‹ Traité d'hygiène infantileChapitre 197 sur 288 · CD · texte numérisé non relu

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Goutte de lait, l'un des plus importants du dispensaire de Belleville, n'entraîne donc aucun frais spécial; nous ne sommes que les intermédiaires entre le fabricant de lait et les femmes qui profitent de la réduction de prix qui nous est consentie.

Il faut d'ailleurs qu'une mère soit dans un dénuement bien complet pour ne pouvoir payer trente centimes un litre de lait destiné à l'alimentation quotidienne de son bébé. L'aumône est avilissante quand elle n'est pas absolument indispensable et même le désir de sauvegarder la vie des jeunes enfants ne peut autoriser la distribution gratuite d'aliments qui encouragerait la mendicité. La mère paie le lait la moitié de sa valeur; mais Phonneur esi sauf, comme on Pa dit justement.

L'installation de la Goutte de lait dans le dispensaire de Belleville évite les dépenses qu'entraîneraient un local et un personnel spéciaux.

Catégories d'enfants qui fréquentent la Goutte de lait de Belleville.

On nous amène peu d'enfants élevés entièrement au sein par leur mère et se développant normalement, parce qu'on ne reconnaît pas dans le peuple Putilité d'un contrôle régulier dans ces circonstances. C'est lorsque la lactation est défectueuse ou insuffisante, lorsque le bébé ne progresse pas, ou, même, présente des accidents qu'on recourt à nous (1).

Comme les troubles gastro-intestinaux sont extrêmement fréquents chez les enfants au biberon à Paris et élevés au lait ordinaire, ces derniers forment le fond de notre clientèle.

D'après les relevés faits par Mme Margouliès, de Saint-Pétersbourg, sur nos fiches, en 1903, 60 % environ des enfants sont au biberon, 20 à 25 % à Pallaitement mixte, et 10 à 15 % au sein exclusivement. Nous acceptons d'ailleurs les bébés tels qu'on nous les apporte, très souvent même malades.

Un bon nombre de nos petits clients sont, à leur arrivée, atteints de gastro-entérite, d'atrophie, ou bien ils reviennent de nourrice rachitiques et atrophiques; il n'est pas rare qu'on nous apporlt; même des athrepsiques, des syphilitiques héréditaires, etc.

Le rôle des médecins dans la Goutte de lait de Belleville est donc capital; nous sommes appelés non seulement à surveiller et à diriger la croissance^normale des enfants, comme le font les accoucheurs dans les consultations de nourrissons des maternités, mais surtout à réparer les fautes initiales commises dans Pélevage artificiel, à régler les rations alimentaires de bébés dont Tac riuissciiicnt a été troublé ou même entravé par des facteurs morbides divers ou des tares héréditaires.

C'est bien à tort que l'on nous a reproché de favoriser Pallaitement artificiel, parce que la plupart des enfants que nous surveillons reçoivent le biberon. Nous ne pouvons pas choisir notrejili£0.tèle, ni .prendre Penfant .dès la naissance, comnie on le fait dans les maternités de Paris; nous recevons le bébé tel quel, quand la mère ou Péleveuse viennent nous consulter, parfois à Page de six, huit mois et plus.

Dans les faubourgs de Paris, l'allaitement artificiel est l'une des conséquences les plus ii tristes du paupérisme; beaucoup de filIes-mères, abandonnées, sont obligées de trouver un ^ emploi pour gagner leur vie et confient leur enfant à des gardiennes salariées irrégulièrement.

II n'est pas de notre ressort de chercher le remède aux plaies sociales, nous remplissons de notre mieux nos fonctions de médecin qui sont plus modestes, puisqu'elles visent simplement à diminuer la moitalité des petits infortunés condamnés au biberon par la misère de leur mère.

(1) Nous n'avons [)as de caisse s^i'-cialc pour disti'iliuor des secours on arf:;i'iit ou mi naturo aux in(;ri'S (]ui .-Uiailimt olies-môirKïS leurs onfanls au sein. Dans ces derniers leni])s, par une enlenlo avec la Socif'îtf'! protectricft de l'Enfance de Paris, nous avons pu combler partiellement cette lacune dans notre fi?l!Vrn. IWfflfl In flflfflflH^ Delorf iln' ()l(;on, présidente du comilé des dames patronnesses de la Société fondée jiar Marjoïïn7vTî^it cTiaqiTéîfrols faire- une (grande distriliution de 1)()ris île viandt> et de layettes i\ ses proWtji^ fîATi.i le liai! du dispensairr; de Hi'llcville. Nous sij,Mialoiis ;\ cette dame cliarital»le les mères les plus ni''cessiteuses et les |)lus charjjées de famille (|ui ont besoin d'être aidées. Nous avons aussi un comité indépendant fie djtmes charitables qui vont à domicile visiter les familles les j)lus pauvres pour leur distribuer des sccoursT" ' '" "" ' ' - — -

Nous suivons ces enfants, nous dirigeons leur alimentation, nous surveillons leur croissance pendant six mois, un an et plus; ils nous quittent, en général, lorsqu'ils commencent à marcher; les hypotrophiques et les rachitiques fréquentent parfois la Goutte de lait jusqu'à deux ans et, plus tard, ils reçoivent des soins aux consultations quotidiennes du Dispensaire pour les enfants du deuxième âge.

La pesée des enfants et l'inspection hebdomadaire.

Nous n'avons pas de méthode plus simple et plus exacte de suivre l'accroissement d'un bébé que d'enregistrer son poids et de noter les variations de ce poids à intervalles déterminés, chaque semaine par exemple (1).

C'est ainsi que nous procédons à Belleville : en délivrant à la mère ou à l'éleveuse la carte qui lui donne le droit de venir chercher le lait à moitié prix, nous l'invitons à se présenter le vendredi matin pour faire peser son enfant et recevoir les conseils que comportera son état. Quelques femmes sont réfractaires à cette inspection et, si leur enfant va bien, trouvent des prétextes pour se soustraire au contrôle ; il en est même qui préfèrent renoncer à la réduction de prix du lait que de venir au pesage, comme elles disent. Celles dont les enfants sont souffrants sont plus régulières. Cependant, la grande majorité des femmes reconnaissent les avantages de la consultation hebdomadaire et s'y rendent volontiers.

Lorsque les enfants ont dépassé six mois et si la croissance est normale, nous nous contentons d'une visite de quinzaine. Sur 200 à 300 enfants, dont nous surveillons l'élevage, on nous en apporte environ une centaine chaque vendredi, à 8 h. % du matin.

La salle d'attente du dispensaire est un hall très spacieux, vitré par le haut, pavé en grès céramique; plus de cent femmes avec leurs bébés s'y meuvent à l'aise; le cubage d'air et la ventilation sont suffisants pour qu'on ne soit incommodé par aucune odeur désagréable.

La chambre des .pesées est plus exiguë, très bien chauffée pour qu'on puisse dévêtir les enfants qui sont placés nus sur le plateau de la balance.

Le poids chaque semaine est inscrit sur une fiche spéciale en regard de la date. Cette fiche porte en tête le nom, le domicile, la date de naissance de l'enfant, et aussi la date de sa première inscription au dispensaire.

Une colonne de la fiche est disposée pour enregistrer les accroissements de poids, une autre indique les quantités de lait prescrites et enfin une place spéciale est réservée pour les observations médicales diverses, concernant les maladies préexistantes, ou intercurrentes, les tares héréditaires, la dentition, etc.

Les fiches sur lesquelles on a enregistré les variations du poids sont déposées sur une table devant les médecins.

Ceux-ci (les D"^' Variot, Lazard et Roger) procèdent à l'appel nominal. Les mères présentent leur nourrisson à tour de rôle pour être inspecté.

