance que dans les maternités. Comme dans les consultations des maternités, l'outillage pour la stérilisation est resté néanmoins tout à fait rudimentaire : il consiste en quelques bassins pour chauffer les flacons; ce sont en grand les appareils de Soxhlet. Il faut noter que le lait stérilisé distribué aux mères dans les consultations des maternités, comme dans les maisons de secours, a toujours été délivré gratuitement aux frais de l' Assistance publique de Paris
Pour bien établir la valeur des consultations qu'il avait créées en vue de protéger la vie des nouveau-nés, Budin dressait des statistiques très rigoureuses de la mortalité djes enfants dont il contrôlait l'élevage. Nous avons reproduit plus haut une des premières statistiques publiées par lui sur ce sujet; à diverses reprises, dans des communications à l'Académie de Médecine, dans des conférences publiques, il insista sur la valeur de la méthode statistique pour démontrer l'efficacité des consultations de nourrissons.
Il est permis même de regretter qu'il ait attaché une importance excessive à des chifîres statistiques auxquels on ne peut attribuer scientifiquement une grande valeur, à cause du mode de sélection des enfants dont il contrôlait l'élevage et qui étaient presque tous nourris au sein par leur mère.
C'est ainsi qu'en 1905, dans une communication faite à l'Académie de Médecine avec M. Planchon, Budin présenta une statistique de la consultation de nourrissons du professeur Charles, de la Maternité de Liège (Belgique). Sur 825 enfants qui ont suivi la consultation de M. Charles, 14 seulement ont succombé, ce qui donnerait une mortalité générale de moins de 2 % dans une ville où 15 % des enfants succombent dans la première année, et les auteurs belges concluent en disant :
« Ces résultats sont éloquents et il est inutile de les commenter; ils mettent suffisamment en honneur les bienfaits considérables des consultations de nourrissons. Nous croyons que les pouvoirs publics ne peuvent marchander leur appui pour l'extension de ce genre d'œuvres sociales, si belles, si utiles et si démocratiques. »
Cependant, il faut bien le dire, c'est un véritable sophisme de comparer, comme le fait M. Charles, la mortalité de sa consultation 2 % à celle de toute la ville de Liège, qui s'élève à 15 %. L'accoucheur fait un choix parmi les enfants nés dans son service, les fait revenir périodiquement pour les surveiller et conseiller les mères. On doit noter que presque tous ces nourrissons reçoivent le sein; 4 ou 5 % seulement prennent le biberon.
Voilà une population infantile triée sur le volet, qui ne ressemble guère à celle du reste de la ville parmi laquelle un bon nombre de pauvres petits reçoivent la bouteille, ou sont même confiés à des éleveuses, placés dans les crèches, pendant que les mères vont gagner leur vie.
Si l'on veut y réfléchir, l'expérience faite dans un milieu infantile artificiel et restreint par les accoucheurs prouve surtout la supériorité énorme de l' allai-
tement maternel (1). Mais ce n'est pas là un fait nouveau. Il faut ajouter qu'il y a une circulation plus ou moins rapide d'enfants dans les consultations de nourrissons : quelques-uns ne sont suivis que pendant deux ou trois mois et même moins longtemps et ils sont compris néanmoins dans la statistique globale, dans laquelle ils contribuent à faire baisser le taux de la mortalité.
