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I.IIYGIÈNE DES CRÈCHES ET DES POUPONNIÈRES

C'est ainsi que lo D^" Brisset avait, il y a douze années, fondé à Crépy-en Valois une pouponnière qui n'eut qu'un succès éphémère. Des difficultés financières insurmontables surgirent vite et l'œuvre dut être interrompue. A Nozieux (près Blois), à Sarcelles, pareil insuccès : on peut en dire autant de la première pouponnière installée à Montgeron. Mais dans cette même localité, le D^ Lesage, médecin des hôpitaux de Paris, dirige depuis quatre années un établissement de ce genre qui a donné des résultats fort appréciables.

Actuellement, un certain nombre de pouponnières fonctionnent dans des conditions heureuses. Plusieurs d'entre elles méritent d'être signalées :

La i>nupoiini-'Mv de Porehefontaine (D^" Raimondi) a été fondée en 1891, par M'"<-' G. Charpentier et Eug. Manuel, sous la présidence d'honneur de Pasteur, J. Simon, Bergeron, Grancher et T)^ Roux. Son but est, d'une part, de recueillir des femmes abandonnées et des filles-mères avec leurs enfants, et de les prendre comme nourrices; d'autre part, de recevoir des nourrissons de la classe des travailleurs, des employées ne pouvant s'occuper de leur enfant et d'élever celui-ci dans des conditions d'hygiène satisfaisantes. Les bébés y sont gardés en permanence et placés constamment sous une surveillance médicale.

En septembre 1908, a été ouvert, à Neuville, près Dieppe, parles soins du D'" Poupault, une maison aménagée à cet usage, dans laquelle les nourrissons sont allaités au sein ou artificiellement, suivant le désir de leurs parents et gardés depuis leur naissance jusqu'à l'âge de 3 ans.

Une création semblable, mais destinée à des enfants convalescents, malingres, rachitiques, atrophiques, a été réalisée àMédan(l) (D'" Méry). Les résultats obtenus dans cette dernière fondation paraissent, après une première année de fonctionnement, devoir être favorables. La nourricerie Rémond (D"" Plauchu), rattachée à l'administration des Hospices de Lyon, reçoit des prématurés, des débiles ou des enfants nés de parents tuberculeux et allaités exclusivement au sein.

Une tentative nouvelle a été, sur la proposition du D^ Péhu, réahsée en 1908 par la municipalité lyonnaise : la création d'une pouponnière estivale de plein air, destinée à recevoir pendant la période chaude (de juin à fin septembre) des nourrissons choisis parmi la population des crèches urbaines et les enfants bénéficiaires des Gouttes de lait municipales. Dans l'esprit de son fondateur, il s'agissait de réaliser pour la première enfance ce qui a été fait par les colonies scolaires de vacances : l'envoi à la campagne, pour une durée de deux mois environ, d'enfants de la classe populaire. L'avenir permettra de juger ce que vaut cette fondation.

Dès longtemps des objections sérieuses et même sévères ont été adressées à de telles œuvres.

On leur a reproché, tout d'abord, de vouloir créer un type spécial d'assistance des nourrissons. Tandis que celui qui est couramment employé depuis le décret du 19 janvier 1811, admet le principe du placement d'un enfant « chez des cultivateurs ou des artisans », dans une famille et, partant, l'adop-

(1) Cette pouponnière est plutôt une crèche hospitalière, car elle contient bon nombre d'enfants débiles et même malades.

tion morale aussi bien que matérielle de ce dernier, les pouponnières, au contraire, tendent à substituer la règle d'un élevage et d'une hygiène collectifs, sans l'intervention des parents, voire même avec l'écartement systématique de ces derniers dans l'œuvre éducative. A cette critique, on peut répondre que dans la pratique courante, l'intervention de la famille est si souvent néfaste que tous les puériculteurs aspirent, ouvertement ou non, à écarter cette influence; qu'ils souhaitent, au contraire, l'élevage du nourrisson suivant des principes immuables et rationnels.

En second lieu, on a supposé que, dans les pouponnières plus encore que dans les crèches, le groupement des enfants de premier âge aboutirait fatalement à créer un milieu infecté, une « atmosphère nosocomiale », comme dans les salles spéciales des hôpitaux où sont réunis des nourrissons malades. Ce reproche est certainement plus fondé que le précédent et il n'est pas toujours facile de l'éviter. Toutefois, on y parvient en exerçant sur les pensionnaires une surveillance médicale active, en éliminant ceux qui sont porteurs d'infections externes transmissibles. Mais, si l'on veut être à l'abri des épidémies (rougeole, coqueluche, etc.), il est indispensable d'isoler dans des chambres spéciales pendant une période de vingt et un jours les nouveaux admis, pour opérer sur eux une véritable filtration. On ne saurait trop insister sur la double nécessité de procéder à des visites médicales fréquentes et d'assurer à l'établissement un personnel subalterne digne de toute confiance.

On a pensé que de pareilles institutions étaient très onéreuses et l'on voit que, sous une autre forme, à des degrés différents, des objections de même sens ont été dirigées et contre les crèches et contre les pouponnières. La critique n'est pas sans fondement. Mais le moyen de créer des œuvres de ce genre sans qu'il en résulte des dépenses importantes? Ces dernières peuvent être, d'ailleurs, notablement diminuées si l'on exige des parents une rétribution mensuelle, variant entre 25 et 60 francs : elle suffit à atténuer les frais sinon de première installation, du moins de fonctionnement régulier.

En dernière analyse, les pouponnières constituent des œuvres qui présentent un intérêt réel et qui, sans échapper à certaines critiques, n'en sont pas moins susceptibles de rendre de réels services. Édifiées et installées dans un esprit de constante économie, bien surveillées médicalement, pourvues d'un personnel instruit et discipliné, elles pourront fonctionner utilement (1).

(1) Tout en rendant hommapo aux intentions et au dévouement des fondateurs des pouponnières, et en appréciant hautement les efforts progressifs de notre excellent collaborateur M. Péhu, pour améliorer le fonctionnement de ces institutions, nous croyons devoir faire remarquer qu'elles ne doivent occuper qu'une f)lace restreinte dans l'élevage infantile.il ne faut jias oublier (lu'elles sont, après tout, des internats, dans lesquels il est à peu près impossible d'allaiter artificiellement les bébés, et que le lait de femme seul peut lutter contre les conditions générales d'insalubrité qui résultent de l'agglomération d'enfants très jeunes, surtout en hiver, où l'on ne peut mettre les berceaux au grand air. A l'orchefonlaine on ne réussit à nourrir les nouvcN'iu-nés (pi'à l'allailenu'nt mixte, et nous nous sommes assurés que l'élevage artificiel prolongé est im|)ossibl(! à la nourricerie des l'Jnfants-Assistés. Or, rien n'est plus habituel (juG de mener à bien un élevage artificiel dans un ménage ouvrier, si la mère est docile. La pouponnière doit Aire acceptée comme une nécessité quand il s'agit d'enfants abandonnés par leurs parents : c'est ainsi que nous envoyons à notre crèclu! hospitalière! d(! Châtillon-sous-Bagneux les bébés trop débiles ou souffrants déi)osés k notre lios|)i(e des Mnfanls- Assistés. On les restaure en les mettant au sein do nourrices sédentaires; on leur donne le l)il)eron s'ils sont suspects de syphilis. Mais dès qu'ils ont atteint le poids de 3 kilos ou lorsqu'ils sont guéris des accidents qu'ils présentaient à l'arrivée, nous les confions à des nourrices de la campagne pour poursuivre l'élevage.

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