Cette consultation a lieu dans le grand hall du dispensaire ; les bruits, les cris des enjants retentissent peu dans cette vaste salle et plusieurs médecins peuvent donner simultanément des consultations aux mères.

Celles-ci sont groupées autour des médecins et profitent des conseils que reçoivent les voisines appelées avant elles.

Ces femmes se communiquent leurs réflexions au sujet de leurs enfants, apprennent à connaître la valeur des indications fournies par la balance pour apprécier la croissance; une émulation s'établit entre celles dont les enfants sont plus beaux et mieux soignés.

Le médecin, d'un coup d'oeil jeté sur la fiche, voit la série des poids enregistrés, note les variations en plus et aussi en moins. La balance est un instrument très sensible qui indique avec une précision extrême le mouvement de la nutrition. Si, d'une semaine à l'autre, le bébé a baissé de poids, on en recherche la cause, troubles gastro-intestinaux, maladies saisonnières,

(1) Dans ces dernif^ros années nous avons commencé de manier méthodiquement aussi la toise pour • untrôler la croissance des bébés et nous avons fait construire pour cet usajre le pédiomètre et le pèse-ettoise-bébé dont or. verra la description au chapitr!^ de la Croissance.

fautes dans l'hygiène alimentaire, etc. ; les stagnations de poids prolongées sont de même surveillées et étudiées.

Comme un grand nombre d'enfants nous sont confiés parce que leur croissance a été retardée ou entravée, la confrontation du poids avec l'âge, en tenant compte du poids de naissance, nous suffit à fixer tout de suite le degré d'atrophie ou d'hypotropliie pondérale. Le pédiomètre complète ces notions en nous donnant la taille en rapport avec l'âge et en précisant le retard d'accroissement statural.

Réglementation des tétées par un biberon gradué.

La suralimentation est fréquente chez les enfants au biberon, et il est très difficile d'empêcher les mères et les éleveuses de surcharger l'estomac par des tétées trop copieuses et trop répétées.

Nous ne nous contentons pas de distribuer des brochures imprimées pour répandre les préceptes essentiels de l'hygiène infantile (1), nous donnons aussi à chaque femme des instructions verbales pour fixer les rations alimentaires, les quantités de lait suivant les variations de la capacité physiologique de l'estomac des enfants.

Comme nous ne manions pas les petits flacons des appareils de Soxhlet, nous apprenons soigneusement aux mères et aux éleveuses les quantités en grammes que le bébé doit ingérer à chaque tétée. Cette tâche nous est rendue facile par notre biberon gradué spécial, portant nscrites sur le verre les quantités de lait proportionnées à l'âge. — Il y a une bouteille pour le premier âge d'une capacité de 120 grammes, et une autre bouteille pour le deuxième âge, contenant 225 grammes.

Cet instrument de mesure physiologique nous a rendu de grands services; il peut être consulté à chaque tétée, pour ainsi dire, par les jeunes mères ignorantes, tandis que les brochures imprimées .s'égarent ou sont aisément déchirées ou souillées par les enfants. Le biberon gradué en usage au dispensaire de Belleville nous donne la facilité de fragmenter nos bouteilles de lait stérilisé industriellement, dont la capacité est de un demi-litre, en rations bien appropriées à l'âge, au poids et aussi à l'état spécial des voies digestives. C'est, croyons-nous, la meilleure méthode pour éviter l'emploi fort dispendieux des appareils de Soxhlet lorsqu'on fait, comme nous, de grandes distributions quotidiennes à 200 ou 250 bébés.

A partir de trois ou quatre mois, la plupart des nourrissons supportent bien le lait pur, et nous arrêtons, dès que nous pouvons, les coupages avec de l'eau bouillie, qui sont une petite complication dans la classe populaire.

L'élevage des enfants atrophiques.

Il est fréquent, nous l'avons dit, que nous ayons affaire au début à dos enfants atrciphiques, à des hypotrophiques ou à des rachitiques. Nous faisons notre enquête sur les causes de ces états dystrophiques et nous agissons en conséquence.

Le bon lait, comme l'a dit Cruveilhier, nous a paru le meilleur des médicaments. Nous le donnons par rations fortes, en tenant compte de la tolérance gastritjue et en surveillant les déjections. Nous manions surtout le lait Ga//iV/ sunhaulTé à 108°.

Nous avons obtenu aussi de très bons résultats depuis deux ans avec le lait Lepellelier, qui a subi l'homogénéisation (2).

(1) Lp D' Variol a élt'! chartci'' par la rommi.'î.sion imim<ipalo des n-c'cluis do la Villo do Paris do ri'-dipcr dos iiislriiclioiis aux inôros sur rallailoinoiit, f|ui sont données ijratuiloniont dans les inairios do Taris aux [icrsonnos (|ui font urio dooiaration do naissanco. Ces i ns truc lions son tôpaloniont donnôosaux fonuncs de JJcdIeville; olios sont roproduilos dans le derni(!r cliapilro do to Traité comme annexe.

(2) Voici la composition dos comité.s ol du corps médical qui ont présidé à l'organisation initiale du

La Goutte de lait de Fécamp (1).

Jusqu'en 1894 les consultations de nourrrissons et les distributions contrôlées de lait stérilisé étaient restées confinées dans les maternités et dans le dispensaire de Belleville. C'est le D^ Léon Dufour (de Fécamp) qui eut le premier l'idée d'adapter ces institutions nouvelles aux villes moins peuplées de la province, et il créa en même temps le terme de « la Goutte de lait » pour désigner son œuvre.

Pour bien montrer comment il comprenait l'aide que l'on devait donner aux mères et aux nourrissons durant l'allaitement, le D^ Léon Dufour adopta pour son œuvre philanthropique la devise : Faute de mieux^ c'est-à-dire que le lait n'était fourni que lorsque celui des mères faisait défaut.

Comme le dispensaire de Belleville, la Goutte de lait (de Fécamp) émanait aussi de l'initiative privée et était alimentée par une société de bienfaisance,

dispensaire de Belleville pour enfants malades; à part les quelques vides que la mort a fait parmi nous, le personnel des administrateurs et des médecins a peu changé.

Comité de Haut Patronage (1892).

LA VILLE DE PARLS MM. Jules Simon, décédé.

Cadet de Gassicourt (membre de l'Académie de médecine), décéd

Haton de la Goupillière (membre de l'Institut).

Frédéric Passy (membre de l'Institut).

Paul Strauss (conseiller municipal).

Vert (maire de Belleville), décédé, remplacé par M. Chassin, maire.

Conseil d'administration.

MM. Richardière (ajyréé au Tribunal de commerce). Raoul Gripon (avocat à la Cour d'appel).

Gustave Roger (agent général des auteurs dramatiques), décédé, remplacé par M. Dutreih. Claveau (architecte).

Bonhomme (trésorier).

Corps médical.

MM. G. Variot (médecin des hôpitaux).

Ch. Rémv (agrégé de la Faculté de Médecine).

Chambellan (laryngologie-otologie).

DuFESTEL (médecine).

Lazard (médecine).

Paul Roger (médecine).

Chevrier (pharmacien), décédé, remplacé par M. le D' Gaston Chevrier fils.

Le personnel médical actuel (1906), comprend encore :

MM. Bonniot (électricité).

Barlerin (vaccination).

Sureau et Bacchi (oculistique).

Béliard (art dentaire).

Il fut expressément stipulé, dans les statuts de la Société, que cet établissement, tout à fait indépendant de l'administration de l'Assistance publique de Paris, était fondé et devait être entretenu par donations volontaires. Les sommes recueillies comme première mise de fonds excédaient 20.000 francs, elles étaient fournies par un assez grand nombre de bienfaiteurs dont les noms sont inscrits sur un tableau d'honneur dans le grand hall du dispensaire.