C'est donc un faux raisonnement que de comparer la mortalité ainsi calculée V sur un chiffre restreint d'enfants qui se sont succédé plus ou moins rapidement dans la consultation, à la mortalité infantile globale pour toute une ville où tous les décès de 0 à 1 an ont été enregistrés. Il faudrait, pour que cette comparaison fût valable, que chaque enfant eût fréquenté le dispensaire pendant toute la première année, ce qui n'est pas la règle, tant s'en faut. De tels artifices ne peuvent tromper que les personnes incompétentes en hygiène infantile et j ne prouvent nullement la valeur de l'inspection collective des nourrissons au sein pour diminuer la mortalité du premier âge. •^
Cependant, un bon nombre de médecins qui ont fondé et qui dirigent des consultations de nourrissons ou des Gouttes de lait sont tombés dans cette erreur, aussi bien en France qu'à l'étranger. Au lieu de se borner à donner les chiffres de la mortalité globale des bébés qui ont fréquenté leur consultation pendant un temps plus ou moins long et plus ou moins régulièrement, ils mettent en parallèle le taux de la mortalité relevée par eux sur une population infantile réduite et mouvante, avec le taux de la mortalité globale de 0 à 1 an pour la ville entière. Ils ne réfléchissent pas que les deux termes de cette comparaison sont dissemblables, et ils concluent, à tort, que l'efficacité du contrôle méthodique qu'ils ont institué est en rapport direct avec la différence du taux de la mortalité infantile dans leur consultation et pour toutela ville. Depuis longtemps, nous avons montré ces causes d'erreur, et M. Oui, au Congrès d'hygiène de Tourcoing, a insisté justement sur l'utilité de réglementer les statistiques dressées par les médecins pour qu'elles puissent avoir quelque valeur. Il faut bien reconnaître que de véritables abus de la méthode statistique inaugurée par Budin ont été commis, surtout depuis la mort de ce célèbre accoucheur, par quelques-uns de ses élèves ou de ses imitateurs peu compétents en hygiène infantile.
En 1905, M. Mocquot (d'Appoigny), département de l'Yonne, dans la revue L'Obstétrique annonçait que, pour 1904, dans plusieurs villages, sur 121 enfants contrôlés par lui à sa consultation, il n'avait pas relevé un seul décès. C'était le retour à l'âge d'or. Depuis lors, en 1908, dans ce même département de l'Yonne, M. Marois, inspecteur de l'Assistance publique, a publié dans \siRevue philanthropique des résultats encore phis extraordinaires. *■
Dans les consultations de nourrissons de l'Yonne, il y aurait eu pour 1.022 enfants au sein, 19 décès, soit 1,85 % de mortalité. Pour 1.883 enfants au biberon, 68 décès, soit 3,61 % de mortalité! Il s'agit toujours de petites villes ou de villages.
Mais on omet de spé(;ifier l'âge précis et de nous dire si, durant les pre-
(\) Nous avons établi par (les sLatisli(na'.s rigoureuses (Voir la Mortalité infantUr) que la inorlalité des enfants au soin (-levés par leur mère k la campagne n'excède i)as 4 % en France. Cependant les femmes qui nourrissent leurs propres enfants ne sont soumises t\ aucun contr(.Me.
miers mois, c'est-à-dire lorsque les chances de mort sont le plus grandes, on transporte déjà à des distances de 2 kilomètres, en toute saison, les bébés qui doivent subir l'inspection collective, au lieu delà visite à domicile, seule légale; on ne spécifie pas non plus le temps pendant lequel la consultation a été suivie. Les chiffres recueillis par M. Marois, qui pourraient être considérés comme très démonstratifs en faveur des consultations de nourrissons par ceux qui ne connaissent pas certaines causes presque fatales de mort dans le premier âge, ne peuvent qua faire sourire les pédiatres. Ces chiffres font éclater jusqu'à l'évidence qu'on ne se trouve pas en présence de la population infantile ordinaire, mais au contraire d'un groupe d'enfants intentionnellement choisis pour que la mortalité apparaisse abaissée. Dans nos meilleures statistiques connues en France d'enfants élevés exclusivement au biberon la mortalité s'élève à 10 %. (Voir la Mortalité infantile.)
M. Peyroux (d'Elbœuf) (1) a commis une erreur non moins grave en comparant les statistiques de la mortalité infantile dans les consultations de nourrissons annexées aux maternités et dans les Gouttes de lait qui en sont indépendantes et en invoquant le taux plus bas de la mortalité dans les premières pour inférioriser les secondes. Ce statisticien oubliait qu'il comparait des éléments tout à fait dissemblables : d'une part, une consultation d'enfants nourris au sein par leur mère; d'autre part, une agglomération d'enfants dont la majorité étaient allaités artificiellement; et parmi ces derniers un bon nombre avaient été apportés malades.
