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L'HYGIÈNE DES CHÈCIIES ET DES POUPONNIÈRES

de passer des visites régulières, et même de faire dans la crèche des tournées d'inspection inopinées. Il est indispensable qu'une visite médicale soit faite au moins tous les deux jours. Le médecin doit en efTet examiner les nouveaux entrants, les vacciner si cela est nécessaire, s'assurer qu'ils ne sont porteurs d'aucune maladie contagieuse, éruptive ou cutanée, déterminer leur ration alimentaire (lactée ou autre) d'après leur poids et leur taille. Il s'enquerra si les enfants qui sont gardés dans la crèche ont présenté quelque trouble pathologique.

Excellente est la pratique de réserver à chaque enfant une fiche sur laquelle sont inscrits tous les détails qui le concernent (poids à la naissance, mode d'allaitement, époque du sevrage, maladies diverses qui peuvent l'assaillir et notamment troubles digestifs), de façon à constituer pour chaque enfant un véritable dossier, toujours utile à consulter.

Il est également fort utile que le médecin organise des consultations (hebdomadaires par exemple) où il pourra, comme on le fait .dans les services obstétricaux et dans les Gouttes de lait, distribuer des conseils aux mères. En des paroles claires, simples, d'une compréhension facile, il énumérera les préceptes ordinaires de puériculture. A l'heure actuelle, la nécessité de ces consultations apparaît de plus en plus urgente. Le corps médical doit les multiplier partout où cela est en son pouvoir. Or, pour ces consultations, la crèche est un terrain propice; sans exagération, on peut prétendre qu'elle doit être, comme on l'a dit déjà, « l'École des mères ».

C'est très judicieusement que le D^ Gauchas, si compétent dans l'hygiène des crèches, a proposé d'annexer à ces établissements des distributions régulières de lait. Voici les raisons qu'il a fait valoir en faveur de cette opinion. D'ailleurs toute crèche bien tenue doit avoir une hiheronnerie spéciale avec une berceuse chargée de préparer les rations de lait des petits enfants; ce n'est pas un grand surcroit de travail de préparer le supplément de la ration qui sera distribué pour être emporté à domicile.

La crèche, dit le D"" Gauchas, ne nourrit l'enfant que pendant les heures de travail de la mère; rendu à sa famille, le bébé qui n'a pas le sein est exposé à recevoir chaque jour, soir et matin, et le dimanche toute la journée, un lait de qualité douteuse, acheté à bas prix dans une crémerie quelconque.

Frappé de ce grave inconvénient, j'ai toujours fait donner à la crèche de la rue Gauthey, que je dirige depuis sa fondation (1895), chaque soir, le nombre de petits flacons de lait stérilisé utile pour compléter l'allaitement hors de la crèche; le samedi soir, les mères emportent la quantité de flacons nécessaires pour le dimanche. L'alimentation complète de l'enfant par un lait de bonne qualité est ainsi assurée.

Quelques crèches ont suivi mon exemple; mais cette pratique est encore loin d'être répandue. Or, j'estime que cette distribution de lait, faite par la crèche, est indispensable.il serait même très utile de l'étendre à certaines catégories d'enfants : à ceux, par exemple, que la mère garde chez elle lorsqu'elle n'a pas de travail au dehors; à ceux qu'une indisposition ou la maladie retient au foyer familial; à ceux surtout, soumis à l'allaitement mixte, pour lesquels des journées entières passées à la crèche, loin du sein maternel, sont certainement nuisibles, ainsi que je l'ai fait voir dans un travail antérieur (1). En un mot, il me paraît indispensable d'adjoindre aux crèches une distribution de lait.

(1) Deux ans de fonctionnement d'une crèche (Étude d'hygiène infantile). Revue d'Hygiène, 1897.

Surveillée par le médecin de la crèche qui, chaque semaine, ferait peser tous ces bébés et établirait les régimes, qui pourrait même, à l'heure de ses visites à la crèche, donner aux mères, en cas d'urgence, les conseils utiles, la Goutte de lait annexée à la crèche donnerait certainement d'excellents résultats et augmenterait le rendement profitable de l'œuvre. Mais ce n'est pas tout : cette distribution de lait, soumise à la surveillance médicale devrait s'étendre à un certain nombre d'enfants du dehors. La Goutte de lait est le complément naturel tout indiqué de la crèche. Elle peut être installée et fonctionner avec des dépenses minimes : pas de frais de local, d'appareils, ni de personnel; d'ailleurs, elle peut se limiter et n'assister qu'un petit nombre d'enfants. [Gouttes de lait et crèches, par le D'' Gauchas, I®' Congrès des Gouttes de lait, 1905.)

Il y a quelques années, MM. Landouzy et Napias avaient formulé le vœu que les élèves de l'école primaire supérieure fissent dans les crèches les plus réputées des stages où elles apprendraient les éléments primordiaux de l'hygiène infantile. Ce vœu est resté à l'état platonique. Cependant il a reçu une sanction pratique à Reims, dans les crèches de la Société protectrice de l'Enfance, en Bavière (Nuremberg), à Stockholm, etc.

Au médecin d'une crèche incombe le devoir de prononcer parfois son licenciement. Cette mesure est toujours assez funeste au développement d'une crèche. Elle mécontente les familles, souvent répand la terreur parmi elles. Après un licenciement, même d'une durée courte, les vides sont nombreux parmi les enfants fréquentant la crèche. Et cependant on ne peut laisser une épidémie se propager dans ces établissements. Pour la plupart des maladies contagieuses, il faut donc prononcer le licenciement; seule fait exception à cette règle la varicelle. Cette maladie est si bénigne d'ordinaire que son développement et son extension ne peuvent guère être funestes pour les enfants. La diffusion est d'ordinaire assez grande pour qu'aucun bébé ne soit épargné. Mais elle n'exerce pas de sérieux ravages et évolue sans troubles bien marqués de la santé générale.

Quant à la coqueluche, elle est le plus souvent difficile à dépister au début. Contagieuse dès les premiers jours, elle épargne peu d'enfants dans une crèche. Certains médecins pensent que le licenciement ne s'impose pas dans cette affection. Cependant l'opinion générale est que, en raison de sa gravité chez le nourrisson, mieux vaut décider la dispersion temporaire dos enfants d'une crèche.

Le licenciement doit être rigoureux quand il s'agit de rougeole, de scarlatine, de diphtérie.

Ces deux dernières maladies sont plutôt rares, la scarlatine surtout, mais non exceptionnelles cependant. La rougeole est d'une fréquence beaucoup plus grande; toujours meurtrière, elle constitue un véritable fléau dans une crèche, frappant surtout les enfants malingres, chétifs, racliitiques, acquérant vite un caractère d'infectiosité très marqué. A notre sens, mieux vaut, sans tenir compte du pourcentage d'enfants atteints, licencier dès l'apparition du premier cas diagnostiqué en toute certitude. IjC cas d'importation entraînera l'apparition d'une première série de rougeoles; le licenciement permettra d'espérer que la totalité des enfants ne sera point frappée. Pour la scarlatine et la diphtérie, pareille mesure ne saurait être discutée.

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