Une inauguration solennelle, présidée par Jules Simon, non moins célèbre comme philanthrope que comme homme d'État, eut lieu le 22 octobre 1892, en présence des autorités locales du XX« arrondissement et d'un grand nombre de bienfaiteurs et de médecins.

(1) La Goutte de lait à Fécamp (1894-1900), par le D' Léon Dufour. (Extrait de la Normandie médicale, 1" et 10 mai 1900).

TRAITÉ d'hygiène INFANTILE. iJG

bien diiïérente en cela des premières consultations de nourrissons qui furent créées et soutenues avec les fonds de TAssistance publique de Paris, ainsi que nous l'avons spécifié.

Nous empruntons au Di" Léon Dufour lui-même les renseignements qui suivent sur l'organisation et le fonctionnement de son œuvre.

En juin 1894, fut créée la « Goutte de lait ». Nous opposâmes ce nom à celui de la « Bouchée de pain » et à tant d'autres vocables précis que l'ingéniosité de l'assistance crée de jour en jour, en vue de définir nettement ses tendances.

Le but de l'œuvre, dès sa fondation, a été celui-ci : lutter contre la mortalité des enfants en bas âge :

a) En donnant aux mères de famille tous les conseils et encouragements possibles pour les engager à nourrir elles-mêmes leur enfant au sein;

b) Toutes les fois que l'allaitement maternel ne peut être fait complètement et réclame le secours de moyens artificiels, l'Œuvre fournit du lait de façon que l'enfant reçoive une alimentation mixte;

c) Quand il est bien avéré que la mère est dans l'impossibilité physique, morale ou sociale de nourrir son enfant, l'Œuvre se charge de préparer elle-même le lait qui est destiné à ce dernier, afin d'éviter les fautes commises, trop souvent, dans cette préparation, et aussi afin d'assurer à l'enfant un lait de bonne quahté dans Vélevage artificiel.

Tous les enfants du premier âge de la ville de Fécamp sont admis à bénéficier de l'Œuvre de la Goutte de lait, sur la demande de leurs parents, de leurs tuteurs ou des personnes ayant la direction et la responsabilité de leur élevage.

Toutefois, son action est principalement dirigée sur la classe pauvre,, celle où les difficultés de l'alimentation artificielle sont le plus grandes.

Les enfants sont répartis en trois catégories :

a) Section gratuite, la première, la base de l'opération;

b) Section demi-payante;

c) Section payante.

Les enfants de ces trois sections reçoivent le même lait, préparé de la même manière, et distribué dans un matériel semblable.

Chaque enfant a « un service de paniers et de biberons double et immatriculé ». Le nombre des adhésions ne saurait être limité, pour la section gratuite, que par les ressources de l'Œuvre (nous avons jusqu'ici été assez heureux pour ne refuser aucun enfant). 11 est illimité pour les autres sections, celles-ci couvrant d'autant mieux leurs dépenses qu'elles comptent plus d'adhérents.

Chaque mère de famille reçoit tous les jours, pendant un an (deux ans s'il le faut), au moins, un panier contenant autant de biberons que l'enfant prend de repas dans un jour de vingt-quatre heures (9 en général). Ces biberons renferment du lait en quantité proportionnelle à l'âge de l'enfant.

La remise en est faite contre le somme de 0 fr. 10, dans la section des pauvres, et celle de 0 fr. 30 dans celle demi-payante, et 0 fr. 50 et 0 fr. 75 et même 1 franc (trop rares), dans la troisième, suivant la classe sociale à laquelle appartiennent les parents.

La gratuité absolue ne devait pas, à notre sens, être donnée aux indigents, parce ([u'il ne faut pas que les mères de cette catégorie de nos petits pensiunnuiros puissent croire qu'on les exonère du souci d'élever leur progéniture. Elles doivent savoir que, dans une mesure, aussi faible soit-elle, elles ont un devoir financier à remplir.

Lorsque la ration d'un jour a été épuisée, contre la remise du panier cl des biberons vides et nettoyés, un autre service immatriculé également au matricule de l'enfant est remis â la mère contre la somme indiquée ci-dessus.

Après s'être assuré par des procédés très exacts do la pureté du lait. M. Dufour lo materniso par le procédé suivant (1).

(I) V. Revue (les Maladies de l'enjnncc, janvier 18'J7.

« Soit pour fixer les idées :

« S'il nous faut 21 litres de liquide nourricier, nous prélevons sur cette quantité 7 litres que nous turbinons. La crème recueillie est versée dans la totalité du lait à distribuer et nous y ajoutons autant d'eau fraîclie et salée que nous avons enlevé de lait bleu par la turbine.

«Cette manipulation nouvelle, loin d'être une complication dans notre gestion, devient au contraire une grande simplification et demande à peine dix minutes de mise en œuvre. Notre gérante, seule, suffit à la mener à bonne fin et cela n'exige d'elle aucun effort musculaire fatigant.

« Ce qui nous a amené à agir de la sorte, c'est la difficulté qu'on a parfois à se procurer de la crème absolument fraîche et qu'il peut résulter quelques ennuis de ce fait. »

Les flacons bien bouchés, stérilisés à 102° à Vétuve.

La cuisson terminée, les flacons sont retirés, répartis dans les paniers appartenant à chaque enfant et distribués aux heures convenues aux intéressés.

Nettoyage des biberons. — L'acte si important du nettoyage des biberons nous a demandé bien des tâtonnements. Aujourd'hui, il se fait au moyen d'un appareil laveur à rotation énergique et rapide, muni d'un balai de fil de fer rude, projetant de l'eau claire froide dans la bouteille, qui nous donne pleine satisfaction. Nous en retirons un nettoyage plus parfait qu'au temps où, avec des brosses, de l'eau chaude et du cristal de soude, cette manœuvre se faisait directement à la main. 11 en ressort également une grande économie de temps et d'argent.

Contrôle des enfants. — Chaque semaine, à l'heure convenue pour la distribution des paniers de lait (de onze heures à midi), les mères sont tenues d'amener leur enfant pour le faire peser. Il n'existe, de ce fait, aucun dérangement pour elles, car en venant chercher la ration, le jour de la semaine qui leur convient le mieux, rien ne leur est plus facile que d'apporter leur nourrisson au dispensaire de la Goutte de lait.

Cette partie du local de l'œuvre, qui en est le corollaire indispensable, consiste en deux pièces contiguës, dont l'une sert de salle d'attente et de déshabillage, et l'autre de cabinet pourle médecin, où l'on procède aux pesées et à l'examen des enfants et où enfin, s'il y a lieu, sont donnés aux mères les conseils qui peuvent leur être utiles.

Dans la première salle, fortement chaufi^ée en hiver, tous les enfants qui se présentent sont déshabillés complètement et en commun, riches et pauvres, il n'y a pas de distinction, il n'y a plus là que des frères de lait

Une fois donc que les enfants sont dévêtus entièrement, chacun, à son tour, passe dans le cabinet voisin et, dès l'admission, il est procédé à la confection d'un livret individuel du nourrisson.

On y établit tout d'abord une sorte de fiche anthropométrique ayant pour base et pour but la confirmation des données de Frebehlius et celles de Pagliari de Rome, ensuite on note l'indice céphaUque, l'âge d'apparition des dents, l'époque des premiers pas et celle du sevrage.

Des notes sommaires sont prises sur la mère, indiquant, entre autres faits, les raisons qui l'ont amenée à l'abandon de l'allaitement au sein, ce qui permet de profiter de la circonstance pour tenter quelques conseils en vue de la faire revenir sur cette détermination et d'obtenir tout au moins qu'elle fasse l'alimentation mixte.

Enfin quelques détails, quand faire se peut, sur le père, la famille.