Nous devons, en terminant, signaler la tentative récente et peu heureuse de M. Mirman, directeur de l'hygiène publique au ministère de l'Intérieur, pour généraliser partout, même dans les campagnes, la création de consultations de nourrissons. Il est improbable que Budin, qui connaissait les graves inconvénients de transporter les nouveau-nés surtout par les intempéries, eût approuvé les arrêtés des préfets des départements du Finistère ou de l'Yonne qui imposaient le transfert des nourrissons à la consultation, d'une distance de 2 ou 3 kilomètres, soit 4 ou 6 kilomètres aller et retour.
Le D'" Toulouse, le fidèle porte-parole de l'Administration dans un grand quotidien (2), s'exprimait ainsi pour stimuler le zèle des fonctionnaires et des municipalités en vue de créer des consultations :
« Les frais de cette organisation sont peu de chose : l'achat d'une balance, de carnets et d'imprimés et les honoraires des aides. Dans les grandes villes qui ont des ressources importantes, les médecins auront à percevoir des honoraires de consultation. Il appartient aux départements d'aider les communes les plus pauvres dans ces menues dépenses... Le local sera une salle de la mairie ou de l'école... h' Etat voudrait persuader aux mères fortunées que leur intérêt est de venir aux consultations. Le devoir pour elles, les plus éclairées, est de montrer aux pauvres, moins instruites, l'exemple de la soumission à un conseil rationnel... »
L'obligation de fréquenter les consultations de nourrissons serait absolue « pour les enfants assistés, ceux placés sous le régime de la loi de protection des enfants du premier âge, ceux enfin secourus à un titre quelconque ».
(1) Semaine médicale, 1902.
(2) Le Journal, 1907.
On ne se préoccupe pas de distribuer du lait pour les enfants au biberon : il s'agit donc d'une simple inspection collective.. et, périodique.
Mais malgré l'enthousiasme de quelques médecins admirateurs de ce système de contrôle, de graves objections ne tardèrent pas à surgir contre son application dans les pays où les habitations sont éparses, où les hameaux sont éloignés du bourg, où la population n'est pas agglomérée.
On conviendra que vouloir forcer la main aux médecins par l'autorité du préfet est un moyen singulier de faire accepter une méthode de contrôle de l'élevage des bébés, dont l'application dans les campagnes est fort contestable. Les médecins connaissent par les publications scientifiques, par les comptes rendus des sociétés savantes, les résultats fournis par le fonctionnement des Gouttes de lait et des consultations de nourrissons; à eux de voir si ces institutions nouvelles peuvent être adaptées dans le milieu où ils exercent, si les municipalités se prêteront à ces essais; si les mères surtout consentiront à se déplacer et à fréquenter régulièrement la consultation.
L'intervention de l'autorité administrative est vraiment hors de propos dans ces circonstances : qu'elle commence donc par faire appliquer la loi Roussel qui reste lettre morte dans bon nombre de départements.
Nous conclurons donc que la consultation de nourrissons qui, rattachée aux maternités dans les grandes villes, peut être si utile, telle qu'elle est conçue administrativement, telle qu'on veut la faire propager par les préfets dans les villages et les petites villes, n'est pas viable.
Ainsi comprise, la consultation n'est qu'un organisme hygiénique incomplet, puisque les enfants au biberon n'y trouvent pas les secours dont ils ont un besoin urgent : à savoir, des rations préparées de bon lait. C'est là le meilleur remède aux troubles digestifs. Celui qui dirige une consultation de bébés et qui ne peut pas manier du bon lait, pour l'élevage artificiel et le sevrage, est privé de la meilleure arme pour défendre la vie de l'enfant. Autant, pour un médecin, soigner les maladies sans avoir de médicaments sous la main.
Dans notre état social actuel, n'est-ce pas porter atteinte aux droits de la profession médicale que de conseiller aux mères de la classe aisée de fréquenter les consultations de nourrissons?
En attendant l'âge d'or où toutes les mères pourront donner le sein, notre devoir est de défendre la vie des enfants élevés artificiellement.
Nous savons tous que les obstacles à l'allaitement maternel ne tiennent pas seulement à des incapacités physiques, mais dépendent aussi de circonstances soçiâiêLJrupxîrieuses qu'il n'est pas en notre pouvoir de changer.
L'allaitement artificiel est étroitement lié au paupérisme dont il est une des plus tristes conséquences. Tant que les femmes seront obligées de travailler hors de chez elles pour gagner leur vie, il y aura un grand nombre d'enfants privés du sein et condamnés au biberon.
Les risques de mort pour ces petits déshérités sont au niuiiis quatre ou cinq
fois plus élevés que pour les nourrissons qui ont l'allaitement maternel; ils sont emportés le plus souvent par des maladies des voies digestives, parce qu'ils reçoivent du mauvais lait, ou une alimentation défectueuse.
Les Gouttes^ejait, avec leurs distributions de bon lait pour l'élevage artificiel, contrôlées médicalement, constituent le moyen le plus puissant dont nous disposions actuellement pour atténuer les dangers du biberon et pour diminuer la mortalité infantile.
Quoi de plus affligeant que de voir les hécatombes de petits enfants, surtout dans notre beau pays de France où la natalité est si réduite et où la vie est doublement précieuse!
On s'est ému et un immense concours de bonnes volontés s'est rallié autour des médecins qui ont pris la tête de ce mouvement pour la protection de la première enfance.
L'initiative privée, dont les manifestations sont trop rares dans notre pays, tient la première place dans la fondation et le fonctionnement de nos Gouttes de lait.
Les dames, avec leur cœur de mère, ont voulu participer à ces œuvres de bienfaisance nouvelles, quand elles n'en ont pas pris elles-mêmes la direction.
Nous allons rapporter avec quelques détails le fonctionnement de la Goutte de lait de Belleville, qui est un prototype des institutions de ce genre (1).
La distribution de lait stérilisé au dispensaire de Belleville pour enfants malades.
Le 1" juillet 1892, fut ouvert à Paris le dispensaire gratuit deJBelleville, pourries enfants malades de ce quartier populaire. Cet établissement avait été fondé par donations volontaires sur l'initiative du D' Variot, qui l'avait placé sous le haut patronagedela Ville de Paris et de plusieurs philanthropes, notamment de Jules Simon, le célèbre homme d'État, du D"" Cadet de Gassicourt, etc. Il faut remarquer que cette policlinique infantile, absolument indépendante de l'Assistance publique, est administrée par une société privée de bienfaisance. Dès l'ouverture du dispensaire, en juillet 1892, c'est-à-dire à peu près à l'époque où Budjn avait organisé à l'hôpital de la Charité sa première consultation de nourrissons, on nous apporta un très grand nombre de nourrissons au biberon atteints de diarrhée estivale ou de troubles digestifs plus ou moins graves; déjà nous avions observé les heureux effets de la stérilisation du lait pour préserver les bébés contre ces accidents si redoutables, et nous nous adressâmes à une compagnie industrielle (2) pour obtenir du lait stérilisé de bonne qualité et à prix réduit. Dans le principe, ce lait nous était cédé à vingtriçingjCÊiLtimes le litre, au lieu^de soixante centimes, prix commercial; nous faisions donc bénéficier les femmes du peuple d'une importante réduction de prix.
Chaque matin, la distribution du lait stérilisé avait lieu et, en mojns^dequatrg mois, nous avions déjà réparti 16.000 litres, soit 32.000 bouteilles de ce lait, à près de 150 enfants.
Nous avions été extrêmement satisfaits des premiers résultats obtenus par cette grande
(1) Nous avons adopté ces dernières années l'expression de Goutte delait, créée parleD''LéonDufour et qui est devenue populaire en France, pour désii^ncr notre distribution de lait stérilisé du dispensaire de Belleville qui remonte à 1892, ainsi que nous l'avons spécifié. La Goutte de lait ne constitue que l'un des services de notre policTTnique où les enfants de tout âge reçoivent des soins quotidiens : mais ce service est naturellement le plus actif, puisque la morbidité des enfants du premier âge est la plus élevée. Les mêmes locaux et le même personnel servent pour la policlinique et la Goutte de lait, et c'est là, au point de vue budgétaire, un sérieux avantage.