D'ailleurs, ces renseignements sont relativement faciles à prendre dans une petite ville comme la nôtre, où un médecin exerçant depuis près de vingt ans a beaucoup de points de repère, et leur réunion forme un ensemble de grand intérêt pour l'avenir de nos enfants.

Ces premières données ne demandent pas grand temps à établir. Elles sont, du reste, complétées en cours d'élevage s'il est nécessaire.

Une feuille spéciale sert à noter les poids hebdomadaires, les différences constatées entre

eux : le gain ou la perte. Un tracé-type pointillé sur une feuiUe, d'après les moyennes prises sur nos trois premières années d'exercice, permet de faire aisément la comparaison de l'évolution de l'enfant en élevage avec ce dernier.

Une dernière partie du livret relève les consultations données à l'enfant, le diagnostic établi, le traitement prescrit, et enfm les observations qu'il a pu être donné de faire au cours de l'élevage de l'enfant et aussi ultérieurement.

Il n'est pas besoin de faire ressortir combien ces notes pourront avoir de valeur dans l'avenir. Nous avons déjà maintes fois ressenti tout le bénéfice qui en découlait depuis six ans que nous les recueillons.

Tels sont les prototypes de distribution de lait et de Goutte de lait qui ont été propagés et imités en France et dans le monde entier. Avant de jeter un coup d'œil d'ensemble sur le mode d'extension de ces institutions et sur leurs modifications suivant les pays, je crois devoir rappeler sommairement les services qu'on peut en attendre pour les progrès de l'hygiène et de la médecine infantiles.

Les Gouttes de lait comme champs d'observation méthodique pour les pédiatres (1).

Ainsi organisée, avec son inspection médicale régulière, la Goutte de lait constitue un champ d'observation nouveau pour le pédiatre qui veut étudier les problèmes encore pendants de la croissance et des maladies du premier âge; il peut faire une ample moisson de faits parmi tous ces nourrissons dont l'allaitement initial a été souvent mal dirigé, qui souffrent de tares héréditaires; il peut déterminer les modalités normales ou anormales de la croissance, et cela pendant des mois et des années.

A Paris nous n'avions jusqu'à ces derniers temps pour poursuivre les études cliniques que les crèches installées dans nos hôpitaux d'enfants. La mortalité globale dans ces crèches est extrêmement élevéo, 50 ",'', ot même plus des nourrissons hospitalisés. C'est donc surtout une mine à exploiter pour l'anatomopathologiste. Dans un tel milieu, où l'accumulation seule des nourrissons crée des conditions d'insalubrité presque inévitables, où les soins donnés sont insuffisants, on ne peut pas songer à continuer des observations de longue haleine, nécessaires cependant pour approfondir les sujets complexes touchant à la croissance.

Dans nos Gouttes de lait, il nous est aisé de surveiller l'élevage simultané de 200 et même 300 nourrissons : la léthalité est beaucoup moindre que dans les crèches hospitalières, parce que les enfants restent au domicile de leurs parents ou des éleveuses; ils ne courent pas de risques de contagion et reçoivent des soins individuels convenables.

Nous pouvons donc inspecter, étudier à loisir ces enfants, soit chaque semaine, soit même quotidiennement si leur état l'exige. Les mères ou les nourrices les transportent à bras à la consultation (2).

On note semaine par semaine ou phis souvent, s'il y a lieu, sur une fiche spé-

0) Bulletins du I»' Congrt^s inlerniitional des Gouttes de lait, Paris, 1905- Rapport de M. G. Variot.

(2) Quelques aftcouchnûrsTfcOivoul dans leur consultation des on l'an Is atrophiquos, i\ la suite de tnauvais soins : ces enfants .sont frcjfiucminent infecli's, ils ont des éruptions cutanées à streptocoques, des pyodermies, etc. Le maniement de ces petits malades peut avoir de graves inconvi^nients pour l'accoucheur, cnii va so livrer ensuite à des niaiKouvros obstétricales, car il est avant tout iinoliirurcrien.

cialo à chaque enfant, les variations du poids positives ou négatives, les troubles et les affections diverses qui existaient à l'arrivée de l'enfant ou qui surviennent au cours de l'allaitement. Chaque fiche représente en quelque sorte l'histoire du développement d'un nourrisson, avec son point de départ normal ou anormal, la série de ses poids, les phases diverses de son accroissement, elle contient aussi des renseignements exacts sur les tares héréditaires.

Par cette méthode, on recueille un nombre immense de documents (plusieurs milliers de fiches en dix ans à Belleville), qui peuvent être consultées à des points de vue différents pour l'étude de sujets divers afférents à l'allaitement. C'est ainsi que j'ai eu la satisfaction de voir nos fiches de la Goutte de lait de Belleville dépouillées par de jeunes médecins distingués : les D""^ Ignard, Mauchamp, Vieubled, Jégourel, Saint-Albin, Durey, Baudrand, par Mmes les doctoresses Chadzynska, Margouliès, Aïbinder, qui ont pu y puiser les éléments nécessaires pour leur thèse inaugurale et apporter ainsi d'utiles contributions à l'étude de la valeur nutritive du lait stérilisé industriellement pour les enfants normaAix {Mauchamp), pour les atrophiques {Ignard), du rachitisme dans ses rapports avec la stérilisation du lait {Vieubled), de la graduation physiologique des tétées {Chadzinska), de la ration alimentaire des nourrissons atrophiques {Durey), de l'atrophie pondérale des enfants au sein {Jégourel), de la thermogénèse des nourrissons {Saint-Alhin), de l'emploi du citrate de soude dans l'allaitement artificiel {Mlle Aïbinder), de l'influence des tares héréditaires sur la croissance {Baudrand).

La Goutte de lait est donc le terrain par excellence pour suivre les manifestations de cette force d'une incomparable puissance : la croissance. Celle-ci est tellement importante chez le nourrisson, qu'elle nous apparaît comme la résultante de toutes les autres fonctions. Je me ralHe hautement à l'opinion d'Escherich, formulée au Congrès de Saint-Louis en 1904 : « Que l'étude de la croissance doit dominer toute la pédiatrie. »

Nos recherches les plus importantes sur l'allaitement, sur l'atrophie, l'hypotrophie, ont été poursuivies à la Goutte de lait de Belleville.

Nous ne sommes qu'à l'aurore de ces institutions et les maîtres en pédiatrie y feront sans doute une plus ample moisson de faits nouveaux.

Il y a plus d'un siècle, on fondait à Paris le premier hôpital spécial pour recevoir temporairement les enfants malades. Jusqu'alors, il n'y avait eu qu'un hospice pour les Enfants-Trouvés, organisé par saint Vincent de Paul sur le modèle de YOspedale delli Innocenti de Florence.

Après la construction de notre hôpital des Enfants, la médecine infantile prit un grand essor en France, avec les Billard, Guersant, les Rilliet et Barthez, les Blache, etc. ~~

L'exemple de la France ne fut suivi que tardivement par d'autres pays. En Angleterre, par exemple, ce n'est qu'en 1855 que West et Dickens firent édifier VHospital for Sick Children, à Great Ormond Street.

A notre époque, les progrès scientifiques, ceux de l'hygiène en particulier, se propagent avec une extrême rapidité. La Goutte de lait, qui a fait son apparition en 1892 à Paris, s'est déjà répandue dans tous les pays du monde.

La propagation des Gouttes de lait en France et à l'étranger. Le I^^ Congrès international des Gouttes de lait. Paris, 1905.

La multiplication des Gouttes de lait en France prit un essor rapide à partir de la création de la Goutte de lait de Fécamp par le D^" Léon Dufour, qui démontra qu'on pouvait transporter ces institutions en dehors des grandes cités comme Paris, où les consultations de nourrissons et les distributions de lait stérilisé avaient pris naissance.

Dufour fit une active campagne pour propager son oeuvre en Normandie, où des Gouttes de lait, sur le modèle de la sienne, furent fondées à Rouen, par le D^ Brunon, au Havre, à Elbeuf, etc.

A Paris, comme nous l'avons déjà mentionné, en 1896, la municipalité organisa dans certains dispensaires et dans quelques maisons de secours des « consultations de nourrissons », mais la distribution du lait y devint tellement prédominante que leur fonctionnement se rapprocha plutôt de celui de nos Gouttes de lait.

Le Dr Chavane fut chargé de la direction de l'un de ces premiers établissements, rue du Chemin- Vert, dans le Faubourg Saint- Antoine. Enfin, quelques autres consujtationâ âexablables à celles de Budin furent annexées aux maternités par des accoucheurs, MM. Boissard, Bonnaire, Porak, à l'hôpital Tenon, à l'hôpital Lariboisière, etc. ~"

i^artir de 1898, on organisa des distributions de lait dans plusieurs dispensaires SU" 1 ■ iiiodôlc de Belleville, notamment dans celui (1(^ l.i i lU' ( )udinot et dans le grand dispensaire pour enfants malades, fondé par Mme Furtado- Heine (1). M. Gauchas proposa aussi d'adjoindre aux crèches des distributions de lait stérilisé contrôlées médicalement (2).

T^ province, c'est surtout à jjartir d e 1900 que les Gouttes de lait se propagent dans un grand nombre de villes. Elles émanent généralement de l'initiative privée, dont les manifestations ne sont que trop rares dans notre pays, où l'on compte sur la charité publique.

Des sociétés de bienfaisance, comme à Belleville, à Fécamp, se forment à l'instigation des médecins, et les dames viennent prendre leur place marquée dans les institutions destinées à la protection de la première enfance.

Les Gouttes de lait du Havre, avec le D^ Caron, de Rouen, sont parmi les premières fondées et les plus prospères. A Rouen, on annexe une vacherie modèle à la Goutte de lait. Cet exemple sera suivi par le D^ Dron, maire de Tourcoing, pour compléter l'œuvre municipale de « La Sauvegarde des Nourrissons ».

A des époques peu éloignées se fondent aussi l'Œuvre du Bon lait, à Barle-Duc, dans le département de la Meuse (D^ Ficatier) ; la Goutte de laitde Saint- Pol-sur-Mer (M. Vancauwenborgh); la Goutte de lait du Mans (D'"Langevin);les Gouttes de lait de Tours, de Saumur, de Boulogne-sur-Mer (D'" Douglas-Aigre).

(1) De l'orpniiisntion tics Gouttes de luit annerfes aii.r dispensaires pour Enjduts malades, par lo D' Ch. l,croux. (K' Cont^rôs international dn.s Ooultes de lait, 1905.)

(2) Gouttes de lait et crèches, par lo D' Gauchas (id.).

Plus tard des institutions semblables sont organisées à Dijon (Morel de Villiers); à Chalon-sur-Saône (Dr Bauzon); à Lyon, à Marseille, à Bayonne, à Brest, à Saint-Brieuc, etc., etc.

Nous devons noter que certaines municipalités ont pris à leur charge les frais nécessités par les Gouttes de lait; d'autres les subventionnent, appréciant ainsi la haute portée sociale de ces institutions.

Les Compagnies minières d'Anzin, dans le Pas-de-Calais, à l'instigation de Budin et du préfet M. Duréault, ont organisé un bon nombre de Gouttes de lait avec consultations de nourrissons. Il en a été de même de la Compagnie minière de Blanzy, dans le département de Saône-et-Loire, etc.

Les enfants sont assez nombreux dans les familles des mineurs et l'organisation des Gouttes de lait dans ces miheux ouvriers a déjà contribué à faire baisser la mortalité infantile.

Voici, d'après le D^ Grasset, de Tours, l'énumération des principales Gouttes de lait à Paris et dans les départements.

Goulles de lait de Paris el de la banlieue.

1892. — D^ Variot, Distribution de lait stérilisé du Dispensaire de Belleville.

1 895. — Dispensaire municipal du XI^ arrondissement, D' Pascal. Dispensaire de la rue Saint-Bernard, 33.

1897. — Dispensaire municipal du VII^ arrondissement, D"^ Bresset. Dispensaire municipal du XYIII^ arrondissement, 117, rue Ordener, D"" Bois.

1899. — Dispensaire municipal du VI^ arrondissement, 18, rue Saint-Benoît, D"^ Prouvost.

Dispensaire municipal du XVII^ arrondissement, 43, rue Gauthey, D' Séailles. Dispensaire municipal du IX^ arrondissement, 5, rue de La Rocliefoucauld, D^ Laskine.

1900. — Dispensaire municipal du XIII^ arrondissement, 44, rue Jenner, D^ Gresset. Dispensaire municipal du XX^ arrondissement, 15, rue Saint-Blaisf», D"' Vildermann. Dispensaire municipal de Pantin, 15, rue de Flandre.

1901. — Assistance maternelle et infantile gratuite de Plaisance, rue Vercingétorix, fondée par Mlle Chaptal et dirigée par le D*^ Ancelet. Cette œuvre donne des consultations gratuites aux femmes et aux nourrissons. Elle fait une distribution de lait aux mères les plus indigentes et vient en aide, avec le concours des dames charitables, à toute femme nécessiteuse qui est sur le point d'être mère.

Elle lui envoie, au moment de son accouchement une garde-malade expérimentée, qui la soigne chez elle et lui évite ainsi les ennuis du séjour dans un hôpital.

1902. — Dispensaire municipal du XV arrondissement, 69, rue Violet. Dispensaire municipal de Saint-Maur-les-Fossés.

Dispensaire municipal de Saint-Denis.

Goutte de lait de l'hôpital Péan, D"^ P. Roger.

Nous citerons encore les Gouttes de lait suivantes, dont nous ignorons la date de la fondation :

Dispensaire de la rue Saint-Dominique, 109, D' Carel.

Œuvre de la Goutte de lait de Montmartre, 6, rue Saint-Isaure, D^ Raimondi.

Goutte de lait du XVI^ arrondissement, D^ Sempé.

Goutte de lait de Passy, D^ Gauchas.

Gouttes de lait des départements.

Après Fécamp (1894), la Normandie entre en action en 1899.

-1399. — Le D' Lourier crée l'œuvre d'EIbeuf.

En janvier 1899, le D^ Caron organise la Goutte de lait du Havre, qui a fait l'admiration des congressistes de 1905.

Dans le cours de la même année s'ouvrent, dans la même ville, au quartier de l'Eure, la Goutte de lait du D'' Deville et, dans le quartier d'ingouville, celle du D^ Humeau. Nous signalerons encore l'ouverture de la Goutte de lait de Lillebonne, dirigée par le D"" Ott, et la fondation, à Nancy, par les D'' Macé et Haushalter, de l'œuvre du Bon lait.

1900. — Nous noterons en 1900 les créations suivantes : 15 février, Versailles, D' Broussin.

1er juillet, Rouen, D'' Brunon et Marie Roussel. A cette œuvre est annexée une vacherie modèle, visitée avec beaucoup d'intérêt en 1905, et dirigée par MM. Destin. Le lait est stérilisé immédiatement après la traite et envoyé ansuite à la Goutte de lait, où il est distribué.

1er décembre, Bolbec, Dr G. Auger.

A Amiens, le Dr Peaucelier adjoint une Goutte de lait au bureau d'hygiène municipal.

La famille de Rothschild crée à Berck-plage une Goutte de lait, dirigée par le D' Audion.

1901. — Rennes, Dr Leray.

Le Mans, œuvre fondée par Mme Marres et dirigée par les D"^* Meyer et Langevin. Saumur, Dr Levraud-Borentin; fondatrice, Mme Bodin. Caen, Dr Louise.