(2) La Compagnie Gallia, dirigée alors par M. Escuyer et plus tard par M. Siegfried.
distribution de lait à prix réduit. Voici, d'ailleurs, ce que nous écrivions sur ce sujet, en 1893 (Journal de Clinique et de Thérapeutique infantiles et comptes rendus du fonctionnement du Dispensaire de Belleville pendant le 2^ semestre 1892 et les trois premiers mois de 1893):;(Au dispensaire de Belleville, pendant le 2^ semestre de 1892, j'ai fait distribuer plus delG.OOOlitres de lait stérilisé à plus de ITiO enfants nouveau-nés, et j"ai vu des enfants arrivés au dernier degré de l'athrepsie vraiment ranimés.
« En somme, on peut affirmer maintenant que le lait de vache stérilisé a fait ses preuves dans l'allaitement artificiel; la période d'expérimentation est terminée aussi bien en France qu'à l'étranger, et ce n'est pas aller trop loin que de dire qu'il y a là une véritable progrès social qu'on doit favoriser énergiquement. Combien de malheureux nouveau-nés atteints de maladies héréditaires transmissibles à leur nourrice, seront ainsi élevés sans danger ! J'observe en ce moment plusieurs de ces infortunés qu'on élevait jadis à grands frais au pis de l'ânesse et qui prospèrent avec le lait de vache stérilisé. «
Malheureusement, la Compagnie Gallia ne voulut pas continuer les sacrifices qu'elle faisait en notre faveur, en nous accordant une aussi importante réduction de prix, et nous dûmes interrompre temporairement ce service du dispensaire.
Au commencement de 1895, après une nouvelle entente avec M. Escuyer, nous pûmes réorganiser définitivement notre grande distribution de lait: le litre nous fut cédé à trente centimes au lieu de soixante; ce prix, n'excédant guère celui du lait ordinaire vendu dans les crémeries, fut accepté par les femmes qui fréquentaient notre consultation.
Dès lors, notre distribution de lait a fonctionné sans interruption jusqii'.eii.l909. rMyer aussi bien que l'été, et le chiffre total de litres distribués depuis la fondation atteint presque maintenant le chiffre de 800.000.
Modî de distribution de lait- — Vente à prix réduit-
Nous avons toujours donné la préférence au lait stérilisé industriellement pour des raisons mutiples.
Ce lait non modifié, stérilisé à 108", à l'endroit même de sa production, en Normandie, a conservé toute sa valeur nutritive; depuis plus de quinze ans nous avons étudié ses bons effets dans l'allaitement artificiel et nous avons fait justice des préjugés que l'on a tenté de répandre contre son emploi.
Ce lait est embouteillé dans des flacons d'un demi-litre de capacité, bouchés avec des lièges paraffinés; la stérilisation et le bouchage sont si parfaits qu'il se conserve sans aucune altération pendant huit, dix jours et plus.
Toutes ces conditions rendent ce lait maniable dans la classe populaire. Deux fois la semaine nous recevons la livraison par caisses de vingt bouteilles, et, chaque matin, les femmes, rapportant les flacons vides, viennent chercher leur provision. Quelques-unes, qui habitent au loin, emportent deux ou trois litres de lait qu'elles gardent au frais.
Si une bouteille est gâtée (une environ sur 2.000 l'hiver et une environ par 1.000 l'étéi, elle est remplacée. On recommande expressément aux mères de goûter le lait avant de charger le biberon.
Le dimanche, le dispensaire étant fermé, la distribution du samedi est faite pour deux jours; chaque jour, on disti'ibue environ 150 à 200 litres; 50 à 60.000 litres par année.
Ce fonctionnement serait manifestement impossible si nous manions des appareils de Soxhlet. La stérilisation par cet outillage n'est pas suffisante pour qu'on parvienne à conserver \o lait plusieurs jours.
D'autre part, le modeste budget de notre établissement, onlrcliMUi ])ardons volonlaiios, ne nous aurait i)as permis de faire face aux dépenses (pie comi)orlerait la préparation de 200 appareils de So.xidet cliaque matin, car tel est environ W nombre de bébés qui fréquentent le dispensaire en même temps.
Les avantages économiques de notre système de disiribulion sont des plus évidents; le lait stérilisé nous est cédé à i)rix réduit par le fiibricanl; nous faisons bénéficier les mères de cette réduclion de prix, qui égale la moitié <le hi videur commerciale du lait. Ce service de la
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