1902. — Saint-Germain (9 janvier), fondation Borratin. Alger (15 mars), Dr Stumpf, fondatrice M""*^ Altairac.

Angers (15 mai), fondateur, M. Bouhier, maire d'Angers; médecins, D" Moreau, Lelièvre et Canone

Clermont-Ferrand (juillet), D'"* Bousquet et Attaix.

Tours (11 août), Dr Grasset.

Saint-Pol-sur-Mer (l^r octobre), fondateur : M. Vancauvenberghe ; médecin, D"^ Duval.

Beauvais (octobre), Dr Leblond.

Boulogne-sur-Mer (2 novembre), Dr Aigre.

Bar-le-Duc (œuvre du Bon lait), Dr Ficatier.

Avion (première, 11 décembre), Dr Razemon.

Liévin (première, 29 décembre), Dr Biat.

1903. — Liévin (troisième, 12 janvier), Dr Piette.

Liévin (deuxième et cinquième, 26 janvier), Dr Duquesnoy.

Vendin-le- Vieil (février), Dr Brûlant.

Frévent (l^r mars).

Arques (1" mai), Dr Alexandre.

Bétliune (l^r août), Dr Thilliez.

Biily-Montigny (4 août), Dr Lourties.

Arras (.3 novembre), Dr Brassart.

Auchel (25 novembre), Dr Hernu.

Harnes (27 décembre), D" Bailliez et Lequint.

1904. — Roubaix (1" février), D'" Bulruille cl Felhoen. Tourcoing (23 avril), Dr Decherf.

Vienne (l^r mars), D' Vivien.

Dijon (11 mai), D"^" Merci de Villicrs et Huot.

Montreuil-sur-Mer (7 juin), l)r Ilallette.

Castres (18 juin), DrSicai'd.

Comines (8 septembre), Dr Mollioz.

Saint-Briouc (1''' octobre), D"" Nimier.

Brest (2 octobre), D' Gourivaud.

Inchy-en-Artois (octobre), D^ Dumont.

Saint-Martin-Boulogne (15 décembre), D'Aigre.

1905. — Lyon (mai), D" Fabre et Gounet. Calais (l^r mai), D' Deladrière.

Cherbourg ( 1" juillet).

De nombreux médecins ou philanthropes qui ont suivi les séances du Congrès de Paris se sont empressés, dès leur retour dans leur ville natale, de fonder une œuvre dont ils ont pu apprécier les bienfaits. Nous citerons au hasard :

1906. — Nantes, D' Sébileau.

Épinal, Dr Dreyer.

Lavaur, D' Guéraud. Douai, Df Blanc.

Sedan, D'' Cognel.

Constantine, Lille, Besançon, Rochefort, Béziers, Chalon-sur-Saône (6 juin 1907), D"" Bauzon, Montceau-les-Mines (D^ Duplessis), etc..

Nous en oubhons certainement et nous nous excusons des quelques omissions que nous aurons pu faire involontairement (1).

Propagation des Gouttes de lait dans les pays étrangers.

Dès 1893. i\atlian Straiiss, à New-York, avait fondé une vaste distribution de lait pasteurisé, destiné aux bébés des familles d'ouvrier.s qui travaillaient dans le port et par la seule substitution du lait pur et de bonne qualité au mauvais lait dans l'élevage artificiel il avait obtenu d'heureux résultats. Depuis lors, ce philanthrope n'a cessé d'acroître son Milk Depot. En 1893, 34.400 bouteilles furent distribuées. En 1905, on distribue 2.668.000 bouteilles de lait pasteurisé. A l'asile des Enfants-Trouvés de l'île de Randal, tout près deJVew- York. la mortalité était, en 1898, de 44,36 %. Par l'emploi seul du lait pasteurisé, Nathan Strauss déclare l'avoir fait tomber à 19,80 %. Aucun autre changement n'avait été apporté ni dans la diète ni dans l'hygiène, ni dans la direction de l'établissement en question (2).

Comme M. Nathan Strauss l'avait fait à New-York, en 1896 leP^'Henri de Rothschild avait îond^J\ p^ris sous le nom â' Œuvre j)hilanthroviaue du Lait, un certain nombre de dépôts de laits disséminés dans les quartiers populaires, dans lesquels on cédait à bon compte du lait cru ou du lait stérilisé pour l'élevage artificiel des bébés.

L'adduction et la qualité de ces laits étaient soigneusement contrôlées. - Mais depuis^ quelques années cette œuvre philanthropique a disparu pour faire place à des dépôts de laits commerciaux ordinaires.

UŒuvre snrinlp du Bçn T.ait a été organisée récemment sous le patronage de M. Ambroise Rendu et fonctionne très utilement.

En Angleterre les idées françaises ne tardèrent pas à rayonner; voici,

(1) Description dea œuvres et institutions érigées en France pour lutter contre la mortalité infantile, par le D' Paul Grasset. (Rapport au II^ Congrès international des Gouttes de lait, 1907.)

(2) Rapport soumis par M. Nathan Strauss au I" Congrès international des Gouttes de lait (Paris, 1905). — Résumé in Clinique infantile (15 mars 1906).

d'après le D'' Mac Cleary, comment les Gouttes de lait ont commencé de se propager sous le nom de Alilk Dépôts.

La Goutte de lait fut introduite en Grande-Bretagne, en 1899, par la municipalité de Saintr-Helen's; un comité du conseil municipal de Saint-Helen's alla visiter les Gouttes de lait de Fécamp et du Havre. A l'institution de Saint- Helen's, le nom de Infanïsjïlilk Depot fut donné, et toutes les institutions semblables établies depuis en Grande-Bretagne portent le même nom. En 1901, des « Infant's Milk Dépôts » furent créés à Liverpool, à Ashtqn under Lyne et à Dukinfield; en 1902, à Battersea; en 1,903, à Leith,-^'^rk et Bradford, et en 1904, à Dundee, Glascow, Buernley et Finsbury. A l'exception des dépôts de York et de Finsbury, qui sont l'œuvre de sociétés philanthropiques, toutes ces institutions sont municipales. Le nombre total de « Milk Dépots » en Grande-Bretagne, n'est que de 12 pour le moment: mais ce chiffre atteindra bientôt 14, car les municipalités de Lambeth et de Woolwich sont sur le point d'installer des dépôts (1),

En Belgique, le D^" Eugène Liist, de Bruxelles, fut un ardent propagateur des Gouttes de lait. Voici en quels termes il expose la marche progressive de ces institutions dans son pays. En 1897, prenant modèle sur la Goutte de lait Fécampoise, il organise à BruxellesTla Laiterie Maternelle » (2).

Depuis ce temps (1897), ajoute-t-il, quelques œuvres semblables, trop peu nombreuses encore, malheureusement, ont vu le jour en notre pays.

En 1901 se fondait la Laiterie Maternelle de Hodimont, grâce à la générosité de M. Cerexhe; peu après, des Œuvres du Bon Lait étaient installées à Ançers et à Louvain.

Dans la suite s'organisaient la consultation de nourrissons du D' Ciiarles, annexée à la Maternité de Liège, celle du D'' Miele, de Gand, et celle créée à la Policlinique de Liège et dirigée par le D'' de Sagher.

Plus récemment, la Fédération post-scolaire fondait une consultation de nourrissons à Marcinelle, sous la direction du D"" Langelez, et le D'' Dourlet en installait une à Charleroi dans son service d'iiôpital.

Il y a quelques mois à peine naissaient, dans la Flandre occidentale, l'Œuvre protectrice de l'Enfance de Heyst-sur-Mer, composée d'une crèche, d'une consultation de nourrissons et d'une distribution de lait et dirigée par le D'' de Laeye,et, dans la Flandre orientale, « Het Werk der gezonde melk « de Saint-Nicolas (Waes), dirigée par le très dévoué Dr de Smedt, échevin de la ville.

Pour Bruxelles, la Laiterie Maternelle resta pendant quelques années, pour une population de près de 700.000 habitants, la seule institution d'hygiène prophylactique organisée en faveur de la première enfance et à action directe sur la santé et la vie des nourrissons.

C'était insuffisant, malgré les centaines d'enfants qu'elle surveillait. Aussi, je conçus le projet de voir ériger dans chacun des faubourgs de l'agglomération bruxelloise une oeuvre locale semblable, et je parvins à susciter chez (jueUjues confrères et auprès des personnes bienfaisantes de chaque faubourg l'enthousiasme nécessaire pour aboutir à la fondation d'une Goutte de lait dans les communes encerclant la ville de toutes parts.

Successivement sont nées dans l'agglomération bruxelloise, sous des vocables divers : '< O'^uvres du lion Lait », « Gouttes de lait » ou simplement « Consultations de nourrissons », des œuvres de distribution de lait pour les petits enfants indigents, et actuollenient il n'est

(1) Historique des Gouttes de lait de la Grande-Bretagne (H:i|)it(iit au I<'f (longrôs des Ooultes de lait, 1905), par le I)' Mac. CIcary, modical ofriccM' of licallli, à Rallorsoa.

(2) I.e d/'velojipement des Gouttes de lait en Belgique, par le D' lîugône Lusl (Rapport a\i I^' (.longrôs international des Gouttes de lait).

pas de faubourg de Bruxelles — et ils sont au nombre de huit — qui ne possède son œuvre

de préservation des bébés

Pour être absolument complet, il faut citer encore les consultations de nourrissons récemment installées à Bruxelles, à la Maternité, dans le service du D^ Kufferath, et celle du D"" Xauwelaers aux Enfants- Assistés. Toutefois, il faut dire que dans ces deux institutions, aucun service régulier de distribution de lait n'a été prévu par le conseil des hospices qui les régit. Cette lacune sera comblée bientôt, espérons-le.

En Suisse, M'"^ la D''^**'^ Champéndai nous apprend qu'en 1905 il y a déjà doux Gouttes de lait en plein fonctionnement.

« C'est en 1901 que la Gjiultfi--deJLaitude-GfiiièYea^ débuté. Celle de Lausanne a suivi à un an et demi de distance.

Logées assez misérablement, avec une salle de consultation minuscule attenant à une salle de stérilisation guère plus vaste, dont l'arcade ouvre sur une sombre ruelle, nous alimentons pourtant un nombre d'enfants qui oscille entre 50 et 85.

Nos appareils sont bien simples : de grands bains-marie, où peuvent s'aligner des centa-nes de flacons à fermeture à ressort mobile, au mur des casiers numérotés où se place dans chaque niche le panier à biberons, plein ou vide; dans un coin, les bassins où l'on rince les bouteilles; au milieu de la chambre, de grandes tables où, armées de leurs éprouvettes graduées et revêtues de leurs grands tabliers blancs, nos aides dosent et distribuent le lait.

Sauf une directrice et ime laveuse de bouteilles, notre personnel est volontaire. Toute une cohorte de dames philanthropes se partagent les jours de la semaine et viennent nous apporter la contribution spontanée de leur travail, avec un entrain, une bonne volonté, une précision admirables. C'est cette activité joyeuse, ce sentiment de faire marcher l'œuvre par le travail de leurs mains, qui fait de la Goutte de lait leur activité philanthropique préférée. C'est elles aussi qui nous procurent l'argent nécessaire, elles contribuent de leur bourse, elles nous font dans le public une active propagande, elles intéressent à nous des artistes, des sociétés d'étudiants, des théâtres d'amateurs qui nous versent le produit de leurs représentations.

Mlle la D"*'' Fegler dirige avec un dévouement absolument désintéressé la Goutte de lait de Lausanne sans faire aucune publicité autour de cette œuvre utile et prospère. C'est la Maison du Peuple qui, à Lausanne, a offert un asile à la Goutte de lait. Le nombre des enfants y est de 30 à 50. Le système, les appareils sont comme les nôtres; le principe du dosage, du coupage est, comme chez nous, l'individualisation minutieuse de chaque cas. Le lait provient, non d'une laiterie modèle, mais d'une ferme excellente (la Laiterie agricole). Chaque semaine le laboratoire cantonal est chargé de faire une analyse du lait frais et du lait stérilisé. L'allaitement mixte y est fréquemment pratiqué (1).

En Espagne, le D^" Rafaël Ulecia fut Tapôtre des Gouttes de lait; dans son allocution au Congrès des Gouttes de lait en 1905, il déclare :

« Qu'il fait complète adhésion à une institution aussi belle qu'humanitaire, très bien accueillie chez nous, non seulement à Madrid, mais encore dans toute la Péninsule Ibérique.

'( Ainsi, Barcelone, Sain t^ébastien, Madrid et Logrofio possèdent déjà des Gouttes de lait, et d'autres villes telles que Tortosa et Pamplona, où il n'a pas été possible d'en établir, ont créé des consultations de nourrissons servant d'écoles aux mères pour l'allaitement de leurs enfants.

« Et je dois vous dire que l'enthousiasme'qui a vu éclore les Gouttes de lait ne s'est pas limité aux classes ouvrières et indigentes; il a pénétré les classes moyennes et aisées.

« A Madrid, où la Goutte de lait fut installée grâce à la générosité du majquls de Casa- Tgrre, nous avons vu, dès le but, accourir en grand nombre des mères riches et aristocratiques à la recherche des conseils nécessaires pour bien élever leurs nourrissons. Et plus encore,

(1) La Goutte de lait de Genève et les institutions similaires en Suisse, par M""' la D""" Champéndai.

Mesdames et Messieurs, vous saurez que notre auguste Reine Dona Maria Christine, que, outre la protection pécuniaire qu'elle nous offre, S. M. a poussé l'appui moral jusqu'à bien vouloir accepter la présidence du Comité de nos Dames protectrices, et encore de faire prendre du lait stérilisé à notre Goutte pour la jeune Infante, sa petite-fille, au moment de la mort prématurée, presque subite, de la princesse des Asturies, mère aussi bonne que noble, laissant l'Infante sans nourrice.

« Vous voyez donc comment l'Espagne s'est empressée de seconder avec ardeur les travaux des pédiatres français les plus renommés, pour le bien des nourrissons. »

M. Martinez Vargas, le pédiatre bien connu de Barcelone, s'est prononcé énergiquement en faveur des Gouttes de lait.

Dans la République Argentine, le D^" Foster fut le créateur de la première Goutte de lait à Buenos-Ayres, et le D^ Davel est un fervent adepte de cette institution.

En Russie, M">'^ la D'"^*^® Margouliès (1) nous fournit les renseignements qui suivent sur les tentatives qui ont été faites pour organiser des Gouttes de lait. Après avoir rappelé que c'est le^D"* Huberte qui eut le premier l'idée d'organiser une Goutte de lait à l'Asile des Prématurés, elle ajoute :

Ainsi, pour une ville comme Saint-Pétersbourg, avec 1.350.000 habitants et une natalité Oy^ de 41.120 enfants vivants par an, il existe une seule Goutte de lait, fonctionnant d'une manière régulière depuis dix-huit mois; toutes les autres tentatives, au nombre de cinq ou six, ont échoué faute d'argent. C'est pourquoi l'on ne peut compter sur une diminution de la mortalité infantile à Saint-Péter.sbourg; en eiTet, tandis qu'elle tend à diminuer dans les autres capitales d'Europe, elle reste plus ou moins stationnaire chez nous :

Années.

C'est devant ces résultats déplorables que le D^ Oppenlieim, président de la Commission sanitaire, dans un rapport présenté au Conseil municipal, le 5 août de l'année courante, démontre la nécessité de fonder des Gouttes de lait municipales, associées aux ambulances et aux asiles d'enfants, d'une part; et, d'autre part, des Gouttes de lait indépendantes dans les quartiers pauvres de la ville. Il conseille de commencer par une œuvre de ce genre.

En Italie, à Mj|an^à Turin et ailleurs fonctionnent des consultations de nourris.sons ou des Gouttes de lait (dispensario por lattanti). Il en est de même à Trieste, etc. Sa Majesté la reine Hélène d'Italie, s'intéressant à l'organisation de ces œuvres philanthroj)iquos, nous a fait l'honneur de nous demander des renseignements sur les Gouttes de lait françaises.

Rappelons enfin que le professeur Escherich a fait annexer une distribu-

(1) L'Organisation des Gouttes de luit à Saint-Pétcrshourg.par .Mme la D""" Margouliôs. (I"' Congrus des Gouttes de lait, l'j05.)

S'aissamcs.

Morls avant 1 an.

Proportion p. 100

tion de lait parfaitement organisée au service spécial pour nourrissons qu'il a fait installer dans l'hôpital Sainte-Anna, à Vienne.

En Allemagne, les distributions de lait c Municipal Milchkiiche », cuisines municipales de lait, semblent se rapprocher des Milk Dépôts anglais. Il est bien manifeste que là encore on s'est inspiré des institutions nées en France et qui ont rayonné dans le monde entier.

Le Congrès international des Gouttes de lait (1" Session 1905).

Ce Congrès se réunit à Paris à l'Institut Pasteur, sur l'initiative des D«"* Variot, Léon Dufour (de Fécamp), et Brunon (de Rouen). Un grand nombre d'hygiénistes et de pédiatres avaient répondu à l'appel des organisateurs. Dix nations étaient représentés par des délégués officiels. Le bureau du Congrès était ainsi constitué :

Présidents d'honneur :

Prof. Heubner (Allemagne);

Prof. John Thomson (Angleterre);

Prof. Escherich (Autriche);

D' Ulecia (Espagne);

Prof. Emmett Holt (Etats-Unis);

D' Sevestre (France);

Prof. Concetti (Italie);

Prof. Johannessen (Norvège);

Prof. Rauchfuss (Russie);

Présidents :

Dr Mac Cleary (Angleterre);

D'' Davel (République Argentine);

Dr Lust (Belgique);

Dr Martinez Vargas (Espagne);

Dr'* Brunon, Dufour et Variot (France)

Mme Margouliès (Russie);

Mlle Champendal (Suisse).

Plus de 350 congressistes, venus de Paris, des départements et des colonies françaises, de toutes les nations de l'Europe, et même du Nouveau Monde, étaient réunis dans le grand amphithéâtre de l'Institut Pasteur, pour échanger leurs idées, exposer les résultats de leur expérience, rechercher l'orientation qui devrait être donnée à ces institutions nouvelles.

Dans un défilé un peu rapide, on a vu apparaître successivement les divers types de Gouttes de lait.

Parmi ces institutions, il en est qui approchent de la perfection parce qu'elles ont d'immenses ressources : telles sont celles du D^ Dron, député du Nord, du professeur Escherich, à l'hôpital Sainte- Anna de Vienne, de M. Vaucauwenberghe à Saint-Pol-sur-Mer. On y donne des secours en argent aux mères qui allaitent.

La plupart des Gouttes de lait de province, qui vivent par elles-mêmes, doivent en général, .se borner à fournir du bon lait aux enfants et des conseils médicaux aux mères.

Il apparaît qu'en Allemagne, en Angleterre et en Amérique, les Gouttes de lait sont plutôt des dépôts de bon lait pour les nourrissons, et le contrôle médical y est très réduit ou nul. Néanmoins, le seul fait de substituer du bon lait à du mauvais dans l'allaitement artificiel a suffi à faire baisser considérablement la mortalité infantile : ce fait capital a été établi par les statistiques de Nathan Strauss, de New- York, remontant à 1893, et par celles de M. le Dr Mac Cleary (de Londres), de M. le D^ Hope de (Liverpool).

Les Milk Dépôts anglais et américains représentent la Goutte de lait adaptée aux mœurs et à l'état social de ces pays.

Le premier Congrès international des Gouttes de lait a constitué un événement important pour l'hygiène infantile. Tous les pédiatres présents, y compris Escherich, revendiquèrent pour la pédiatrie la direction de ces institutions nouvelles qui peuvent fournir un champ d'observation si riche pour la médecine du premier âge.

Comme conclusion de ses délibérations, le Congrès émit les vœux suivants :

1° Que les pouvoirs publics prennent toutes les dispositions utiles pour diminuer le nombre des mères incapables d'allaiter;

2° Que les Gouttes de lait soient propagées dans la mesure la plus large possible; 3° Que toute Goutte de lait ait une direction médicale;

4° Que les pouvoirs publics encouragent et facilitent leur développement;

5° Que les pouvoirs publics facilitent par tous les moyens la vulgarisation de l'hygiène infantile;

6° Quhine législation rigoureuse soit instituée, dans tous les pays, pour la surveillance du lait destiné aux nourrissons;

1° Qu'il soit créé une Union internationale des Gouttes de lait avec bureau permanent (1).

En 1907, eut lieu à Bruxelles la deuxième session du Congrès international des Gouttes de lait; les congressistes étaient fort nombreux.

Le Congrès dans sa deuxième session a formulé les conclusions suivantes :

Que les œuvres de protection de l'enfance du premier âge et spécialement les Gouttes de lait constituent de bonnes armes dans la lutte contre la tuberculose et peuvent être envisagées comme un début d'action nécessaire pour la solution du problème de la prophylaxie de la tuberculose.

Qu'il y a lieu pour tous les pays, etsubsidiairement les villes et les communes, de prendre toutes les mesures utiles pour que le lait vendu sous le nom de « lait pour nourrissons » soit soumis à une réglementation sévère pour ce qui concerne la production et la vente. (A la campagne, les comices officiels et les associations libres devraient instruire tous les producteurs de lait des conditions hygiéniques de la production et les encourager par des primes; en ville et à la campagne, les producteurs de lait qui désireraient vendre du lait pour nourrissons devraient demander une licence aux autorités; celles-ci s'assureraient du bon aménagement des locaux, dans lesquels seraient faites des visites fréquentes; toute infraction aux règlements spéciaux édictés pour les gens munis d'une licence serait punie très rigoureusement.)

Que les Œuvres des Gouttes de lait bien organisées, toujours placées sous la direction médicale et accompagnées d'une consultation régulière pour nourrissons, se multiplient pour le plus grand bien des enfants allaités par leur mère et de ceux auxquels cet aliment parfait fait défaut.

Qu'une commission internationale, à nommer par l'Union internationale, étudie les meilleurs moyens d'établir pour tous les pays les bases de statistiques précises et uniformes se rapportant à la mortalité infantile.

Que les études concernant les analyses du lait, la ration alimentaire des nourrissons et les questions de physiologie et de pathologie spéciales aux nouveau-nés soient poursuivies dans tous les pays avec ensemble et dans une même direction.

Que l'enseignement officiel et particulier de la puériculture et la vulgarisation de l'hygiène infantile soient accentués dans les différents pays.

Telles ont été les principales résolutions du Congrès de Bruxelles.

(1) Les comptes rendus du I" Congrès international dos Gouttes de lait qui fut ouvert on présence de Mme Loubet, par M. Merlou, ministre des Finances, et par le D^ Roux, directeur do l'Inslitul Pasteur, ont été publiés à Fécamp en 1005. (Un volume gr. in-8 de 480 pages.) Un compte rendu analytique a été inséré aussi dans la Clinique infantile (novembre 1905).

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